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DISCOURS de Modibo keita
 EXTRAITS DE DISCOURS ENTRE 1959 ET 1964

Modibo Keita

«. J'ai découvert Modibo , orateur né, qui parlait sans complaisance...
Son verbe était de la dynamite, ses idées clairement exprimées fusaient comme propulsées par une inlassable énergie. »

Y. Djermakoye
(Ancien secrétaire général adjoint de l'ONU)
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DISCOURS A L'ASSEMBLEE FEDERALE en avril 1959 à Dakar

Monsieur le Président,
Messieurs les représentants de l'Assemblée fédérale,

En vertu de l'article 6 de la Constitution du Mali, le bureau de l'Assemblée m'a fait l'honneur de me désigner pour la présidence du Gouvernement. Je l'en remercie et il m'est agréable de me présenter aujourd'hui devant l'Assemblée pour une déclaration d'intentions...

Après le référendum du 28 septembre 1958, les hommes politiques africains qui ont opté pour la Communauté des États autonomes, se sont trouvés divisés dès que s'est précisé le sens véritable de leur vote.
Certains estimant que la Communauté est une fin en soi, trouvent tout à fait normal que les États conservent et développent leur autonomie autour de la France, celle-ci devenant le centre de gravité.
D'autres considèrent que la Communauté est une étape qui doit permettre le regroupement des États autonomes et leur évolution vers la construction d'un grand État africain indépendant, d'une grande nation africaine.

Les Communautés sans perspectives évolutives se sont ingéniées à discréditer aussi bien en France qu'en Afrique l'idée de la Fédération de la Communauté africaine.
Devant cette offensive savamment organisée et puissamment soutenue, les fédéralistes se sont réunis à Bamako les 29 et 30 septembre 1958 et ont décidé la création d'une Fédération primaire des anciens États de l'A.O.F.
Le Sénégal, le Soudan, la Haute Volta et le Dahomey, par la voix des Chefs des Gouvernements ou de leurs délégués ont apporté leur adhésion au principe de cette création. C'est Pour donner corps à cet engagement que fut organisée à Dakar la conférence historique du 17 janvier 1959 où les Constituants des 4 États ont fait le serment de défendre la Fédération créée : le Mali, et de réaliser l'unité politique, support indispensable de l'unité africaine.
Mais le Soudan et le Sénégal sont demeurés fidèles à leur serment et aux élections législatives des 8 et 22 mars, donnaient aux fédéralistes une victoire écrasante. Une conférence du 24 mars créait un support politique au Mali : le Parti de la Fédération Africaine et convoquait pour le 4 avril l'Assemblée législative fédérale.

... La Communauté est fondée sur l'égalité et la solidarité des peuples qui la composent…
Or, certaines décisions du Conseil exécutif situent la République française comme si elle n'était pas membre de la Communauté.
Nous comprenons fort bien les susceptibilités et les réticences de la France à perdre sa personnalité au profit de la Communauté, à se fondre en elle.
Ne faudrait-il pas dans ces conditions donner à la Communauté un contenu plus dynamique ? Un transfert de compétences tel qu'il est prévu au dernier alinéa de l'article 78 de la constitution, permettrait une évolution de l'Etat autonome en État pleinement souverain, la Communauté devenant ainsi une confédération multinationale.

…L'action de mon gouvernement sera dominée, orientée par notre option politique. Toutes mesures tendant à resserrer davantage les liens de solidarité entre le République du Sénégal et la République Soudanaise seront recherchées et appliquées …

Dans le domaine économique, les idées directrices de la planification seront arrêtées en commun, car il est impensable que chaque État établisse son programme en ignorant celui du partenaire.
Il est essentiel que le Mali ait une économie stable, cohérente et dynamique. Cette économie reposera sur le paysannat qui groupe environ 90% de la population et d'une industrie moderne. Par la coopération et la modernisation agricole, il sera offert au paysan les moyens lui permettant de relever son niveau de vie et de satisfaire les obligations d'une évolution sociale de plus en plus accélérée. Une action d'une telle envergure exige de la rigueur dans la gestion du bien public. Mon Gouvernement ne couvrira aucune malversion, bien au contraire, dans le domaine de la fonction publique, des mesures particulières inciteront les agents à comprendre qu'ils représentent des rouages indispensables de la vie de la Fédération et qu'ils doivent s'élever au niveau d'une conscience nationale. Ils seront les tout premiers à subir les sacrifices que nécessite la conquête de l'unité et de l'indépendance africaine.

Enfin, le travail doit être un dogme sacré. Aucun pays ne peut vivre et se développer uniquement avec les apports extérieurs. Nous devrons compter avant tout sur nous-mêmes et exploiter judicieusement toutes nos possibilités ; pour atteindre cet objectif, il nous faudra raffermir notre volonté de sauvegarder notre fierté et notre indépendance, vivre d'abord du pays en réduisant notre train de vie. Une économie organisée et relativement libre exige une consommation à caractère national…

Il faudra dominer les particularismes et égoïsme locaux au point de pouvoir les exploiter au profit du Mali, la patrie retrouvée.

A ces tâches exaltantes qui conditionnent l'avenir de notre pays, je convie, les hommes et les femmes, les jeunes, force vive et avenir du Mali, les travailleurs, avant-garde des masses organisées, engagées dans la lutte pour l'indépendance nationale, les paysans, les éleveurs dont les convictions une fois assises sont inébranlables, bref toutes les couches sociales, pour que notre Mali, leur Mali soit par son rayonnement , la renaissance du Mali des 13e, 14e et 15e siècles, de ce Mali, témoignage de la puissance noire, de ce Mali organisé et de réputation mondiale, alors que des nations dominant aujourd'hui par leur culture et leur civilisation étaient encore au berceau.

Voilà, mes chers Collègues, brièvement présenté, sans aucune nuance, sans équivoque, l'essentiel du modeste programme qu'entend réaliser mon Gouvernement ; les difficultés internes, les attaques sournoises ou ostensibles des adversaires du Mali ne nous distrairont pas de l'action à mener pour atteindre nos objectifs : réalisation de l'unité et de l'indépendance africaines, construction d'une grande nation africaine fière de sa liberté et de sa prospérité, associée à la France, et qui, nourrie à l'humanisme français et réhabilitant l'humanisme africain, permettra le rayonnement irrésistible de la culture négro-africaine.

DISCOURS AU CONGRES EXTRAORDINAIRE DE L'UNION SOUDANAISE-R.D.A (22/09/1960)

Chers Camarades,

A la Conférence territoriale du Parti, il y a trois semaines, nous nous sommes contentés d'un exposé objectif du déroulement des événements de Dakar, sans en tirer les conséquences. Nous avons par la suite pris un certain nombre de contacts qui ont projeté plus de lumière sur les origines plus ou moins lointaines desdits événements. C'est ainsi que j'ai répondu à l'appel du Président de la République Française aux invitations du Roi du Maroc et du Président de la République du Ghana. D'autre part, des missions ont été envoyées à l'extérieur : U.S.A., O.N.U., Allemagne Fédérale, pays de l'Est, Afrique occidentale.
Pour mieux suivre le sens de notre action politique pendant ces derniers mois, il est indispensable que nous examinions la situation créée en Afrique depuis le Référendum du 28 septembre 1958.
Le 28 septembre, les conditions politiques intérieures nous imposèrent un vote favorable à l'entrée dans la Communauté.
En outre, nous avons pensé et pensons encore que les chances de réalisation de l'unité sont très aléatoires pour des État accédant à l'indépendance car, devenus souverains, ils affirment leur personnalité aussi bien sur le plan intérieur que sur le plan extérieur.
Aussi avions-nous espéré que l'autonomie était pour les État africains la période la plus favorable de leur évolution pour la réalisation de leur unité. Évidemment, cela supposait de la part des dirigeants de ces État, une indépendance totale à l'égard des puissances d'argent et des autorités des anciennes métropoles.
Par ailleurs, nous avons estimé et estimons encore que c'est dans l'unité que l'Afrique pourra résister à l'emprise des forces impérialistes et renforcer le camp de la paix.
A l'exclusion de la République Arabe Unie dont on ne peut pas encore tirer toutes les conclusions sur le plan africain, mais qu'il faut néanmoins saluer comme une volonté de l'Afrique de réaliser son unité, et de la Fédération du Mali dont l'existence fut précaire par la trahison des dirigeants sénégalais, les État indépendants d'Afrique en sont encore à la recherche des bases de coopération sur le plan économique et culturel. Mais nous pensons qu'il faut aller au-delà de ces formules pour que l'Afrique puisse résister à l'action destructrice des anciennes puissances coloniales qui, ayant perdu la domination politique, veulent asseoir une domination économique et culturelle. Certes, il faudra du temps et des efforts. Dans ce domaine, aucun pays ne peut nous donner des leçons de patience et de courage.
D'aucuns peuvent penser que notre association avec le Sénégal a été un échec. C'est voir subjectivement le problème, ce qui empêche d'en saisir toutes les conséquences.
Tout d'abord, la Fédération du Mali a permis au Sénégal d'aller à l'indépendance parce que tout le monde sait que les dirigeants sénégalais, empêtrés dans leurs difficultés intérieures, isolés du reste de l'Afrique, et pour cause, ne pouvaient pas, seuls, y conduire leur pays.
D'autre part, l'accession à la souveraineté internationale de la Fédération du Mali a conduit certains États africains, jusqu'alors hostiles à toute idée d'indépendance, à faire usage de leur droit à l'indépendance. Faudrait-il rappeler que la création du Mali et son accession à l'indépendance ont considérablement contribué à la réalisation de l'unité politique au Soudan. Nous avons pu ainsi nous assurer du contrôle politique et administratif de la République Soudanaise. J'estime également que la sécession du Sénégal a été le ferment de la mobilisation générale des populations soudanaises. Elle permettra à la République Soudanaise de réaliser pleinement ses objectifs politiques, économiques, sociaux et culturels sur la base d'un véritable socialisme, et uniquement en fonction des intérêts des couches les plus défavorisées. La démonstration sera également faite aux dirigeants sénégalais que la République Soudanaise était le principal marché des industries et entreprises sénégalaises, que notre République n'était pas pauvre et que le Sénégal était riche de notre richesse. Nous entendons garder nos richesses, mêmes humaines, pour accélérer le développement économique de notre république.
Les mesures prises, tant à l'intérieur de la République Soudanaise qu'à l'extérieur, nous imposeront pour une certaine période des sacrifices qui sont, je le sais, déjà acceptés. Il faut prévoir un isolement possible du Soudan, par la force des choses et par l'évolution des événements politiques. Il s'agit donc dès maintenant, face à cette éventualité, d'envisager les voies et moyens pour une économie socialiste planifiée. Nous ne nous arrêterons pas aux slogans, aux formules toutes faites, nous innoverons, partant des réalités maliennes greffées sur les expériences réussies ailleurs. Est-il besoin de préciser que la modification de nos structures économiques n'entravera en rien les activités normales du secteur privé ?
Vis-à-vis de la République Française, nous avons fait preuve de loyauté. Je ne veux pas ici reprendre les arguments développés dans certains journaux qui précisent les origines, les causes réelles de la sécession du Sénégal. Notre position sur le problème algérien, notre détermination à construire un véritable socialisme, notre volonté de réaliser, avant toute autre association, une véritable communauté africaine, ont déterminé certains responsables français à conduire les dirigeants sénégalais à la sécession. Je n'en veux pour preuves que quelques faits :
1° Le refus systématique de la France, en application des accords franco-maliens, d'apporter son appui pour que soit assurée la sécurité intérieure de la Fédération du Mali ;
2° L'attentisme du Gouvernement Français dans l'application des accords franco-maliens, en particulier dans le domaine économique ;
3° L'intervention de la République Française auprès des organismes directeurs du Marché Commun pour que ceux-ci attendent la conclusion des événements avant d'honorer leurs engagements vis-à-vis de la Fédération du Mali ;
4° Les termes mêmes du message de félicitations du Général de Gaulle à M. Senghor, nommé Président de la République du Sénégal ;
5° L'aveu du Premier Ministre de la République Française de son action, en décembre dernier, auprès de M. Senghor et Dia, pour qu'ils transforment la Fédération du Mali en confédération ;
6° La reconnaissance par le Gouvernement Français de l'indépendance du Sénégal. Cela se conçoit aisément puisque ce sont les dirigeants français qui ont inspiré, préparé, déclenché, soutenu la sécession de la République du Sénégal ;
7° Enfin, la demande d'ajournement par la France à l'O.N.U. de l'admission de la Fédération du Mali.

Nous ne voulons pas abuser de votre patience en faisant un long développement que j'estime en la circonstance inutile. Il s'agit donc pour nous de prendre des décisions en fonction des seuls intérêts de la République Soudanaise.
Dans un monde de plus en plus tourmenté où la légalité n'apparaît qu'à travers les intérêts stricts des pays, la lutte pour nous devra s'engager sur le plan politique.
Nous demeurons certes fidèles à l'idée de la Fédération africaine, nous nous considérons toujours liés par le serment du 17 janvier 1959. Mais pour le succès de notre action en faveur de la Fédération, il est indispensable et urgent que la République Soudanaise s'affirme sur le plan africain et sur le plan international. C'est la raison pour laquelle nous vous invitons à autoriser l'Assemblée législative :

1° A appréhender les compétences transférées par la République Soudanaise à la Fédération du Mali ;

2° A proclamer comme État indépendant et souverain la République Soudanaise ;

3° A proclamer que la République Soudanaise s'appelle République du Mali, libre de tous engagements et liens politiques vis-à-vis de la France, comme la Haute-Volta, la Côte d'Ivoire, le Niger, le Dahomey. C'est la conséquence logique de la caducité des accords franco-maliens que la France a délibérément violés en reconnaissant la République du Sénégal comme État indépendant.

Notification de ces décisions sera faite au Gouvernement Français, à l'Organisation des Nations Unies et à tous les pays indépendants.
Fidèles à notre idéal d'union et de paix, j'insiste sur ce mot, nous sommes décidés à établir des relations amicales avec tous les États du monde, sans exclusive aucune, singulièrement avec ceux d'Afrique qui seront désireux de promouvoir une politique d'union et de progrès, de s'engager résolument dans la lutte pour la libération totale du Continent africain et l'établissement d'une paix durable entre tous les peuples.
La République du Mali est née. Le Mali continue. Le mot Mali continuera à résonner comme un gong sur la conscience de tous ceux qui ont œuvré à l'éclatement de la Fédération du Mali ou qui s'en sont réjouis. Nous restons mobilisés pour l'idée de la Fédération qui, malgré tout, demeure une semence virile de l'unité africaine. Nous avons perdu une partie, mais nous gagnerons la manche, in Challah. Les puissances d'argent, les forces rétrogrades et impérialistes n'y pourront rien.

Camarades, la Fédération du Mali en tant qu'entité territoriale n'existe plus. Son support politique était le Parti de la Fédération Africaine dont le Président est M. Senghor. La rupture entre la République Soudanaise et la République du Sénégal provoquée par des contradictions politiques fondamentales, met en cause l'existence et le fonctionnement du P.F.A. D'autre part, celui-ci était l'expression politique d'une idée à laquelle nous demeurons attachés mais qui fut trahie dans des circonstances peu honorables par son Président et l'Union Progressiste Sénégalaise. Le P.F.A. ne peut donc pas survivre à l'éclatement de la Fédération du Mali. L'Union Soudanaise-R.D.A. doit se libérer de toute attache avec cette formation politique, garder son autonomie jusqu'à ce que puissent s'affirmer des positions claires et nettes sur les problèmes politiques et économiques que les États africains ont à affronter au lendemain de leur indépendance. Plus de construction politique dans l'équivoque. Clarté dans nos positions, clarté dans celles de nos partenaires éventuels, voilà les conditions indispensables d'une dépendance quelconque de l'Union Soudanaise-R.D.A. vis-à-vis de formations politiques africaines. L'Union Soudanaise-R.D.A., fidèle à son option fondamentale en faveur de la paix et l'unité africaine, est décidée dès maintenant à établir des relations de bonne volonté, d'amitié et de solidarité avec tous les partis politiques mobilisés pour la paix, pour la libération du Continent africain de toute domination étrangère et pour l'unité des peuples africains.

Camarades, vous pouvez faire confiance au Bureau politique, au Comité directeur. Nous voulons ce que vous voulez. Il n'y a pas de temps à perdre. Toutes les Maliennes et tous les Maliens doivent se considérer comme mobilisés pour la construction de la République du Mali, patrie de tous ceux qui sont fermement attachés à la réalisation de l'Indépendance et de l'Unité africaine, toutes les Maliennes et tous les Maliens doivent accepter tous les sacrifices pour que notre pays puisse sortir grandi, rayonnant, de l'épreuve qu'il traverse pour que les Africains libres, réellement libres, puissent, sans possibilité d'ingérence, s'unir pour que s'affirme une grande nation africaine qui marquera de son sceau la politique internationale, pour que la paix, espoir des peuples en voie de développement, s'établisse entre tous les pays du Monde

MESSAGE AU PEUPLE DU MALI A L'OCCASION DU NOUVEL AN 1961

Maliennes et Maliens,


Au seuil de l'année 1961, en mon nom personnel et aux noms du Parti et du Gouvernement, je vous souhaite à vous et à vos familles, une vie meilleure, la réussite dans vos entreprises, la tranquillité dans vos foyers et la paix dans vos coeurs.
Mais mon devoir ne s'arrête pas là.
A la fin d'une année fertile en événements de toutes sortes, je dois vous dire à tous, Maliennes et Maliens, que les membres du Parti et du Gouvernement, tous ceux qui détiennent une responsabilité quelle qu'elle soit, sont fiers d'être vos représentants. Je dois dire au peuple du Mali qui m'écoute que nous avons été récompensés, nous dirigeants, de tous les sacrifices consentis en quinze années de lutte, au moment des événements de Dakar.
Je dois dire que la levée en masse de notre peuple, qu'il a fallu calmer et retenir dans tous les centres, a été l'une des plus belles récompenses de notre vie de militants.
Ce souvenir restera gravé à jamais dans nos cœurs et je dis ici, solennellement, que nous, dirigeants du Parti et membres du Gouvernement, demeurons fidèles à l'engagement de conduire notre peuple vers un avenir meilleur. J'affirme que les dirigeants du Parti et les membres du Gouvernement se consacreront entièrement à cette tâche, et je préviens d'avance que tous les obstacles qui s'y opposeront seront irrémédiablement brisés, qu'ils viennent de l'intérieur ou de l'extérieur.
La souscription en faveur de la Maison du Parti, celle en faveur de Radio-Mali ont prouvé que notre peuple savait répondre à tous les appels, que notre peuple a conscience des exigences de la vie moderne, que notre peuple a mis dans le Parti sa confiance totale.
Cette confiance, nous ne la trahirons jamais !
Quinze années de luttes opiniâtres ont conduit notre pays à la liberté, et l'année 1960 s'inscrit déjà comme une date-phare de notre Histoire.
Mais au-delà de la prise de conscience nationale, au-delà de l'Indépendance, ces quinze années difficiles où nous avons dû lutter contre toutes les formes de subversion, nous ont appris à comprendre bien des choses. Nous connaissons désormais le pouvoir de l'organisation dans toute entreprise humaine, nous savons que le peuple de notre Pays a confiance en nous parce que nous avons toujours respecté ses aspirations et parce que nous lui avons toujours dit la vérité, si dure soit-elle. Nous ne changerons jamais notre ligne de conduite.
Aussi, au seuil de l'année 1961, je dois dire que les tâches qui nous attendent sont loin d'être finies.
Le combat contre le système colonial a été remporté de haute lutte grâce au courage de tous les militants, à leur ardeur, à leur mépris des sanctions, à leurs sacrifices de toutes sortes ; mais désormais, c'est un autre combat que nous allons engager. Il est aussi difficile sinon plus difficile que le premier.
Notre liberté serait un mot vide de sens si nous devions toujours dépendre financièrement de tel ou tel pays, et si, à tout moment, on devait nous le rappeler.
De même que nous avons lutté pour voir notre pays libre et être les maîtres de notre destinée, nous allons lutter maintenant pour nous dégager de toutes les séquelles du régime colonial, pour organiser notre pays dans l'intérêt de notre peuple et exclusivement de notre peuple !
Le plan de 5 ans qui va bientôt voir le jour est destiné à nous libérer de toute domination économique, à nous dégager de toute emprise des forces d'argent. Au terme de ces 5 ans, nous devrons avoir réalisé les conditions de notre véritable développement, nous devrons avoir jeté les bases d'une économie saine, moderne et nationale. Pour cela, il faudra que les objectifs de production que s'est fixés le plan quinquennal soient atteints.
Maliennes et Maliens,
Nos générations ont la chance d'arriver à un moment décisif de l'Histoire de notre peuple. Elles ont déjà rempli une partie de la mission que le destin leur a confiée en redonnant la liberté à leur pays, en mettant fin à la pire des dominations humaines : LA COLONISATION.
Nous avons brisé un à un, méthodiquement, sans précipitation inutile, grâce à une volonté farouche, les mythes dont on avait entouré le colonialisme, et l'Indépendance nationale acquise en 1960 a couronné tous nos efforts.
Il nous reste à détruire à présent, systématiquement, toutes les séquelles de la domination coloniale qui se situent dans les circuits commerciaux et dans des structures inadaptées aux conditions de la vie moderne.
La mission historique de nos générations exige l'accomplissement de cette tâche. C'est à présent que se joue l'avenir de notre pays et de notre peuple, c'est à présent que nous devons réussir ou échouer! ... et je dis avec force et conviction que nous réussirons, in Challah.
La tâche est ingrate, car elle exige un travail assidu, un désintéressement absolu, une volonté ardente, une foi inébranlable.
Elle est à la mesure de notre peuple, de son passé, de sa conscience nationale, de sa foi dans le destin du Mali.
L'année 1961 sera une année d'efforts, mais de même que nous avons démontré notre maturité politique dans les épreuves que le sort nous a réservées, nous prouverons que notre peuple est capable de se surpasser lorsqu'il s'agit de se libérer définitivement des forces qui l'oppressent.
Si l'année 1960 a été la consécration de notre Indépendance, l'année 1961, 1ère année après l'indépendance, marquera notre véritable départ sur la voie de la libération économique.
Fonctionnaires de tous grades, officiers, sous-officiers et soldats de l'Armée du Mali, anciens combattants, cultivateurs, éleveurs, pêcheurs, ouvriers de tous métiers, artisans, élèves des Écoles, hommes et femmes, vieux et jeunes, garçons et filles, le Parti et le Gouvernement se sont engagés dans une politique de libération économique dont le succès dépend de vous tous. Nos sorts sont indéfectiblement liés. Il dépend de nos efforts communs que cette politique de libération économique arrive au but, et ce but, qui est pour notre peuple l'affirmation de sa personnalité, le respect de sa dignité, l'assurance d'une vie meilleure, ce but que nous entrevoyons depuis le début de notre lutte anticoloniale, est actuellement à portée de nos mains.
Pour l'atteindre, il dépend de notre courage, de notre fierté, de notre ardeur au travail, de notre conscience nationale.
Je suis sûr que nous saurons l'atteindre, comme nous avons atteint jusqu'ici tous les buts que nous nous sommes assignés.
Maliennes et Maliens,
Je ne voudrais pas terminer sans lancer avec vous à tous les peuples frères d'Afrique et du Monde un message de fraternité et de paix. Quels que puissent être les différends qui nous ont opposés, qui nous opposent, nous ne confondrons jamais les peuples, quels qu'ils soient, avec les Gouvernements qui les dirigent parfois contre leur gré.
Notre politique est une politique de paix avec tous les peuples du Monde. Au seuil de l'année 1961, nous exprimons le vœu que les forces de progrès et de paix renforcent leur union et concourent à l'édification d'une humanité meilleure.

DECLARATION AUX CHEFS DES MISSIONS DIPLOMATIQUES, AU SUJET DE L'EVACUATION DES TROUPES FRANÇAISES DU TERRITOIRE DU MALI (20/01/1961)

Excellences,

Je vous remercie de vous être distraites de vos augustes occupations et de vos nombreuses préoccupations pour répondre à mon invitation. L'importance de la communication exige que je vous la fasse moi-même. A l'heure qu'il est, l'ambassade de France en République du Mali est informée par mes soins de la décision de mon parti et de mon gouvernement de voir la France évacuer les bases militaires de Bamako, de Kati, de Gao et de Tessalit, qu'elle occupait du fait des accords franco-maliens signés à Paris le 22 juin 1960, entre elle et la Fédération du Mali et qui deviennent caducs après les événements du 19 au 20 août 1960 et l'acte de reconnaissance par la France du gouvernement du Sénégal, acte qui consacre la dislocation de la Fédération du Mali.
La République du Mali a affirmé sa volonté de coopérer avec la France sur la base de la non-ingérence dans nos affaires intérieures et du respect de notre souveraineté. La décision de mon parti et de mon gouvernement ne met nullement en cause cette volonté. Elle est l'expression de notre conviction qu'à moins d'abandon volontaire de souveraineté de la part d'un État jeune ou d'accords particuliers dans le domaine de la défense, les troupes de l'ex-puissance coloniale ne peuvent stationner sur le territoire de l'ex-colonie aux côtés des troupes du jeune État D'autre part, le peuple du Mali, l'Union Soudanaise-R.D.A., et le gouvernement de mon pays ont toujours affirmé leur option en faveur de la politique de non-alignement sur l'un ou l'autre des deux blocs. Cette attitude est en contradiction avec la présence, sur son territoire, des troupes d'une puissance étrangère et à laquelle ne le lie aucun accord et qui d'autre part est engagée dans le pacte militaire d'un bloc.
Je prie vos Excellences d'informer vos gouvernements respectifs et d'attirer leur attention sur notre ferme décision de l'évacuation rapide des troupes stationnées en République du Mali.
Je vous remercie.

DISCOURS PRONONCE A L'ASSEMBLEE NATIONALE (20/01/1961)
MODIBO KEITA EXPOSE LE BILAN DE L'ACTION DE SON GOUVERNEMENT DEPUIS LES EVENEMENTS D'AOUT 1960 ET ESQUISSE LES GRANDES LIGNES DE SON ACTION FUTURE :
Après avoir rappelé que chaque Ministre ferait un exposé détaillé des activités de son département, Modibo Keita passe à l'examen général de l'action gouvernementale depuis l'éclatement de la Fédération du Mali. Avant de faire une analyse détaillée, il donne lecture intégrale des Résolutions du congrès extraordinaire de septembre 1960, qui sont à la base de l'action du gouvernement

LA POLITIQUE INTERNATIONALE :

“ II me faudra rappeler que l'éclatement de la Fédération du Mali a posé à notre Gouvernement provisoire un certain nombre de problèmes qu'il fallait résoudre avec diligence, sang-froid et conviction, en vue d'assurer une base solide et une audience croissante à la République du Mali, proclamée solennellement par notre Assemblée au cours de sa séance historique du 22 septembre 1960. En effet, les instigateurs de la sécession sénégalaise, puissamment aidés par la presse, la radio et tous les adversaires de l'Unité et de l'émancipation africaines, ont tenté de discréditer notre parti l'Union Soudanaise-R.D.A, comme une formation totalitaire parce que profondément engagé dans la lutte pour la suppression de toutes formes d'exploitation et de suprématie étrangère.
Mais, une fois de plus encore, les colonialistes, leurs valets et tous les opportunistes à leur solde ont subi une défaite dont ils sont encore loin de voir les conséquences, car comme aux périodes les plus héroïques de notre lutte contre le régime colonial, le dynamisme de notre parti, la conviction, la détermination, la discipline, le patriotisme et l'esprit de sacrifice de notre peuple ont mis en échec tous les plans diaboliques conçus contre notre pays. Tirant rapidement et dialectiquement les enseignements de la situation, la direction de notre parti et notre gouvernement, sans jamais se départir du calme et de la dignité qui sont les caractéristiques traditionnelles de notre peuple, ont, pendant la période d'intercession parlementaire, déployé une grande activité politique et diplomatique dont je me dois, au nom du Gouvernement de vous rendre compte aujourd'hui.
Dans le cadre de cette activité politique et diplomatique, à l'occasion de mon voyage à Paris pour répondre à l'invitation du général de Gaulle, j'ai eu la satisfaction, après avoir donné une conférence de presse, de m'entretenir dans la capitale française avec les diplomates des pays Afro-asiatiques auxquels j'ai expliqué le sens de notre option politique et précisé nos objectifs sur le plan africain et international. Le succès de cette rencontre m'a valu une invitation à Rabat de sa Majesté le Roi du Maroc auprès duquel j'ai rencontré une grande compréhension, beaucoup de sympathie et d'admiration pour notre peuple. De retour du Maroc, je me suis rendu au Ghana sur l'invitation du Président de la République, le Docteur Kwame N'Krumah.
Le communiqué final publié à l'issue de mes entretiens avec le Docteur N'Krumah atteste l'identité de vues entre les républiques du Mali et du Ghana sur les grands problèmes politico-économiques qui se posent aux jeunes États africains, en particulier la décolonisation de leurs structures et l'affirmation croissante de la personnalité africaine. Depuis lors, les contacts se multiplient entre les gouvernements Ghanéen et Malien, la coopération économique et l'assistance entre nos deux peuples deviennent chaque jour réalité concrète et une raison d'espérer sur l'établissement de relations étroites et amicales entre tous les pays africains.
Des missions de bonne volonté dirigées par des responsables de notre Assemblée et de notre Gouvernement se sont rendues auprès des États voisins et amis pour leur expliquer le caractère irréversible de notre option politique et de notre attachement à l'idéal d'émancipation, de solidarité et d'unité africaines. Nos plénipotentiaires ont eu des entretiens fructueux avec les dirigeants des État de Haute-Volta, de Côte d'Ivoire, du Dahomey, du Togo, du Niger, de la Mauritanie et de la Guinée, et je suis heureux de vous annoncer que par la clarté et le dynamisme de notre option, nos missionnaires ont forcé la sympathie de leurs interlocuteurs.
Nos entretiens avec les État frères de Côte d'Ivoire et de la Guinée qui sont nos voisins immédiats et auxquels nous lient de puissants courants commerciaux traditionnels, ont été particulièrement satisfaisants et nous permettent d'envisager avec confiance l'avenir de nos relations avec le monde extérieur.
En retour, notre gouvernement a reçu de la Côte d'Ivoire, de la Guinée, du Ghana, de la Mauritanie, du Cameroun, du Maroc et de la Tunisie, des missions de bonne volonté et d'amitié conduites par des hommes État ou des hommes responsables politiques de premier plan.
Aujourd'hui, la République du Mali est membre de l'Organisation des Nations Unies. Certes des manœuvres déloyales et des embûches de toutes sortes ont été tentées contre elle pour retarder son admission, mais grâce à la vigilance de notre délégation toutes ces manoeuvres ont été déjouées et la République du Mali proclamée membre des Nations Unies par la quinzième session de l'Assemblée générale de l'Organisation au cours de sa séance du 29 septembre 1960.
Ayant pris place dans la grande famille des Nations Unies, la République du Mali, par la voix de sa délégation, a exprimé à la tribune internationale de l'Assemblée, conformément aux directives de la résolution de politique générale de notre congrès extraordinaire, la signification de la politique internationale que notre gouvernement entend mener.
Il est bon de rappeler à cette occasion que notre gouvernement est décidé à pratiquer dans toutes les instances internationales une politique de neutralisme positif et de non-alignement.
En effet, la voix de la République du Mali ne servira jamais d'appoint à un groupe contre un autre groupe, à un bloc contre un autre bloc, à une coalition contre une autre, notre voix exprimera la sagesse, le réalisme et la dignité de notre peuple, elle ne sera ni au service de ce qu'on appelle communément Ouest ou Est, elle sera au service de la justice et de la vérité pour le triomphe de la paix et de l'amitié entre les peuples.
En donnant le nom du Mali à notre jeune République, nous avons devant l'Histoire fait le serment de réhabiliter les valeurs morales qui ont fait jadis la grandeur de l'Afrique, ce serment, mon gouvernement le tiendra et c'est pourquoi nous refusions d'être un spectateur passif devant les grands problèmes mondiaux ou un simple pion sur l'échiquier international.
C'est pénétrée de cette conviction profonde et consciente du rôle que le Mali doit jouer sur la scène internationale au nom de l'Afrique longtemps bafouée, que notre délégation à l'O.N.U. a clairement défini notre position sur les grands problèmes du jour : désarmement, problème de la Chine, problème congolais, discrimination raciale, problème algérien, indépendance de tous les pays colonisés, etc.”

LA POLITIQUE ECONOMIQUE VUE D'ENSEMBLE :

“ Le décret n° 268 P.G.M. a créé un Comité de direction économique, comprenant outre les responsables des principaux départements économiques, le secrétariat et le trésorier général de l'Union Soudanaise-R.D.A., le rapporteur de la
Commission du Plan, le chef de la division économique et financière du ministère des Affaires Etrangères et le représentant de l'Union nationale des travailleurs du Mali.
Ce Comité de direction économique est chargé de coordonner l'action économique du gouvernement, il est habilité à prendre toutes mesures économiques d'urgence qui s'avéreraient nécessaires.
Les courants d'échange traditionnels du Mali avec l'extérieur, j'ai eu l'occasion de le dire déjà, se faisaient dans le sens nord-sud. C'est la colonisation qui, par l'établissement de voies de pénétration vers l'intérieur en partant de la côté ouest, a provoqué un renversement de ce courant dans le sens est-ouest. Cet état de chose doit changer. 'Voilà pourquoi, dès l'éclatement de la Fédération, le gouvernement du Mali a pris des contacts avec ceux des Républiques de Côte d'Ivoire et de Guinée.
Le principal objectif ici sera d'organiser le transport des marchandises de façon très souple, d'assurer une rotation très rapide du matériel de transport et surtout d'éviter au maximum les ruptures de charge.
Ainsi donc, des projets sont à l'étude pour relier par voie ferrée le Mali à la Côte d'Ivoire d'une part, à la Guinée de l'autre. L'infrastructure et les transports aériens seront également développés.
Le Mali est un pays agricole, certes, mais une économie malienne harmonieusement équilibrée ne s'instaurera que s'il existe des industries nationales, ce sera là le moyen de remédier à notre état de dépendance économique et d'éviter une sortie exagérée de devises qui serait préjudiciable à notre jeune économie. Les mesures nécessaires seront prises pour réduire au minimum notre dépendance à l'extérieur pour notre subsistance.
Il faut, en effet, dans la période présente, réduire nos importations de marchandises que le Mali ne produit pas encore. En effet, une des conséquences de l'égoïsme des nations riches du globe est que les termes de l'échange dans les pays sous-développés se détériorent chaque année.
Voilà pourquoi votre gouvernement a pris des contacts avec toutes les nations amies sans exclusive pour aider le Mali à implanter des industries permettant de valoriser les produits du pays. Le Mali, par exemple, exporte annuellement 5 200 tonnes de coton-graines et dans le même temps il importe pour 1 milliard 695 millions 805 mille francs de fils et de tissus de coton. Pourquoi ne pas accroître notre production de coton pour l'exportation et pour la fabrication sur place de fils et de tissus de coton ?
La création de filatures et d'industrie textiles, d'huileries et de savonneries, de tanneries et de cimenteries n'est qu'une question de semaines. Les produits du sous-sol seront prospectés et exploités. Mais l'intention du Mali ne sera pas de se replier dans un système d'autarcie, et des accords commerciaux sont à l'étude concernant les principaux produits maliens : laine, peaux, riz, coton, arachide, etc.
Le cheptel de la République du Mali constitue une autre source de richesses : il peut être évalué à 3 500 000 bovins et 8 à 10 millions de moutons et chèvres, ce qui présente au bas mot un capital de 10 milliards de francs C.F.A.
Les efforts du Commissariat à l'Elevage ont donc tendu à protéger, sur le plan sanitaire, ce capital.
Tous les efforts seront poursuivis, mon gouvernement en donne l'assurance, parce que l'élevage constitue dans le Mali de demain un des facteurs clé de l'accroissement du revenu national.
Dans cette optique une exploitation rationnelle des produits de l'élevage sera entreprise.

LA SOMIEX :
Le gouvernement escompte de l'action de la SOMIEX la réalisation des objectifs suivants :
- Sur le plan économique, régulariser et orienter le marché, aussi bien à l'approvisionnement qu'à la production, obtenir des prix plus justes ;
- Sur le plan social : harmoniser et stabiliser les conditions de vie sur tout le territoire du Mali, et faire disparaître les iniquités et les disparités de traitement dont souffraient nos frères agriculteurs sous l'ère coloniale.
C'est dans ce sens que doit œuvrer la SOMIEX, avec l'aide des bénéficiaires, de l'Administration, des responsables politiques et économiques.
Ces mesures se justifient d'autant plus qu'avec l'accord des représentants qualifiés des paysans nous allons réduire de plus de 25% le prix du riz paddy au producteur pour que notre production puisse, désormais, supporter dans les État voisins la concurrence avec les riz extra-africains et être entièrement placée.
Il n'est pas raisonnable de poursuivre l'aménagement des plaines rizicoles, de pousser les paysans à la culture du riz et de ne pas pouvoir vendre la production. Cette mesure, qui sera applicable l'an prochain à l'arachide si les fluctuations du commerce international nous l'imposent, influera sur le prix du mil, car il faut maintenir l'équilibre existant entre les prix des deux céréales : riz et mil.
Révolutionnant nos structures économiques, nous ne pouvons maintenir les prix artificiels qui compromettent gravement l'équilibre de notre économie nationale et les chances d'une indépendance économique.
Le paysan trouvera la compensation des effets de la normalisation des prix, d'une part par une augmentation très sensible du volume de sa récolte sans que cela exige de lui un surcroît d'efforts, et, d'autre part, par la baisse des prix des articles d'importation. Évidemment, nos populations sont assez réalistes pour comprendre que ces mesures ne rendront pas leur plein effet dès le jour de leur application.

LA BANQUE POPULAIRE :
Par ailleurs, le souci d'adapter la politique du crédit aux objectifs politiques, économiques et sociaux que s'est assignés le gouvernement, l'a conduit à créer une Banque populaire malienne pour le développement, au crédit de 100 millions de francs, dès le 11 juin 1960.
L'aide financière sera désormais sélective et fondée sur le bien-fondé économique de la branche d'activité en jeu. La création de cette Banque populaire permettra, en outre, une coordination, donc une efficacité accrue de l'assistance financière accordée aux secteurs les plus défavorisés de l'économie malienne, ce qui était loin d'être réalisé sous le régime colonial.
Tout en obéissant à des principes de gestion saine et de rigueur financière, l'action de la banque sera facilitée par l'esprit de solidarité qui animera les organismes auxquels elle accordera des prêts, d'autant plus que la couverture des risques qu'elle prendra lui sera garantie.
En effet, l'article 2 des statuts de la Banque populaire, stipule qu'elle a pour objet : « de consentir des crédits à court terme, moyen terme et long terme aux entreprises et aux organismes ayant une forme ou un objet coopératif ou mutualiste dont l'activité s'exerce dans le domaine de l'agriculture, du commerce, de l'élevage et de la pêche ».
Nous devons désormais nous pénétrer de l'idée que dans ces branches d'activité le salut est dans l'union, dans la solidarité au sein de groupements tels que les coopératives : de transporteurs, de maraîchers, d'entreprises de construction, d'artisans, de pêcheurs. C'est par l'intermédiaire de ces groupements que se fera le progrès, que sera obtenue la rentabilité maximum des forces productives de la Nation malienne.
Nous devons dans ce domaine, faire délibérément fi de la routine et écarter les solutions paresseuses.
C'est dire qu'ici, l'intérêt de chacun va aussi dans le sens de l'intérêt général.
La Banque populaire se propose encore comme objectif de consentir des crédits destinés à faciliter la construction ou l'amélioration des maisons d'habitation et l'installation professionnelle des personnes exerçant une profession. Il nous faut, plus que jamais, promouvoir la création d'une catégorie d'industriels et d'entrepreneurs maliens dynamiques, sachant investir au mieux des intérêts du pays.
Ce sont là les aspects les plus intéressants de l'activité future de la Banque populaire, mais elle pourra également mobiliser les ressources locales sous forme de dépôts, d'emprunts, recourir à des emprunts extérieurs, prendre des participations dans le capital des sociétés privées ou des sociétés d'équipement.”

LES MESURES À PRENDRE :

“ Les décisions, certes révolutionnaires mais combien claires et sans équivoque de notre congrès extraordinaire, ont du coup renforcé notre unité nationale et nous ont acquis l'amitié, l'admiration et même la solidarité de nombreux pays qui, jusqu'alors, n'avaient eu le privilège de connaître notre peuple qu'à travers l'ombre de l'ancienne puissance colonisatrice ou le truchement de construction de compromis. Aussi, je tiens à réaffirmer que le gouvernement que j'aurai l'honneur de présider entend dans son action quotidienne appliquer scrupuleusement et ce, contre vents et marées, les dispositions des résolutions du congrès.
Déjà au gouvernement provisoire, notre première action, après la proclamation de la République du Mali, a été le dépôt de notre candidature à l'Organisation des Nations Unies et l'affirmation dans les faits de notre indépendance et de notre liberté d'action à l'égard de toutes les puissances, de tous les blocs et de toutes les alliances, en particulier à l'égard de la communauté dite rénovée.
C'est ainsi que nos soldats qui combattaient en Algérie et au Cameroun sous un drapeau qui n'est pas le nôtre et pour des causes qui ne sont non plus nôtres sont actuellement acheminés sur la République du Mali, et nous sommes convaincus que ces vaillants militaires longtemps bafoués et dépersonnalisés, de retour au pays natal, mettront leurs bras et leurs connaissances au service de la construction nationale.
Dans le cadre de notre souveraineté retrouvée, conscients de notre sous-développement, mais soucieux du respect de notre dignité, nous entendons accepter toutes offres de coopération et d'assistance conformes à nos besoins et à nos objectifs, mais rejeter catégoriquement tout paternalisme ou proposition tendant à aliéner, sous quelque forme que ce soit notre indépendance.
C'est dans cette conviction que notre gouvernement a envoyé une mission de bonne volonté en République Socialiste de Tchécoslovaquie et en Union Soviétique, et je suis heureux de vous annoncer que nos. Plénipotentiaires ont rencontré auprès de ces État beaucoup de compréhension et d'amitié.
La venue en République du Mali de deux importantes missions d'économistes et de techniciens de ces deux pays socialistes, le caractère positif et réaliste des négociations en cours ouvrent à l'économie de notre pays des perspectives encourageantes. Une autre mission s'est rendue en République fédérale allemande où elle a recueilli une impression très favorable.
Des contacts fructueux ont eu lieu également dans notre capitale avec des missions venues des États d'Amérique, de Grande Bretagne, d'Israël, de la République Populaire de Chine, de la République Démocratique du Viêt-Nam, de la République Populaire Fédérative de Yougoslavie, de la République de Bulgarie, du Maroc, etc...
Une importante délégation conduite par le Vice-président Jan Marié Koné, vient de visiter la Tchécoslovaquie, l'Etat d'Israël et la République Fédérale d'Allemagne et a conclu des accords dans chacun de ces pays. Comme vous le constatez, dans ce monde où les nations sont caractérisées par leur niveau de développement économique et industriel, l'action politique de mon gouvernement tend essentiellement à hâter le développement économique et industriel de notre République, conditions indispensables à l'affirmation de notre indépendance.”

LES PROBLEMES CULTURELS DU MALI NOUVEAU :

Après avoir passé en revue l'essentiel de l'action gouvernementale, le Président Modibo Keita étudie successivement les domaines de : l'éducation, la santé, la jeunesse (pionniers, milice, service civique rural), puis il détermine le rôle des femmes, des syndicats et s'appesantit sur les problèmes culturels du Mali nouveau.

“ C'est le lieu et le moment aujourd'hui, après l'acquisition de notre souveraineté nationale et internationale, après la libération totale de notre pays de la domination étrangère, de parler de la nécessaire décolonisation des mentalités.
En effet, cinquante années de colonisation, ont, à n'en pas douter, imprimé à notre pays un visage nouveau l'isolant de son passé et le plaçant dans un carcan destiné à étouffer toute velléité de résurgence de nos traditions anciennes.
Des institutions politiques et administratives, des structures économiques et sociales, un système d'enseignement et d'éducation conçus et réalisés pour le seul bénéfice du colonialisme, une volonté marquée de faire de l'Africain un être irresponsable, incapable d'initiative et d'esprit de conception, ont conduit certains colonisés à adopter vis-à-vis du colonisateur une attitude passive de soumission et, parfois même, d'acceptation de la situation de fait qui leur était imposée.
Ainsi, a-t-on souvent connu des Africains qui ont cru en la pérennité du régime colonial et se sont comportés en véritables dominateurs à l'égard de leurs frères. De même que certains de nos compatriotes ont-ils cru devoir mépriser nos traditions locales (orales ou écrites) au profit de celles du conquérant : la colonisation intellectuelle accomplissait inexorablement son oeuvre de destruction de notre patrimoine national et de corruption de nos élites.
Il y avait là un phénomène troublant de dépersonnalisation collective qui aurait pu entraîner la disparition totale de toutes nos valeurs culturelles, de toutes nos civilisations, si des hommes, des Africains ne s'étaient pas résolus à faire énergiquement front pour lutter contre la mort spirituelle qui nous menaçait tous.
C'est alors qu'est né le grand courant du PanAfricanisme, pour ne pas dire de la Négritude, les Africains de tous les continents et plus particulièrement ceux des Amériques, qu'un cruel accident historique avait éloignés de leur patrie originelle, ont d'une même voix, répondu à l'appel pressant de leur Afrique natale qui avait besoin du concours de tous ses enfants pour s'émanciper du joug de ses maîtres.
Nul, mieux que les Africains eux-mêmes, ne pouvait trouver les moyens d'expression propres à revaloriser leurs cultures et à réhabiliter le génie créateur de leur race.
Le grand vent de liberté qui a déferlé sur le monde pendant la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe, devait permettre aux Africains de prendre conscience d'eux-mêmes, d'inventorier par eux-mêmes, et pour eux-mêmes, leurs propres données culturelles, enfin, de définir l'étendue et les limites de leur contribution à la civilisation mondiale.
Hommes politiques, poètes, philosophes, unis par leur commune appartenance à la grande famille africaine, se sont attelés avec foi et la conviction de patriotes, à la lourde et noble tâche de reconstituer notre riche patrimoine culturel. D'abord individuelle (c'est-à-dire le fait de penseurs ou d'hommes politiques isolés, que l'on qualifiait de « visionnaires »), la lutte pour une Afrique authentique est devenue collective et s'est inscrite au premier rang des préoccupations des organisations africaines de tous genres, depuis les cercles littéraires, jusqu'aux mouvements politiques les plus divers qui ont couvert l'Afrique, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest.
Pourquoi un tel enthousiasme collectif ? Une telle détermination unanime ?
Pour la raison bien simple, qu'il existe une personnalité africaine, une pensée africaine, des civilisations africaines et, pour tout dire, une culture africaine.
De l'histoire des différentes luttes, riches en péripéties multiples qui ont restitué à l'Afrique son visage authentique et lui ont permis de renouer avec son passé sans renoncer à sa vocation actuelle, une constatation s'impose : la culture d'un peuple est l'expression la plus intrinsèque de sa faculté d'adaptation à son milieu, à sa condition propre, aux réalités philosophiques et sociales qui la conditionnent, dans son être comme dans son devenir.
Notre folklore et nos traditions orales et écrites, notre musique qui est en même temps pensée et action, constituent les manifestations les plus éclatantes et les plus vivantes de notre culture.
Mais toute culture recèle deux sortes d'éléments : des éléments positifs qui l'impulsent et contribuent à son enrichissement et des éléments négatifs qui freinent son évolution et la sclérosent pour ensuite la détruire.
Un double effort de recherche et de réflexion est donc nécessaire pour revaloriser notre culture nationale : il nous faut, en premier lieu, la débarrasser des apports étrangers inadaptés à son essence et impropres à son développement et analyser, en second lieu, les données culturelles de notre pays pour en tirer les composantes les plus dynamiques et donc les plus susceptibles d'être intégrées dans le processus d'évolution moderne.
Pour ce faire, il n'est pas besoin de souligner toute l'importance que revêt, pour nous Africains, la connaissance approfondie de la philosophie, des arts, de la musique et des religions de nos pays respectifs. Dans les domaines les plus divers de la pensée et des activités africaines, des chercheurs et des penseurs doivent exercer leur esprit de curiosité et dresser un inventaire complet de notre acquis, de nos forces et de nos faiblesses, dans un souci d'objectivité scientifique.
La tâche leur sera d'autant plus aisée qu'ils s'y donneront avec amour, avec cette communion de pensée qui doit lier le savant à l'objet de sa recherche. Toutes les facilités leur seront offertes par le gouvernement qui les appuira de tout son mieux dans cette oeuvre d'intérêt national et même mondial ; il pourra être envisagé dans un bref avenir la création d'écoles en vue de la formation de spécialistes dans toutes les branches de la science humaine, tout en intensifiant les stages à l'étranger.
Nos ethnologues s'intéresseront à l'étude des individus et des races qui peuplent nos régions, nos géologues à l'étude de notre sol et de notre sous-sol, nos physiciens à l'étude de nos climats, nos pharmaciens à la richesse insoupçonnée de notre pharmacopée, nos docteurs à la lutte contre les maladies les plus diverses qui sont encore, hélas, le lourd tribut de nos contrées, nos philosophes et nos sociologues se livreront à d'utiles travaux sur notre philosophie et la morale de nos sociétés pour en dégager la valeur universelle.
Chacun, dans sa sphère propre, apportera ainsi sa contribution à la résurrection de notre héritage national, à la restauration de notre personnalité et, donc, à l'affirmation de notre Nation.
Aussi n'est-il pas inutile d'insister sur le rôle que devront jouer dans une telle optique les langues vernaculaires : elles constituent, sans nul doute, les instruments les plus sûrs et les plus populaires qui permettront à nos masses rurales de donner toute la preuve de leur capacité. Cela n'exclut pas, bien sûr, la nécessité pour elles d'apprendre la langue française qui facilitera leur adaptation aux courants d'idées modernes.
Grâce à un enseignement de base étendu, à une scolarisation intensive, à une démocratisation toujours plus poussée de l'enseignement rendant effectif pour chaque individu, à quelque couche sociale qu'il appartienne, le droit à l'instruction, nous réussirons à détruire de manière décisive tous les déséquilibres culturels issus du régime colonial.
Nous parviendrons également à mettre fin au malaise social qui peut résulter de la qualité de notre société, dualité qui se traduit par une infime minorité d'intellectuels en présence d'une imposante majorité d'analphabètes.
Pour faciliter la compréhension entre tous les peuples de la terre, nous ne jetterons d'exclusive sur aucune langue même si, pour des raisons pratiques évidentes, nous choisissons la langue française comme langue officielle.
En effet, une langue est un instrument de travail dont aucune nation au monde ne peut revendiquer le monopole.
Notre rôle à nous est de faire de ces langues des outils propres à traduire notre pensée dans les domaines les plus variés. Nous en ferons les vecteurs les plus fidèles de l'esprit africain.
Ouvert à tous les vents du monde, notre pays saura tirer profit des données positives des autres civilisations, qu'elles soient de l'Est ou de l'Ouest.
Du reste, le Mali qui fut le creuset où vinrent se fondre, en une seule, les cultures africaines, berbère et arabe, continuera à jouer ce rôle de trait d'union sans perdre ses caractéristiques propres. Nous constituerons ainsi le noyau le plus solide à partir duquel s'édifiera la civilisation de l'universel.
Mais la décolonisation culturelle ne peut être acquise qu'au prix d'une volonté inébranlable de s'affirmer en tant qu'Africain, de n'observer et de ne juger les hommes et les institutions de l'Afrique que par des yeux et des cerveaux africains.
A cet égard, il n'est pas superflu de rappeler à nos jeunes qu'ils ont une lourde mission à remplir au sein de la société malienne, et qu'ils ne pourront s'en acquitter qu'en se mettant à l'abri de tout déracinement intellectuel, bref qu'en étant partout les messagers des valeurs culturelles de leur pays.
Pour exister sur le plan international, une nation a besoin d'affirmer sa personnalité, en un mot de défendre sa culture car, la culture est le préalable et la fin de toute politique.
Au Mali, nous avons le privilège d'être l'un des pays de l'Ouest africain qui a un potentiel culturel considérable : nos philosophes dogons, bambaras, peulhs, sarakolés ; khasonkés, etc., ont beaucoup fait parler d'eux à travers le monde ; les morales de nos sociétés maliennes sont de celles qui ont le plus résisté à la pénétration coloniale, notre musique s'est bel et bien conservée au travers des vicissitudes historiques (nos griots nous en donnent un témoignage éclatant) : nos arts plastiques, cyniquement exploités à des fins commerciales par des étrangers, peuvent encore renaître de leurs cendres sous le pinceau de nos sculpteurs, de nos peintres et de nos graveurs modernes ; notre folklore constitue pour nos artistes de la scène et du cinéma une source importante d'aspiration ; nos langues vernaculaires, parlées pour la plupart, par de grandes ethnies offrent de larges possibilités d'études à nos linguistes, enfin, notre histoire, avec toutes les falsifications dont elle a été l'objet, donne à nos historiens l'occasion d'y consacrer de passionnants travaux.
Il y a vraiment là matière à occuper tout le monde : le travail est immense et ne doit plus souffrir d'aucun délai.
Le gouvernement, sans tarder, grâce à notre institut (ex - I.F.A.N.) passera très activement à l'exploration des richesses de notre pays, débarrassé de tout complexe, armé d'une foi inflexible en notre vocation africaine et mondiale, pour faire du Mali nouveau un digne héritier du Mali ancien et, par conséquent, une symbiose réussie de civilisations complémentaires.”

CONCLUSION :

“ Comme vous le constaterez, l'action de mon gouvernement est orientée vers la mobilisation des masses pour que celles-ci acceptent avec enthousiasme les mesures nécessaires à prendre, augmentent leur rendement, qu'elles soient employés, cultivateurs, commerçants, artisans, éleveurs, assurent elles-mêmes la sécurité intérieure et extérieure de la République. Ce que nous voulons, c'est que chaque citoyen et chaque citoyenne du Mali reconnaisse comme indispensable son apport dans le développement de la République et se considère prêt à tous les sacrifices.
Vous comprendrez ainsi les raisons pour lesquelles mon gouvernement consent, cette année, des efforts supplémentaires et importants en faveur du Haut-Commissariat à la Jeunesse et au département de l'Information. Celui-là impulsant un mouvement de masse organisé, orienté vers la prise de conscience nationale et la construction de la République, celui-ci, par son action intérieure, créant l'émulation, et par son action extérieure informant sur les réalités, les objectifs, les possibilités de la République.
Un pays en voie de développement qui minimise l'action des organisations de jeunesse et de l'information se condamne à ne jamais pouvoir instaurer une véritable politique de masse, condition primordiale de toute planification économique socialiste.
Monsieur le Président, Madame, Messieurs les Députés, voilà, très simplement défini, le cadre dans lequel mon gouvernement entend oeuvrer et que votre session meublera de matériaux de travail.
Je proclame ma foi en l'avenir de notre République. Cette foi, vous la partagerez tous, j'en suis convaincu, car il ne peut en être autrement quand il s'agit d'un peuple qui a su garder son calme et sa dignité en des heures où d'autres les auraient perdus, qui a donné des preuves éclatantes de la fermeté de son caractère, qui a affirmé avec force sa détermination, même sur des terres étrangères, à soutenir et à défendre l'honneur de sa patrie et qui, s'il le fallait, n'hésiterait pas à offrir ce à quoi les hommes tiennent le plus, leur vie, pour que vive et prospère un Mali libre dans une Afrique unie, débarrassée de toute domination étrangère.”

EXTRAIT DU DISCOURS PRONONCE À BAMAKO AU MEETING DE MASSE A L'OCCASION DU PREMIER ANNIVERSAIRE DE L'ECLATEMENT DE LA FEDERATION DU MALI (20/08/1961)

« ... Dans la nuit du 19 au 20 août 1960 a été consacrée la rupture de la Fédération du Mali, consécutive aux contradictions inconciliables qui existaient entre les responsables des deux États
En outre, l'activité politique du Mali, donc celle de l'Union Soudanaise-R.D.A. est basée sur la démocratie et l'usage intégral en toutes occasions et à tous les niveaux, des méthodes démocratiques, alors qu'au Sénégal, n'existaient et n'existent encore que des cliques électorales.
Nous étions obligés de travailler contre notre conscience et nos convictions. Nous avions pensé que le peuple du Sénégal allait pouvoir liquider Senghor, qui, comme chacun le sait, est plus Français que le plus Français des Français.
L'élaboration d'une politique internationale, économique et sociale en Fédération du Mali allait être la source de l'aggravation des divergences déjà existantes.
- Les responsables de la République Soudanaise étaient convaincus que le «non-alignement» constituait une des meilleures garanties de survie et de développement harmonieux pour des pays jeunes. Ils pensaient aussi qu'il était nécessaire de liquider les excroissances nocives, les survivances du régime colonial dans le domaine économique et que par conséquent, à la formule d'exploitation étrangère jusqu'ici en vigueur, il fallait substituer l'exploitation par le peuple et au seul bénéfice du peuple !
La tâche consistait de ce fait à attaquer et à détruire toutes les séquelles du régime défunt : gabegie, contrebande, usure, mercantilisme, et toutes les tares d'un régime dont le pourrissement n'était pas notre œuvre, et que nous ne pouvions laisser persister. Il fallait que l'économie de la Fédération fût orientée vers le socialisme, ce qui ne convenait point à Senghor qui est d'essence occidentaliste et capitaliste.
La tâche pour nous était difficile, et seule notre volonté et nos convictions nous permettaient de la poursuivre. Mais c'est bien au cours du séminaire des jeunes et du congrès de l'U.P.S., section du Parti de la Fédération Africaine d'alors, que la tension fut accentuée et que nos adversaires rassemblèrent en hâte tous les matériaux qui leur semblaient nécessaires pour attenter mortellement à la vie de la Fédération du Mali.
Au cours de ces réunions des cadres d'un parti dont j'étais le secrétaire général, j'ai eu à développer devant les militants les positions du Parti face à l'indépendance, à l'africanisation des postes qui est une des garanties de l'indépendance réelle, face aussi à plusieurs autres problèmes communs dont une solution objective doit être la préoccupation de tous les États vraiment libres.
Cette mise au point devait accélérer le processus d'éclatement de la Fédération déjà préparé par la France parce que notre soutien à l'Algérie combattante était ferme ;
Notre orientation vers une économie socialiste, n'était plus un secret, de même que notre vœu de créer une zone monétaire africaine.
Vous connaissez tous, aujourd'hui, le « secret » de l'éclatement de la Fédération du Mali, de même que vous savez tous que cette Fédération n'a été qu'une union contre nature. ..
Vous savez, de ce fait, pourquoi nous avons tous retenu la date du 19 août 1960, parce que c'est à partir d'elle que nous sommes devenus nous-mêmes.
A présent, la République du Mali mène une politique conçue par notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., qui est l'expression de notre peuple.
Tout le monde sait que le Mali est indépendant, même ceux qui sont contre nous!
Nous continuerons d'aller de l'avant !
Il y en a qui vous ont dit, qui vous diront encore en cachette et avec un ton paternaliste :
- Vous ne pouvez pas vivre sans le Dakar-Niger, vous ne résisterez plus longtemps à ceci ou à cela, etc. !
Répondez-leur en leur démontrant (les faits sont là) que c'est bien le Sénégal qui ne peut pas vivre sans le Dakar-Niger.
La preuve a toujours été faite que notre pays se suffit à lui-même en matière de subsistance, mais on refusait délibérément d'y croire !
Que nous reste-t-il à faire ? C'est d'être vigilants ! Et ce, tant qu'il y aura des bases françaises à nos portes et notamment au Sénégal.
En effet, vous savez tous que la « mode est venue pour les capitaines, les colonels d'occasionner des incidents regrettables » qu'un gouvernement faible ne peut désavouer. . . Si vous tenez compte du fait que dans les bases françaises au Sénégal se trouvent des militaires évacués de la République du Mali, auprès d'un gouvernement dirigé par Dia-Senghor se débattant au milieu d'agents du 2e Bureau, vous vous ferez aussitôt une idée de l'importance de ce que je viens de vous dire.
II découle de ce qui s'est passé et de ce qui est présentement, que nous maintenons la rupture des relations économiques en souhaitant toutefois que le peuple du Sénégal, auquel nous n'en voulons pas, parvienne un jour à liquider ceux qui le persécutent et restent responsables de son isolement.
Ceci étant dit, cette conférence ayant été située dans le cadre qui lui est dû, voyons ensemble la situation au Mali depuis que nous sommes devenus nous-mêmes. Voyons ce que nous avons fait, comment nous l'avons réalisé ; voyons quels sont nos options et nos moyens, notre programme et nos potentialités militantes et morales. Voyons ce que nous sommes, ce que nous voulons être, ce que l'Afrique et les forces vives du monde attendent de nous.
Nos options, quel que soit le domaine considéré, sont claires, et depuis le Congrès du 22 septembre 1960, elles n'ont cessé de prouver au peuple du Mali et aux peuples du monde entier combien est forte l'Union Soudanaise et à quelle source intarissable elle puise son dynamisme.
Notre souci majeur a toujours été le renforcement de notre unité nationale, et la voie que nous avons choisie pour arriver à ce résultat est incontestablement la meilleure : elle est garantie par notre patriotisme et par notre ambition collective de bâtir et de consolider les structures de notre État, de satisfaire les aspirations de notre peuple.
Nous sommes partis du fait authentique qui veut que point n'est nécessaire de disposer d'une armée, d'une police, pour mater le peuple et en faire ce qu'on veut ! Au contraire, le Mali dans ce domaine, se distingue par le fait que, son peuple a appris à adhérer à la politique de son Parti national et à se mobiliser vite et bien, en tout temps et en tout lieu à ses mots d'ordre.
Notre option de politique générale, que notre peuple approuve, est le moyen qui permet au Gouvernement d'aller toujours de l'avant ; elle est l'arme efficace qui lui a permis de mettre en place les structures de décolonisation dont les résultats font aujourd'hui la fierté de chaque militant de l'Union Soudanaise.
Camarades, notre survie dépend de notre fidélité à nos principes qui ont donné en toute occasion, la preuve de leur solidité.
Aujourd'hui, plus qu'hier, et demain davantage qu'aujourd'hui, chaque militante, chaque militant, selon la conception que nous avons de notre indépendance, devra s'ériger en soldat.
Soyons toujours vigilants et disons-nous sans cesse qu'il est possible que parmi nous, il y ait des camarades qui "subissent nos méthodes" au lieu de reconnaître leur efficacité prouvée ; il est possible aussi qu'il en existe qui soient mécontents parce qu'ils n'ont pas obtenu telle ou telle place. Il est donc nécessaire que nous les décelions, pour les convaincre d'abord par la force de notre mansuétude et le cas échéant, par des mesures appropriées.
Camarades, notre survie dépend aussi du souci que nous aurons de la défense de notre intégrité territoriale.
Dans ce domaine, la lutte du peuple algérien que nous soutenons est un exemple typique, un symbole vivant de patriotisme.
Le peuple algérien vaincra, en dépit de la campagne d'atrocités et de diversions qui y est menée depuis plusieurs années.
Le Sahara algérien reviendra à l'Algérie, quoi qu'en veuillent décider les réactionnaires à partir de l'Algérie et aussi du Niger où des tribus touareg sont «poussées» à opter pour une République autonome !
La tactique est d'autant plus grossière et stérile qu'il n'y avait pas de territoire Saharien autonome. L'Algérie ne se laissera pas amputer d'une partie de son sol, pas plus que le Mali n'acceptera de l'être lui-aussi : nous défendrons notre territoire par tous les moyens.
Camarades, j'aborde maintenant le problème de l'Unité africaine. L'expérience du Rassemblement Démocratique Africain, celle du Parti de la Fédération africaine sont des exemples qui nous indiquent de ne plus accepter d'initiatives vers l'Unité, sans preuves irréfutables d'identité de vues avec des États qui en manifestent le désir (options politiques, économiques, culturelles et sociales). Nous acceptons la coopération avec tous, nous la pousserons avec tous jusqu'au niveau de la coordination entre nos organismes et ceux des États bien disposés à le faire. Il est bon de rappeler que dans ce domaine précis, l'exemple de l'Union des États Africains, celui des États de la Charte de Casablanca, constituent une preuve tangible de la volonté de nos peuples de s'unir et de poursuivre ensemble la lutte.
Concernant notre politique internationale, nous sommes farouchement anticolonialistes, ce qui explique et détermine notre solidarité à l'égard du peuple algérien et de son digne représentant le G.P.R.A. qu'on refuse de reconnaître et que l'on voudrait quand même obliger à parler au nom de l'Algérie, pour décider des statuts qu'on voudrait imposer à celle-ci ou trancher le problème du Sahara !
Devant de telles contradictions, on se demande si l'Afrique ne devient pas le dernier refuge de la morale universelle !
En effet, pourquoi « le monde libre » laisse-t-il massacrer les Algériens, les Angolais, les Congolais luttant au nom de la liberté ?
Quant à nous, nous ne jugerons pas les puissances en fonction du rapport de leurs forces, mais seulement - et seulement - selon la signification qu'elles donnent à la liberté. Nos amis seront ceux-là qui s'opposeront à la domination d'un peuple par un autre peuple ; nos amis seront ceux-là qui apporteront leur appui inconditionnel à la lutte de libération menée par les peuples opprimés ; nos amis seront ceux qui n'exigeront de nous aucune condition, qui ne nous demanderont pas de nous aligner sur telle ou telle position.
Nous coopérerons avec tous les peuples, mais surtout avec ceux qui nous reconnaîtront des droits et qui les reconnaîtront à tous les hommes dans tous les domaines.
A ceux qui prétendent que nous pencherons vers le communisme, vers le capitalisme, nous répondrons que nous ne considérons pas ces « mots en tant que mots simplement ", mais que nous jugerons et capitalistes et communistes en fonction strictement du comportement de chacun de ces tenants, envers nous, envers nos problèmes, envers nos aspirations.
Nous dénonçons, et combattrons à outrance le néo-colonialisme.
Le néo-colonialisme ? C'est pour un pays «indépendant» de se voir administrer indirectement par son ex-puissance colonisatrice, par l'intermédiaire des traîtres qu'elle a aidés à se hisser au pouvoir, et qui constituent désormais des remparts entre ce pays et l'extérieur.
Nous dénonçons non seulement le néo-colonialisme, mais nous dénonçons et condamnons aussi la tendance des puissances qui manifestent leur volonté de dominer politiquement et économiquement les États en voie de développement.
Nous dénonçons et condamnons l'impérialisme, pour le mépris qu'il éprouve à l'égard des hommes et des institutions qui se refusent à épouser son point de vue.
Camarades, en votre nom, j'affirme que notre neutralité n'est pas celle de l'homme qui regarde brûler la case de son voisin sans se déranger ; elle n'est pas celle du pays qui en laisse détruire un autre par un puissant du jour, sous prétexte que cela ne le regarde nullement. Notre neutralité n'est pas celle des « sans avis » sur le problème crucial du désarmement.
Pour nous, militants de l'Union Soudanaise-R.D.A., la neutralité c'est avant tout la possibilité de prendre position devant n'importe quel problème. Pour nous, aucun pays africain ne saurait être neutre à l'égard du problème algérien aucun pays africain ne saurait être neutre devant les drames tunisien et angolais.
Nous, de l'Union Soudanaise-R.D.A., nous sommes avec les peuples algérien et tunisien, contre la France ; nous sommes avec le peuple angolais contre le Portugal,- nous sommes avec le peuple congolais contre la Belgique.
En ce qui concerne le désarmement, nous serons d'accord avec la morale et la sécurité internationales. Notre accord sur un point quelconque avec un bloc quelconque, ne signifiera pas alignement sur ce bloc ; il sera plutôt l'effet d'un hasard qui concrétise une identité de vue sur un problème précis.
Notre neutralisme imprimera le cachet de notre appréciation même sur l'aide étrangère dirigée vers nous.
En tous cas, nous ne serons jamais neutres devant la lutte anticolonialiste. En tout état de cause, nous rappelons bien fort et bien clairement que nos options sont nettes. Elles nous ont valu des ennemis. . . Des pays voudront notre voix et tant d'autres choses encore !
D'aucunes puissances vont jusqu'à affirmer que notre pays, par sa position centrale, est devenu comme une «pomme de terre pourrie dans un sac», et songent dès lors à concevoir comment elles devront agir pour préserver ce qu'elles appellent des « esprits encore sains » contre le danger que nous représentons.. .
Tout cela, camarades, nous incite à la vigilance.
Notre point de vue est sans équivoque. Nous aiderons tous les peuples qui luttent pour leur liberté. C'est notre devoir ; mais ce devoir comporte des risques et certains camarades ne réalisent pas encore suffisamment la gravité de la situation résultant de nos options.
Je dis même qu'il ne faut pas écarter la possibilité des attentats politiques ! C'est pourquoi en ce moment, vigilance est synonyme de premier mot d'ordre du Parti et du Peuple.
Le mot socialisme effraie certaines conceptions. Il ne nous effraie pas, nous, car, nous savons que même en pays capitalistes, l'on ne saurait se passer de ce mot. Notre socialisme ne sera pas pour nous la manifestation d'une tendance à copier servilement ce qui se fait ailleurs. Ensuite, nous aurons toujours en tête la notion de nos réalités vivantes. Pour nous, une économie socialiste doit répondre d'abord à certains critères principaux :
- Contrôle efficace de l'Etat au niveau de la production et des échanges ;
- Suppression de l'anomalie que constitue l'importation de produits dont les homologues se trouvent chez nous ;
- Etatisation des secteurs vitaux ;
- Mouvement coopératif au niveau des secteurs de production et de consommation ;
- Etre maîtres du choix de nos investissements, de nos crédits d'investissement.
Nous imposerons des conditions à l'installation des industries chez nous, c'est pourquoi nous disons que nous devons être maîtres des crédits d'investissement. Cela nécessite évidemment bien du courage et de la fermeté.
D'ailleurs, penserons-nous un seul instant que les privés accepteront, dans les conditions que nous exigerons, l'installation d'industries ? Penserons-nous un seul instant que leurs gouvernements vont nous accorder des capitaux qui serviront à leur liquidation ?
Ne nous faisons pas d'illusion ! Nous serons aidés certes, mais disons-nous qu'un pays ne se construit jamais rien qu'avec l'aide extérieure, et soyons convaincus qu'un tel pays n'est jamais indépendant !
L'Union Soudanaise et ses militants savent depuis longtemps qu'un pays qui veut se construire affronte les difficultés, accepte les sacrifices, sinon il ne sera rien. Ces vérités sont bonnes à connaître, car jusqu'ici, nous n'avons pas encore pris toutes les mesures nécessaires au succès. Mais nous affirmons qu'elles seront prises, à l'heure convenue ! Elles le seront même à l'encontre de certains militants.
Nous avons un Plan qui vient d'être approuvé par l'Assemblée Nationale ; sa réussite dépendra de ce que nous serons maîtres de nos investissements. Pour sa réussite, des mesures ont été déjà prises ; d'autres le seront. Il nous faut gagner la bataille et nous la gagnerons.
Indépendamment de nos potentialités propres qui sont nos meilleurs atouts, nous avons envoyé des missions partout, sans distinction et, à ceux qui pourraient en cachette nous le reprocher, nous disons que dans le domaine des échanges économiques au moins, le principe de la « coexistence pacifique » a donné des preuves de sa réalité.
Nous ajoutons que pour nous, pays en voie de développement, il faut recourir à tous les moyens. Nous voulons faire comme les autres. Nous voulons nous développer et nous accepterions même l'aide du diable, à condition qu'elle respecte rigoureusement nos options.
Pour nous, il n'est pas question de revenir en arrière, un seul instant en arrière sur notre option.
Au contraire, il faut accélérer la marche, vite atteindre l'objectif dans le minimum de temps et avec le minimum de garantie.
Notre Assemblée a voté le Plan Quinquennal du Mali qui prévoit la mise en place d'industries de consommations (alimentaires, textiles, cuir, production de matériaux de construction, etc.).
Nous produirons tout ce que nous sommes en mesure de produire. Cependant, nous n'avons pas négligé le sous-sol ; mais il faut que vous sachiez tous qu'il est avant tout indispensable de faire vivre et d'habiller l'homme et trouver sur place certaines matières premières susceptibles d'occuper les industries que nous allons installer, avant de songer aux projets ambitieux d'industrialisation lourde.
Le Mali est indépendant, non seulement depuis un an, mais il le sera davantage encore dans les années à venir. Il a donné des preuves irréfutables de son indépendance et continuera à en donner. C'est ainsi que notre peuple et notre parti en ont décidé.
Dans quelques jours, se tiendra la Conférence des pays non alignés à Belgrade. Beaucoup de bruits circulent déjà autour de cette conférence. Ce que nous pouvons vous affirmer dès maintenant, c'est que la délégation malienne à cette conférence se déterminera clairement en votre nom sur tous les problèmes vitaux, à savoir :
- L'anticolonialisme ;
- Le désarmement ;
- Les essais nucléaires ;
- La paix mondiale ;
- La coexistence pacifique ;
- Le problème de Berlin.
Il ne s'agira pas pour nous de la création d'un troisième bloc, il s'agira pour nous d'affirmer en toute lucidité qu'aucun régime ne saurait être imposé au monde.
Nous ferons remarquer que le Tiers Monde peut et doit apporter sa contribution impartiale, dans la stricte objectivité, à la recherche des solutions aux problèmes qui concernent l'humanité entière.
Pour nous, il est clair que la paix internationale est la meilleure garantie de notre développement et nous ne manquerons pas de souligner notre déception de voir le désaccord grave existant entre deux blocs qui, hier seulement, étaient d'accord pour combattre le fascisme et l'hitlérisme. ..
Nous savons que ceux qui ont souffert de la guerre ne veulent jamais de la guerre ; nous savons aussi que ceux qui s'enrichissent de la guerre sont les seuls à vouloir de la guerre. La position du Mali sera nettement définie, à l'occasion de la Conférence de Belgrade. Cela lui permettra alors de voir avec qui la coopération sera encore possible.
Le Mali, territoire intérieur, avec ses positions objectives se créera fatalement des ennemis. Ces derniers feront tout pour que nous échouions, car ils savent que cet éventuel échec pourra être exploité. Nous en sommes conscients, c'est pourquoi nous disons qu'il n'est pas question pour nous d'échouer, car ce serait l'échec de toute l'Afrique et un soufflet à la morale universelle.
C'est pourquoi, camarades, nous ne devons plus raisonner en ramenant la situation à nous-mêmes, à l'échelle individuelle.
II y a trop à faire et il est nécessaire d'intensifier encore davantage le travail de masse. Les responsables devront multiplier les relations avec les masses, et en retour, celles-ci devront voir davantage mieux en eux des guides, des conseillers. C'est plus que jamais une impérieuse nécessité, qui permettra à tous d'apporter une contribution efficace à la construction nationale. Dans cette oeuvre gigantesque et exaltante, chacun de nous a sa part.
Les agents de l'Administration à tous les échelons, doivent être des éducateurs s'ils ont conscience de leur double rôle de militants et de responsables.
Il n'est pas dit que le Mali deviendra un jour, à la fois paradis et enfer pour des catégories de citoyens ! Nous nous souviendrons toujours que nous sommes les cadres d'un Parti dont les responsables ont été brimés par le régime colonial, ont couché par terre, circulé dans la boue, à pied, à vélo, pour apporter la bonne parole et donner le bon exemple dans les coins les plus difficilement accessibles du pays.
« De tels responsables ne devront jamais se trahir.. »
Avant de terminer, je salue :
- Les femmes auxquelles je demande de rester toujours les amazones vigilantes, gardiennes incorruptibles des vertus
du Parti et du Peuple :
— Les jeunes respectueux des mots d'ordre du Parti que j'exhorte à ne jamais se laisser gagner par le régime des facilités. Mes salutations vont également aux brigades de vigilance, aux milices populaires, au service civique rural, bref, à toutes ces organisations de jeunesse qui ont toujours accepté les sacrifices, dont les cadres sont appelés à assumer demain
les responsabilités qui incombent aujourd'hui aux aînés.
Agissez bien, vous jeunes, afin que demain le pays ne fasse pas appel à des cadres précocement pourris. Ne soyez pas brigadiers, seulement la nuit, soyez-le dans les bureaux, dans les ateliers. Exercez sans défaillance la mission qui vous est confiée. Dénoncez objectivement tout ce qui est suspect et antiparti, antipeuple, antimalien, anti-africain.
Sachez que nous avons des adversaires parmi les Maliens et non Maliens.
« Et si jamais vous avez le sentiment que vous êtes contrés dans votre tâche, adressez-vous au secrétaire général et président du Gouvernement.»
M'adressant aux vieux, partout sages en Afrique, je dis :
— Vos fils et votre peuple vous saluent, ils vous respectent et vous vénèrent parce que vous auriez pu vous désintéresser de l'avenir du pays en disant : « Ce n'est plus de notre âge ; nous nous tenons à l'écart... » - Sachez que notre reconnaissance va vers vous et nous vous demandons de continuer à prier pour nous, à nous aider par vos conseils éclairés.
- A vous, travailleurs, j'adresse le salut du Parti. Vous avez déjà fourni les preuves de votre fidélité à notre idéal et à notre peuple. Faites en sorte que cessent les calomnies que certains lancent à l'adresse du camarade fidèle au Parti et au Gouvernement. Ce camarade fidèle ne mérite pas qu'on le traite de « suiviste » ou de « conformiste ».
N'écoutez pas ceux qui vous disent qu'il « n'y a plus de syndicat » ou qui vous tiennent des propos antipatriotiques. Ce qui est vrai, c'est que nous ne sommes plus à l'ère des revendications stériles. »
La seule revendication valable aujourd'hui c'est l'aspiration pour chacun de nous à être le meilleur commis, le meilleur instituteur, le meilleur ouvrier, enfin, le meilleur bâtisseur de la nation malienne.
Ceux qui diffusent des idées subversives doivent être décelés et balayés du Parti.
Travailleurs, votre rôle est de dire votre point de vue partout où vous êtes, partout où vous serez ; cela est d'autant plus facile que vous êtes présents dans tous les organismes de l'Etat.
Vous, militaires, qui avez été comme nous à notre niveau, victimes de la dépersonnalisation, je suis certain que vous faites de notre armée une armée du peuple, qui sera toujours à côté du peuple.
A vous, anciens combattants qui avez libéré des peuples, aidé à libérer les peuples de ceux qui opprimaient votre pays, le Parti et le Gouvernement vous adressent leur salut ! Nous vous félicitons de votre contribution : faites tout pour que vive et prospère ce Mali que vous avez libéré, créé, qui est soumis aux regards amis et ennemis.
Militantes et militants, de toutes régions, anciens et nouveaux, continuez à ne voir que le peuple et le Mali ; travaillez pour la construction nationale et la coopération pacifique de notre peuple avec tous les autres peuples.
Sachez que celui qui ne fait rien ne risque pas de se tromper.
Ce qui compte, c'est le dévouement inlassable au peuple, au Parti, pour la garantie de notre succès. ..»

ALLOCUTION A LA CONFERENCE DES NON-ALIGNES A BELGRADE du 01/09/1961 au 06/09/1961

Monsieur le Président,
Excellences,
Honorables délégués,
Mesdames et Messieurs,


Je voudrais tout d'abord présenter mes compliments à l'ensemble des honorables délégués ici réunis pour participer aux travaux de notre conférence avec la foi inébranlable des pionniers de la paix et des bâtisseurs d'une véritable humanité faite de justice et de fraternité.
Vous voudrez bien me permettre aussi, j'en suis sûr, de remercier au nom de la République du Mali nos amis yougoslaves, leurs peuples, leurs dirigeants, pour le soin particulier et l'efficience dont ils ont fait preuve dans l'organisation de notre rencontre, la première dans l'histoire, à rassembler autant de chefs d'Etats et de gouvernements autour des problèmes internationaux. Cette chaleureuse hospitalité que nous n'avons fait que retrouver en l'espace de deux mois, l'organisation minutieuse des séances de travail méritaient à coup sûr d'être signalées.
Le Mali, qui a conquis son indépendance le 22 septembre 1960 s'est immédiatement déclaré ouvert à la coopération avec tous les peuples. Il a tracé et suivi scrupuleusement sa politique de non-alignement sur les deux blocs dont la rivalité menace la paix des peuples, notamment de ceux des pays dits neufs qui ont tout l'avenir devant eux. C'est pourquoi, pleins d'espoir pour l'avenir, nous nous sommes rendus à Belgrade laissant derrière nous les tâches urgentes de construction nationale.
Certaine presse, vous vous en souvenez, a tenu, dès le départ, à présenter notre réunion comme le prélude à la création d'un troisième bloc destiné à faire le contre-poids des deux groupes de grandes puissances. Le but visé était alors de dresser les » grands » du jour contre notre conférence ; d'autre part, en accréditant l'idée d'une troisième force, nos détracteurs tentaient de porter atteinte à notre propre politique, celle de non-alignement ; ce faisant, ils nourrissaient l'espoir d'isoler des autres pays du monde nos peuples, d'étouffer leurs espérances et de réduire les chances de l'avènement d'un monde de paix.
Si de telles entreprises de sape de notre conférence se sont soldées par un échec nous le devons à notre persévérance et à notre foi. Il y a lieu de s'en féliciter. Honorables délégués, notre volonté de réussir n'a pas fini d'être mise à l'épreuve. On ne construit pas, on n'innove pas dans la facilité, et ce n'est pas la première fois que nous nous trouvons confrontés avec des pressions extérieures de certaines puissances pour lesquelles la conférence devrait nécessairement constituer une tribune d'honneur pour leurs thèses.
D'autre part, nous ne devons pas nous constituer en juges suprêmes dans le conflit des blocs. A Belgrade ne devraient être jugés ni le bloc de l'Est ni celui de l'Ouest mais les incidences de leurs rapports sur la paix du monde. C'est cela que redoutent les fauteurs de guerre ; ce que ceux-ci craignent le plus, c'est que face à une idéologie fondée sur la lutte d'influence, sur la force, sur l'armement à outrance, sur les forces militaires, sur la conception, la mise en place, et peut-être demain la mise en action des bases militaires installées par certaines grandes puissances contre la volonté des peuples, la conférence de Belgrade ne définisse une philosophie de rapports entre peuples et entre nations, basée sur les principes généraux de justice et d'égalité, de respect réciproque, de coopération, de vraie collaboration entre tous les peuples et tous les pays.
A la politique basée sur les luttes d'influence nous devons opposer une politique de la main tendue pour un monde uni, pour une véritable fraternité entre les hommes sur la base de l'égalité des nations. Si nous voulons réussir, il nous faudra nécessairement nous rendre à l'évidence et œuvrer à émousser les armes des partisans de la violence et de la lutte armée. Il n'est pas malaisé de voir qu'après la force des armes, l'aide économique est le meilleur moyen de subordination dont disposent les grandes puissances. Il est plus que temps, à notre avis, d'œuvrer à doter l'O.N.U. de moyens lui permettant d'occuper la première place dans l'aide aux nations indépendantes.
Le problème à notre avis mérite votre honorable attention et pour atteindre nos objectifs une réforme de structures de l'organisation internationale s'avère nécessaire. La composition du Conseil économique et social, du Conseil de Sécurité doit être reconsidérée compte tenu de l'importance du nombre des État ayant accédé à la souveraineté internationale depuis la fin de la guerre.
D'autre part, il est impensable que dans un monde où la confiance semble exclue surtout entre les grandes puissances, il soit laissé à un seul homme le soin d'appliquer les décisions arrêtées. Il est donc indispensable, pour sa propre autorité et pour une question de garanties, que le secrétaire général ait des adjoints solidaires de lui dans l'exécution et le contrôle des décisions ; l'autorité de l'O.N.U., son audience auprès des jeunes États qui ne peuvent pas s'abriter derrière une puissance militaire est à cette condition. La force de l'O.N.U. résidera dans la définition et le respect d'une doctrine et de principes et non dans l'accumulation de solutions accidentelles ou circonstancielles.
L'O.N.U. doit être ouverte à toutes les nations, aussi l'admission de la Chine Populaire à l'Organisation internationale ne saurait être différée indéfiniment. Les pays non alignés devront conjuguer leurs efforts pour que la décision juste permettant à la Chine d'occuper la place qui lui revient de droit à l'O.N.U. soit prise lors de la prochaine Assemblée générale.
Nous voici donc réunis à Belgrade, à la conférence historique des pays non alignés, et je dois confesser que je préfère l'expression « non alignés » à celle de « non engagés ». Pour la République du Mali, le non-alignement est synonyme de dignité, de personnalité, et c'est pour cela que notre peuple qui n'a jamais rien épargné pour conquérir sa liberté refuse de se définir en fonction de tel ou tel pays, de tel ou tel bloc.
J'ai eu l'occasion de le dire partout, cela ne signifie pas que nous nous livrons à un jeu d'équilibre même momentané entre les grandes puissances car cette politique-là aboutit nécessairement à la perte de sa dignité, de sa personnalité, à la faillite. Le Mali n'a rien à voir avec un tel neutralisme qui refuse de s'engager même si l'objectivité, la logique et la morale l'exigent. Mais il est un autre aspect, positif celui-là, qui est le reflet de notre sens des responsabilités sur tous les plans et dans tous les domaines, c'est d'étudier tous les problèmes, d'avoir notre opinion, de la définir sans nous inquiéter qu'elle coïncide avec celle de l'Ouest ou de l'Est. Ce sens de nôtre responsabilité nous amène à une option entre les forces colonialistes et néocolonialistes et les peuples subjugués opteront entre les forces impérialistes et anti-impérialistes.
Oui, nous sommes engagés auprès des peuples qui luttent pour conquérir leur indépendance contre ceux qui les privent de leur liberté et exercent sur eux une répression sauvage, nous sommes engagés auprès de ceux qui considèrent que tous les peuples sont égaux, ont droit au respect contre ceux qui en sont encore à la théorie de la supériorité de certaines races, de certains peuples. Nous sommes engagés aux côtés de ceux qui s'évertuent à rechercher les conditions d'une paix durable contre ceux qui ne veulent de la paix que dans la mesure où elle assure leur suprématie dans le monde.
Nous ne nous alignons pas sur les positions définies par le bloc de l'Est ou par le bloc de l'Ouest, nous nous engageons dans l'action nécessaire pour le succès des principes qui doivent régir un monde civilisé se soumettant à une morale. Cette morale qui considère comme sacrée la liberté des hommes et des peuples et comme un crime abominable toute atteinte à cette liberté. Comme vous, nous ressentons chaque coup porté par le colonialisme à la liberté des peuples subjugués, plus singulièrement aux peuples d'Afrique. A tous ces peuples, nous continuerons d'assurer notre soutien actif et sans réserve jusqu'à la liquidation complète du colonialisme dans le continent africain.
Comme nous, honorables délégués, vous savez que c'est un problème non seulement de dignité mais aussi une question de sécurité pour les jeunes État indépendants. C'est pourquoi notre République continue d'appuyer par tous les moyens les frères algériens au combat pour leur indépendance et l'intégrité de leur territoire contre le colonialisme français, c'est pourquoi contre le colonialisme belge nous nous sommes rangés au côté de Patrice Lumumba et avons coordonné nos efforts pour la libération du Congo et son unité. Avec la même constance, nous sommes aux côtés de nos frères en Angola, au Mozambique, en Guinée « portugaise », dans tous les pays dépendants.
Notre conférence, à mon avis, n'a pas à hésiter un seul instant à leur apporter un soutien dans leur combat livré dans des conditions si difficiles. La meilleure contribution à la lutte de liquidation du colonialisme, c'est l'appui sans réserve aux mouvements de libération, c'est la reconnaissance de ces mouvements de libération. En agissant ainsi, nous demeurons fidèles à la charte des Nations Unies qui reconnaît à chaque peuple le droit de disposer de lui-même.
Par notre prise de position, nous rendrons nul et sans effet l'argument paternaliste des puissances coloniales qui justifient leur présence sur une terre étrangère par le manque de maturité des populations de celle-ci. Notre lutte contre le colonialisme ne tire pas sa source dans la rancune, elle procède de la volonté de mettre un terme à l'humiliation, à l'esclavage moderne, elle a pour finalité la libération de l'homme.
Les formes d'oppression sont variables, et Vos Excellences savent mieux que quiconque ce qu'est le néo-colonialisme. Il existe encore, hélas, des hommes et des gouvernements qui estiment les colonisés incapables de gérer leurs propres affaires. Il en est comme le Portugal qui osent proclamer que leur colonie est territoire national, il en est aussi qui défendent leurs prétendus droits sur le territoire algérien ou une partie du territoire indonésien, et l'exemple de Bizerte est là, défiant toutes les consciences et indicatif des véritables intentions des néo-colonialistes. Il administre aussi un avertissement à ceux qui ne croyaient pas encore au danger de la présence des bases étrangères sur le sol national. Algérie, Angola, Bizerte, pour ne citer que ceux-là, disent assez aux pionniers de la paix que sont Vos Excellences, combien il devient urgent d'en finir avec le système colonial. Vous êtes, Messieurs les honorables Délégués, des hommes de la paix, vous êtes donc des Croisés contre tout ce qui peut engendrer la guerre. Pour notre œuvre, la solidarité de tous les pays participants est nécessaire pour décourager l'impérialisme dans ses tentatives de domination en aidant à la conquête et au renforcement de l'indépendance des pays subjugués.
Voilà notre position. Elle est claire, elle nous commande de prendre nos responsabilités sur tous les problèmes qui nous seront posés conformément à la justice, à la morale internationale. Face à un problème précis, si nos positions par bonheur concordent avec celles d'un pays ou d'un bloc alors nous ne pouvons que nous en féliciter sans pour autant manifester le moindre complexe.
Il devient impérieux que notre conférence dise son mot et clairement sur les questions où s'opposent les deux blocs. C'est un cas dont la complexité n'échappe à personne. Je ne veux pas vous ennuyer avec les conséquences catastrophiques d'une prochaine guerre. Le problème du désarmement est un problème qui nous intéresse au même titre que les deux blocs ; il faut un désarmement total et général mais cela doit-il empêcher les grandes puissances de considérer comme positive toute solution partielle sur le désarmement, l'accumulation de solutions partielles n'aboutira-t-elle pas à force de patience à une solution totale ?
D'autre part, nous estimons qu'il est de première nécessité que les deux blocs ne soient pas toujours confrontés entre eux-mêmes car les négociations sont alors difficiles et longues, chacun s'attachant davantage à une question de prestige qu'à l'efficacité des discussions. Nous estimons donc que les débats sur le désarmement et tous les autres problèmes internationaux pourront être avantageusement menés par la participation active des pays non alignés.
Il existe un autre problème grave, dont le côté humain ne doit pas être négligé et qui crée un véritable cas de conscience avec la situation imposée en Corée, au Viêt-Nam et en Chine. Les peuples coréen, vietnamien, chinois et allemand aspirent à la réalisation de leur unité nationale. Pourquoi la parole ne serait-elle pas donnée aux peuples intéressés pour qu'ils engagent entre eux des négociations.
En vérité, cette procédure dans les circonstances actuelles serait une simple formalité quand on considère que les deux Allemagnes ont été réarmées par les deux blocs. Les peuples allemands, en acceptant de se réarmer, ont fait le jeu de ceux qui veulent les dresser les uns contre les autres, en frères ennemis.
La solution de leur problème peut être facilement trouvée par eux-mêmes : renonciation à tout pacte militaire, neutralisation totale par une démilitarisation complète, négociation pour chercher les conditions d'une réunification. Un autre aspect du drame allemand prépare la guerre parce que des hommes ont, les uns, choisi le régime capitaliste, et les autres, l'idéologie communiste. Ceci est d'autant plus inacceptable par nous qu'il y a des peuples asservis par le colonialisme qui n'ont pas le choix de leur système politique et social par le fait ou la complicité de certaines grandes puissances,
La paix ne sera pas pour autant garantie par un désarmement général, par une solution satisfaisante du problème allemand tant qu'en Asie et plus singulièrement en Afrique, des peuples, tenus en esclavage sur leur territoire et menant un combat libérateur contre des colonialistes, n'auront pas recouvré leur indépendance, car nous ne saurions continuer à nous contenter de protestations et de déclarations de solidarité.
Monsieur le Président, Excellences, notre conviction en la justesse du principe du non-alignement se raffermit de jour en jour. Plus il y aura de pays non alignés, plus grandes seront les chances de paix dans ce monde. C'est une raison suffisante à notre avis pour inviter les autres nations à renforcer nos rangs. C'est enfin pour nous, pour Vos Excellences, l'obligation d'oeuvrer à faire de notre rencontre un point de départ de la liquidation sans délai du colonialisme, un point de départ pour la paix et le progrès.
Monsieur le Président, Excellences, en nous réunissant à Belgrade grâce à la sollicitude de notre grand ami le patriote maréchal Tito, nous avons soulevé des montagnes d'espoirs, nous avons engagé des discussions sur des sujets graves, nous avons fait de grandes et pathétiques déclarations, nous voterons des résolutions de pays non alignés. Nous nous sommes engagés dans l'action contre le colonialisme sous toutes ses formes et pour la paix.
Dans deux semaines, à l'Assemblée générale des Nations Unies, nous serons confrontés avec notre engagement, avec nos consciences. Nos délégués suivant en cela les positions définies par la conférence historique de Belgrade devront sans faiblesse et dans la clarté se faire nos meilleurs interprètes, les meilleurs soldats de la cause de la paix et des peuples asservis. Ainsi et ainsi seulement, nous n'aurons pas déçu l'attente de nos peuples et de tous ceux qui auront suivi avec grand intérêt nos travaux.

DISCOURS PRONONCE AU MEETING CONSACRE AU PREMIER ANNIVERSAIRE DE LA PROCLAMATION DE L'INDEPENDANCE DE LA REPUBLIQUE DU MALI (22/09/1961)

Maliennes et Malien
Chers camarades,


II y a un an, jour pour jour, vous avez, dans l'enthousiasme, proclamé votre volonté de vivre dignes et libres ; le Congrès de notre Parti, appelé à statuer, honorant la mémoire de tous ceux qui ont versé leur sang pour que vive indépendant notre pays, a traduit une fois de plus dans les faits, les principes qui depuis leur naissance ont fait de l'Union Soudanaise-R.D.A. et de vous, Maliens, les ennemis implacables du colonialisme et les défenseurs acharnés de l'Afrique ; vous avez puisé vos forces dans la glorieuse tradition de courage indomptable, d'engagement sans recul, de dévouement sans réserve propres à notre peuple, pour réaliser, dans la totale abnégation, l'amour de votre frère, pour imposer à un monde où nous ne comptions pas que des amis, l'existence, l'audience, l'autorité morale de votre nation.
Mais vous avez surtout appliqué scrupuleusement les décisions de notre Congrès historique du 22 septembre 1960.
A l'heure des bilans et des espoirs projetés dans l'avenir, il est bon, il est réconfortant de constater la fidélité et la célérité avec lesquelles les Résolutions du 22 septembre ont été exécutées.
La tâche était difficile - à un pays comme le nôtre, de mener la seule politique internationale valable, celle du neutralisme positif, sans calcul ni marchandage - celle de neutralisme jamais équilibriste, du neutralisme vrai qui n'abdique jamais, et qui s'exprime sur chaque problème, avec la conscience aiguë de ses responsabilités et le respect de la morale internationale ; bref, celle de l'engagement sans alignement sur un bloc, contre les colonialistes, contre toute forme de domination étrangère.
Nous avons été le premier pays africain à être représenté auprès du Gouvernement légitime du Congo, vice-présidé par M. Antoine Gizenga.
Nous sommes solidaires de tous les peuples écrasés par le colonialisme et qui luttent pour se libérer du joug étranger. Cette solidarité africaine a été un des points essentiels des résolutions de notre Congrès.
Tirant les leçons du passé, nous avons œuvré inlassablement à la réalisation de l'union de nos Etats et à détruire les divisions artificielles. C'est ainsi que, fidèle à notre Parti, le Mali a envoyé des missions en Haute-Volta, en Côte d'Ivoire, en Guinée, au Niger, au Togo, au Dahomey, au Ghana, au Maroc, en Tunisie, en République Arabe Unie, en Libye, au Libéria, etc. . . En retour, l'honneur nous a été donné de recevoir sur notre sol des missions gouvernementales africaines diplomatiques, économiques, culturelles, sociales.
Soucieux de ne rien négliger pour développer avec les Etats voisins indépendants les liens de fraternité qui doivent être les nôtres, nous avons renforcé les relations diplomatiques déjà existantes.
Camarades, la coopération que vous avez recommandée a été instituée avec nos voisins et avec les pays frères d'Afrique. Chaque fois que cela était possible, le Mali n'a pas hésité à pousser à l'harmonisation et même à la coordination des efforts de nos pays dans le sens de la conquête ou de la consolidation de l'indépendance des jeunes État africains.
L'Union Ghana-Guinée-Mali est une réalité en Afrique occidentale, et la charte de Casablanca brise les barrières entre l'Afrique dite blanche et l'Afrique dite noire.
Nous pouvons donc affirmer que nous avons appliqué sans défaillance la politique de main tendue à tous les État frères désireux de se libérer totalement du colonialisme sous toutes les formes, et convaincus de la nécessité de réaliser l'union de tous pour l'avènement d'une Afrique telle que nous la voulons.
Sur la scène internationale, notre jeune République a fait son entrée et non des moins brillantes. Dès son admission à l'Organisation des Nations Unies, elle a joué le rôle que vous savez, honoré ainsi nos martyrs et fait la fierté de nos militants. A la pratique tortueuse dans les relations internationales qui fait taire ce que l'on pense et fait affirmer ce que l'on ne pense pas, que l'on appelle la diplomatie, nous avons préféré la définition claire et brutale de nos pensées et de nos positions, car pourquoi, dans ce domaine, faudrait-il encore imiter ? L'Afrique ne doit pas perdre sa franchise, son langage direct ; il faut qu'elle réhabilite la morale internationale compromise par la violation des principes ; il faut qu'elle apporte son cachet à la définition des rapports entre les État.
Notre Parti et notre Gouvernement ont adopté et suivi scrupuleusement la politique de neutralisme positif, refusant de faire du Mali un pion de tel ou tel bloc. Est-ce à dire que nous confondons dans notre politique de non-alignement ceux qui directement ou indirectement arment ou soutiennent les colonialistes qui massacrent des populations aspirant à la liberté, et ceux qui apportent un soutien moral et matériel aux mouvements nationalistes de libération. Ceux qui nous aident en nous imposant leur influence et en exigeant de nous d'être leurs satellites et ceux qui nous apportent leur assistance, sans conditions politiques parce que cela correspond à leur définition des relations humaines ? Non. Mille fois non.
Ceux qui, ici et là, parce que manquant de confiance aux valeurs africaines et inféodées à telle ou telle doctrine, ont tenté de nous faire dévier de cette ligne, se sont vite ravisés. Ils ont compris que la « satellisation » de notre pays est contraire à toutes nos traditions d'honneur et de dignité et ne pouvait se traduire que par notre dépersonnalisation.
C'est pourquoi, dès la proclamation de notre indépendance, nous avons échangé des missions avec les pays de tous les blocs, conclu des accords de coopération, établi des relations diplomatiques, accepté l'aide des uns et des autres sur la base du strict respect de notre indépendance et de notre souveraineté.
Quelle cruelle déception pour ceux qui rêvaient d'un isolement du Mali, que le spectacle de toutes les missions étrangères qui nous ont visité ou se sont installées ici !
Qui, mieux que nous, peut se vanter, après un an d'exercice de sa souveraineté, d'avoir fait entendre notre voix dans le concert des nations, sans trahir une seule fois les intérêts et les espoirs des peuples africains ?
Nous pouvons relever avec fierté la confirmation à Belgrade par les pèlerins de la paix de la justesse de notre ligne politique définie avec précision un an auparavant.
Nous avions dit - et nous l'avons prouvé - notre opposition à l'impérialisme. Pour nous, l'impérialisme, c'est cette volonté de domination qui fait qu'on ne croit valable d'autre civilisation que la sienne, d'autre régime politique et économique que le sien, c'est la mise en marche du processus de leur imposition à d'autres pays par la corruption, la subversion et la guerre ; c'est encore ce mépris voilé par un paternalisme outrageant pour les jeunes pays, qui n'admet pas que ceux-ci, sans tuteur, soient capables de se gouverner ; c'est, en résumé, cette volonté de placer d'autres pays sous son hégémonie. Ce n'est pas non plus du bout des lèvres que nous proclamons notre opposition au colonialisme. Le Portugal sait que nous sommes avec les combattants de d'Angola, où des frères sont massacrés par milliers, contre toute morale et uniquement parce qu'ils veulent être des hommes libres.
Les Algériens, au combat depuis sept ans, avancent chaque jour sur le chemin de la victoire. Cette guerre à nos frontières ne peut continuer de durer, car l'Afrique et les peuples du monde entier épris de justice et de paix sont avec le peuple algérien.
D'autre part, certaines leçons doivent être tirées des débats récemment survenus à l'O.N.U. au sujet de Bizerte, qui ont conclu à l'abandon et à la condamnation de la France par ses propres amis.
Il n est que temps de renoncer aux rancœurs et aux utopiques solutions de rechange, qui ne peuvent que précipiter la défaite. Il ne faut pas que la France sacrifie à la défense d'intérêts colonialistes, le capital de confiance et d'amitié dont elle a bénéficié dans le monde et même auprès de ses anciennes colonies. La partition de l'Algérie, la mise en place d'un gouvernement algérien fantoche lui feront perdre à jamais l'amitié du peuple algérien et de bien des peuples africains. Bao Daï n a pas empêché Dien Bien Phu ni le Glaoui la restauration de Mohamed V.
A cet égard, je ne puis ne pas songer à l'esprit d'à propos britannique qui a toujours su ménager partiellement le capital de confiance acquis dans ses anciennes colonies.
Toutes ces prises de positions réaffirmées par la rencontre de Belgrade n'ouvrent-elles pas des perspectives nouvelles au seuil de l'an II de la République du Mali ?
C'est avec une fermeté toujours accrue que nous resterons fidèle à notre politique de non-alignement. Notre attitude sur ce point est d'autant plus juste qu'elle constitue la seule base susceptible de sauver l'Afrique de la guerre froide, de mettre un terme au processus de sa division qui dessert les Africains au profit des colonialistes et des forces impérialistes.
C'est là une des raisons de renforcer de plus en plus la coopération entre Etats africains, coopération qui aboutira à la liquidation définitive du colonialisme et de l'impérialisme ; à cet égard, l'Union des État de l'Ouest africain, avec nos frères du Ghana et de la Guinée, instrument incomparable au service de la cause africaine, continuera de faire l'objet de nos soins tout particuliers. Notre comité de liaison avec nos frères d'Algérie, du Maroc et de la République Arabe Unie, qui va s'installer à Bamako, contribuera de manière efficace à la consolidation de nos indépendances et à la libération de l'Afrique.
Le Mali demeurera cependant fidèle à sa politique de coopération avec tous les pays sans exception, c'est-à-dire même avec la France.
Nous ne faisons pas de l'anti-France, nous n'existons pas en fonction de qui que ce soit, nous nous refusons à ce sentimentalisme exagéré qui, en la circonstance, n'est que puérilité indigne du peuple mûr et fort qu'est le nôtre. Aujourd'hui que la France a évacué ses bases militaires installées chez nous, que notre indépendance a trouvé son couronnement, nous sommes prêts, en peuple souverain, à poursuivre la normalisation de nos rapports avec la République Française, et cela dans tous les domaines.
Camarades, un tel acquit sur le double plan de la souveraineté nationale et internationale est le fruit des efforts inlassables des militants du parti et du gouvernement.
Sous l'impulsion de notre Parti, le gouvernement a procédé à l'organisation administrative, il a créé les conseils de village, des arrondissements, des cercles et des régions où par la tenue des conférences régulières, le paysan malien participe à la discussion et à la gestion des affaires publiques ; nos populations rurales, rapprochées de l'administration, accusent aujourd'hui une prise de conscience de plus en plus nette de nos problèmes.
Une telle structure administrative a permis de recueillir des résultats encourageants dans la diffusion et la connaissance des mesures édictées par l'Administration. Onze nouveaux bureaux de poste sont en création et des liaisons directes ont été établies avec Ouangolodougou (Côte d'Ivoire), le Ghana et le Maroc.
Dans le domaine judiciaire, nous avons doté la nation d'un appareil judiciaire simple et souple pourvu de moyens matériels adéquats, permettant de rendre aisément la justice en la faisant plus proche, plus compréhensible aux justiciables, afin que les sentences conservent leur plein effet. Désormais, le magistrat n'est plus un citoyen hors de l'Etat, le pouvoir judiciaire ne peut plus être considéré en rival de la puissance publique dont il est partie intégrante. Magistrats et service judiciaire sont au service du pays ; leur mission est de sauvegarder les droits des individus de ceux de l'Etat. La Cour suprême (homologue de la Cour de Cassation) avec une section judiciaire et une section administrative, la Cour d'Etat comprenant une section constitutionnelle, une section du Contentieux et une section des Comptes, ont été créées.
Un certain nombre de textes importants ont permis de réaliser la suspension des dispositions du décret foncier du 26 juillet 1932 pour éviter la spoliation des immeubles par les établissements de crédit. L'organisation judiciaire du Mali, le Code pénal malien, le Code de procédure civile et sociale, l'Assistance judiciaire ont déjà vu le jour. Un projet de loi sur le mariage et la tutelle est déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale. Il s'agit en l'espèce de faciliter les conditions de mariage, de rendre celui-ci plus stable, tout en protégeant la femme. Dans l'éducation, notre bilan d'un an est encourageant. Sans compter les classes construites par les populations rurales, nous avons ouvert 167 nouvelles classes dont 36 de 6e, nous avons créé 13 centres d'alphabétisation. Des 6es d'orientation permettent de tenir compte tout à la fois des besoins en cadres de la nation et des aptitudes des élèves.
Le Collège des filles est transformé en lycée, ce qui ouvre une ère nouvelle dans la promotion de la femme, nos filles pouvant désormais continuer dans le cycle long et accéder aux cadres supérieurs de l'Etat. Dans un but d'ouverture vers les écoles supérieures techniques, le Collège technique devient Lycée technique ; enfin les cours complémentaires seront érigés en collèges modernes. L'Ecole normale de Katibougou a été réouverte.
Dans le processus de la décolonisation, la réforme des programmes est complète dans le premier degré et bien amorcée dans le second degré. Elle consiste tout en respectant le caractère universel de la culture, dans l'adaptation de notre enseignement aux besoins de notre pays en partant des données locales et dans la destruction de l'esprit d'abdication et de renoncement cultivé par le système colonial.
La formation des cadres se poursuit et 230 boursiers sont envoyés à l'extérieur pour diverses études ou pour leur formation (Allemagne Démocratique, Allemagne Fédérale, France, Grande-Bretagne, Maroc, Pologne, Tchécoslovaquie, U.R.S.S., U.S.A., Yougoslavie, etc.). Cette formation diversifiée satisfera notre besoin en cadres mais présente des inconvénients que nous entendons annihiler par la formation sur place, en Afrique, de nos cadres.
Dans le domaine de la protection sanitaire de la population, l'hôpital régional de Ségou a été ouvert ainsi que les centres dentaires de Mopti, de Gao et 18 dispensaires de villages ou d'arrondissements avec logements construits par investissements humains. L'hôpital du Point G et celui de Mopti ont été agrandis. De sérieux efforts couronnés de succès qui d'ailleurs seront accrus ont été déployés en faveur de la médecine de masse et de la prévention sanitaire, de la formation des cadres médico-sanitaires : 85 bourses sont attribuées ou en voie de l'être. Il n'est pas superflu de rappeler la création de l'Ecole des infirmiers, infirmières et assistantes sociales.
Aucun secteur de l'activité nationale n'a été omis. Le Conseil supérieur de la Fonction publique a été créé. Un certain nombre de textes permettent déjà de remettre de l'ordre dans les salaires et régleront sous peu, après le statut général de la Fonction publique, les statuts particuliers du personnel de l'administration générale. La protection des vieux travailleurs, la mise en état du Code du Travail pour l'adapter à nos données locales, font l'objet de textes qui sont à l'étude. Des coopératives ouvrières ont permis de réduire considérablement le chômage. Nous avons participé à toutes les rencontres internationales sur le travail.
L'organisation de la jeunesse a été un chapitre très important de notre activité gouvernementale de politique.
Après l'éclatement de la Fédération du Mali, le Congrès extraordinaire du 22 septembre 1960, par son contenu révolutionnaire tant sur le pian politique qu'économique, venait de faire de la République du Mali un Etat véritablement souverain, indépendant de toute influence étrangère.
Pour que cette option courageuse puisse triompher des difficultés internes et externes nées de la nouvelle orientation du pays, il fallait nécessairement un support populaire et dynamique prêt à tous les sacrifices. Ce support c'était le Parti et essentiellement sa jeunesse. C'est pourquoi immédiatement après le Congrès du 22 septembre, le gouvernement, sous l'impulsion de la jeunesse unique du Parti, a entrepris un vaste travail de réorganisation des activités de la jeunesse.
Dans le domaine sportif, sa première préoccupation fut de développer les sports dans la République en procédant à la constitution, au niveau de la nation, des fédérations. Depuis le 22 septembre 1960, huit fédérations : celles de football, de basket-ball, de volley-ball, d'athlétisme, de cyclisme, de boxe, de judo, des sports nautiques, ont été mises sur pied.
Elles sont affiliées à leurs homologues sur le plan international permettant ainsi de nous affirmer.
Au niveau des six régions économiques, les fédérations contrôlent des ligues régionales et 22 districts au niveau des cercles. Cette réorganisation a permis d'intéresser plus de 30 000 jeunes aux différentes activités sportives.
Fidèle à l'un des objectifs du Mali, celui de réaliser l'unité africaine et d'entretenir des relations avec tous les peuples sans exclusive, nous avons constitué des équipes nationales ; celle de football a participé à huit rencontres internationales depuis le 22 septembre dernier : Ghana, Nigeria, Ghana, Côte d'Ivoire, Tchécoslovaquie, Guinée, Haute-Volta aller et retour. Elle effectue en ce moment une tournée qui la conduira en Union Soviétique, en Hongrie et en Tchécoslovaquie.
Les équipes de volîey-ball, d'athlétisme, de boxe et de basket-ball ont participé à une rencontre internationale contre la Guinée.
Cette organisation sportive, pour être valable, a besoin d'un encadrement qualifié et suffisant. Aussi nous avons organisé au Mali des stages d'entraîneurs, dirigés par des spécialistes étrangers. Ce qui nous a fourni 130 entraîneurs de football, 90 entraîneurs d'athlétisme, 15 de volley-ball. Ces stages de premier degré ont eu lieu dans chaque chef-lieu de région.
5 stagiaires de 2e et de 3e degrés ont été formés en Tchécoslovaquie, 4 en Allemagne Démocratique, 9 en Union Soviétique, 24 athlètes sont en France depuis le 15 septembre pour un stage de trois semaines.
En ce qui concerne les cadres supérieurs, deux étudiants sont en Allemagne Démocratique et deux en Union Soviétique pour faire le professorat d'éducation physique.
L'équipement sportif qui constitue la cheville ouvrière de toute activité sportive a été entrepris dans toute la République.
Avec la participation des jeunes en investissement humain, un stade omnisport a été construit à Gao pour la somme de 4 millions, le coût technique d'un stade est de 12 millions. Un autre stade omnisports est en chantier à Kayes et à Mopti.
Le stade Mamadou Konaté à Bamako, les stades municipaux de Sikasso et Ségou ont été aménagés en terrain omnisport. Dans chaque cercle les jeunes ont aménagé des terrains de sport. Un stade a été entièrement construit à Koutiala par la jeunesse.
L'ancienne pratique qui consistait à laisser aux institutions privées l'initiative de doter les organisations sportives en coupe a été complètement rénovée. Toutes les Fédérations sont dotées de coupe par les institutions de notre Etat.
Dans le but de faire revivre notre art, notre culture, notre science, il a été constitué, au sein de chaque section de la jeunesse, une troupe théâtrale et folklorique et un orchestre. Les meilleurs acteurs de ces troupes constituent en ce moment la troupe nationale qui vient d'effectuer sur invitation, une tournée triomphale dans les démocraties populaires et au Maroc, démontrant ainsi la valeur de notre culture discréditée depuis 80 ans.
Un orchestre national exécute les rythmes maliens et africains. Il initie les jeunes amateurs à la musique. Dans le cadre de la détection des talents littéraires, un concours dans le domaine des lettres et de la recherche historique a été ouvert, près de 500 candidats ont participé à ce concours.
Une section de recherches scientifiques appelée « jeune science », est constituée au niveau de la nation, elle a ses branches dans tous les comités de jeunes, pour la collecte des traditions historiques orales et scientifiques.
Pour les activités dirigées et de plein air ont été formés :

49 cadres pionniers garçons ;
45 animateurs de foyers et centres d'éducation populaire ;
41 animateurs de cinéma éducateur ;
38 directeurs de chantiers de jeunes :
61 moniteurs de camps de pionniers ;
55 directeurs et économes de collectivités de jeunes ;
39 cadres filles pionnières dont 5 Guinéennes ;
30 chefs de camps du Service civique ;
60 agents techniques du Service civique ;
60 instructeurs du Service civique ;
9 cadres supérieurs formés à l'étranger.
Et ces cadres qui dirigent plus de 20 000 pionniers, se retrouvent dans toutes les sous-sections de la jeunesse auprès desquelles ils dispensent ce qu'ils ont appris par elles et pour elles.
Projection de films éducatifs, conférences sur des thèmes définis en vue d'une large information de la masse, cours d'alphabétisation organisés par les jeunes au profit des masses, cercles d'études, manifestations récréatives, telles sont les principales activités de nos 34 centres d'Education populaire équipés d'appareils de projection. Les centres de Kayes, de Sikasso, de Mopti et de Gao, au niveau des régions sont érigés en centres-pilotes d'Education populaire où les animateurs déjà formés dans des centres ordinaires et des foyers des jeunes viennent se réimprégner au moins une fois par an. Ils sont au niveau des régions ce que la Maison des Jeunes est au niveau de la République : Centre d'Education et de Culture populaire, Centre de Formation et de Réimprégnation.
Le mot d'ordre de construction des foyers a été suivi avec succès au niveau de chaque arrondissement, l'année de l'indépendance a vu naître avec les investissements humains, plus de 25 Foyers dont 12 équipés.
Le Mouvement National des Pionniers a permis d'organiser des camps de vacances : cette année au niveau des six régions, 400 pionniers, filles et garçons, dont 12 de la Guinée pour 250 en 1960.
Ces camps ont été encadrés par 58 cadres : directeurs administratifs, directeurs pédagogiques, économes, monitrices et moniteurs de camps de pionniers.
Depuis le Congrès du 22 septembre 1960, l'ambition de la Jeunesse étant d'édifier un Mali pleinement indépendant où la faim et l'ignorance seront éliminées, notre peuple a salué l'institution du Service Civique, une des institutions qui entrait dans sa phase active dès janvier 1961 avec 1 560 recrues réparties dans 30 camps.
C'est ainsi que, répondant à notre souci d'auto-défense, nos jeunes, aussitôt incorporés, furent soumis à une formation de base intensive qui leur permet à l'heure actuelle de se mobiliser sans complexe, et, certes, avec la même efficacité auprès de leurs frères de l'armée régulière pour déjouer toute agression contre l'intégrité du territoire. Cette formation a par ailleurs fait tache d'huile dans certains milieux urbains et ruraux où les camus, se substituant à de véritables écoles militaires, assurent l'instruction des Milices populaires et des Brigades de Vigilance.
A côté de cette activité a pris corps l'éducation populaire et civique. En effet, l'alphabétisation à laquelle s'est attaqué dès les premières heures l'encadrement civil, voit augmenter chaque jour, au-delà des camps, ses auditeurs au devant desquels nos instructeurs, conscients de l'importance de leur mission, n'hésitent pas à se porter, les soirs dans les hameaux et villages de culture ; ils informent périodiquement les comités de Jeunes de la vie politique du pays.
Le Service Civique aide à l'éducation sanitaire des villages, en invitant les habitants à l'hygiène, désherbant et nettoyant ruelles et alentours des villages, désinfectant ou vidant eaux stagnantes, en un mot leur offrant un cadre de vie saine et agréable.
D'autre part, afin de réhabiliter le patrimoine culturel, les jeunes des camps et ceux des villages excellent, en séances communes, dans l'art de la chorégraphie, renforçant ainsi les liens de fraternité et de compréhension mutuelles des couches de la société.
Et pour contribuer au renouveau du paysannat, ils se font les guides éclairés de leur frères par l'entretien de champs communs de mil, riz, maïs, arachide et coton couvrant des centaines d'hectares de terres. A cet effet, les camps de San et de Sikasso sont des exemples qu'on ne saurait passer sous silence.
Dans les travaux d'intérêt public, notre concours qui se concrétise par la présence de 200 jeunes sur le chantier de la route Kayes-Guinée depuis le début de juillet, la réfection de la route de Kangaba par les jeunes du camp de N'Tomikorobougou, celle de la route Gao-Bourem et Bourem-Bamba par ceux de Gao, la réalisation d'une digue à Pétékélesso et la construction des logements des Gardes Républicains à Nionsombougou n'est qu'une touche au vaste programme de la jeunesse pour l'utilisation des forces vives et enthousiastes.
De plus ce sont nos jeunes qui assurent depuis la reprise du trafic fluvial le service d'ordre dans les ports et le contrôle des amphibies sur les parcours Bamako-Siguiri et Koulikoro-Gao, et que c'est grâce à leur dynamisme et à leur enthousiasme que 16 000 tonnes d'arachides exposées sur les quais de la gare ont pu trouver un abri certain dans les différents magasins de la SOMIEX.
Dans le domaine financier, notre action s'est également portée sur l'élaboration des lois et décrets sur le règlement financier, la réorganisation des divers services et la décentralisation de certains services, en particulier, le Service des Douanes par la création de postes nouveaux permettant ainsi le contrôle très étroit de la matière imposable.
L'évacuation de nos produits a été facilitée grâce à l'amélioration et à l'extension de notre réseau routier, au renforcement et à la construction de ponts. Le bitumage de la route nationale Bamako-Ségou est terminé ; notre plan prévoit la création d'un ensemble routier et ferroviaire permettant la liaison facile et en toute saison des diverses régions de la République. Dans les régions relativement défavorisées dans le domaine de l'approvisionnement en eau, 96 puits étaient en chantier, sur lesquels 65 sont en service.
Les grands centres n'ont pas été négligés et à la fin du plan, nombre d'entre eux auront l'eau courante et seront électrifiés. L'habitat ne sera pas en reste dans le développement économique du pays. Enfin les recherches minières qui occupent une place de choix mobiliseront des sommes considérables.
L'intérêt tout particulier du Parti et du Gouvernement pour le secteur rural et pastoral en raison de son importance dans le développement économique de la République a suscité un vaste mouvement de retour à la terre, et il n'est pas rare d'assister les samedis après-midi et dimanche à un exode des populations urbaines vers la campagne. La recherche agronomique a été remise en honneur et les résultats obtenus (coton, arachide, riz, etc.) sont très positifs. Des kilomètres de digues ayant nécessité plus de 400 000 mètres cubes de terrassement avec la participation des populations ont permis de rendre cultivables plus de 20 000 hectares de terres rizicoles. D'autre part, 7 000 hectares sont en voie d'aménagement et plus de 15 000 hectares sont à l'étude. En vue de pouvoir exécuter les objectifs du Plan, le Gouvernement continue à former des conducteurs et des moniteurs d'Agriculture. La formation professionnelle des jeunes paysans est assurée par les Écoles saisonnières d'Agriculture créées dans les zones d'encadrement rural. La construction de 50 écoles saisonnières est projetée.
L'organisation rationnelle de la pêche fait l'objet d'études très poussées. D'autre part, la campagne du Parti et du Gouvernement contre les feux de brousse a été menée de front avec celle de la refôrestation par des essences utiles comme l'anacardier, le teck, etc. Constituant la clé de voûte de toute notre politique agricole, la vulgarisation a été reprise dans ses conceptions et ses méthodes par la création du Service d'Action rurale. Dans le domaine de l'Elevage il s'agit de protéger efficacement notre cheptel (4 millions de bovins, 8 à 10 millions de moutons et de chèvres) contre les grandes affections qui le menacent actuellement, contre le manque de pâturage et la sécheresse.
C'est ainsi que 12 postes et parcs de vaccination ont été construits ou sont en cours d'achèvement, que 96 puits sont en chantier, que des mares ont été creusées (plus de 70 000 mètres cubes de terre enlevée). L'amélioration de l'élevage (bovins et volailles) se poursuit au centre de Sotuba qui assure en outre la vulgarisation de nouvelles races.
Afin d'éviter les fluctuations saisonnières dans l'approvisionnement des grands centres de consommation et assurer une exportation rationnelle de la viande de bonne qualité, de vastes ranchs d'embouche sont prévus. Le premier, celui de Niono, pourra abriter 12 000 têtes de bovins.
L'information n'est pas en retard. Le poste émetteur de 50 kw fonctionne. Il sera renforcé par deux postes de 100 et 150 kw et des postes régionaux. Des prospections sont en cours pour livrer à la population rurale des récepteurs à bon marché. Grâce à l'Office Malien du Cinéma, nous exploiterons des films loués ou réalisés par nos services. Il faut que chaque citoyen et chaque citoyenne du Mali puissent être amplement informés sur leur pays, sur l'Afrique et le Monde. De tels résultats stimulent chaque militant, surtout les jeunes dont nous saluons l'action, que nous invitons à redoubler d'efforts et à entreprendre ou poursuivre l'éducation de la femme malienne, à œuvrer à la réduction plus accentuée des vols, de la délinquance juvénile, et à mettre un terme à la dégradation des mœurs.
Dans le domaine de la Sécurité, il vous a été loisible de constater que notre Service de Sécurité est organisé selon les normes modernes ; notre armée avec ses diverses formations spécialisées, dotées d'armes conventionnelles modernes, entraînée, fait notre fierté par son allure et son esprit.
A l'An I de notre indépendance, notre Parti et notre Gouvernement, malgré les nombreuses préoccupations, inscrivent déjà à leur actif, bien des victoires dans le domaine économique.
Mais ce sera toujours notre grande fierté, d'avoir procédé à la liquidation des structures coloniales par la conception, l'installation, et la mise en route des Sociétés de l'Etat, dont l'irremplaçable SOMIEX qui fonctionne à notre entière satisfaction, Énergie Mali, Société d'Equipement du Mali (S.E.M.A.), Société Nationale d'Entreprise et des Travaux Publics (S.O.N.E.T.R.A.), Entreprise Malienne de Menuiserie, de Construction et d'Outillage Mécanique (E.N.C.O.M.), Bureau Minier, Régie des Transports du Mali (R.T.M.), Compagnie Malienne de Navigation, Société Nationale Air-Mali, Pharmacie Populaire, Banque Populaire du Mali, Office des Céréales, Office Malien du Cinéma, etc.
Il me faut rappeler que la commercialisation de nos produits a été réalisée par des fonds publics. C'est un des aspects du contrôle de l'Etat sur notre commerce intérieur et du monopole étatique pour nos exportations en direction de toutes les zones monétaires, les pays socialistes compris.
Avec l'appui de toutes les autres Sociétés Nationales, l'approvisionnement du pays en besoins de tous genres se trouve assuré à des prix inférieurs à ceux pratiqués il y a un an.
Ne voilà-t-il pas la meilleure réponse à ceux qui pensaient à l'étouffement de notre économie ? Ils reviendront de leurs rêveries, tous les ennemis de notre Mali, lorsque nous aurons atteint les objectifs de notre plan quinquennal, que partout auront surgi nos industries de transformations de matières premières, nos fabriques de matériaux de construction, et que, par la poursuite de la prospection minière, notre sous-sol aura révélé toutes ses richesses.
Dans une telle perspective, nous veillerons avec un soin particulier à l'orientation de nos Sociétés d'Etat vers une gestion autonome avec une autorité large et croissante du personnel, pour les préparer à un régime d'autogestion dont le succès ne peut être assuré sans l'indispensable effort d'éducation des travailleurs. J'invite les syndicats à entreprendre dès maintenant, ce travail, d'autant plus que les travailleurs réaliseront que leur maintien dans leur travail, la satisfaction de leurs droits, la conquête de nouveaux avantages, seront fonction du bon fonctionnement et de la prospérité de l'entreprise. Une telle conception du rôle des travailleurs ne souffre pas de violation dans la période de construction socialiste de notre économie. Les périodes à venir devront donc accuser, de façon incontestable, une plus grande prise de conscience, un sens aigu des responsabilités des travailleurs dans la prospérité de nos entreprises. Maliennes et Maliens,
Votre conscience nationale a permis une multitude de victoires de la nation dans tous les domaines. Un développement de cette conscience de vos responsabilités et de votre patriotisme s'impose et vous les traduirez dans les investissements humains par une vigilance jamais en défaut, comme nos femmes militantes, notre ardente jeunesse et nos vieux, au patriotisme inégalable nous en donnent l'exemple.
Dans la marche en avant, pour le renforcement de l'unité au sein de notre Parti, les responsables à tous les niveaux doivent faire preuve d'une grande vigilance, ils doivent éviter à tout prix de se laisser gagner par l'appât du gain et du luxe ; leur devoir est de fuir la facilité et l'embourgeoisement progressif des mœurs. Le fait de rouler en Vespa ou même en voiture, d'être bien logé, ce n'est pas cela la bourgeoisie. La bourgeoisie, c'est l'état d'âme qui fait qu'on se complait dans la béate satisfaction de ses besoins avec un égoïsme qui rend insensible à la souffrance de ses voisins et du peuple. C'est pour cela qu'il est indispensable de garder les habitudes de militants en restant soudé aux masses ; il faut continuer, le dimanche, à fuir les cercles autour du verre et aller à son champ, à son jardin, à sa petite ferme, etc...
Vous devez accentuer dans tous les secteurs la lutte implacable contre les mauvais agents, qui veulent masquer leur incapacité en se réclamant de telle ou telle relation.
Des mesures de rigueur seront prises contre les chefs de service ou les cadres qui fuient leurs responsabilités et couvrent l'incapacité, la malversation ou l'inconduite de leurs subordonnés, par crainte des relations de ceux-ci. Nul n'ignore que dans ce domaine, les responsables bénéficient de mon appui total, de celui constant du Parti et du Gouvernement; ils peuvent me saisir directement en tant que secrétaire général du Parti, de leurs difficultés après avoir épuisé tous les moyens de persuasion et toutes les procédures normales. Ils peuvent être assurés que personne ne sera à l'abri de sanctions méritées.
Nous entrons dans la deuxième année de l'indépendance, année des mesures de socialisation de notre économie et d'indépendance économique. Notre marche est irréversible ; tant pis pour ceux qui seront essoufflés. Ils n'encombreront pas notre chemin.
Un pays comme le nôtre qui, en si peu de temps, s'est taillé l'audience à l'extérieur que vous savez, ne peut s'attarder sur sa route. Notre marche ne sera pas ralentie par les timorés, les hésitants, ni précipitée par les impatients. Les mesures progressives de socialisation seront prises au moment que nous aurons choisi après avoir réuni toutes les conditions du succès. Rien de plus grave pour un jeune pays que brûler des étapes indispensables pour être forcé par les réalités qu'on avait surestimées à faire marche arrière. Temps et efforts perdus, espoirs déçus. Le bilan négatif est important.
C'est l'occasion pour nous de féliciter ici chaleureusement tous nos représentants à l'extérieur qui, dans des conditions souvent difficiles, ont assumé leurs responsabilités, grâce à leur esprit d'initiative et leur sens de l'opportunité.
Il faut reconnaître que s'ils n'ont pas toujours compris certaines mesures, leur confiance totale et sans limite au Parti et au gouvernement les a guidés dans leur travail. Ils ont compris que pour faire connaître leurs pays, le recours aux brochures ou aux prospectus était insuffisant. Ils se sont fait le devoir de demeurer l'image fidèle du Malien, hospitalier, courtois, franc et avisé.
Notre pays sera connu à travers le soutien apporté aux mouvements de libération des peuples colonisés, le digne comportement de notre presse vis-à-vis des jeunes pays africains.
L'Algérie, l'Angola, le Mozambique, l'Afrique Centrale et d'Afrique du Sud sont le théâtre d'événements qui dictent aux grandes puissances la nécessité d'assurer dans les faits le respect du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et la liquidation immédiate du colonialisme. Le respect intégral du droit des peuples à choisir le régime politique, économique et social qui leur convient, mettrait un terme à la guerre froide et assurerait au monde une paix durable.
Dans la crise grave que traverse l'humanité, le Mali en appelle aux grandes puissances ; elles doivent placer au-dessus de leur lutte d'influence dans la conquête du monde, les intérêts des peuples assoiffés de paix. Elles doivent rechercher, par la voie des négociations, des solutions pacifiques à tous les problèmes qui angoissent le monde et toute solution permettant de faire un pas de plus vers le maintien de la paix devra être retenue.
Maliennes et Maliens,
Ce qui est déjà accompli, à force de foi, est considérable. Aucun peuple ne se construit dans la facilité et par le maintien, après l'indépendance, des structures du régime colonial.
A ce titre, vous avez démontré que le Malien sait être courageux et même audacieux. La victoire est à ceux qui osent.
La lutte a été âpre. Les efforts de l'ensemble du Parti ont assuré la victoire. Les bras des millions de Maliens ont fait une moisson heureuse, dans les campagnes et dans les villes. L'indépendance politique a été totalement réalisée.
L'an II sera l'année de notre élan vers l'affirmation de notre autorité morale sur le plan international et de la conquête de notre indépendance économique.
C'est avec confiance que nous abordons cette nouvelle étape.
Il nous faut réussir. Nous réussirons « In Challah » parce que le Mali ne périra pas, parce que nous voulons être les dignes héritiers de nos ancêtres, les artisans d'un Mali resplendissant de prospérité intérieure et de rayonnement international !
ALLOCUTION RADIODIFFUSEE AU PEUPLE DU MALI (01/10/1961)

Maliennes et Maliens,

Nous venons de fêter dans l'enthousiasme le premier anniversaire de notre indépendance politique. Dans les villes et les villages, chacun de vous a éprouvé ce sentiment de fierté d'être soi, d'être chez soi et d'avoir entre les mains les destinées de son propre pays.
Le Gouvernement vous a fait le bilan des réalisations d'une année. Ce bilan est nettement positif, mais ce n'est là qu'un début, car l'indépendance, nous l'avons toujours dit, est pour nous le principal instrument du développement économique et social. Dans les résolutions qu'il a adoptées, le Congrès du 22 septembre 1960 a tracé au Gouvernement la marche à suivre dans l'édification du pays. Nous avons, au cours de cette Assemblée, opté pour une voie du développement qui fait d'abord appel à nous-mêmes, à nos propres efforts, à nos propres moyens. En même temps, ce développement est conçu pour nous-mêmes, pour la collectivité tout entière.
Dans le pays que nous voulons construire, nous voulons que chacun se sente chez soi, que chacun de vous : jeunes, vieux, femmes, sache qu'il n'est pas oublié, qu'il a sa part dans la prospérité générale, car ce pays ne sera construit ni par le Gouvernement, ni par les dirigeants seuls. Il sera l'œuvre de toute la communauté malienne.
En un mot, la communauté entière, debout comme un seul homme, doit faire de notre terre un vaste chantier national, d'où sortira, demain, au seul bénéfice de cette même communauté, un pays libre, moderne, qui ne connaîtra plus la misère, l'analphabétisme et les endémies. Voilà' le sens de notre socialisme : tous à l'œuvre pour tous.
Ce développement, nous voulons qu'il soit rationalisé et ordonné, qu'il se fasse par étapes, en commençant par ce qui est urgent, indispensable jusqu'à ce que tous les objectifs soient atteints ; marcher par étapes, commencer par ce qui est indispensable, savoir où l'on va, comment l'on va et par quels moyens : c'est cela le sens de notre planification.
Nous avons suivi les prescriptions du Congrès qui nous demandaient d'engager le pays dans la voie d'une économie socialiste planifiée. Nous ne créerons jamais une classe de privilégiés. La prospérité ne sera jamais pour une seule catégorie mais pour tous.
Cet objectif grandiose ne peut s'atteindre dans la facilité. Nous nous sommes engagés volontairement par là dans une voie qui demande à chacun des efforts continus mais c'est la seule voie qui nous permette de sauvegarder notre dignité nationale et qui soit compatible avec la conception que nous avons de l'humain.
Le premier plan quinquennal de la République du Mali, après son élaboration a été approuvé par l'Assemblée Nationale. Je voudrais, aujourd'hui, au nom du Bureau politique, en donner le départ officiel afin que chacun de vous sache ce -qui est attendu de lui et de tous et cela, avant que les grands objectifs soient diffusés par le Gouvernement, les services techniques et vos responsables locaux.
Ce que je vais vous exposer doit être réalisé dans les cinq années à venir, mais je suis convaincu que vous le ferez bien avant l'échéance car je connais votre dévouement à la cause nationale, le sens aigu de la dignité que vous avez et qui est un de nos héritages les plus précieux.
Au niveau du village, nous avons déjà mis en place des groupements ruraux de production consacrant entre les habitants, par une loi, les liens de solidarité que la nature avait elle-même tissés depuis des siècles. Ces organisations sont fondées sur le principe suivant : entretien de champs collectifs dont le revenu doit alimenter la caisse du village, vente en commun des produits, approvisionnement en commun en produits manufacturés, réalisation en commun des travaux d'intérêt collectif. Bien avant la période coloniale, l'esprit communautaire a prédominé dans nos villages et a constitué la base et les racines de notre société. Le village est, chez nous, la cellule de départ et c'est la vitalité de cette cellule qui engendrera la vitalité de la nation tout entière. En effet, aucun régime ne peut être viable s'il ne repose sur le village. Le Parti, lui-même, y puise ses racines, de même que notre administration. C'est la raison pour laquelle vous avez le Comité politique et le Conseil administratif du village.
Or, nous voulons que ces groupements vivent de par la foi de chacun de leurs habitants, de par l'esprit de discipline de chacun, enfin, de par la sagesse et la clairvoyance des dirigeants. Voilà pourquoi nous demandons à chaque village de faire en sorte que le champ collectif se développe dans les cinq ans de manière à atteindre, à la fin du plan, la superficie d'un hectare par famille ; ainsi, un village de 200 familles possédera un champ collectif de 200 hectares. Dans les cinq ans également, chaque village doit mettre sur pied une équipe permanente de travail qui passera un ou deux jours par semaine dans chaque champ familial. Ainsi, ces équipes, entraînées, équipées par les agents de l'Agriculture, seront au sein du village des éléments de progrès technique ; par ailleurs, la modernisation des pratiques agricoles sera facilitée et le travail harmonisé. Nous demandons aussi à chaque village de construire des magasins de stockage pour les produits de la récolte. Grâce à cette réalisation, la tâche des organismes d'achat sera facilitée, et les récoltes seront à l'abri des détériorations diverses qui causent souvent, vous le savez, des préjudices à la communauté. Ces magasins serviront de lieu de stockage pour les produits manufacturés nécessaires à la vie du village.
Au niveau de l'arrondissement, les magasins de stockage seront également construits, une lutte acharnée contre l'analphabétisme sera déclenchée ; le chef d'arrondissement et les responsables politiques doivent faire appel à tous les fonctionnaires lettrés de leur secteur. C'est là l'un des objectifs principaux de la mobilisation des énergies de la nation. Tous les fonctionnaires seront à la disposition du chef d'arrondissement et des dirigeants sous la responsabilité technique des représentants de l'Education nationale.
Au niveau de l'arrondissement, les pistes devront être créées de manière à ce qu'aucun village ne soit isolé, une pépinière mise sur pied en vue de reboisement et de la diffusion de certains arbres fruitiers. Cette pépinière sera entretenue par les jeunes pionniers. Un terrain omnisports sera aménagé et chaque arrondissement aura sa troupe folklorique, ses équipes de football, de basket-ball, de volley-ball et d'athlétisme, en somme toutes les activités culturelles et sportives doivent naître et se développer à l'échelon de l'arrondissement.
Au niveau du cercle, la même mobilisation doit être réalisée pour combattre l'analphabétisme. Chaque fonctionnaire lettré doit apporter sa part à cette oeuvre qui consacre une fois de plus notre esprit de solidarité, d'entraide et de fraternité. A ce niveau également, une pépinière sera créée en vue d'approvisionner les pépinières d'arrondissements. Un jardin botanique d'une dizaine d'hectares sera réalisé dans chaque chef-lieu de circonscription.
L'éducation des femmes, des ménagères et des mères doit être l'oeuvre de toutes les femmes lettrées, sous la direction technique du Service Social et du Service de Santé. Au niveau du cercle, des parcs culturels devront être créés en vue de donner des représentations théâtrales et de servir de lieux de jeux pour les enfants.
Arrivons-en maintenant au niveau de la région : là, sera installée une ferme régionale d'environ 2 000 hectares comprenant une pépinière : les matériaux et les plans-types seront fournis par le ministère du Plan et de l'Economie rurale, la direction technique en sera assurée par les agents de l'Agriculture que le Gouvernement mettra à votre disposition. C'est encore à l'échelon de la région que devra être réalisé un stade omnisports de classe nationale. A l'intérieur de la région, toutes les pistes réalisées devront être entretenues ou, s'il y a lieu, refaites. En ce qui concerne les écoles et les dispensaires portés au plan, seuls les matériaux seront fournis par le Gouvernement. La réalisation des projets sera laissée aux soins et à la diligence des gouverneurs de région, de leurs collaborateurs, des dirigeants politiques et des élus réunis en un conseil du plan.
Pour ce qui est des aménagements hydro-agricoles portés au plan, toute la main-d'œuvre non spécialisée sera fournie par les régions intéressées. De même les travaux incombant à la main-d'oeuvre spécialisée figurant dans les projets d'implantation industrielle seront réalisés par la population.
La lutte contre les feux de brousse sera accentuée.
Dans la région de Bamako et principalement dans le cercle de Kangaba, dans les régions de Sikasso, Ségou, Mopti, le repiquage du riz sera généralisé. La culture du coton qui est un des projets clés de notre plan doit être suivie par tous les responsables administratifs, politiques et techniques. Seule la variété Allen devra être cultivée, les semences en seront fournies par le Service du Développement rural. La culture de toutes les autres variétés de coton sera proscrite désormais en République du Mali.
Dans chaque village sera généralisée l'utilisation rationnelle de la fumure par la création des fumiêres. La litière doit être fauchée en commun, mise en réserve de manière à couvrir les besoins de la saison sèche. Toutes les mesures doivent être prises afin que les animaux soient sous la garde des bergers pendant toute la saison sèche, car vous n'ignorez pas que les animaux errants causent un préjudice sérieux aux cultures secondaires.
Un parc culturel sera installé par le soin des responsables régionaux ; il comprendra : un théâtre en plein air et un terrain de jeux pour les enfants.
Toutes les mesures doivent être prises afin que dès le mois d'avril, les paysans qui ont abandonné leurs terres pour les joies illusoires et factices de la ville, puissent réintégrer leur milieu.
Dans les chefs-lieux de région et de cercle, un contrôle sévère sera effectué afin que tous les citoyens qui n'ont pas d'emploi puissent retourner à la terre. L'assistance technique leur sera fournie par le Service de Développement. Ceci intéresse aussi les enfants qui dans certaines villes sillonnent les rues à la merci des tentations de toutes sortes. Ils doivent être confiés automatiquement au Service Social qui, avec l'aide du Développement, pourra les orienter vers les centres d'initiations agricoles. Les gouverneurs des régions adresseront, tous les mois, un rapport sur leurs réalisations à la Présidence, au ministère de l'Intérieur et de l'Information, au ministère du Plan.
Maliens et Maliennes, camarades, nous inaugurons aujourd'hui la construction nationale. Ceci s'inscrit dans la logique même de notre option. Bâtir le pays par nous-mêmes, mettre tous nos efforts au service du bien-être de la collectivité entière. Vous autres, fonctionnaires lettrés, du fait même de votre situation, j'attends de vous le maximum. En cette période dont l'importance n'échappe à personne, vous devez faire montre du plus haut esprit de sacrifice, de dévouement et d'abnégation. Vous êtes les guides de nos frères des campagnes, vous devez donner régulièrement le meilleur exemple.
En cette période de travail qui exige de chacun une conscience nationale aiguë, vous devez donner le maximum de rendement quel que soit le poste occupé, car à tous les niveaux un bon Malien participe à la construction nationale : dans les bureaux, sur les chantiers, dans les ateliers. Aucune absence non autorisée ne sera tolérée. Nous exigerons de vous l'assiduité, l'exactitude, la compétence dans les tâches qui vous ont été confiées. Aucune incompétence ne sera couverte, à plus forte raison, les malversations. Le favoritisme n'aura aucune place dans notre pays. Nous jugerons les fonctionnaires sur leur esprit de sacrifice, leur loyauté et leur fidélité à l'égard du Parti
Aucune intervention ne pourra sauver ceux qui se rendront coupables de malversations, de négligence dans le travail ou ceux qui seront convaincus d'incompétence et celui qui voudra les protéger sera également coupable à nos yeux. Nous avons voulu l'indépendance totale afin d'être nous-mêmes pleinement responsables dans la conduite de nos affaires ; nous l'avons, l'indépendance : elle ouvre la voie des responsabilités, du sérieux, du devoir. Comme je l'ai dit, j'ai confiance en chacun de vous. Je sais que chacun mettra ses bras, son esprit au service de cette foi commune qui nous anime, qui nous lie et grâce à laquelle notre génération que les événements ont placée face à des tâches si grandioses laissera à la postérité un pays engagé dans la voie de l'honneur, de la dignité, dans la liberté et l'indépendance.
DISCOURS PRONONCE AU MEETING POPULAIRE AU STADE M. KONATE EN L'HONNEUR DE LA VISITE DU PRESIDENT HOUPHOUET-BOIGNY (20/12/1961)

Monsieur le Président,
Excellence,
Mesdames et Messieurs,

C'est un grand honneur pour moi de saluer aujourd'hui au nom du peuple de la République du Mali et de son Parti, l'Union Soudanaise - R.D.A., nos illustres hôtes de la Côte d'Ivoire.
Ce sera aussi la fierté de notre capitale d'écouter aujourd'hui, après l'avoir reçu, un des grands responsables africains dont l'activité depuis plus de quinze ans a marqué l'évolution politique de notre continent.
Monsieur le Président, vous savez combien vous devez vous sentir chez vous parmi nous ; les milliers de Maliens que vous avez rencontrés depuis plus de deux semaines, sont les frères et sœurs de ceux qui en Côte d'Ivoire, des années durant, à vos côtés, ont mené le grand combat pour la liberté et la prospérité de votre pays qui est aussi le leur.
A cet égard, en ce moment solennel, à l'heure où le Mali et la Côte d'Ivoire, indépendants, ont choisi par nos voix de se rencontrer au Stade Mamadou Konaté, nos pensées vont à tous ceux, comme Kaboret Zinda, Biaka Boda, Ouezzin Coulibaly, dont l'engagement, la fidélité, la constance dans le combat nous ont été ravis prématurément. A la mémoire de ces combattants intrépides, je voudrais me permettre de vous convier, au nom de l'Afrique libérée et au nom de celle qui se libère, à observer une minute de silence.
Monsieur le Président, comme vous, nous avons eu raison de placer cette visite fraternelle sous le signe du Souvenir !
Oui, Souvenir des luttes menées fraternellement au sein du Rassemblement Démocratique Africain, où ensemble nous avons fêté nos victoires !
Souvenir également, de Dimbokro, de Bouaflé, et d'Abidjan, où Maliens, Ivoiriens et d'autres africains, sans distinction, sont morts pour l'égalité des hommes, la liberté, la dignité de l'Afrique et de ses fils.
Souvenir enfin des serments prêtés au nom des sacrifices de ceux qui sont tombés et dans des circonstances qui resteront à jamais gravées en lettres d'or dans nos mémoires.
Camarade Président, tant de liens, tant de souffrances communes dans le passé, tant de fraternisation dans la résistance au colonialisme ne pouvaient en ces heures, qui marqueront l'histoire de l'Afrique, laisser indifférents les militants de l'U.S.-R.D.A. que nous sommes.
Aussi, par delà votre délégation, et accédant ainsi à votre vœu si chèrement exprimé, c'est le peuple de Côte d'Ivoire, les Patriotes et Compagnons de lutte que le Mali et l'Union Soudanaise-R.D.A. viennent d'accueillir au nom de la fraternité de combat.
Chers amis, vous n'avez pas pu visiter, et ce sera notre regret, des régions du Mali, qui n'en sont pas des moins intéressantes. Mais partout où vous avez été, vous avez eu l'occasion de voir, d'entendre, de vous faire une opinion. Vos camarades et frères Maliens n'aspiraient pas à plus, conscients d'avoir accompli leur devoir et fait honneur à l'idéal du R.D.A.
En effet, vous avez perçu sans difficulté, le culte de nos héros Mamadou Konaté, Ouezzin Coulibaly et de tous ceux qui hélas ne sont plus là aujourd'hui pour juger de notre action. En retrouvant ces lieux où naguère la lutte était dure, mais franche, vous avez reconnu, à travers les vivats et les chansons jaillis des poitrines, la trempe, le courage du militant tel que comme nous, vous le conceviez. Vous l'avez dit vous-même : dans son organisation, dans la capacité de mobilisation des masses, dans la discipline que soutient l'enthousiasme, vous avez identifié les grandes qualités d'un véritable parti populaire.
Ainsi, avez-vous apporté à l'Union Soudanaise-R.D.A. et à ses militants, plus qu'un témoignage de satisfaction, la certitude d'être restés fidèles à l'esprit du R.D.A. et aux engagements qu'ensemble nous avons pris vis-à-vis des peuples du continent.
Vos jugements à tous, illustres hôtes, constituent pour nous, un encouragement à persévérer dans la voie tracée par le Congrès combien historique d'octobre 1946.
Monsieur le Président, il m'est particulièrement agréable de vous rendre ici un vibrant hommage pour votre fidélité à un des principes directeurs du R.D.A., la solidarité africaine. Pétri dans la terre africaine, élevé à l'ombre de nos coutumes, vous avez prouvé à chaque instant que cette expression n'était pas un slogan sans contenu.
Ici encore, le souvenir doit reprendre ses droits. Le Peuple du Mali se souvenait certes des' amitiés nées dans les combats et dans les peines, dans les privations et dans les prisons du colonialisme. Mais il veut surtout se souvenir de la main heureuse et fraternelle que spontanément vous lui tendîtes il y a un peu plus d'un an.
Vous avez donné la preuve, au lendemain de la trahison de Dakar, que la Côte d'Ivoire elle-aussi, n'avait pas oublié. Face à toutes les forces rétrogrades, fidèle à l'esprit de fraternité du R.D.A., décidé à donner une leçon de grande solidarité africaine, vous avez courageusement évité à nos populations le cap difficile du dernier trimestre 1960, en ouvrant largement à notre pays un débouché sur Abidjan.
Au nom du Peuple du Mali, je vous dis merci. Votre attitude procède. Monsieur le Président et chers amis, de votre foi inébranlable en notre victoire dans la lutte de libération et d'unification de notre Afrique morcelée.
Au contraire de tant d'autres leaders frappés de cécité politique, vous avez compris qu'il n'y avait pas de fidèles ou d'infidèles à la France ; que c'est en fonction de l'Afrique, de ses intérêts que les leaders africains, la France et les autres pays du monde devraient déterminer leurs rapports réciproques.
C'est l'honneur du grand militant que vous êtes de n'avoir pas perdu de vue, un seul instant, que ce qui se fait au Ghana, en Guinée, au Mali, c'est ce que veulent les populations de la Côte d'Ivoire ou de la Haute-Volta ou du Dahomey.
Vous avez toujours présent à la mémoire que le salut de l'Afrique, la promotion du Peuple Africain, passe par son unité.
Que viennent faire ici alors les distinctions combien tendancieuses d'Afrique raisonnable et d'Afrique déraisonnable, prônées outre atlantique par des Africains ?
Ceux-ci font le jeu des colonialistes qui s'ingénient à voir l'Afrique déjà divisée en groupe d'Etats hostiles, les uns aux autres, préfiguration d'une Afrique soumise à l'influence des deux blocs et devenant de ce fait le théâtre d'agitations et de révolutions sanglantes compromettant à jamais l'indépendance de notre continent.
Si l'Afrique déraisonnable, c'est celle qui veut être maîtresse chez elle de ses destinées, dans ce cas, ne couvre-t-elle pas aujourd'hui la quasi totalité de nos Etats ?
Il ne saurait en être autrement de la part de pays décidés à exercer tous les attributs de leurs souveraineté et à sauvegarder jalousement cette indépendance.
Monsieur le Président, on ne le dira jamais assez, c'est dans la lutte pour l'indépendance, par l'exercice de la souveraineté, avec comme corollaire l'indispensable africanisation de tous les cadres, que l'union nationale a été réalisée au Mali. C'est la constance dans le combat qui a nourri et fortifié les liens ainsi établis. A cet égard, notre fierté sera grande de vous avoir permis de constater qu'au Mali, nous ne connaissons pas le tribalisme qui menace certains pays. Au Mali, le sentiment de la dignité retrouvée, la confiance jamais déçue en un parti unique, parti de masse où la démocratie est à l'honneur, nous mettent à l'abri des dangers du régionalisme.
Notre joie aura été à son comble si comme nous le croyons, il vous a été donné de vérifier une fois de plus comme nous, que c'est dans la mobilisation pour la lutte par la lutte dans le combat et dans la définition d'objectifs clairs et précis que l'unité que vous et nous souhaitons trouve le terrain favorable à son éclosion.
L'unité une fois acquise constitue le ciment du Parti, accélère la mobilisation du pays, et décuple la prise de conscience des populations.
Les militants de l'Union Soudanaise-R.D.A. ont donc trempé l'arme merveilleuse qui devait assurer la construction nationale et ouvrir l'ère des réalisations durables dont chacune porte la marque indélébile d'un peuple pleinement souverain, et de la personnalité africaine.
Nous avons africanisé sans hésitation ni nuance aucune, tous les postes. Il nous a paru en effet discutable de prôner notre souveraineté, quand les postes de commandement restent entre les mains des étrangers, nos maîtres d'hier. Comment faire appliquer une politique nationale, si meilleure soit-elle, par ceux-là mêmes qui hier étaient les gardiens jaloux de l'autorité coloniale ? Enfin, et surtout, camarades de Côte d'Ivoire, il nous a paru difficile à un parti, à un gouvernement africain de prétendre à la confiance des masses rurales, alors que le chef d'arrondissement ou le commandant de cercle reste toujours le représentant de la puissance coloniale, le frère de celui qui hier foulait aux pieds la dignité de nos populations.
Notre expérience de Maliens, donc de militants formés et trempés à la glorieuse école du R.D.A., nous a appris que l'africanisation complète des cadres est le levain puissant de la prise de conscience des populations, de leur confiance dans la réalité de la souveraineté et de leur mobilisation enthousiaste pour la construction de la partie retrouvée.
Conséquents avec nous-mêmes et avec les enseignements, du R.D.A., engagés dans la voie de la libération du pays, nous avons pris nos responsabilités, nous avons fait confiance au peuple du Mali, qui tout entier, parce que lui aussi confiant au Parti, a soutenu nos entreprises.
Nous avons supprimé tous les privilèges, libérant ainsi la masse qui en faisait les frais.
Monsieur le Président, à l'Ecole du R.D.A., vous et moi avons appris d'abord, pour enseigner aux autres ensuite, que la colonisation était une entreprise économique, où la colonie était une source de matières premières et un marché pour les pays colonisateurs. Le 22 septembre 1960, le Congrès de l'Union Soudanaise^.D.A. assignait au Parti de mettre immédiatement un terme à la vraie colonisation, la dépendance économique. Le Gouvernement a donc mis en place des Sociétés d'Etats, qui ont vocation d'éliminer toutes les séquelles de la dépendance économique.
Ce sont la Société malienne d'importation et d'exportation SOMIEX, ayant le monopole de l'exportation de tous nos produits et important certains produits de grande consommation ,- c'est la Régie des Transports du Mali, la Régie Nationale des Chemins de fer, la Société d'aviation civile Air-Mali, la Société Nationale des Entreprises des Travaux Publics, la Pharmacie Populaire, la Société « Energie du Mali », la Banque Populaire, la Banque de Crédit et de Développement, la Compagnie Malienne de Navigation, etc...
Notre volonté d'être maître chez nous, nous a amené à faire évacuer les bases françaises installées au Mali ; car, la présence des troupes de l'ex-puissance colonisatrice, n'apparaît-elle pas. Chers Camarades, comme l'expression d'une tutelle dans la défense de notre sécurité intérieure et extérieure ?
D'autre part, notre armée nationale ne serait-elle pas en droit de s'offusquer d'un manque de confiance en elle, dans la mission d'assurer la sauvegarde de l'unité nationale et de l'intégrité territoriale ?
Monsieur le Président, nos adversaires ont tenté de nous créer la réputation de pays militarisé et agressif à cause de notre équipement en matériel militaire et de la mobilisation de toutes les couches de la population pour veiller jalousement sur notre indépendance. Mais, Camarades, pourrons-nous nous fier aux troupes de l'armée coloniale française pour défendre notre souveraineté nationale et l'intégrité de notre territoire, alors que des responsables de la France rêvent d'un grand Sahara contrôlé par eux ? Non ! On n'est bien défendu que par soi-même, et c'est pourquoi nous avons notre armée nationale, bien équipée et solidement soutenue par le peuple lui-même.
En effet, c'est à un peuple tout entier que revient le devoir de défendre le pays, le Gouvernement qu'il a choisi pour appliquer une politique, celle qu'il a lui-même définie.
C'est le patriote, le soldat, attaché à la terre natale, c'est le paysan, gardien vigilant du patrimoine de ses ancêtres, c'est la fervente jeunesse, impatiente de hisser la patrie au rang des grandes nations libres, ce sont les femmes mobilisées, désireuses d'assurer à leurs héritiers, une vie radieuse sur une terre de liberté, qui permettent au Mali de mener dans la confiance, la lutte pour sa sécurité et son indépendance totale.
Cette ambition, réalisée déjà dans bien des domaines, n'amène pas à une politique d'isolement. En effet, le Mali a clairement défini sa volonté de coopération avec tous les pays du monde, mais en particulier avec les peuples africains. Il a opté également pour le non-alignement sur un bloc militaire ou économique. Cette option, qui a l'adhésion du peuple tout entier, sauvegarde notre personnalité.
Elle offre un démenti cinglant aux grandes puissances qui, dans leur complexe de supériorité, peuvent croire qu'il n'y a de vérité que la leur, que toute opinion n'est que le reflet de la leur. Le Mali ne prend pas et ne prendra pas des directives de qui que ce soit, quelle que soit l'aide qu'on lui apporte. Il se définit uniquement en fonction de ses intérêts, de ceux de l'Afrique, de la paix.
Il se refuse à cet équilibrisme politique qui amène, celui qui le pratique, à consentir des concessions intéressées, circonstancielles, tantôt aux puissances de l'Ouest, tantôt aux puissances de l'Est. Un pays qui adopte une telle politique perd sa dignité, sa personnalité, il devient une girouette tournant dans le sens où s'exerce la pression la plus forte.
Monsieur le Président, le peuple du Mali, dont vous connaissez la fierté, la fidélité aux principes et le respect de la parole donnée, ne peut pratiquer une telle politique qui est la négation même de toute forme d'indépendance.
C'est pour cette raison que les militants de l'Union Sou-danaise-R.D.A. n'ont rencontré que de l'enthousiasme chez les jeunes, à constituer partout les brigades de vigilance et les milices populaires, chez les travailleurs, à proposer et à accepter des amputations importantes de leur salaire, et l'abandon de tous les privilèges accordés par l'Administration coloniale, pour pouvoir les mieux associer à sa politique de domination. Comment ne pas admirer le geste magnifique de nos paysans, qui ont accepté d'abattre le prix du riz pour le rendre compétitif sur tous les marchés.
Pourquoi ne pas saluer nos commerçants qui, de leur côté, ont permis à l'Office des céréales et à la SOMIEX de jouer pleinement leur rôle ?
Cette confiance du peuple, née de la netteté de notre politique, va d'abord à notre Parti, l'instrument qu'il s'est lui-même forgé. Cette confiance du peuple est une conséquence parmi tant d'autres de la primauté du politique sur l'administratif, du Parti sur tous les organismes de la Nation. Le Parti, voilà la clef des problèmes.
Il analyse, conçoit, donne des directives, fait exécuter par les organismes de l'Etat, contrôle l'exécution des décisions arrêtées parce qu'il est l'émanation la plus authentique du peuple. L'erreur ne serait plus celle d'un homme, d'une équipe, mais de tout le peuple, ce qui est source de stabilité !
Parce que l'Union Soudanaise-R.D.A., par son organisation, solidement structurée, tient en main l'ensemble des populations, les personnes mal informées parlent de dictature au Mali.
En effet, il y a au Mali une dictature, mais c'est celle du peuple, c'est celle de l'engagement de chaque Malien, de chaque Malienne à respecter son option librement et clairement exprimée, son serment de faire le Mali libre et prospère et de contribuer très largement à la libération et à l'unification de l'Afrique. Mais aussi, vous avez pu constater que ce peuple s'exprime partout, à tous les échelons, que les responsables ne sont que ses représentants.
Monsieur le Président, j'ai déjà affirmé que le Mali n'entend pas s'isoler, car ce serait alors oublier que c'est à Bamako que, pour la première fois, les responsables africains s'étaient rassemblés pour créer le R.D.A., que depuis cette date, notre pays a abrité plusieurs rassemblements, en des circonstances où la compréhension ne prenait pas tous ses droits : premier Festival de la Jeunesse d'Afrique ; premier Congrès des Femmes de l'Ouest Africain ; Conseil fédéral de l'U.G.T.A.N., et j'en passe.
Ce serait surtout oublier que nous avons été des premiers à exprimer, au lendemain du 13 mai 1958, nos craintes de voir l'Afrique divisée. Ces perspectives d'unification de nos Etats, ont été l'une des causes qui ont déterminé l'Union Soudanaise-R.D.A. à répondre OUI au référendum. C'est au nom de l'Union de l'Afrique que nous avions décidé de former, avec d'autres Etats, la Fédération du Mali.
Notre union avec le Ghana et la Guinée, notre participation active à la Charte africaine de Casablanca, n'ont pas d'autre signification et se caractérisent essentiellement par l'existence d'organismes de coopération et de coordination.
Nous demeurons fermement attachés à l'unité africaine, nous sommes esclaves de notre volonté d'oeuvrer à la réalisation de cette unité avec des objectifs clairement définis ne prêtant pas à la moindre équivoque.
Pour être resté fidèle à cette unité, notre pays se trouve visé par les impérialistes, au même titre que nos frères du Ghana et de la Guinée, comme ceux du Maroc et de la République Arabe Unie, pour ne citer que ceux-là.
Ce que l'on nous reproche, c'est de tout mettre en oeuvre en Afrique, dans les domaines politique, économique et militaire, pour chasser les impérialistes de l'Algérie, de l'Angola, du Mozambique, de l'Afrique Centrale et du Sud, de la Guinée et des îles du Cap Vert.
Notre crime est également celui de tous les pays africains qui ne peuvent souffrir qu'une parcelle quelconque de notre Continent, demeure encore sous domination coloniale. Les mêmes impérialistes tolèrent encore moins notre option résolument socialiste. Notre volonté de rester en dehors des blocs, est impensable aux yeux de ceux qui ne veulent voir à travers nos jeunes nations, que des colonies habillées du clinquant de l'indépendance nationale.
Oui, le Mali est non aligné, non partisan dans la lutte d'influence des deux blocs ; mais, ce faisant, que l'on se souvienne que le Mali est farouchement anticolonialiste et anti-impérialiste, et qu'il a opté pour une économie socialiste planifiée, cela d'une part en raison de nos traditions plusieurs fois séculaires de vie communautaire, et d'autre part parce que le socialisme seul permet, non seulement de résoudre les problèmes économiques qui se posent à un jeune pays sans capitalisme autochtone tout en sauvegardant sa souveraineté intacte, mais de procurer, à chaque Malien, qu'il soit fonctionnaire, agriculteur, commerçant, artisan ou éleveur, un minimum qui lui permette de manger à sa faim, de s'habiller décemment et de se loger avec un minimum de confort. L'homme malien est donc le centre de nos préoccupations.
Ce sont ces options claires, que l'Union Soudanaise-R.D.A. a faites le 22 septembre, au nom du peuple malien.
Le Mali est prêt à dépasser le niveau de la coopération et de la coordination, à participer pleinement à la construction de grands ensembles africains sur le plan politique et économique, et même à renoncer à une partie de sa souveraineté, à la condition expresse que soit confirmée dans les idéaux, dans les méthodes, dans les faits, uns parfaite et profonde identité de vues avec nos partenaires sur tous les problèmes intéressant la politique intérieure et extérieure de ces Etats.
C'est ce qu'exprime la ferme résolution de notre Congrès historique du 22 septembre, qui proclame : « L'U.S.-R.D.A. déclare ne plus participer à aucune construction politique dans l'équivoque, et exige désormais de la clarté dans les positions de nos partenaires éventuels. »
Vous saisirez sans doute, Monsieur le Président, que les frères maliens ont tiré les leçons du passé.
Vous savez que pour nous Maliens, les problèmes de personne ne se sont jamais posés. Au sein du R.D.A nous avons joué notre rôle sans jamais nous abaisser un seul instant à de honteuses tractations pour une prédominance personnelle ou de notre territoire.
Notre ambition est et demeure, de servir honorablement l'Afrique, partout et toujours, avec comme récompense, la conscience d'avoir accompli notre devoir.
Et si quelquefois, Modibo Keita ou le Mali, ou Bamako se sont trouvés à la tête d'un ensemble, cette position fut toujours imposée par ses partenaires.
C'est un devoir pour moi de rappeler que dans les rapports avec les Etats africains, il ne s'agit pour nous de rien d'autre que du respect des engagements pris, de la fidélité aux principes librement définis, des intérêts du peuple africain, de la liberté, de l'unité et de la prospérité africaines pour lesquelles, ensemble, nous combattîmes au sein du Rassemblement Démocratique Africain.
Tel est le message fraternel que je vous prie, illustres hôtes, de transmettre aux camarades de combat de la vaillante Côte d'Ivoire, en les assurant que le Mali est orienté et organisé de manière à ne jamais trahir notre idéal commun et à assurer la pérennité, la prospérité et l'unité de nos peuples.
Camarades de Côte d'Ivoire, nous n'avons fait qu'appliquer fidèlement les principes d'organisation des masses, qu'assurer la primauté effective de l'organisation politique démocratique sur l'ensemble des manifestations de la vie nationale.
En cela, nous sommes restés fidèles au principe du Gouvernement par le Peuple, pour le Peuple, que vous exprimez par votre volonté de faire du citoyen ivoirien, un Africain libre, digne, l'égal de l'homme des autres continents.
Vive la Côte d'Ivoire !
Vive le Mali
Engagés dans le même combat pour que vive l'Afrique.

MESSAGE AU PEUPLE DU MALI A L'OCCASION DU NOUVEL AN 1962

Maliennes et Maliens,

Au seuil de l'année nouvelle, c'est un plaisir particulier pour moi de vous adresser mes vœux de bonheur et de prospérité.
Mes premiers mots seront ceux du camarade Secrétaire général du Parti, souhaitant à l'ensemble des militants de l'Union Soudanaise-R.D.A., plus de santé, plus de succès dans leurs entreprises.
Comme le passé est le creuset de l'avenir, l'évolution de notre Pays en 1962 trouve son essence dans la période qui vient de s'écouler.
L'année 1961 a vu notre Pays sortir victorieusement des difficultés accumulées sur son chemin.
Le Mali a justifié les espoirs placés en lui par tant de cœurs africains, il a mérité le titre de pionnier de la libération et de l'unification africaines, que lui décernait, il y a quelques jours encore, un jeune pionnier de Bougouni.
Maliennes et Maliens, militants de l'Union Soudanaise-R.D.A., vous savez combien vous pouvez être fiers de la politique de votre Parti.
Dans le monde divisé en blocs, et où la volonté d'affirmer son indépendance et de sauvegarder sa personnalité est considérée comme une hérésie, votre Parti et vous-mêmes avez assuré à votre République une place de choix dans la dignité.
Partout où l'homme africain, l'homme tout court, était asservi, bafoué, notre Parti n'a pas recherché la criminelle médiation ; c'est résolument qu'il a porté aide à nos frères opprimés. Cette netteté dans nos positions, cette constance et cette fidélité, nous ont valu - et ce sera notre bonheur — la confiance de tous les patriotes africains au combat qui, demain comme aujourd'hui, trouveront chez nous le constant soutien qu'ils sont en droit d'exiger des frères engagés que nous sommes.
Maliennes et Maliens, pionniers de l'Afrique, vous aviez dit, et le monde entier l'a vérifié, que vous demeuriez fidèles à la doctrine de non-alignement ; malgré les embûches, vous avez gardé bien haut le drapeau de l'Afrique. Par votre fermeté, vous avez su donner aux peuples la garantie que le Mali ne sera jamais un pion de la guerre froide ou un instrument de division en Afrique.
Pionniers, vous l'avez été en vous engageant résolument, par des moyens politiques universels, dans la liquidation des séquelles de la colonisation dans le domaine économique ; votre expérience, notre expérience dans ce domaine qui a tracé des voies, retrouvé les moyens d'accès à la révolution des structures économiques coloniales, vaut déjà école pour nos frères africains.
Comme en 1960, nous avons ouvert le chemin des indépendances, nous avons dégagé aujourd'hui les résolutions propres à l'organisation nationale de l'économie des État africains.
Pionniers aussi, nous pouvons être fiers de l'avoir été lorsque nous demandions l'évacuation des troupes françaises de notre sol. Vous pouvez être fiers aujourd'hui, d'avoir imposé à la conscience des responsables africains cette vérité : la difficulté de la coprésence sur le sol national de l'armée nationale et de celle de l'ex-puissance coloniale. Ce qui, hier, apparaissait comme une utopie, ou le fait d'une ambition démesurée, est aujourd'hui chose possible parce que vous l'avez démontré.
Ces victoires, qui débordent largement le cadre de notre Pays, pour embrasser ensuite l'Afrique entière, sont le fait de notre Parti; elles sont le fruit du dévouement de chacun de vous.
Tant de responsabilités vous engagent plus que jamais, et sollicitent un renforcement de la discipline et du dévouement de chacun.
Vous devinez que dans la lutte implacable pour l'indépendance économique, nous sommes condamnés à la victoire. Aussi, faudra-t-il de chaque Malien et de chaque Malienne, l'obéissance aveugle à notre Parti, la confiance en ses dirigeants, la lutte impitoyable contre tout ce qui compromet notre unité. Les sacrifices admirables consentis par les uns et les autres ne seront pas les derniers.
Nous avons choisi le socialisme. Conformément aux décisions historiques de notre Congrès qui demeure notre seul guide, le Parti, poursuivant sa politique dans la voie du socialisme, prendra, dans les mois à venir, des mesures importantes. Je suis convaincu que, comme pour les autres, elles trouveront auprès de vous, un soutien total.
Le Mali est engagé dans la voie de la Révolution ; cela signifie que, quel qu'en soit le prix, le Parti prendra les mesures propres à liquider toutes les entraves à notre évolution.
Camarades, l'année nouvelle s'ouvre sur les batailles à poursuivre et à gagner, coûte que coûte. Le moment est proche où, dans bien des secteurs, les travailleurs pourront prendre en main la gestion de leurs entreprises, et donner ainsi la mesure de leur adhésion à notre option socialiste. Mais il faut qu'ils se préparent à ces nouvelles responsabilités.
La coopération connaîtra un nouvel essor dans l'intérêt du producteur, et pour être prête à répondre aux exigences de la vie nationale.
Nos sociétés d'Etat s'achemineront victorieusement vers leur plein épanouissement pour assumer la tâche qui leur est dévolue. L'année 1962 verra le fruit du combat de chacun de nous contre soi-même, ses mauvaises habitudes, ses faiblesses ; elle doit être marquée par une consolidation de notre Parti et une perfection de son organisation, par la formation et le perfectionnement de nos cadres politiques ; elle doit nous apporter la certitude de la réalisation du Plan Quinquennal.
Quand à vous, Maliens, engagés dans l'Armée nationale et dans les forces de sécurité, que vous soyez officiers, sous-officiers, caporaux, soldats, jeunes gens du service civique, mes vœux de nouvel an s'adressent également à vous, car vous-mêmes, je vous considère comme une couche de ce fier et vaillant peuple du Mali.
Au cours de mes différentes tournées à travers la République du Mali, j'ai eu l'occasion de visiter certaines garnisons et j'ai constaté avec quel cœur tous vous participez activement à la construction nationale.
Un jour prochain, je serai parmi nos camarades des groupes nomades de Tessalit, pour vivre et connaître leurs problèmes qui sont spécifiques et pas toujours faciles à résoudre. A toutes ces unités sahariennes, à vous qui contrôlez journellement nos frontières, sans sommeil, dans toutes sortes de privations, à la merci du vent, de la maladie, du rude froid du désert, vous qui avez laissé épouses, enfants après vous pour assurer la sécurité de notre jeune République, et défendre son intégrité territoriale, le Parti et le Gouvernement vous renouvellent une fois de plus leur affectueuse confiance.
Camarades, je suis sûr qu'après notre rencontre du 30 octobre dernier, il n'y a plus la moindre équivoque sur le rôle de notre jeune Armée et, dans les mois à venir, elle aura une autre figure. Elle sera totalement révolutionnaire ; issue du peuple, elle se soudera davantage à ce peuple qui est son meilleur soutien.
Seront désormais périmées au Mali, certaines méthodes qui ne font qu'affaiblir son prestige. C'est pour cette raison que j'ai dit et que je le répète encore une fois de plus, l'avancement à tous les échelons ne se fera qu'au choix.
Ne croyez pas un seul instant que nous nommerons en série des colonels, des généraux ou des maréchaux qui ne seront pas à la hauteur ; non ! Cela ne se fera pas dans une armée comme la nôtre, et je suis certain que vous partagez mon point de vue. Nos adversaires ne pourront, en aucun moment, douter de la valeur de notre Armée, et cette fraction de la grande famille malienne, restera forte car la tenue, la discipline et le travail sont toujours de rigueur.
Camarades du Service civique, vous avez su comprendre les difficultés que surmontait votre Pays au lendemain de la proclamation de son indépendance. Vous vous êtes mis au service de votre Patrie, la houe et l'arme à la main. C'est avec fierté que le peuple du Mali vous admire tant par votre tenue que par votre allure. Comme un seul homme, prêts à tous les sacrifices, vous assurez la défense de notre Pays, aux côtés de vos frères de l'Armée nationale.
Sur un autre plan, alors que la vie de notre République était compromise, nos brigades de vigilance sont venues renforcer les rangs de la police qui, malgré sa faiblesse numérique, n'a jamais failli à sa mission.
Officiers, sous-officiers, caporaux, soldats, jeunes gens du Service civique et agents de la force de sécurité, je vous renouvelle une fois de plus la confiance du Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., de son Gouvernement et de son Assemblée ; j'ai la conviction profonde que toutes les minutes, toutes les secondes de votre existence seront consacrées à la construction et à la défense de notre Patrie retrouvée, la République du Mali.
Camarades, l'année 1961 a été l'année de l'échec de l'impérialisme en Afrique. Il faut qu'en 1962, sa défaite soit consommée.
Les ennemis du Mali, les impérialistes ou leurs agents, devront avoir la preuve de notre volonté d'indépendance par l'exécution rapide de notre Plan Quinquennal. Nous devons prouver, dans les faits, que la liberté n'a pas de prix, que les marchandages ou autres pressions déguisées ne peuvent avoir prise sur nous. Ce faisant, nous aurons donné à nos frères africains, la conscience de leurs possibilités, et déblayé le chemin radieux de la vraie indépendance. Notre échec, serait le leur. C'est vous dire, Camarades, qu'en 1962, les timorés, les fatigués ne nous empêcheront pas d'aller de î'avant. Les ambitions démesurées devront, pour le salut de ceux qui les nourrissent, céder vite la place à l'engagement sans réserve et au dévouement entier dans l'anonymat.
Il y va non seulement de la santé morale de notre Parti et des intérêts du Mali, mais aussi de l'avenir de l'Afrique.
Paysans, ouvriers, soldats de notre glorieuse Armée, fonctionnaires et commerçants, hommes et vous, femmes et jeunes, Maliennes et Maliens, que l'histoire a chargés d'une mission exaltante, vous avez été les pionniers de la dignité africaine, et dégagé ainsi les seules voies qui mèneront dans la clarté, à l'union indispensable de nos État.
Je suis sûr que l'année 1962 qui commence, que je vous souhaite de santé et de bonheur, verra en vous, les éclaireurs résolus de l'Afrique qui se construit dans la voie de l'indépendance économique et de son unité.
Maliennes et Maliens, en 1962, vous ne faillirez pas à votre mission.
Vive le Mali pour que vive l'Afrique !

DISCOURS PRONONCE À L'OCCASION DE LA FIN SOLENNELLE DES COURS ACCELERES DE JOURNALISME A BAMAKO (17/03/1962)

Excellences,
Camarades,

La cérémonie qui se déroule ce matin est un moment heureux pour notre République, pour l'Afrique et pour le monde du journalisme. L'exemple que notre pays vient de donner constitue une initiative heureuse, puisque nous venons d'apprendre tout à l'heure que l'UNESCO a décidé qu'elle placerait cette école de journalisme sous son égide.
Camarades, cette attention nous confère des responsabilités, et ces responsabilités rejoignent celles que nous avons prises dans de nombreux domaines, afin que l'Afrique puisse vivre libre et qu'elle puisse toujours dire son mot, exprimer sa pensée.
Ce que nous voudrions, c'est que vous, qui avez eu l'avantage de connaître des techniciens du monde journalistique, vous compreniez votre rôle dans la période historique que traverse notre pays. Certains d'entre vous ont participé à part entière à la lutte de notre Parti, mais d'autres, qui étaient encore sur les bancs de l'école, n'ont suivi que de loin le combat de l'Union Soudanaise-R.D.A. Aussi est-il nécessaire de faire un bref rappel du passé de notre parti.
L'Union Soudanaise, section du R.D.A., est née en 1946, après le Congrès historique de Bamako où naquit le Rassemblement Démocratique Africain. Auparavant, au Mali, qui était alors le Soudan Français, existait un Parti majoritaire reposant sur l'autorité féodale soutenue par l'administration coloniale française : le P.S.P. De l'autre côté, le Bloc qui avait lié son sort au Parti Socialiste Français, la S.F.I.O. On peut se demander comment se sont effectuées les mutations et les changements qui eurent lieu à ce moment-là. C'est que pour nous les mots n'ont de signification que par le contenu que nous y mettons. En effet, déjà avant notre alliance avec la S.F.I.O. et dès sa création, notre Parti dut faire face à de nombreuses difficultés : arrestations, mutations arbitraires, emprisonnement de responsables.
Ayant mesuré alors la faiblesse de nos moyens et la force du système colonial, nous avons décidé de trouver les moyens tactiques de parer à la répression. C'est ainsi que nous nous sommes alliés à la S.F.I.O. dont le programme nous donnait satisfaction. Mais cela n'a pas mis notre Parti à l'abri de la répression. En effet, bien qu'alliés au Parti Socialiste Français, nous étions encore emprisonnés, brimés, opprimés, ici, dans notre pays, par un Gouverneur socialiste. Pourtant le Gouverneur Général, à Dakar, était socialiste, le Ministre des Colonies à Paris était socialiste, et le Président du Conseil lui-même était socialiste ! Dans les circonscriptions, les paysans qui nous recevaient étaient mis en prison, après avoir souvent subi des châtiments corporels ; les fonctionnaires étaient mutés aux postes les plus ingrats. En conclusion, notre Parti, Section de la S.F.I.O., était brimé, opprimé, par un Gouvernement dirigé par la S.F.I.O. elle-même ! Voilà pourquoi nous disons que les mots n'ont de signification que par le contenu que l'on y met, voilà pourquoi la mystique des mots est et demeure un élément d'égarement des peuples, lorsque ceux-ci se laissent aller à cette magie!
Mais dès que l'Union Soudanaise devint une section du R.D.A., ce fut un accroissement de nos difficultés. En effet, après avoir apprécié l'action des partis français, les députés du R.D.A. s'apparentèrent au Groupe parlementaire du Parti Communiste Français. Avec la recrudescence de la répression, ce fut l'utilisation d'une nouvelle tactique par l'administration coloniale, qui tenta de diviser notre Parti en soulignant « le communisme » de ses dirigeants. Pendant longtemps cette présomption a pesé sur de nombreux dirigeants de l'Union Soudanaise. Ces manœuvres réussirent partiellement ; ainsi s'expliquent les crises intérieures de 1950-1952-1953, crises provoquées par certains dirigeants qui voulaient éliminer ceux qui étaient désignés comme communistes. Mais notre Parti s'affermit, renforça son influence dans les populations jusqu'au jour où il conquit le pouvoir et mena notre pays à l'indépendance.
Une nouvelle phase s'ouvrait, car le jour même de la proclamation de l'indépendance, notre Congrès optait en faveur d'une économie socialiste planifiée. Pour ce choix, notre Parti a eu à s'inspirer de certaines écoles, parce que la plupart des institutions humaines présentent toutes des ressemblances. Quand on s'adresse au peuple, quand on est issu du peuple, il n'y a qu'une voie pour se faire comprendre, pour réussir, c'est descendre dans le peuple, partager ses joies et ses souffrances, même si cela doit amener à l'abandon de certains avantages, afin que le peuple, dont on s'est servi pour la libération du pays, puisse aspirer au bien-être.
Il existe déjà d'autres expériences qui ont eu lieu dans d'autres pays et qui ont été couronnées de succès, mais les moyens et les voies que nous emploierons ne seront pas obligatoirement les mêmes. Nous sommes, ici au Mali, dans un pays qui a un long passé d'administration, un long passé de culture, un long passé d'organisation sociale et culturelle, un pays qui avait une organisation avancée à une époque où certains grands pays, qui sont actuellement à la pointe du progrès dans de nombreux domaines, n'avaient pas atteint ce même niveau. Nous avons un long passé de luttes : nos rois, nos chefs, notre peuple se sont battus, se sont opposés, les armes à la main, à la domination coloniale, et il a fallu que le sort des armes leur soit défavorable pour les amener à se soumettre. Est-il besoin de rappeler que certains d'entre eux ont préféré se donner la mort que d'accepter la domination étrangère ?
Ce qui compte, ce qui est important, c'est l'objectif que l'on veut atteindre et le choix des moyens nécessaires pour y parvenir, compte tenu de ses propres réalités.
Qu'est-ce qui est à la base de l'évolution sanglante qui caractérise l'histoire des autres continents? C'est l'existence de féodalités qui ont écrasé le peuple et qui ont trouvé des complices dans les féodalités religieuses qui endormaient le peuple.
Chez nous, il y a eu des féodalités, mais elles n'ont pas eu le caractère qu'elles ont eu ailleurs. La féodalité, chez nous, on peut dire qu'elle présentait un caractère plus humain, donc près d'être démocratique ! En effet, pour le remplacement d'un roi, d'un empereur, un conseil se réunissait qui se faisait le représentant de l'expression populaire et qui choisissait librement le roi ou l'empereur appelé à régner. Il en est de même de la religion. Il n'y a pas eu, il n'y a pas, chez nous, de féodalités religieuses, cherchant à plonger le peuple dans une sorte de léthargie qui permet ainsi son exploitation. Toutes ces réalités, dont on peut retrouver ailleurs certains aspects, mais pas exactement de la même façon qu'au Mali, font que si nos objectifs sont identiques, nos moyens ne peuvent pas être les mêmes.
Ce qui compte, ce sont les objectifs que nous nous sommes fixés et que nous atteindrons quoi qu'il advienne. A ce sujet, je prends un exemple. Nous sommes à un bureau qui est fait en bois, par des artisans du pays. Ailleurs, il existe des bureaux en fer ou en métal, mais ce que nous pouvons dire, c'est que nous sommes quand même à un bureau, que ce bureau sert à la même chose, même si les moyens employés pour le fabriquer sont différents !
Ici, il me faut saluer l'administration coloniale française qui, compte tenu de la position centrale de notre pays, fidèle à la politique coloniale de profit immédiat et maximum, indifférente à l'intérêt de notre pays, n'a pas permis la création d'une bourgeoisie autochtone, d'un capitalisme autochtone, ce qui fait que nous éviterons une révolution inutile en mobilisant la paysannerie pour édifier le socialisme.
Je sais que certains jeunes ont tracé pour notre pays un processus d'évolution irréversible, imité d'autres pays. Mais je suis prêt à soutenir que notre argumentation est valable, car les réalités de notre pays nous obligent à utiliser les meilleurs moyens, les plus propices et les plus efficaces pour arriver à nos objectifs.
La bourgeoisie, ainsi que je l'ai dit, n'est pas un mode de vie, mais il y a un mode de pensée bourgeois. En effet, si la bourgeoisie était un mode de vie, je crois que l'on devrait dire qu'en 1962, c'est le monde entier qui est bourgeois, à l'exception de l'Afrique !
On parle parfois des Villas des Ministres, du Palais du Président !
Mais, peut-on penser que des hommes qui ont souffert avec le peuple, qui ont lutté avec lui, ont pu s'installer béatement dans un certain confort, en oubliant que leur victoire est la victoire du peuple, qui en a été le principal artisan ?
Ceux qui le pensent devraient regarder autour d'eux, dans le monde ! Ils verraient qu'il existe souvent de profondes différences dans tous les pays, et que cela ne signifie pas que ceux qui en bénéficient parfois involontairement sont des bourgeois !
La vérité, c'est qu'on devient bourgeois, c'est qu'on est bourgeois le jour où on ne se définit plus en fonction du peuple, et qu'on s'assigne comme objectif la satisfaction de toutes les joies de ce monde, même si on doit écraser le peuple qui est l'instrument de cette satisfaction.
Voilà, camarades, les idées, les problèmes sur lesquels travaillent nos responsables. Avec notre passé, avec notre choix, avec la religion de la majorité, il ne peut en être autrement. L'énorme majorité de la population de notre pays est musulmane. Alors on dit : mais comment concilier la religion et le socialisme ? Je dis qu'il s'agit là d'une hérésie. Si, en République du Mali, la religion avait été un instrument d'oppression et de domination, si elle s'était faite l'agent du système colonial, ou bien si dans notre passé lointain, elle avait été l'instrument de la féodalité, si elle avait joué le rôle de poison, comme facteur de résignation, alors la lutte contre la religion pourrait se justifier.
Mais ce n'est pas le cas. Il n'y a pas de religion plus socialiste que la religion musulmane, parce qu'elle enseigne dans ses principes : aux riches à donner, à partager, à soulager la souffrance des autres.
Ainsi, quand en République du Mali, nous parlons d'économie socialiste planifiée, il ne s'agit ni d'un plagiat, ni d'une escroquerie quelconque. Nous mettons dans les mots que nous employons un contenu réel.
Vous comprenez ainsi le sens de certaines mesures, de certaines décisions que notre Parti et notre Gouvernement ont été amenés à prendre, et chaque jour, chaque semaine qui passe, doit nous faire faire un pas de plus vers l'implantation d'une économie socialiste planifiée. Ce ne sera pas facile. Ce ne sera pas facile parce qu'il faudra commencer par nous-mêmes. En disant « nous ferons notre socialisme sans révolution », je voulais dire sans révolution violente ; mais nous ferons quand même une révolution. Cette révolution sera faite en chacun de nous, en chacun de vous, pour empêcher qu'au cours du développement économique de notre pays, la richesse ne soit accaparée par une minorité au détriment de la majorité.
Pour cela, il faudrait que cet instinct d'accaparement, d'enrichissement, que l'on décèle déjà chez certains camarades, puisse être tué dans l'œuf. Nous avons, par exemple, certains camarades qui sont propriétaires de 10 concessions, alors que d'autres n'ont pas de toit. Il y en a dont les épouses sont chamarrées de bijoux alors que d'autres vont à moitié nues!
Camarades, il faut que cet écart soit résorbé, résorbé non pas dans la violence, mais par l'acceptation enthousiaste de ceux qui peuvent être considérés comme les plus privilégiés de notre société, c'est-à-dire les fonctionnaires, les commerçants, les artisans, tous ceux qui ont un niveau de vie qui dépasse très largement la moyenne.
Pour cela, il faut faire des sacrifices. La taxe civique a été acceptée, avec quelques grincements de dents par certains, de même que la majoration du taux des patentes, des licences, avec ici aussi quelques réticences. Il en a été de même de la réduction des marges bénéficiaires dans le secteur privé. Tout cela est nécessaire, car il faut que ceux qui sont aisés donnent une partie de leur gain afin que ceux qui n'ont rien, ou presque rien, puissent se considérer comme citoyens à part entière, et avoir espoir dans l'avenir.
Je dois donc dire avec force que la Direction actuelle de l'U.S.-R.D.A., qui a été à l'école de la lutte et des sacrifices, entend faire poursuivre, inexorablement, à notre Parti la voie qui a été tracée par le Congrès extraordinaire de septembre 1960.
Dans cette voie, nous irons jusqu'au bout ; et si les arguments, pourtant irréfutables, ne suffisaient pas pour convaincre certains, qui s'accrochent encore aux restes des avantages qu'ils ont tirés ou hérités de la domination coloniale, eh bien, nous serons obligés de nous passer d'eux, ou de passer sur eux.
Votre rôle dans cette révolution interne, révolution en chacun de nous, est primordial. Vous devez vous le rappeler à tout moment, afin que, grâce à votre esprit d'observation, et également à vos qualités de psychologues (car les journalistes doivent toujours être des psychologues et savoir interpréter les réactions et les silences de celui qu'ils ont en face d'eux), vous puissiez nous aider par votre plume à hâter le processus de socialisation de notre pays. Ce n'est pas facile, il s'agit d'un véritable bouleversement. Bouleversement des structures économiques, bouleversement des habitudes de facilités, bouleversement du train de vie.
Malheureusement, l'option que nous avons faite ne peut pas avoir l'agrément de tous les pays africains, ni de toutes les Grandes puissances. Pour celles-ci, l'Afrique était une chasse gardée, elle a été le pendant de leur système économique d'exploitation. La République du Mali refuse de continuer à être le pendant de ce système économique d'exploitation.
Notre action est donc engagée ; elle vise à détruire les institutions de ce système économique. Si nous réussissons, nous serons considérés par les tenants de ce système comme la « pomme de terre pourrie dans un sac ». Ils essayeront donc de nous éliminer, de créer, sur le plan intérieur, les conditions d'une révolution, cette fois, non pas dans le sens du progrès, comme nous le concevons, mais dans le sens de la régression, vers un système économique différent qui permettrait le maintien intégral de leur emprise sur notre pays. Nous devons être excessivement vigilants. Nous avons engagé une lutte d'envergure. Mais avec notre passé et notre confiance dans les valeurs de notre pays, nous sommes convaincus que nous vaincrons.
Il faut se convaincre d'ailleurs que la victoire du Mali ne sera pas seulement notre seule victoire. Notre victoire sera aussi la victoire de l'Afrique, qui se cherche et se construit, de l'Afrique qui, dans certaines zones, essaie de s'affranchir de la tutelle des puissances coloniales, mais qui hésite à emprunter la voie directe et courageuse pour laquelle nous avons opté.
Eh bien, si nous échouons, ces pays qui hésitent se rejetteront définitivement dans les bras des anciennes puissances coloniales, et leur indépendance ne le serait que de nom. Et cet échec créerait, au niveau de la plupart des Etats africains, cette situation dramatique d'une administration indirecte, par des enfants du pays, au bénéfice des anciennes puissances coloniales. Et au lieu de la forme directe du colonialisme, nous verrions se développer une forme beaucoup plus insidieuse, le néo-colonialisme.
Je vous disais tout à l'heure que ceux chez qui nous sentirions une tendance à l'enrichissement et à l'accaparement, dans l'ignorance des misères et des besoins du peuple, devaient essayer de se ressaisir parce que nous ne leur donnerons pas le temps, ni les moyens de réaliser leurs objectifs : la satisfaction des intérêts égoïstes. Cette volonté d'accaparement transposée au niveau des État devient volonté de domination ; c'est également là un danger que nous aurons à affronter. On nous appelle pays sous-développé et dans la définition du sous-développement, il faut entendre le sous-développement économique, le sous-développement culturel, le sous-développement social et même le sous-développement dans la capacité d'administration et de gouvernement, dans la gestion de nos affaires. C'est là que réside le danger, et elles estiment (certaines grandes puissances), que même dans nos idées pour le développement de notre pays, elles doivent intervenir. C'est cette volonté de domination qui fait qu'on ne croit valable d'autre civilisation que la sienne, d'autre régime politique et économique, d'autre style de vie que les siens ; c'est la mise en marche du processus pour imposer cette volonté par la subversion ou la guerre, qui est l'essence de l'impérialisme. C'est aussi la mise en marche du processus pour imposer cette volonté par la subversion ou la guerre ; ce mépris de leur personnalité, de leur capacité de se gouverner est outrageant pour nos pays.
Mais avec le progrès des communications, on ne peut plus tenir les hommes à l'abri des idées, quelles qu'elles soient. Avec le développement des moyens de communication et d'information, aucun système, même le plus draconien, ne peut plus empêcher la marche en avant de l'humanité ; tout juste, cette évolution peut-elle être retardée pour un moment.
En tout cas, nous avons la conviction que la victoire appartient à la majorité, que la victoire appartient à l'homme exploité, que la victoire appartient à l'homme insuffisamment payé ; et que les guerres n'arriveront jamais à étouffer cette volonté de libération de l'homme exploité par l'homme.
Voici donc les idées, les réalités sur lesquelles travaille notre Parti. Voici définie la politique intérieure de la République du Mali.
Nous sommes un territoire central. Nous ne pouvons pas nous isoler du reste de l'Afrique.
Si nous nous isolons de l'Afrique, nous serons étouffés, écrasés. Mais au contraire, si nous restons liés au reste de l'Afrique, le succès de notre expérience influera sur la politique des autres Etats africains et ce sera un pas de plus vers la décolonisation et la liquidation des séquelles de la domination étrangère. C'est la raison pour laquelle notre Parti a décidé de coopérer avec les autres Etats africains, quels que soient leurs systèmes économique et politique, et là je rappelle une loi : lorsque deux idées vont dans le même sens ou s'affrontent, l'avantage est toujours à l'idée la plus dynamique. Ainsi, dans notre coopération, s'affrontent les idées du développement socialiste de la République du Mali et les idées du développement économique d'autres pays dans la lancée mise en place par le système colonial. Si la voie tracée par le système colonial était plus dynamique, plus efficace, les pays africains ne seraient pas à l'heure actuelle au niveau économique où ils sont. C'est pourquoi, en confrontant nos idées et nos expériences, étant donné le dynamisme de nos idées concernant la construction de notre pays, les autres pays africains ne pourront pas soustraire leurs populations à l'influence de ces idées.
Nous sommes décidés sur le plan africain à aller au-delà de la simple coopération. La République du Mali est décidée à abandonner une partie de sa souveraineté pour s'intégrer dans un ensemble plus vaste. Il faudrait au préalable que les contradictions soient liquidées dans les systèmes économique, politique, social de ces partenaires éventuels. Le R.D.A. éclaté et morcelé est un exemple pour nous : nous nous sommes mis d'accord pendant 14 ans contre le système colonialiste, mais lorsqu'il s'est agi de construire nos pays et l'Afrique, nous avons été amenés à condamner le R.D.A. Plus près de nous est l'expérience de la Fédération du Mali. Il y avait contradiction entre les systèmes économiques, politiques, sociaux auxquels appartenaient les dirigeants du Mali et du Sénégal. Je n'ai pas besoin de rappeler ces contradictions de conception qui existaient entre dirigeants et militants du Sénégal.et du Mali. Compte tenu de l'expérience du R.D.A. et de la Fédération du Mali, nous ne nous associerons, au point de disparaître comme entité internationale dans un ensemble, que dans la mesure où nos partenaires auront une doctrine claire sur les plans politique, économique et social, et que, d'autre part, les méthodes employées pour développer leur pays sur tous les plans pourront effectivement les y conduire. Ne nous laissons pas prendre à la magie des mots. La plupart de ces Etats parlent de socialisme africain. Même Senghor parle de socialisme africain. Si nous ne faisons pas attention, le mot socialisme sera vidé de son contenu, et les systèmes capitalistes et bourgeois les plus réactionnaires pourront se camoufler sous le sigle du socialisme. Le Mali est d'accord pour coopérer avec tous les Etats africains. Il est décidé à disparaître comme Etat souverain pour s'intégrer dans un ensemble, mais il faut d'abord qu'il y ait identité de vues, identité de vues dans la définition des moyens, et identité de vues dans l'utilisation de ces moyens. Pour le moment, nous nous sommes contentés, aussi bien à l'Union des Etats Africains qu'à la Charte de Casablanca, de l'étape de la simple coordination.
Sur le plan international, notre volonté de coopérer avec tous les pays, de l'est comme de l'ouest, a été maintes fois proclamée. La République du Mali ne repousse de coopération que celle qui s'appuie sur le paternalisme ou alors celle qui essaie d'intervenir directement dans les affaires intérieures du pays. La République du Mali a opté pour un neutralisme positif. Je sais que parfois on use de ce mot, même si, sur les plans économique et politique, on est lié par des accords à l'ancienne puissance coloniale, qui, du fait de ses propres accords internationaux, se trouve elle-même dans un bloc. Le neutralisme, que nous avons défini plusieurs fois, est une position délicate et difficile à maintenir : il nous vaut d'être l'objet de pressions constantes. On nous dira : « Vous penchez trop à l'est, partout sont des techniciens de l'est, partout sont des véhicules de l'est. Vous ne pourrez par rester dans votre neutralisme. » C'est un aspect négatif qui est exprimé par celui qui parle ainsi de neutralisme. Le Mali a ses problèmes à résoudre. Lorsque des pays sont décidés à apporter leur coopération à la solution de ces problèmes, le Mali accepte cette coopération. Les pays de l'est ont été les premiers, en des moments difficiles, à nous apporter leur coopération et leur assistance. Nous ne pouvons pas l'oublier et nous ne voulons pas empêcher d'autres pays non plus de comprendre nos problèmes et d'essayer d'y apporter des solutions sans exiger de nous des contreparties. Par conséquent, le Mali coopère avec tous les pays qui voudront coopérer avec lui, dans le respect de sa dignité et de sa souveraineté, et nous n'avons pas le complexe du sous-développement, parce que le sous-développement n'est que le fait de l'histoire, donc le fait d'événements s'inscrivant dans l'histoire de tous les peuples qui ont été sous domination étrangère. Nous n'acceptons pas que l'on mette en avant, comme aspect du sous-développement, une inadaptation à administrer et à gouverner notre pays selon les moyens et dans la voie librement choisie. En cela, nous estimons que nous avons au Mali assez de valeurs culturelles dans le passé et dans le présent pour définir clairement et réaliser ce que veut le peuple. A ceux qui ne le comprendraient pas ainsi, qui tenteraient de noyauter le peuple, de chercher des alliés probables pour essayer d'orienter notre politique dans le sens de leurs désirs, de leurs souhaits, nous devons d'ores et déjà dire qu'ils se font des illusions. Seul un peuple qui ne sait pas ce qu'il veut, qui n'a pas de dignité, pas de passé répondant de lui, accepte d'être ainsi noyauté, téléguidé. Tel n'est pas le cas du Mali. Nous avons fait une expérience et nous la poursuivrons jusqu'au bout, même si les mesures à intervenir devaient mettre au « rancart » les attardés et les hésitants. Nous n'accepterons jamais que notre marche soit précipitée par l'intervention de quiconque. Nous prendrons nos décisions, celles que nous-mêmes aurons arrêtées, au moment que nous aurons choisi et sous la forme que nous aurons nous-mêmes déterminée. C'est pourquoi le Mali reste sur sa ferme position de neutralisme positif ; c'est pourquoi les Maliens demeurent mobilisés auprès de l'Afrique encore sous domination étrangère, pour qu'elle puisse se libérer de l'emprise coloniale.
Nous sommes aux côtés de ceux qui veulent mobiliser l'homme afin que l'agriculteur et l'ouvrier puissent devenir des citoyens à égalité avec ceux qui sont aisés. Nous sommes auprès de ceux qui sont engagés dans une action pour que le monde vive en paix, et pour que seule existe une compétition loyale entre les divers systèmes politiques et économiques, pour que les peuples puissent se déterminer librement. Nous sommes engagés auprès de ceux qui pensent que les sommes considérables qui sont dépensées à la construction d'instruments de destruction massive des hommes, peuvent être utilisées ailleurs à aider une autre partie de l'humanité à s'affranchir du sous-développement dans lequel elle se trouve. Voilà ce qu'il faut entendre par neutralisme de la république et du peuple du Mali. Nous sommes fermement attachés à rester fidèles à cette option.
Voilà, camarades, sur les plans intérieur, africain et international, les objectifs qui ont été tracés au Parti et au Gouvernement lors du Congrès de l'Union Soudanaise-R.D.A. du 22 septembre 1960. Je puis vous donner l'assurance que nous, issus de ce peuple, nous sommes décidés à lui rester fidèles et à appliquer sans défaillance les options que nous avons clairement définies. Pour cela, nous avons besoin de votre coopération, vous qui, demain, serez appelés à former l'opinion et à orienter le peuple. Il faudrait désormais que vous ne vous considériez pas seulement comme de simples journalistes, mais que vous pensiez que vous êtes, à votre niveau, les responsables du développement idéologique de la population et de sa marche en avant vers le socialisme afin que, libérés de tous complexes créés en nous par le système colonial et qui firent, hélas, que les Africains ont perdu tout sens de la dignité et de l'honneur, nous puissions assurer à notre peuple le plein épanouissement auquel il aspire, et afin que notre expérience qui doit être celle du Mali et de l'Afrique, puisse être un facteur déterminant dans la libération de l'Afrique et dans la réalisation de son unité

DECLARATION RELATIVE A LA CESSATION DES HOSTILITES EN ALGERIE(19/03/1962)

II nous est particulièrement agréable de saluer l'heureux événement qui aujourd'hui remplit de joie le cœur de tous les Africains, engagés depuis longtemps dans la lutte contre le colonialisme : la victoire du peuple algérien.
Voici venue la moisson de huit années de courage indomptable, de sacrifices sans murmures, de persévérance sans fanfaronnades ; voici venu le moment tant attendu de la victoire des Algériens eux-mêmes, au terme d'une lutte ouverte, avec l'arme de la foi en l'avenir, de l'amour ardent pour la liberté de la patrie opprimée, la volonté du peuple algérien de redonner à l'homme africain sa dignité.
Frères d'Algérie, les milliers d'Algériens tombés dans les champs de batailles ne sont pas morts en vain.
N'est-il pas vrai qu'ils viennent de rendre à notre beau pays, l'Afrique, une partie de sa terre depuis cinquante ans spoliée ?
Qui peut encore l'ignorer ? C'est grâce à vous, frères d'Algérie, par l'exemple de dignes pionniers que vous êtes, que les mouvements populaires africains se sont engagés dans la lutte pour la libération du sol national.
Il fallait ici que justice vous fût rendue.
Aussi, notre reconnaissance est grande, qui s'est exprimée par la solidarité inconditionnelle de la République du Mali avec les frères de l'Algérie Combattante.
C'est dire combien notre joie est immense, devant la victoire de ceux auprès desquels dès 1960, le peuple du Mali s'est considéré mobilisé.
La victoire du Front de Libération qui a su imposer le respect de la souveraineté et de l'intégrité de l'Algérie Africaine est aussi celle de tous ceux qui, comme les Maliens, n'ont rien ménagé pour en assurer le succès.
Victoire du Front de Libération Algérienne, victoire de l'Afrique Combattante, mais aussi victoire des peuples épris de paix au premier rang desquels le peuple de France qui voit mettre un terme aux sacrifices inutiles de ses cadres et de sa jeunesse et à l'hémorragie financière.
La France, enfin libérée, rompant définitivement avec un système inique de domination des peuples, peut sauvegarder et renforcer l'amitié des peuples africains colonisés, en reprenant sa place parmi les puissances attachées à la liberté de tous les peuples.
Gloire aux Martyrs Algériens du colonialisme !
L'indépendance qu'ils ont préparée et arrachée aujourd'hui sera dans l'Afrique qui se construit un facteur déterminant dans la poursuite de la décolonisation, et contribuera à accélérer l'édification d'une Afrique libre, en marche vers le progrès et le bien-être de ses populations.
Honneur aux Combattants Algériens dont l'exemple vaut école; ils ont démontré avec éclat que lorsqu'un peuple est résolument engagé dans le combat pour la libération de sa patrie, n'ayant d'autres ressources que sa foi, il arrive toujours à imposer ses droits aux forces d'occupation.
Peuple héroïque d'Algérie, le Mali est avec vous, à vos côtés, aujourd'hui comme hier, pour la libération totale de l'Afrique, jusqu'à la réalisation de l'unité, dans la voie du progrès et pour l'affirmation de notre personnalité.

DISCOURS PRONONCE À L'OCCASION DE LA VISITE OFFICIELLE DU PRESIDENT DIORI HAMANI AU MALI (06/04/1962)

Cher Président,
Madame, Excellences,
Chers Camarades,

Après que Niono, Macina, Markala et Ségou vous aient souhaité la bienvenue, nous voici de nouveau à Bamako, toujours animés du même idéal de fraternité africaine qu'ensemble nous avons cultivé des années durant.
Vous voici également au milieu de camarades dont vous connaissez les sacrifices et la fidélité au serment.
Vous voici donc chez vous, à Bamako, que les événements associent à l'histoire africaine depuis ce jour d'octobre 1946 où les hommes de courage ont avec nous jeté les fondements du mouvement libérateur de l'Afrique.
Aux dernières heures de votre si bref séjour au Mali, l'honneur me revient de vous dire, Monsieur le Président, combien nous sommes comblés par votre visite d'amitié.
La charge m'est d'autant plus agréable que je reçois en vous un camarade des heures difficiles et à un moment où de partout des voix s'élèvent pour appeler à l'unité.
L'occasion est peut-être propice pour rappeler qu'au Mali l'Unité Africaine est demeurée depuis 1946 la charnière de la politique de notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A. C'est vous dire que vous êtes déjà assuré de trouver auprès de nous une solidarité totale dans ce combat.
Monsieur le Président, à ce stade de leur révolution, nos Etats sont préoccupés par leurs problèmes économiques ; l'aide extérieure pèse dans toutes les décisions que les nouveaux État sont amenés à prendre. Et si nous n'y prenons garde, la liberté conquise sur le plan politique serait anéantie.
Le Mali, en ce qui le concerne, fort de l'adhésion de toutes ses populations, n'acceptera jamais une quelconque sujétion économique.
Certes, nous ne refuserons pas le concours des pays développés. Au surplus, ceux-ci ne doivent-ils pas leur développement à la main-d'œuvre, aux matières premières, aux marchés des colonies que nous fûmes ? Le dépeuplement de notre Continent n'a-t-il pas présidé à la prospérité de ceux qui aujourd'hui sont à la pointe du progrès ?
Aussi, c'est sans chantage aucun, sans amertume aucune, mais sans faiblesse, que nous devons dire ici notre conviction profonde : la justice sociale, la paix du monde, l'égalité des peuples, la morale internationale imposent que ceux qui se sont enrichis apportent leur contribution à l'essor économique des pays d'Afrique et d'Asie, aux héritiers légaux des transplantés et de nos vaillants combattants sur les fronts d'Europe. C'est pour cela, qu'à leur usage comme à celui des nationaux pour rétablir la réalité des rapports actuels entre les autres et nous, nous préférons au terme de sous-développés l'expression plus opportune de pays en voie de développement, à la formule aide, celle plus juste d'entraide ou de concours.
Voilà qui est la vérité, fût-elle une dure découverte pour ceux qui, parce que tous seuls à avoir la parole, ont donné aux rapports entre les peuples, une définition à leur avantage.
Monsieur le Président, l'Unité Africaine est notre vocation, l'Afrique est notre raison d'être. La présence du Chef d'Etat voisin que vous êtes prouve que les conditions actuelles sont favorables à l'entreprise.
Je voudrais cependant me permettre de vous confier ici ma conviction qu'elle doit apparaître comme la consécration mutuelle, par la multiplication des échanges et la solidarité active, auront permis de conclure à une identité totale de vues dans la politique internationale.
C'est vous dire que rien ne sera négligé par notre pays, qui puisse accélérer la marche de nos État vers cette union sacrée de nos peuples.
Avec la même énergie que nous avons dénoncé le démembrement de notre Afrique, nous dénonçons les nouvelles frontières que les néo-colonialistes et les impérialistes s'évertuent à faire admettre.
Il est de plus en plus courant d'entendre évoquer l'Afrique Blanche et l'Afrique Noire, pour affaiblir nos peuples, cultiver la division et l'opposition entre nos pays. De telles notions n'ont pu trouver asile dans aucun coeur malien, puisque nous sommes convaincus de leur origine impérialiste et de leur caractère de trahison africaine.
A n'y prendre garde, Monsieur le Président, les divergences actuelles vont être transformées en fossés, pour empêcher à tout prix la constitution d'UNE LIBRE AFRIQUE, pouvant peser sur les destinées du monde.
Enfin, les notions d'Afrique Blanche et d'Afrique Noire obéissent à la volonté de maintenir et d'encourager le morcellement hérité du système colonial, destiné à assurer la pérennité de la domination étrangère.
Je crains que les mêmes intentions n'animent ceux qui ont juré de servir le maître avant le frère, lorsqu'ils distinguent une Afrique anglophone et une Afrique francophone. Je suis de ceux qui pensent que l'Afrique que nous voulons doit se construire en dehors des nations colonisatrices qui ne peuvent pas présider à notre unification ayant été les artisans de notre division.
Les unions constituées sur cette base ont révélé leur nature d'instrument entre les mains des ex-puissances coloniales qui les ont d'abord encouragées et alignées pour transposer en leur sein leur lutte d'influence et empêcher à tout prix l'amitié africaine.
Ainsi, la preuve a été administrée par toutes les rencontres interafricaines, que l'Unité Africaine sera largement facilitée par la liquidation des structures colonialistes et le plein exercice de la souveraineté de nos État
Bien sûr, pour la réalisation de cet objectif, chaque pays africain, la République du Niger en particulier, a le choix de sa méthode propre, celle qui tiendra nécessairement compte des réalités nationales.
Le Mali exploitant justement ses réalités pour sa part, a choisi la voie de l'Union de tout son peuple, sur la base du patriotisme africain dans la fidélité aux principes qui dès 1946 ont présidé à la naissance du Rassemblement Démocratique Africain.
Notre sentiment de dignité nationale nous a fait opter pour l'africanisation complète des cadres, dans laquelle le paysan, le fonctionnaire, le commerçant et l'éleveur ont trouvé la preuve de leur libération et la réalisation de la promesse que le R.D.A. leur avait faite.
Nous avons constitué notre jeune armée dynamique, entièrement encadrée par des nationaux.
Fiers comme vous de notre passé, la présence des troupes françaises sur notre sol nous apparaissait comme le symbole de la domination et aussi comme un danger permanent d'intervention dans nos affaires intérieures. Notre peuple s'est senti libéré, moralement réhabilité par leur évacuation dès que les conditions psychologiques de celle-ci ont été remplies.
Cette politique menée conformément aux résolutions de notre Congrès du 22 septembre 1960 a décuplé la mobilisation de notre peuple et a créé ainsi un enthousiasme fécond qui, aujourd'hui, nous permet d'aborder avec aisance et confiance la construction nationale de notre pays.
Les jeunesses que vous avez partout rencontrées se sont placées à la tête de ce mouvement avec les travailleurs, les paysans, les commerçants, les femmes, les anciens combattants, les soldats de notre vaillante Armée, pour prendre en main les destinées de la Nation.
La bataille économique a été engagée et les succès remportés tous les jours sont convaincants. Ici encore, notre Parti et notre Gouvernement, forts de la confiance du peuple uni, se sont attaqués aux structures héritées du système colonial.
Notre Congrès a opté pour le socialisme enrichi des valeurs africaines et maliennes. Nous avons étendu le secteur de l'Etat à tous les domaines importants de la vie économique. Des sociétés d'Etat ont pris en main le monopole du commerce extérieur, des transports aérien, routier et fluvial, des constructions, etc., sociétés à la bonne marche desquelles les travailleurs seront de plus en plus associés.
Les paysans se sont organisés en groupements ruraux dont ils ressentent déjà tous les heureux effets. Les commerçants, comme les ouvriers, trouvent à travers leurs coopératives, leurs mutuelles, le moyen de jouer leur rôle dans la construction nationale.
Sans aucun doute, vous le savez, le Parti a été l'artisan de toutes ces victoires. C'est dans la pratique d'une politique nationale, d'africanisation des cadres, de la liquidation des séquelles de domination et de fidélité à l'Unité Africaine que le Mali a réalisé et développé son unité nationale, forgé les armes nécessaires pour la bataille économique.
Ce faisant, nous partageons avec vous. Monsieur le Président, la conviction d'oeuvrer ainsi à la réalisation de l'Unité et à la construction d'une Afrique pleinement libre, telle que tous les Nigériens, bref, tous les Africains l'appellent de leurs vœux.
Vive le Niger et le Mali pour que vive l'Afrique libre et unie !

DISCOURS PRONONCE A L'ASSEMBLEE NATIONALE A L'OCCASION DE L'EMISSION D'UNE MONNAIE NATIONALE (30/06/1962)

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,
Madame,
Messieurs les Députés,

Depuis la proclamation de l'Indépendance Nationale, le 22 septembre I960, la Nation, tendue dans un élan d'enthousiasme a rassemblé ses énergies et mobilisé ses forces vives pour consolider et renforcer cette indépendance. Ensemble, avec courage et détermination, nous avons déjà parcouru un long et dur chemin, franchi de grandes étapes et posé les jalons du succès. C'est avec une légitime fierté que nous pouvons rappeler ces réalisations positives que sont : l'évacuation des bases militaires étrangères, l'organisation du pays en régions administratives et économiques constituant des ensembles homogènes, la création des sociétés et entreprises d'Etat, appelées à assurer la relève des établissements étrangers et à donner un sang nouveau à la vie économique de la Nation épuisée pas des années de domination coloniale et, pour couronner ces réalisations, le lancement du Plan Quinquennal, clé de voûte du développement économique de la Nation orientée résolument vers le socialisme.
Si nous remontons ce soir le chemin parcouru, ce n'est pas seulement pour trouver dans l'évocation du passé des motifs de satisfaction, c'est aussi pour puiser dans l'effort accompli, des raisons de croire et d'espérer, et surtout faire en sorte que le passé nous serve de tremplin pour le grand bond en avant auquel le Parti vous convie ce soir afin de franchir une nouvelle étape qui devra marquer un tournant décisif dans la vie économique de la Nation.
Dans quelques heures, exactement à zéro heure du 1er juillet 1962, la République du Mali disposera de sa monnaie nationale, le franc malien, ayant seul, désormais, cours légal et pouvoir libératoire illimité sur l'étendue du territoire national.
A cet effet, le privilège de l'émission sera exercé par un Institut d'Emission National, la Banque de la République du Mali, qui détiendra l'ensemble des pouvoirs monétaires exercés auparavant par la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest.
Voilà annoncé dans ses grandes lignes l'essentiel de la réforme monétaire, qui sera soumise ce soir à votre sanction, et que tout à l'heure, M. le Ministre des Finances exposera en détail devant votre Commission des Finances, puis devant votre Assemblée en séance publique.
Je voudrais maintenant en dégager le sens et la signification profonde, en analysant devant vous les raisons de notre option, les conditions de son succès, pour tirer ensuite les conséquences qui en découleront sur le plan de nos relations extérieures.


Mes Chers Collègues, aussi loin que nous remontons dans le temps, l'histoire nous enseigne que le pouvoir politique s'accompagne toujours et nécessairement du droit régalien de battre monnaie, que le pouvoir monétaire est inséparable de la souveraineté nationale, qu'il en est le complément indispensable, l'attribut essentiel.
Pouvoir politique et pouvoir monétaire ne sont donc, à dire vrai, que les aspects complémentaires d'une seule et même réalité : la souveraineté nationale.
Or, vous savez comme moi que malgré son accession à l'indépendance, le Mali se trouve encore dans une position d'étroite dépendance économique vis-à-vis de l'ex-puissance coloniale.
Faut-il rappeler que nos importations en provenance de la France représentent encore 80% de l'ensemble ? Faut-il rappeler aussi que le solde de notre balance commerciale reste très largement débiteur sur la France ?
Cette situation résulte en effet des contraintes que fait peser sur nous l'appartenance à la zone d'émission ouest-africaine, commune à l'ensemble des Etats de l'ancienne A.O.F. - Guinée exceptée - et au sein de laquelle la France dispose de la réalité des pouvoirs monétaires. Car l'institut d'émission de cette zone monétaire, la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest échappe presque totalement au contrôle des Gouvernements Africains.
Tout se passe dans la pratique comme si la structure et l'activité de la Banque Centrale ne semblaient avoir été conçues que pour favoriser uniquement le commerce de traite et d'importations de biens de consommation grâce aux larges facilités des crédits commerciaux qu'elle continue d'accorder aux sociétés commerciales traditionnelles, au détriment des crédits destinés à l'équipement et à l'investissement.
Mais surtout, ces facilités de crédit à court terme ont imprimé à nos courants d'échanges, une direction unilatérale et rigide qui n'a que trop contribué à figer dans leur aspect rudimentaire nos structures économiques internes, empêchant cette diversification nécessaire et vivifiante de l'économie, soit par l'atrophie des secteurs vitaux et moteurs de l'activité économique, soit au contraire par l'hypertrophie de certaines forces productives moins essentielles au développement économique, singulièrement le secteur tertiaire du commerce et des services.
Certes, le souffle de la décolonisation a passé sur le vieil édifice mais sans trop l'ébranler. En effet, la réorganisation en cours de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest aura pour effet d'introduire quelques réformes audacieuses, mais qui n'en seront pas moins en retard de quelques années encore sur nos jeunes indépendances.
Ainsi, l'organisation de la monnaie et du crédit ne relève pas des Gouvernements Africains. Tous les pouvoirs de décision dans ce domaine sont concentrés au sommet, c'est-à-dire à Paris.
Comment promouvoir dès lors le développement économique harmonieux de la Nation si l'on ne dispose pas de moyens nécessaires, du puissant levier de commande que constitue la monnaie ?
Point n'est besoin d'être économiste pour savoir que la monnaie, au niveau national, est à la fois une garantie de liberté et, mieux encore, un instrument de puissance.
Garantie de liberté, parce qu'elle nous permet, non pas de faire ce que l'on veut, mais bien plutôt d'agir dans le sens de l'intérêt national.
Instrument de puissance -dans la mesure où elle nous donne la possibilité de contraindre les féodalités économiques et les groupes de pression qui veulent ignorer l'intérêt national pour ne défendre que les privilèges exhorbitants hérités du régime colonial moribond.
Enfin, et surtout, par ce choix qui balaie une des survivances, une des séquelles les plus vivaces de l'ordre colonial, nous entendons demeurer résolument fidèles à l'esprit de décolonisation totale qui a animé le congrès historique du 22 septembre 1960 et qui a déterminé l'option socialiste de notre politique.
Car ce serait singulièrement en limiter la portée, en dénaturer le sens profond que de croire un instant que la décision de créer notre monnaie n'a d'autre ambition que de flatter l'orgueil national.
Par delà cette légitime fierté, apparaît surtout notre volonté inébranlable d'atteindre l'objectif essentiel que nous nous sommes fixé, je veux dire la réussite du Plan Quinquennal qui commande le développement économique harmonieux du pays, la promotion sociale de nos masses laborieuses, en un mot, le devenir même de la Nation.
La monnaie nationale, c'est d'abord l'instrument nécessaire d'un développement économique réel, c'est-à-dire axé sur la planification socialiste.
Or, l'expérience le prouve, la planification du développement ne peut être réalisée par un Gouvernement dépourvu de pouvoirs monétaires.
Avoir son autonomie monétaire, disposer des pouvoirs monétaires, c'est, sur le plan interne, pouvoir régler et contrôler comme on l'entend l'émission de la monnaie métallique et fiduciaire, la direction du crédit, aussi bien aux entreprises, privées ou publiques, qu'à l'Etat.
Mais, c'est aussi et surtout, sur le plan externe, avoir la possibilité de contrôler la validité des paiements extérieurs conformément au plan du commerce extérieur, d'assurer le rapatriement de la contre-valeur des exportations, d'empêcher les transferts spéculatifs.
Il est clair que la détention de tels pouvoirs est absolument nécessaire à un Etat qui veut promouvoir le développement harmonieux et planifié de son économie. Et le Mali, en raison même de sa situation géographique et de l'importance de ses courants d'échanges avec les autres Etats de l'Afrique de l'Ouest, ne peut logiquement faire abandon de sa souveraineté monétaire.
L'Etat, en recouvrant son autonomie monétaire, sera mieux armé pour orienter la vie économique de la Nation en fonction de l'intérêt général, en exerçant, au niveau de la distribution du crédit, un double contrôle quantitatif et qualitatif.
Un contrôle quantitatif tout d'abord qui permet à l'Institut d'Emission de proportionner les concours bancaires qui sont la contre-partie naturelle de l'émission monétaire, aux besoins réels de l'économie.
Mais surtout, par ce biais, l'Etat peut, grâce à un réglage convenable de l'émission et des flux monétaires, favoriser et accélérer l'accumulation monétaire interne sans laquelle le Plan Quinquennal n'est plus qu'une affiche de propagande électorale, un immense trompe-l'œil, et sa réalisation, une chimère.
Un contrôle qualitatif ensuite, à la fois discriminatoire et sélectif qui permettra à notre Institut d'Emission, de refuser certains concours considérés comme nuisibles à l'économie, et de mesurer les crédits en fonction des objectifs prioritaires du plan.
Cette politique sélective du crédit permettra tout d'abord de renverser les priorités artificielles imposées par l'ordre économique colonial et qui n'avaient d'autres objectifs que de favoriser le commerce de traite d'importation qui constitue encore la source essentielle des profits du grand capital colonial.
Dans le même temps, l'Etat donnera la primauté aux investissements de base sacrifiés sous le régime colonial parce que, non immédiatement rentables et selon un ordre d'urgence fixé par les autorités du plan, donc conforme aux aspirations de nos masses.
Parallèlement, nous n'assisterons plus à la prolifération anarchique d'entreprises parasitaires, ou d'opérations spectaculaires à caractère de propagande, sans intérêt pour le pays et trop souvent financées au détriment de réalisations sans doute plus discrètes mais aussi plus décisives pour le développement de la Nation, telles que les routes, les écoles, les dispensaires de brousse, etc. . .
Voilà, mes chers Collègues, ramassées en quelques mots, les raisons profondes, politiques et économiques qui ont guidé notre choix, qui ont présidé à la création de notre monnaie nationale, le franc malien.
Mais, en hommes d'expérience avertis des problèmes économiques de notre temps et de notre pays, vous savez que pour être efficace, le maniement de l'instrument monétaire exige de la prudence.
Nous disposons de moyens puissants mais qui ne vaudront que par l'usage que nous en ferons. La monnaie, c'est d'abord un outil, mais un outil, si parfait soit-il, ne vaut que pour la main qui s'en sert. C'est pourquoi, vous comprendrez que notre entreprise, pour réussir, doit être conduite avec précaution et sagesse, en un mot, que notre succès dépendra tout d'abord de la réalisation d'un certain nombre de conditions objectives et impératives dont je voudrais maintenant vous entretenir.


L'instrument monétaire, nous le savons, peut agir comme un boomerang si l'on s'en sert maladroitement, mais rassurez-vous, nous ne jouerons pas les apprentis sorciers.
Disciplines internes rigoureuses, confiance en la monnaie nationale, telle me paraissent être les conditions objectives de notre réussite, la clé de notre succès.
Disciplines rigoureuses, tout d'abord, qui se traduiront avant tout par l'austérité budgétaire et financière. A cet égard, un certain nombre de mesures d'austérité vont être incessamment promulguées. Le Gouvernement n'épargnera aucun effort pour assurer l'équilibre budgétaire. Toutes les dépenses ont été passées au crible, et partout où des économies sont apparues possibles, elles ont été réalisées, que la dépense soit grande ou minime. C'est ainsi qu'une commission de contrôle et de répartition des effectifs du personnel a été mise sur pied afin de vérifier l'exactitude des emplois, la capacité des agents, leur répartition rationnelle en fonction des besoins réels des services.
D'autre part, seront considérablement réduits le nombre de missions à l'étranger, les frais de mission et le nombre de véhicules mis à la disposition des fonctionnaires. Le parc automobile sera ramené à des proportions compatibles avec la dignité nationale et les besoins réels des administrations. Les commandes de matériel et de biens d'équipement autrefois réalisées sans coordination entre les services et dans un désordre préjudiciable à l'intérêt général seront désormais regroupées au Service du Plan et le matériel réparti de manière plus rationnelle entre les différentes administrations pour éviter le gaspillage, aussi bien que pour obtenir les prix les plus favorables, les conditions d'achat les moins onéreuses.
Par ailleurs, la monnaie nationale, tout en étant un levier important pour le développement économique, recèle aussi des dangers que je me dois de vous exposer en toute franchise.
La tentation est en effet grande, pour les pays en voie de développement, dont la situation est caractérisée par la disproportion entre leurs besoins énormes et les moyens limités dont ils disposent, de suppléer à l'insuffisance des capitaux par des moyens monétaires. Mais que les bons apôtres, champions de l'orthodoxie monétaire, que les esprits chagrins professionnels de la catastrophe se rassurent : le Mali n'aura pas recours à la planche à billets.
Nous savons qu'en matière monétaire, il n'y a pas de miracle, et c'est pour cette raison qui résolument, nous nous détournons des chemins de la facilité et de l'aventure. La monnaie nationale n'est pas une panacée à nos difficiles problèmes de financement. Un pays ne vit que de ce qu'il produit, de ce qu'il gagne, de ce qu'on lui apporte.
Le déficit budgétaire ne sera pas financé par les moyens monétaires puisque le Trésor public s'adressera à la Banque de la République du Mali dans les mêmes conditions qu'un particulier, c'est-à-dire qu'il ne pourra en retirer des fonds que dans la mesure où son compte est alimenté ou dans la limite des crédits qui lui seront consentis.
Parallèlement, l'austérité budgétaire et financière doit être assortie d'un contrôle planifié du commerce extérieur qui seul peut nous permettre d'assurer l'équilibre de notre balance des paiements. Car si, à l'extrême limite, on peut combler un déficit budgétaire en créant sa propre monnaie, on ne peut en revanche fabriquer la monnaie des autres pour combler un déficit extérieur.
Le contrôle planifié du commerce à l'extérieur devra tendre à la suppression radicale des importations de luxe ou de biens de consommation superflus, qui font très souvent concurrence à nos propres produits. La consommation des produits du crû doit donc être très largement intensifiée. Par ailleurs, la raison essentielle de ce contrôle planifié, ce sera de donner la priorité à l'importation des biens d'investissement, sans quoi une nation ne peut se bâtir, ni renforcer son potentiel économique.
Mais, il ne suffit pas de s'imposer des disciplines rigoureuses afin d'échapper au cycle infernal de l'inflation, ce grand fléau des économies modernes qui menace en permanence la stabilité monétaire, donc le pouvoir d'achat des masses laborieuses. Ces disciplines ne suffisent pas à garantir cette stabilité, si par ailleurs elles ne se renforcent d'une confiance en sa propre monnaie.
Je le déclare sans ambages, vous devez faire confiance au franc malien qui n'a certes pas la prétention d'être une devise forte, mais qui se veut être d'abord un instrument au service de la promotion économique et sociale de la Nation. Le franc malien sera une monnaie instrumentale solide, gagé par une couverture d'un milliard de francs CF.A, en or et en devises. Défini par rapport à l'or, le franc malien aura la même valeur que le franc C.F.A. actuel, c'est-à-dire qu'un franc malien sera échangé contre un franc C.F.A. Toutes les mesures seront prises pour sauvegarder la valeur de notre monnaie tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, de manière qu'aucune transaction ne puisse se réaliser à une valeur autre que celle légalement fixée.
Mais surtout, je voudrais dissiper ici une opinion couramment répandue et selon laquelle une monnaie solide doit être nécessairement rattachée à une monnaie directrice, de plus grande envergure. La garantie qu'un Etat peut accorder à une monnaie étrangère n'est trop souvent qu'une garantie illusoire, plus psychologique que réelle. L'expérience quotidienne nous prouve que l'on ne donne sa caution à une personne que lorsqu'on est sûr que cette caution ne sera pas utilisée ou que lorsqu'on a pris toutes les précautions nécessaires pour qu'elle ne le soit pas effectivement.
Ce qui est vrai au niveau des individus l'est davantage à l'échelle des relations monétaires entre Etats. La France ne garantit le franc C.F.A. que parce qu'elle sait que cette garantie ne jouera pas effectivement. Faut-il rappeler par exemple que les Etats africains membre de l'actuelle zone d'émission Ouest Africaine, disposent d'une créance de 30 milliards environ sur la France ? Cela signifie paradoxalement qu'au cours des dernières années le franc C.F.A. n'avait pas besoin de la garantie du franc français.
Les récentes discussions monétaires ont encore vérifié l'intangibilité de cet axiome : la France n'a accepté de garantir le nouveau franc C.F.A. - franc de la Communauté financière africaine - qu'après s'être assurée de la mise en place des mécanismes automatiques efficaces permettant d'éviter la dégringolade du franc C.F.A.
C'est donc vous dire, Messieurs, que la solidité d'une monnaie ne dépend réellement ni d'une couverture en métal précieux ni de la garantie d'une autre monnaie plus forte. La force d'une monnaie dépend avant tout de l'équilibre économique interne du pays et des ressources en devises étrangères qu'il tire de ses exportations et d'aides extérieures.
Or, à cet égard, le Mali a réalisé son équilibre alimentaire, notamment vivrier et cet atout lui donne de larges possibilités d'expansion et de grandes ouvertures sur l'extérieur, de telle sorte que toutes les conditions semblent réunies pour assurer à la monnaie nationale sa stabilité, et faciliter les règlements extérieurs, ce qui nous conduit tout naturellement à envisager avec vous les conséquences de notre choix sur nos relations avec l'extérieur.
Ces conséquences doivent être examinées sur deux plans : sur le plan de nos relations avec la France, d'une part, et sur celui de nos rapports avec les Etats de l'Union Monétaire Ouest Africaine, d'autre part.
En ce qui concerne nos relations avec la France, tout d'abord, je tiens à dire que nous n'avons pas agi par surprise. Un message a en effet été envoyé au Gouvernement Français, accompagné de tous les documents se rapportant à notre réforme monétaire. Au surplus, notre décision était attendue dans la mesure où elle reste conforme à l'esprit de l'accord franco-malien de coopération en matière économique, monétaire et financière ratifié par votre assemblée le 24 avril dernier.
Aux termes des dispositions des articles 8 et 9 de cet accord « la République du Mali se réserve le droit de créer sa monnaie nationale et un Institut d'émission qui lui soit propre », et « la République Française prend acte de cette déclaration ».
Dans le message adressé au Gouvernement français nous avons tout d'abord souligné que le choix du Mali ne devrait pas être interprété comme un geste de défiance et encore moins d'hostilité à l'égard de quiconque.
Nous avons d'autre part tenu à affirmer que notre décision ne saurait remettre en cause le principe même de notre appartenance à la zone franc, tout en reconnaissant par ailleurs la nécessité d'un réaménagement indispensable de nos rapports avec l'ensemble de cette zone pour les adapter à la situation nouvelle créée.
Je voudrais faire remarquer en passant que notre maintien dans la zone franc, sous réserve de ces adaptations, n'est pas incompatible avec notre souveraineté monétaire. Vous savez aussi bien que moi qu'il existe des Etats se trouvant dans une situation semblable.
C'est donc dans cet esprit que nous avons proposé à la République Française l'ouverture des négociations en vue de réexaminer sur des bases nouvelles les conditions et les modalités de notre coopération au sein de la zone franc, conformément aux dispositions des articles 8 et 9 de l'accord de coopération en matière économique, monétaire et financière signé à Bamako le 9 mars 1962 et ratifié par votre assemblée.
Quant aux rapports avec les Etats de l'Union Monétaire Ouest Africaine, je puis vous donner l'assurance qu'ils seront maintenus et même renforcés. Certes, la conséquence immédiate du choix que nous avons fait est la sortie du Mali de cette Union Monétaire Ouest Africaine, récemment mise sur pied à Paris. Mais ce départ ne saurait constituer une surprise pour ceux qui ont suivi les discussions relatives à la constitution de cette Union Monétaire, et qui savent que celle-ci a été le fruit de compromis laborieux. Car au sein de la Nouvelle Union Monétaire il existe en effet trop de contradictions internes et d'éléments centrifuges qui laissaient présager sa dislocation à terme. Déjà deux des anciens Etats de la zone d'émission Ouest Africaine ne font pratiquement plus partie de la nouvelle Union Monétaire.
Tous les pays africains voisins, et notamment ceux de la zone d'émission CF.A. ont été avisés par message personnel du Chef de l'Etat, de notre décision. Des pourparlers vont être engagés pour résoudre les différents problèmes qui pourraient surgir éventuellement.
En tout état de cause, le Mali se déclare disposé à respecter scrupuleusement ses engagements financiers, mais il réclamera aussi avec autant de fermeté sa quote-part des réserves de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest.
Ainsi, notre départ de l'ancienne zone d'émission-je tiens à l'affirmer ici hautement - ne saurait signifier pour autant le relâchement des courants d'échanges traditionnels entre le Mali et les pays frères de l'Ouest Africain, auxquels nous lient des solidarités multiples, économiques et culturelles forgées au cours de longues années de luttes et de sacrifices communs que l'histoire, tout comme la géographie, et mieux encore - une grande et commune espérance : l'Unité Africaine - nous commande de préserver et de consolider, dans l'intérêt même de nos peuples.
C'est dans cette perspective que la République du Mali, toujours animée de cette volonté ardente de parvenir à l'Unité Africaine, souhaiterait voir se réaliser dans les meilleurs délais une rencontre entre les Etats de l'Ouest en vue de trouver dans une confrontation amicale et fraternelle les solutions les mieux appropriées aux problèmes immédiats nés de la situation nouvelle ainsi créée et surtout d'étudier en commun les modalités d'une coopération indispensable, mais rénovée et féconde.

Pour notre part, nous souhaiterions que ces rencontres se situent sur un plan bilatéral, permettant d'arriver à la conclusion rapide d'accords de compensations bilatérales. Ceux-ci pourraient ensuite se transformer progressivement en accords de compensations multilatérales, préfiguration d'une Union Africaine de Paiements, qui constituerait le premier jalon solide vers la voie de l'Unité Africaine.
Cette unité ne se fera que par les Africains, pour les Africains, et donc par des voies proprement africaines, qu'ensemble il nous faut patiemment rechercher. Les problèmes monétaires à eux seuls ne sauraient en tous cas servir de prétexte ni d'occasion pour autoriser un Etat extérieur à l'Afrique à rassembler sous sa houlette l'ensemble des Etats de l'ex-A.O.F. et de se présenter ainsi devant l'opinion publique internationale comme le sauveur et le restaurateur de l'Unité Africaine. Une telle entreprise qui n'est qu'une des manifestations les plus séduisantes du néo-colonialisme, serait immanquablement vouée à l'échec. L'expérience la plus récente est là pour nous rappeler que l'Afrique ne peut se construire à partir d'ensembles préfabriqués ou sur des modèles d'importation.
Voilà, Messieurs, les explications que j'ai tenu à vous donner ainsi qu'à tous nos amis de l'extérieur. Elles nous ont permis de dégager le sens et la signification profonde de notre réforme monétaire et du même coup de situer vos responsabilités, en tant qu'émanation de la souveraineté populaire, dans la réussite de cette grande entreprise qu'ils détiennent.
A partir de zéro heure, chaque député devra se considérer comme mobilisé au service de notre monnaie nationale. Dans les meilleurs délais, vous devez regagner vos circonscriptions et organiser une vaste campagne d'explications sur la porté de notre réforme monétaire, de telle sorte que chaque Malien se sente directement concerné par l'événement.
Et c'est pourquoi vous me permettrez, vous les représentants élus du peuple, de m'adresser à travers vos personnes à la Nation toute entière pour inviter instamment chaque Malienne et chaque Malien à échanger le plus rapidement possible les francs C.F.A.
Maliennes et Maliens, votre collaboration, votre coopération, votre enthousiasme seront décisifs dans la réussite de cette entreprise qui constituera un tournant important de la vie économique et politique de notre patrie. Dans les négociations qui vont s'ouvrir prochainement avec tous les Etats intéressés par notre réforme monétaire, la position de votre Gouvernement se trouvera d'autant plus renforcée que vous ferez preuve de civisme et de discipline pendant les opérations d'échanges de billets. Chaque franc C.F.A. qui ne sera pas échangé dans les délais et selon la procédure fixée, sera une perte sèche pour le Mali.
En négligeant vos obligations de citoyens, vous agirez non seulement contre les intérêts de l'Etat, mais aussi contre votre propre intérêt. Votre responsabilité individuelle est engagée au même titre que la responsabilité collective de la Nation. Du succès de la réforme monétaire dépendent en effet l'avenir économique de la Nation, la promotion sociale de nos masses laborieuses et l'audience internationale de notre jeune République.
Alors, nous ne pouvons pas échouer, nous sommes condamnés à réussir.

ALLOCUTION RADIODIFFUSEE A L'OCCASION DE LA REVALORISATION DE LA FONCTION ENSEIGNANTE AU MALI (19/07/1962)

Maliennes et Maliens,
Chers Camarades,


Mon propos ce jeudi, s'adresse à vous tous certes, mais plus particulièrement à ceux d'entre vous, dispensateurs de la culture et du progrès, ceux sans qui il n'y a pas de connaissance, et qui ont la charge de guider les pas du jeune Malien héritier de notre glorieux passé sur la voie de l'honneur et de la culture. C'est à vous, Camarades enseignants, qui remplissez une mission noble, exaltante, mais difficile et ingrate, avec bien souvent la seule satisfaction d'avoir accompli votre devoir, que le Parti, en accord avec tous les travailleurs, a décidé de réserver sa première attention en procédant à la revalorisation de votre fonction.
Il y a trois ans, le Parti avait décidé la valorisation du travail de la terre, qui demeure plus que jamais un impératif du développement économique de notre pays.
La revalorisation de la fonction d'enseignant est devenue aujourd'hui elle aussi, un impératif du développement national dans tous les secteurs.
C'est pourquoi, sans minimiser la valeur des autres professions, le Parti a décidé d'accorder des avantages particuliers aux enseignants de tous grades.
A cet effet, trois zones ont été créées telles que les définit le décret dont je donne lecture :
Article 1er. - Une prime spéciale dite prime d'enseignant est allouée aux personnels de l'enseignement ressortissants de la Fonction Publique malienne.
Art. 2. - La prime d'enseignant est servie au personnel exerçant effectivement des fonctions enseignantes. Celles-ci sont concrétisées par des décisions chargeant le personnel de cours, de conférences, de classes où ils dispensent un enseignement conformément aux programmes scolaires officiels.
Art. 3. - Le taux mensuel de la prime d'enseignant est ainsi fixé :
10 000 francs en première zone de service;
6 000 francs en deuxième zone de service ;
4 000 francs en troisième zone de service.

Les zones de service sont les suivantes :

PREMIERE ZONE

Région de Gao. - Toute la région de Gao, excepté les villes de Gao, Tombouctou, Bourem, Ansongo, Goundam, Dire, les centres de Kabara et Tonka ;
Région de Mopti. - Tout le cercle de Niafunké, excepté la ville de Niafunké et les centres de Youvarou, Saraféré et Sa;
Région de Bamako. - Tout le cercle de Nara, excepté la ville de Nara ;
Région de Sikasso. - Le centre de Fourou ;
Région de Kayes. - Tout le cercle de Nioro, excepté la ville de Nioro ;
Tout le cercle de Yélimané excepté la ville de Yélimané ;
Tout le cercle de Bafoulabé excepté les villes de Bafoulabé, Mahina et toute école située sur la voie ferrée ;
Tout le cercle de Kéniéba excepté la ville de Kéniéba ;
Tout le cercle de Kita excepté les villes de Kita et Toukoto, le centre de Sirakoro et toute école située sur la voie ferrée.

DEUXIEME ZONE

Toutes les écoles situées dans les régions, villes et centres non prévus dans la première et troisième zones.

TROISIEME ZONE

Villes de Mopti, Sévaré, Bandiagara, Bamako, Kati, Koulikoro, Sikasso, Bougouni, Koutiala, San, Kayes, Kita, Baguineda, Markala, Ségou, Macina, Niono.

Art. 4. — La prime d'enseignant est exonérée de la taxe civique. Elle n'est pas soumise à retenue pour pension. Elle est mandatée avec la solde mensuelle.
Art. 5. — Le présent décret qui prendra effet à compter du 1er octobre 1962 sera enregistré, publié et communiqué partout où besoin sera.

Ainsi, à partir de la rentrée prochaine, tout enseignant en République du Mali est assuré d'une indemnité supplémentaire minimum de 4 000 francs.
Camarades Enseignants, vous avez compris que cette prime est deux fois et demie plus élevée dans les villages de brousse qu'à Bamako et dans les grandes villes. Le Parti a voulu marquer, dans cette répartition, son souci permanent d'encourager les efforts déployés vers l'amélioration de la situation du paysannat, qui demeure au centre de nos préoccupations. Désormais, le village ne sera plus un lieu de réclusion. Il sera pour l'instituteur la zone de salaire la plus élevée de l'ensemble de la République du Mali.
L'instituteur qui conçoit son métier comme un sacerdoce, trouvera, dans sa présence effective, auprès de nos paysans, la satisfaction matérielle de se voir élevé, sur le plan de la solde, au-dessus de son homologue de la ville.
L'Union Soudanaise-R.D.A. comme dans toutes ses autres décisions, est demeurée attachée à l'application de nos principes.
D'autre part, pour que toutes les classes soient dotées, il sera procédé au recrutement d'instituteurs adjoints ; un concours sera ouvert à cet effet et auquel les moniteurs, les auxiliaires et décisionnaires de l'Administration, les jeunes gens pourvus ou non du brevet élémentaire ou B.E.P.C. seront admis à participer. Les lauréats du concours seront immédiatement engagés comme instituteurs adjoints dans la limite des besoins du Ministère de l'Education Nationale.
Je me dois de saluer ici le grand esprit de compréhension et d'abnégation des travailleurs des autres secteurs qui, après s'être imposés volontairement pendant un an la taxe de solidarité en faveur de nos frères refoulés du Sénégal depuis 1960 et la taxe civique pour l'essor du pays, viennent de s'engager à ne jamais se référer à cette nouvelle mesure pour en revendiquer l'application à leur profit.
Au nom du Parti je leur rends un vibrant hommage.
Maliennes et Maliens, qu'elle est belle la leçon à tirer de cet événement.
La preuve est administrée une fois de plus, qu'il ne peut y avoir opposition d'intérêts là où toutes les couches sociales se trouvent solidement unies et mobilisées dans un même parti national.
Les moments que nous vivons apportent le gage du succès de la Révolution du Mali, et constituent des jalons précieux dans la voie de la construction socialiste du pays.
Ce n'est pas un hasard si l'action syndicale au Mali se révèle non plus comme une arme contre le régime, mais comme un moyen de mobilisation des travailleurs pour plus d'exactitude et d'assiduité, pour plus de rendement dans le travail.
L'action syndicale devient le support du régime, parce que le travailleur détient le pouvoir et l'oriente dans l'intérêt exclusif du peuple.
Camarades de l'Union Soudanaise-R.D.A., seul un régime engagé dans la voie du socialisme peut escompter sur les résultats que nous avons obtenus.
Camarades, nous avions eu raison, le 22 septembre 1960, d'opter pour la voie socialiste.
C'est pourquoi nous poursuivrons inexorablement notre chemin. Avec un peuple comme le nôtre, nous remporterons chaque jour de nouvelles et éclatantes victoires « inch Allah ».
Quant à vous, éducateurs du Mali, si la sollicitude du peuple malien tout entier vient justement soutenir les efforts que vous n'avez jamais cessé de déployer, vous ne pouvez pas ne pas comprendre que le sacrifice que les Maliens consentent unanimement en votre faveur vous engage.
La revalorisation ainsi décidée correspond, rien que pour le premier trimestre, à 30 millions de francs maliens. L'effort est considérable et il vous engage, Camarades Enseignants à vous montrer dignes de cette confiance de votre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., en vous attachant davantage à votre noble métier, à vous considérer partout, dans les classes, les villes et les villages comme des apôtres et non comme des salariés afin d'accélérer la liquidation de l'analphabétisme.
L'Union Soudanaise-R.D.A. a fait son devoir vis-à-vis de vous. A vous de prendre vos responsabilités vis-à-vis du peuple et du Parti.
Vive le Corps Enseignant !
Vive la solidarité fraternelle et active de tous les travailleurs du Mali, pour que vive la République du Mali résolument engagée dans la voie du socialisme.

DISCOURS PRONONCE À ABIDJAN PENDANT LE SEJOUR DE LA DELEGATION MALIENNE EN COTE-D'IVOIRE (30/08/1962)

Monsieur le Président et Cher Frère
Félix Houphouët-Boigny Excellence,
Mesdames et Messieurs,
Chers camarades de Côte-d'Ivoire,

C'est toujours pénible pour des frères de se quitter, même s'ils doivent se retrouver. Mais il nous faudra nous séparer, nos responsabilités et les multiples tâches qui nous appellent, l'exigent.. .
Nous n'avons pas fini, et nous n'aurons jamais cessé de remercier les populations de Côte-d'Ivoire, les camarades du Parti Démocratique de Côte-d'Ivoire, les minorités blanches, de l'accueil plus que chaleureux, amical, sincère, qui nous a été réservé durant ce merveilleux séjour que, M. le Président et Cher Frère Houphouët-Boigny, vous avez su nous aménager, dans la chaude fraternité qui a marqué notre collaboration au sein du Rassemblement Démocratique Africain.
A Abidjan, à Dabou, Sikensi, Tiassalé, Divo et Lakota, à Guibéroua, Dignago, Issia, à Guessabo, à Duékoué, à Bangolo, à Biankouman, à Touba, à Borotou et à Bako, à Tiémé, Mandinani, à Boundiali, Sinématiali, à Tafiré, à Niakaramandougou, à Katiola, à Tiébissou, à Toumodi où repose en paix notre regretté camarade Delafosse, comme à Bongouanou, à Bonoua, comme à Adzope, à Grand-Bassam, à Aboisso, à Ayamé, chaque homme, chaque femme, jeunes et vieux, blancs et noirs, ont accouru pour nous exprimer, mieux que par des discours, leurs sentiments fraternels au peuple du Mali.
Nulle part, l'hospitalité légendaire de votre peuple portant au plus haut degré la généreuse et légendaire solidarité de l'homme africain, n'a souffert de la moindre défaillance pourtant prévisible pour un séjour aussi long et une délégation aussi nombreuse ; je voudrais ici, amis et frères de Côte-d'Ivoire, camarades du P.D.C.I., vous confier que chacun de vos cadeaux nous apparaît comme un message de fraternelle amitié au peuple du Mali. Ce qui nous a le plus comblés, c'est qu'à travers vos acclamations de joie délirante, à travers vos discours de bienvenue, vous nous offriez le cadeau d'un prix inestimable : votre coeur.
Je vous donne l'assurance, au nom de l'Union Soudanai-se-R.D.A., qu'ils contribueront à la consolidation de l'amitié entre nos peuples ; ils ne serviront à rien d'autre, je vous le garantis, qu'au développement de l'action du Mali pour la réalisation de nos objectifs communs, pour la libération et l'unité de l'Afrique.
Excellence, Mesdames et Messieurs, si j'ai tenu à rendre hommage aux populations mobilisées dans les moindres villages, ce n'est que justice rendue à leur enthousiasme dépouillé de tout artifice, à leurs sentiments de sincère fraternité.
C'est également - je le confesse - parce que le village est le berceau de la nation, le dépositaire des plus belles traditions du peuple dont il est aussi l'image la plus fidèle, la plus pure. C'est enfin pour saluer l'un d'entre eux, Ya-moussoukro, qui a donné à la République de Côte-d'Ivoire, son guide éclairé, l'artisan de son unité, le meilleur de ses fils, j'ai nommé le Président Houphouët-Boigny.

Notre délégation confesse que l'élan populaire que nous avons remarqué durant notre séjour, est d'abord un témoignage de confiance en votre Président.
Aussi, camarades du P.D.C.I., permettez à notre délégation de s'associer à vous pour réaffirmer la confiance de l'Union Soudanaise et du peuple Malien, au frère de combat des premières heures, à l'ami fidèle, et surtout au grand Africain qu'est le Président Houphouët-Boigny, dans son œuvre d'édification d'une Côte-d'Ivoire libre et prospère, fraternellement unie aux Etats d'Afrique.
M. le Président, je ne puis m'empêcher de dire ici également combien notre délégation a été heureuse de retrouver partout, tout au long de son périple, cette expression de dignité, d'amour de la liberté qui n'ont jamais cessé d'animer nos frères de Côte-d'Ivoire.
Amis et frères du P.D.C.I., nous avons revécu ensemble des moments d'intense émotion : à Dimbokro, à Bouaké, à Bouaflé, à Daloa, à Yamoussoukro, à Bassam et ici même à Abidjan, où plus d'un camarade se sont souvenus et ont versé des larmes.
C'est volontairement qu'aujourd'hui, je veux ménager les cœurs des nombreux Ivoiriens, qui ont perdu, dans le combat, un ami, un frère et même leur avenir ; c'est avec le même respect que je tairais les épisodes bien douloureux des durs combats, les sacrifices considérables consentis par les uns et les autres, pour conserver à notre amour commun du pardon, sa sérénité éclatante, et sa dignité spécifiquement africaine.
Au surplus, chers frères, les épreuves ont été le ciment de l'unité en Côte-d'Ivoire et ont permis au Rassemblement Démocratique Africain, d'étendre son influence sur l'Afrique entière, influence contre laquelle — et nous le disons sans haine - d'autres organisations politiques avaient tenté de s'opposer, mais en vain.

L'épreuve a marqué les hommes qui l'ont vécue, et l'Union Soudanaise-R.D.A., qui se souvient, en nous envoyant auprès de vous, chargeait notre délégation de redonner une nouvelle vigueur aux sentiments de fraternité qui nous unissaient hier dans la lutte commune de libération nationale.
Camarades du P.D.C.I., nous vous savons gré d'avoir accompli cette mission avant même notre arrivée. L'idéal de solidarité et d'unité africaine a été, par vos soins, porté au niveau du peuple ivoirien tout entier. Le Mali, vous le savez déjà, ne sera pas en reste, au nom des liens traditionnels plusieurs fois séculaires, par fidélité au souvenir des 14 années de lutte commune, et aussi pour mettre l'accent sur la grande solidarité sans faille que le peuple de Côte-d'Ivoire n'a cessé de marquer vis-à-vis du Mali depuis août 1960. Camarades de Côte-d'Ivoire, notre visite visait surtout à la recherche des solutions efficaces pour renforcer les liens de coopération entre nos deux pays, ouvrant de nouvelles perspectives à la coopération entre Etats Africains. Notre tâche en est d'autant plus aisée qu'elle est renforcée par les efforts de nos frères Sekou Touré, Kwame N'Krumah, William Tubman, par la volonté inébranlable des frères du Nigeria, du Maroc, de l'Algérie, de la République Arabe Unie, de la Tunisie et des autres pays africains, qui ont prouvé à plus d'une occasion leur refus de voir diviser l'Afrique.
Les moments que nous vivons revêtent toute leur importance lorsque l'on ne perd pas de vue, que parallèlement à la volonté d'union de tous les Etats Africains à quelque groupe qu'ils appartiennent, apparaissent des tentatives d'union d'inspiration étrangère et intéressée, desquelles l'Afrique ne peut rien attendre. Ainsi, l'unité combattue hier est encouragée aujourd'hui au nom des mêmes intérêts.
Il me plaît de reconnaître, M. le Président, que cela ne manque pas de retenir votre attention.
Mais il n'y a pas d'obstacles qui puissent résister à la commune volonté des Africains, tout comme ceux que le Rassemblement Démocratique Africain, sous votre direction, comme une bourrasque, balaya à travers notre continent. Le choix est là, impératif : - Nous unir sans perte de temps, ou périr.
Nous, responsables africains, devons mesurer l'ampleur des risques que court une Afrique divisée et mettre à l'arrière-plan nos préoccupations particulières lorsqu'elles sont des facteurs de division, pour ne nous attacher qu'à ce qui peut nous unir pour que la prochaine rencontre, où qu'elle ait lieu, soit la rencontre de tous les Africains sans exception aucune.
Sur la base des réalités de nos deux peuples, il est temps, urgent même, de mettre en œuvre les moyens efficaces et rapides pour une large coopération interafricaine préparant les bases d'une réelle unité.
Quant au Mali, auquel certains reprochent parfois sa brutale franchise dans ses relations internationales, justement, il est fermement jaloux du respect de ses options politiques et économiques : parce qu'il reste fidèle à ses principes de morale internationale, bien souvent hélas défigurée, et dont le fondement essentiel est la clarté dans l'expression des sentiments et la définition précise des positions, il vous assure qu'il ne ménagera aucun effort pour réaliser la grande coopération avec tous.
C'est dans cet esprit que, soucieuse de ne créer aucun obstacle à l'unité africaine, l'Union Soudanaise-R.D.A. a inscrit dans la constitution malienne l'article 48 dont je me permets de vous donner lecture :
« La République du Mali peut conclure avec tout Etat d'Afrique des accords d'association ou de communauté, comprenant abandon partiel ou total de souveraineté en vue de réaliser l'Unité Africaine. »
C'est dire que la fraternité entre nos deux peuples, que nous voulons sauvegarder à jamais, vous l'avez ravigotée en décembre dernier ; elle brillera désormais avec éclat grâce à la visite de notre délégation à Abidjan. Certes, elle trouvait déjà un cadre à sa mesure dans la Constitution de notre pays, et dans les fermes résolutions du Congrès extraordinaire de l'Union Soudanaise-R.D.A. du 22 septembre 1960. Notre parti sait donc qu'aucun Etat Africain ne peut seul remporter la victoire définitive sur les forces colonialistes ou impérialistes faisant barrage au développement harmonieux de nos Etats dans la conquête de leur indépendance économique.
Chers Camarades, c'est sans hésitation aucune que nous évoquons l'année 1946, pour rendre un vibrant hommage au Rassemblement Démocratique Africain qui, pour avoir compris la nécessité de l'union, a sonné le glas pour le système colonial.
Armés de la même détermination, nous en invoquons aujourd'hui le bel esprit de fraternité, de tolérance entre tous les Etats Africains, pour gagner la bataille de l'indépendance économique.
Celle-ci, vous le savez, est engagée au Mali depuis deux ans, par le choix conscient mais combien précis de l'Union Soudanaise-R.D.A., en fonction des réalités économiques héritées du système colonial caractérisées par une économie de traite, l'absence d'industries et la transformation de notre pays en une réserve de matières premières nécessaires à la promotion industrielle du pays colonisateur.
Nous étions bien placés, au Mali, au lendemain de notre indépendance pour reconnaître cette vérité de 1946 : le régime colonial avait suivi dans son aspect économique les sentiers des compagnies coloniales installées sur les côtes en raison des facilités d'évacuation. Ainsi aucune infrastructure n'a pu recueillir leur faveur, pour permettre une exploitation rationnelle des possibilités économiques de notre territoire. La réalité est là qu'aujourd'hui, les investisseurs étrangers ne sont pas tentés par les Etats africains intérieurs.
Ainsi, le Mali ne pouvait assurer son développement que par une action publique, érigeant en monopoles d'Etat les secteurs clés de l'économie du pays. L'Union Soudanaise-R.D.A. a réalisé sans hésitation ce programme, dans le cadre d'une économie socialiste planifiée, décidée par notre Congrès.
Il ne rejette pas pour autant les capitaux privés intervenant dans le cadre de son plan de développement économique ; à ceux-là, les garanties sont offertes par le Code Malien des investissements.
Notre option faisait apparaître la nécessité pour le Mali de frapper sa monnaie ; une économie dirigée, planifiée, ne peut être réalisée sans le contrôle du crédit, sans le contrôle des importations et des exportations. Il faut rappeler ici que les comptes maliens étaient toujours intégrés dans l'ensemble Sénégal-Mauritanie-Mali.
Nous, de l'Union Soudanaise, avons créé notre monnaie, le Franc Malien, avec d'autant plus de détermination qu'elle ne remet nullement en cause les échanges commerciaux établis entre nous et les Etats frères. Des accords de paiements permettront leur maintien et assureront leur développement.
Mes chers amis, de tels propos ici, à Abidjan, ne sont que redites, car nous savons que les camarades du P.D.C.I. n'ignorent rien du Mali et de sa politique. Nous ne cherchons pas, frères et amis, à prêcher les convaincus que vous êtes et qu'il y a deux semaines encore, parachevaient la magnifique solidarité de nos peuples, en affirmant par la voix de votre Président, que le franc malien comme le franc guinéen ne dressaient aucun obstacle à l'unité africaine.
En cela, vous avez raison de nous faire confiance, vous ne serez pas déçus, amis et frères de Côte-d'Ivoire.
Pour nous, en vérité, une ère nouvelle s'instaure pour la coopération étroite, fraternelle, entre nos deux peuples.
L'occasion est belle pour m'adresser à mes frères ivoiriens d'origine malienne, pour leur demander de s'employer activement à être des gardiens dévoués et vigilants de l'amitié ivoiro-malienne, de demeurer fidèles aux traditions maliennes de loyauté et de respect des engagements pris, et de ne rien dire ou faire qui puisse faire regretter à leur patrie d'adoption, la République de Côte-d'Ivoire, de leur avoir offert une si fraternelle hospitalité. Je sais que dans leur grande majorité, ils ont été des militants actifs et courageux du R.D.A. Il faut aujourd'hui, dans la phase de construction nationale de la République de la Côte-d'Ivoire et d'unité africaine, que leur dynamisme dans l'action pour ce qui est juste et beau, soit un facteur de progrès dans le renforcement de l'unité nationale ivoirienne et de la pérennité des relations fraternelles entre les peuples ivoirien et malien.
Dans la recherche de la coopération avec tous les pays, le Mali se garde de tout sentiment de rancoeur contre un peuple, qu'il soit d'Afrique ou d'ailleurs. Je le déclare solennellement.
Nous estimons aussi que l'ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats n'est pas une manifestation de volonté de coopération et de paix.
L'aube nouvelle qui se lève, invite à la tolérance, à la compréhension, au rapprochement de tous les peuples d'Afrique.
Ce regroupement ne sera ni l'oeuvre ni l'appendice d'un bloc. Entre les grandes puissances préoccupées à forger des armes d'extermination massive des peuples, notre barque de l'Afrique, si elle ne veut chavirer, devra résister à la tentation de s'aligner sur un bloc et mettre résolument le cap vers les horizons du progrès - du bonheur des peuples — de la fraternité entre tous les hommes et de la paix universelle.
Les rapports étant définis entre les pionniers de l'unité dont vous et moi voulons être, sur la base du respect des structures intérieures des Etats, la coopération fraternelle déjà acquise ouvrira la voie à l'unité africaine chère à nos peuples.

Chers camarades de Côte-d'Ivoire, bien des obstacles peuvent se dresser devant nous. A l'époque des luttes d'influence que nous vivons, plus d'une grande puissance, par inexpérience dans les questions africaines, ou par nostalgie du passé, pourront tenter de s'opposer à notre union en exerçant des pressions sur tel Etat contre tel autre. D'autre part, les Etats Africains devront se garder de faire du chantage sur telle puissance en se référant à tel Etat Africain.
Le garant de notre victoire, ce sera la primauté des liens entre pays africains, sur toutes les autres relations internationales de nos Etats.
Voilà pourquoi le chemin est dur et rocailleux, ce chemin qui mène à la compréhension interafricaine. Nos deux peuples ont décidé de l'élargir entre nos deux républiques et d'oeuvrer avec tous les Africains, pour en faire le sentier de la fraternité africaine.
La victoire, chers frères, ne peut pas faire de doute devant ceux qui comme nous ont pu apprécier votre dynamisme, votre unité nationale, la mobilisation de toutes les potentialités publiques et privées.
A cet égard, comment ne pas saluer le secteur privé étranger pour sa rapide adaptation aux conditions nouvelles de votre pays ?... Puisse son exemple inspirer celui des autres Etats Africains. Comment ne pas saluer les femmes de Côte-d'Ivoire dont la lutte héroïque a été un facteur décisif dans le développement irrésistible du P.D.C.I., en particulier, et du R.D.A., en général? Aux jeunes dont le dynamisme et le dévouement sont au-dessus de tout éloge et qui seront appelés à assurer demain la relève des aines, je leur demande de nous faire confiance et de ne pas compromettre par leur précipitation l'unité nationale des peuples et les chances qui s'offrent à nous dans la recherche des moyens pour la construction de notre pays. Des hommes qui comme nous ont vécu et continueront de vivre dans le peuple, qui ont partagé et partageront encore ses souffrances et ses misères, qui ont accepté tous les sacrifices pour combattre le colonialisme en des moments où bien peu d'Africains osaient élever la voix, de tels hommes ne peuvent pas trahir tout ce passé, parce que ce serait se trahir eux-mêmes.
Comment ne pas rendre un hommage respectueux à Madame Houphouët pour son charme et l'ambiance de fraternelle familiarité qu'elle a su créer autour d'elle ?
Camarades, l'ensemble que nous voulons former, trouve déjà en vous des pionniers aguerris.
Quant à nous Maliens, vous savez qui nous sommes. A aucun moment dans aucun ensemble nous n'avons prétendu au leadership.
Ce qui nous préoccupe, c'est la réussite de l'entreprise à laquelle nous nous attachons aujourd'hui, pour l'échange de nos expériences, la coopération étroite entre Africains. Ce à quoi nous sommes attachés, c'est le respect de la parole donnée.
Eh bien, Monsieur le Président et Ami Houphouët-Boigny, Camarades du P.D.C.I., nous donnons la nôtre pour que vive éternellement l'amitié de nos deux peuples.

DISCOURS D'OUVERTURE DU VIe CONGRES DE L'UNION SOUDANAISE-R.D.A. (10/09/1962)

Ce jour ne peut manquer de susciter en chaque Malien un réel réconfort et une fierté légitime.
En effet, nous sommes réunis à la Maison du Parti, construite par un peuple dont certains faux prophètes annonçaient la détresse et l'échec très prochain, à la suite de notre Congrès Historique du 22 septembre 1960.
Le Socialisme, « c'est l'esclavage », nous disaient-ils. Dès le lendemain, camarades, tous les militants répondaient par un enthousiasme au travail, que rien ne put confiner aux frontières de notre pays.
« Le Socialisme, nous murmurait-on encore, c'est la faim et la misère. » Aujourd'hui, c'est avec un mépris souverain que le peuple du Mali, ses travailleurs, ses paysans, ses commerçants se souviennent de ces lâches calomnies.
« Le Socialisme, ont-ils osé affirmer, c'est l'isolement. » Votre présence à tous, Camarades Délégués et Honorables Invités vaut à nos yeux comme la preuve que le Mali n'est pas seul dans ce combat.
« Le Socialisme, affirmait-on, c'est la renonciation à sa personnalité. » Camarades, je vous le demande, est-il, sur cette terre, un homme, une puissance, ou un groupe de puissances qui dissertent encore sur notre souveraineté ? La volonté d'indépendance du Mali n'est plus à expliquer. Elle s'est imposée, là où le cœur a manqué, à la raison des interlocuteurs.
Ce succès, nous le devons au sacrifice de nos hommes, de nos jeunes, de nos femmes, à la solidarité de nos frères africains.
A la mémoire de tous ceux qui sont tombés tout au long de la lutte anticolonialiste et de construction nationale, je vous invite à observer une minute de silence. - Merci !
C'est le lieu, Chers Invités, de nous féliciter de votre présence à tous.
L'Union Soudanaise-R.D.A. est heureuse de savoir qu'elle peut compter, comme hier, sur votre précieuse solidarité.
Je veux surtout vous donner l'assurance qu'avec notre détermination de promouvoir avec vous la coopération fraternelle entre tous les peuples sans exclusive, notre ardeur et notre foi inébranlable en l'avenir socialiste de notre pays marqueront les débats.
Il me faut enfin confesser que l'Union Soudanaise-R.D.A., sera comblée, si, au terme de ces travaux votre voyage à Bamako répondait à vos espoirs.
Car, Chers Invités, parce que vos souhaits sont ceux de l'ami, ils sont sincères comme le sont à votre égard ceux des citoyens Maliens.
Et c'est pourquoi, au nom du peuple du Mali, je vous dis « Vous êtes chez vous ». Camarades délégués,
Le Congrès Extraordinaire du 22 septembre avait assigné à la Direction du Parti un certain nombre de tâches stipulées dans des résolutions, que vous connaissez et que vous devez avoir sous les yeux.
Responsables conscients d'un parti démocratique, il vous revient aujourd'hui de procéder au contrôle strict de l'application qui a été faite de ces directives.
Vous devez examiner scrupuleusement le bilan présenté par le Bureau Politique National et porter un jugement critique sur l'action des Camarades qu'il y a deux ans vous avez portés à la Direction de notre Parti.
D'autre part, l'occasion vous est offerte pour présenter au nom de vos Sous-sections, des rapports d'activité précis, concis, cependant détaillés, faisant notamment état des contacts pris avec les populations, du nombre de cartes placées, de l'importance des champs collectifs et des autres travaux d'investissement, bref, de tout ce qui peut être la meilleure expression du niveau politique réel des militants de base.

Camarades,
Je tiens ici à mettre l'accent sur les préoccupations du Parti, face à l'action subversive encouragée de l'extérieur.
Son caractère contre-révolutionnaire ne peut souffrir d'atténuation, tant il est vrai qu'elle est la réaction à l'exécution systématique d'un programme découlant de notre option socialiste.
Une claire conscience de cette réalité nous guidera tous ensemble dans nos travaux.
Au coude à coude, les Délégués sauront déjouer les manœuvres de division. La vigilance jamais en défaut permettra de déceler et d'éliminer très rapidement les opportunistes ; ils nous faudra beaucoup de courage pour nous armer d'une honnêteté foncière, pour ne pas nous laisser circonvenir par les tractations des démagogues et des ambitieux ; ce n'est point un effet de style, Camarades Délégués, si je proclame ma confiance en votre maturité politique.
Votre détermination à construire le Socialisme, votre ardeur militante sont le gage certain que de ces assises sortiront des résolutions consacrant et renforçant l'unité du Parti, l'esprit d'équipe de la Direction et ouvrant des perspectives nouvelles pour la marche en avant vers la réalisation d'un véritable socialisme.
Les débats, qui vont commencer, Chers Camarades, doivent ne jamais se départir du ton fraternel et courtois auquel nous sommes habitués.
Ils doivent être dominés par la préoccupation de construire. Il serait admirable que leur trait distinctif soit la franchise dans les discussions, la clarté dans les décisions, comme il sied à un Congrès de l'Union Soudanaise-R.D.A., chargé de définir la politique du Parti dans les deux années à venir.
Camarades de l'Union Soudanaise-R.D.A., vaillants militants, vous avez fait un Mali dont vous pouvez à juste titre être fiers. Hier, vous avez donné la preuve de votre sens politique en choisissant la voie socialiste le 22 septembre 1960. Aujourd'hui, le Peuple du Mali tout entier, fier de ce passé, attend de vous, le phare qui éclairera son avenir.
Nos militants vous ont dotés de la pleine souveraineté pour que dans ces assises vous décidiez librement. Il est de votre devoir de répondre pleinement à leur confiance et à leurs espérances.
Ce faisant, vous aurez présent à la mémoire que l'Afrique entière place ses espoirs en vous, celle qui combat les armes à la main, celle qui enfin libérée veut raffermir son indépendance en livrant la bataille économique.
Vous ne ménagerez aucun effort pour consolider la paix.
Camarades de l'Union Soudanaise-R.D.A., vous savez comme moi que notre échec, ce sera celui du Mali, celui de l'Afrique.
Aussi, devez-vous ignorer la faiblesse dans vos décisions, pour remplir la mission que vous ont confiée les militants.
Vous devez aussi pouvoir élever les débats et éviter de tomber dans la vulgarité, la calomnie même voilée, les basses manoeuvres, les alliances circonstancielles et amorales.
J'ai la conviction que vous ne vous prêterez jamais à de tels jeux indignes de Maliens qui n'ont pas perdu les belles vertus de combat à visage découvert, et surtout de courage et de grande loyauté.
Camarades, en même temps que je vous prie d'accepter, conformément au règlement intérieur de notre Parti, la démission collective du Bureau Politique National, je déclare solennellement ouverts les travaux du VIe Congrès de l'Union Soudanaise-R.D.A.

DISCOURS PRONONCE À L'OCCASION DE LA VISITE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU LIBERIA (14/12/1962)

Monsieur le Président de la République du Libéria,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Bamako, après Koulikoro, Macina, Mopti, Niafunké, Dire, Tombouctou, Ségou, Niono et Markala, a tenu à son tour à vous recevoir au terme de cette visite.
Monsieur le Président, c'est dans la difficulté que l'on dénombre les amis, et l'honneur m'échoit aujourd'hui de vous exprimer, en mon nom personnel, au nom aussi de toutes nos cités que la brièveté de votre séjour a privé d'une visite tant espérée, toute notre joie de recevoir en votre Honorable Personne, le Chef d'Etat, le frère prestigieux, le précieux ami qui est un des leaders africains qui n'ont rien tenté contre la Fédération défunte du Mali, et qui tint le premier à accueillir en visite officielle, le Président du Gouvernement de ladite Fédération. Je trahirais la mission aussi agréable que sacrée qui m'est ainsi confiée, si je ne vous réitérais ici, les vifs remerciements du peuple de la République du Mali, ma profonde gratitude et mon amitié.
Chers hôtes du Libéria, la République du Mali, jeune de ses deux ans d'indépendance, est heureuse d'accueillir en vous les frères qui, les premiers, ont affronté avec succès les réalités de l'indépendance, pour placer ensuite à la tête du Libéria, le Président Tubman, l'homme qui le premier proclama la citoyenneté unique ciment de l'unité nationale, et, par un programme hardi d'action sociale, apporta au peuple libérien les bienfaits de la liberté acquise.
Il était bon que cela fût dit, avant même que de renouveler ici notre pleine satisfaction de savoir qu'en République du Libéria, nos frères maliens n'ont jamais eu à regretter un seul instant leur dévouement à la cause du pays hôte et leur fidélité à des amitiés précieuses qui n'ont jamais déçu.
Monsieur le Président et Cher Ami, vos frères maliens ont le droit de saluer cet amour de votre race, qui brûle en vous, et au nom duquel les lois de votre pays n'accordent la citoyenneté libérienne qu'aux postulants de race africaine.
Mieux encore, dans un souci de bonne harmonie avec les territoires voisins du Libéria, vous avez délibérément renoncé, dès l'indépendance de ces territoires, aux rectifications de frontières que vous discutiez avec les puissances coloniales. Vous avez donné ainsi une fois de plus la preuve de votre amour de la paix et de votre ardente volonté de voir l'unité de l'Afrique se réaliser. Bel exemple, dont doivent pouvoir s'inspirer nombre de Chefs d'Etats à travers le monde !
Nous savons aussi avec quel soin particulier vous avez veillé à la sauvegarde du patrimoine libérien contre les appétits extérieurs ; nous avons également apprécié vos efforts sincères, uniques dans l'Histoire du Libéria, tendant à limiter les possibilités d'ingérence des organismes étrangers dans les affaires de votre Nation.
Monsieur le Président, votre expérience à la tête du Libéria depuis vingt ans nous est précieuse.
Chef du premier Etat de l'Ouest Africain, vous avez vécu les réalités de l'indépendance, et avec amour et sincérité vous avez évoqué pour notre peuple les difficultés qui en sont le prix.
Vous venez ainsi renforcer l'esprit de sacrifice chez les hommes et femmes du Mali, le paysan agriculteur qui n'a pas hésité d'accepter la réduction du prix de ses produits pour les rendre compétitifs, le travailleur qui librement a consenti de réduire son train de vie, la jeunesse qui consacre ses heures de sommeil et de loisir aux services chargés de la sécurité du village ; dans le domaine économique, à l'apport incalculable de l'investissement humain volontaire se greffent les champs collectifs, les souscriptions pour l'Emprunt National.
Ainsi donc, notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., bénéficiant d'une unité nationale patiemment réalisée, a eu raison de mobiliser l'ensemble du peuple pour la construction nationale, et la totalité des moyens et des potentialités pour promouvoir un développement économique rapide dans l'indépendance et la dignité.
Au demeurant, le Mali, pays de l'intérieur, marché par excellence et réserve de matières premières sous le régime colonial, n'a hérité que d'une économie de traite, frappée de l'inexistence de capital autochtone et d'absence d'industrie.
C'est dans ces réalités que prennent source le ferme contrôle et l'intervention toujours croissante de l'Etat Malien dans les secteurs de l'économie nationale. Le peuple du Mali saura se souvenir de vos recommandations et n'oubliera jamais qu'aucune nation n'a été édifiée dans la facilité.
Dans cette oeuvre, Monsieur le Président, nous avons cherché à rester nous-mêmes, c'est-à-dire à développer les traditions communautaires africaines. Si enfin la tâche de construction nationale n'est aujourd'hui le privilège d'aucun pays africain, notre souci est majeur au Mali, de ne jamais former une classe de riches et une catégorie de pauvres au sein d'une seule et même nation. Le peuple du Mali, dès le 22 septembre 1960, s'est engagé à édifier une nation où les travailleurs de la ville et de la campagne seront les maîtres des secteurs de production, et où ne trouveront plus place ni les exploiteurs ni les oisifs.
Telle est, de notre orientation politique, la réalité que je crois devoir confier à l'aîné que vous êtes ; telle est aussi l'option claire qui continuera de nous valoir, en plus des difficultés inhérentes à la construction nationale, celles qui s'attachent à notre détermination socialiste.
Mais, c'est avec une conscience aiguë de ces données que le peuple du Mali a choisi ; il a fait serment de réussir fût-ce au prix de l'ultime sacrifice et de faire face à la subversion et au complot : le dénouement des événements du 20 juillet dernier en porte le témoignage éloquent.
En effet, tant d'objectifs exaltants et en voie de réalisation, ont fait que notre peuple tout entier s'est mobilisé au sein du Parti, dans les milices et les brigades de vigilance, dans les organisations des femmes, dans le syndicat, au cœur de notre vaillante Armée nationale, pour assurer la victoire.
Ainsi donc, le Mali compte d'abord sur lui-même.
C'est dire que les accords ou arrangements sur la base des relations entre nations pleinement souveraines, ne doivent se situer et ne se situent jamais que dans le cadre des intérêts réciproques, l'aide extérieure n'intervenant qu'en appoint à l'effort national pour le développement du pays. Nous ne doutons pas un seul instant de notre succès, car nous n'attaquons une étape que lorsque les conditions pour la franchir heureusement sont remplies. Notre marche en avant peut connaître des haltes pour reprendre haleine, des détours pour surmonter des difficultés, mais jamais de reculs.
Honorables invités, les minutes que nous vivons doivent s'inscrire à l'actif des efforts déployés en vue de l'union des Africains.
A cet égard, je sais avec combien d'espoir vous avez suivi l'évolution de la Fédération du Mali. Notre attachement à l'idéal d'unité africaine demeure, Monsieur le Président, et la République du Mali, ayant tiré comme il se doit les leçons de cette expérience douloureuse, entend vivre en bon rapport avec tous les Etats Africains.
Il est sans doute trop tôt par ailleurs d'aborder la Conférence des Chefs d'Etats prévue à Addis-Abeba, mais il est de notre devoir, nous adressant aux professionnels de la division de l'Afrique, de proclamer ici, que l'Unité ne se fera ni autour de la Charte de Casablanca ni autour de celle de Monrovia. Addis-Abeba sera la rencontre où nous dégagerons entre frères les bases concrètes d'une coopération interafricaine qui ouvrira la voie à l'union.
Nous y préparerons le meilleur terrain où fertiliseront les potentialités, le dynamisme et la solidarité de nos peuples, pour pouvoir réaliser le programme d'action sociale que dès 1943, Monsieur le Président, votre sagesse et votre hauteur de vues prescrivaient à l'Afrique combattante.
Cependant, tout en nous attelant à la résolution des problèmes économiques qui gardent leur importance, nous devrons aussi nous attacher à inventorier nos possibilités dans la perspective d'une union plus étroite dont le contenu accélérera le processus de développement historique de nos peuples.
L'Afrique que nous voulons construire ne doit pas être l'appendice d'un groupe de puissances, encore moins une juxtaposition de nationalismes ombrageux, où l'ensemble ne tirerait son unité apparente que de l'intervention souvent subtile et intéressée d'une puissance étrangère.
Monsieur le Président, vous avez compris que nos Etats pour s'unir, doivent observer entre eux la tolérance, et vis-à-vis des deux blocs, une politique de non-alignement. Certes, le degré de sous-développement des pays africains dans un monde interdépendant a pu justifier l'appel à l'aide extérieure, hélas pas toujours désintéressée ; mais, ne croyez-vous pas, Monsieur le Président, qu'au moment où une accélération est imprimée au processus de regroupement des pays en zone économique à l'image des blocs qui partagent le monde, il est devenu capital et urgent pour l'Afrique qui se cherche de redoubler de vigilance ?
L'une des premières manifestations de la volonté des Africains de s'unir doit éclater dans notre soutien, tout notre soutien au peuple frère du Ghana et à son dynamique Président, l'ami Kwame N'Krumah dont le seul crime est celui de vouloir bannir les iniquités sociales créées et renforcées par le système colonial, de demeurer intransigeant sur le respect de la dignité de tous les peuples en général, et des peuples africains en particulier.
Je l'ai déjà dit, et je le clame bien haut : le succès du Ghana sera celui de tous les peuples africains engagés dans la lutte pour la liberté et la dignité de l'Afrique, le succès de tous les Africains ; plus est, ce sera celui de tous les peuples longtemps brimés, humiliés, et qui veulent conduire leurs affaires selon les voies de leur choix. Je sais, Monsieur le Président et Cher Ami, que votre appui, votre solidarité n'ont manqué à aucun peuple africain, à aucun Africain, encore moins à votre frère, le Docteur N'Krumah. L'indifférence vis-à-vis de ce qui se passe au Ghana me fait penser à ce vieil adage malien: « Si tu vois des vautours sur le cadavre d'un humain, chasse-le en disant : « quitte notre cadavre » car demain, ce peut être le tien. »
D'autre part, il faut que les Etats Africains s'attachent à balayer tout ce qui peut être un obstacle à l'unité africaine, quel qu'en soit le prix. Nous sommes condamnés à nous unir ou à nous contenter d'un esclavage doré pire que la colonisation, parce que plus subtil, et qu'il détruit en l'homme toute confiance en lui-même, toute dignité. Dans les efforts qui seront entrepris par vous et les autres Chefs d'Etats Africains pour la normalisation des relations entre Etats Africains, vous trouverez à vos côtés le peuple du Mali, qui ne recule devant aucun effort quand il s'agit de la liberté, de la dignité et de l'unité de l'Afrique. Il faut, et j'insiste là-dessus, que les peuples d'Afrique donnent au monde l'exemple de la tolérance, de la coexistence pacifique, de la fraternité universelle.
Notre devoir de solidarité internationale, de défense intransigeante du droit des Nations, petites ou grandes, des droits de l'Homme, nous commande des obligations. Vous l'avez compris comme le Gouvernement de la République du Mali, lorsqu'en plein coeur de la récente crise des Caraïbes, vous avez défendu le droit imprescriptible de la République de Cuba.
Monsieur le Président et Cher Ami, vous avez ainsi fait sentir à l'opinion internationale que la politique de non-alignement est distincte de l'illusoire neutralité, qui consiste à rester indifférent devant les menaces contre la liberté, l'égalité en droit de tous les peuples et des nations. Vous avez défendu la cause des jeunes pays au premier rang desquels se situent les Etats Africains. A ces principes internationaux, nous resterons fidèles, comme à la politique de soutien inconditionnel aux luttes de libération des peuples colonisés, contre l'impérialisme et le colonialisme sous toutes leurs formes.
Dans cet esprit, le Mali a toujours repoussé les aides extérieures comportant une aliénation quelconque de son indépendance et de sa souveraineté. On devrait maintenant se convaincre que notre peuple, notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., comme notre Gouvernement, ne sauraient tolérer un seul instant le chantage à l'aide économique.
Monsieur le Président, Cher Frère et Ami, et vous aussi chers invités, puisse ce voyage vous permettre de témoigner à votre retour, que le Mali est prêt pour la grande réconciliation et la confrontation des expériences, qu'il a su sauvegarder sa liberté pour la mettre demain, s'il le fallait, au service d'un ensemble politique africain dès que les conditions en seront réunies.
Honorable Madame Tubman, Chers Amis, dites au peuple du Libéria, qu'en attendant, au programme exaltant d'unité africaine, nous voulons, comme à toutes nos options, apporter avec enthousiasme notre soutien, pour que vivent le Libéria et le Mali au sein d'une Afrique libre et fraternellement unie.

ALLOCUTION AU PEUPLE DU MALI A L'OCCASION DU NOUVEL AN 1963 (31/12/1962)

Maliennes et Maliens,

Nous voilà tous réunis, une fois de plus, avec la joie de célébrer au milieu des amis, des parents, des êtres chers, l'aube d'une année nouvelle.
Déjà, 1962 n'est plus, qui a vu inscrire dans les faits, jour après jour, les principes de l'Union Soudanaise-R.D.A.
Patiemment, nous avons enregistré l'un après l'autre les progrès dans la réalisation de nos objectifs.
Sur l'ensemble de la République du Mali, la superficie de terre cultivée a augmenté de 40%, et le travailleur de la terre a enregistré une élévation du rendement à l'hectare de 30%.
1962 n'est plus, laissant en héritage 50 écoles saisonnières dans les six régions économiques, avec une organisation adaptée à notre besoin d'efficacité.
1962 a donné le départ à la mise en place des structures nécessaires qui permettent d'aborder la phase du développement économique de notre Etat, dans l'indépendance, sur la base socialiste que depuis le 22 septembre 1960, nous avons définie avec une clarté que rien ne saurait altérer et avec une détermination à toute épreuve.
Ici, il faut une fois de plus être net : si demain, une politique autre que celle-là devait être appliquée en République du Mali, les militants de l'Union Soudanaise-R.D.A., les responsables politiques, y compris votre Secrétaire général du Parti, n'en seront jamais les instruments.
1962 enfin, aura vu se cristalliser plus que jamais, autour de nos options, l'unité de notre Parti, pour aborder dans des conditions encore meilleures, la phase décisive de l'édification socialiste de notre pays.
Mais aussi, l'année 1962 a tracé pour chaque Malien, pour chaque Malienne, pour nous tous, le programme grandiose de l'année nouvelle.
L'an 1963 verra en effet la poursuite des étapes précises définies par notre Congrès. A cet égard, de nouvelles mesures de rigueur seront prises, qui allégeront les dépenses publiques.
Les Entreprises et Sociétés Nationales sur lesquelles continue de reposer le devenir socialiste de notre pays vont aborder la réorganisation interne de leur fonctionnement pour répondre davantage à leur contenu politique et à notre souci d'efficacité par une meilleure participation active des travailleurs.
A la bonne marche des Entreprises, à la prospérité de celles-ci sera directement lié le sort des employés.
En retour, l'exigence du Parti et du Gouvernement sera grande, pour un rendement meilleur, une conduite exemplaire et une action sociale permanente dans les masses.
Camarades travailleurs, le moment est venu de justifier notre conviction commune en la justesse de nos options.
L'occasion nous est offerte à tous d'apporter au monde qui nous observe, la preuve concluante qu'il attend.
C'est pourquoi, j'invite tout particulièrement les Chefs de Service et Directeurs de Sociétés et d'Entreprises à prendre leurs responsabilités : l'étape qu'ensemble nous allons aborder, ne saurait s'accommoder de certaines faiblesses ; c'est pourquoi, toute complaisance portée à notre connaissance se traduira par une sanction.
C'est le devoir des Responsables que nous sommes de veiller au grain. Il faut, il est indispensable, que les meilleurs soient récompensés des efforts déployés dans la construction nationale.
Il est capital également, que les mauvais soient évincés de notre Administration et des secteurs contrôlés par l'Etat.
Oh ! Je sais combien le tableau peut inquiéter, mais je sais aussi votre volonté à tous et votre sens civique, pour traduire notre refus de faire de la République du Mali le refuge des paresseux ou des incapables.
Je sais surtout combien vous êtes convaincus, Maliennes et Maliens, que chaque sacrifice, chaque effort contribue à consolider notre indépendance politique et à accélérer le processus de développement politique et économique de notre pays.
Il est indispensable de favoriser, d'encourager au maximum l'interpénétration des couches de la population, sans laquelle il serait illusoire d'entreprendre l'édification de la société nouvelle que nous voulons. Et la deuxième tranche du Plan Quinquennal constitue le fer de lance de cette politique, qui verra pousser les usines prévues -. Egrenage de coton à Kimparana, concentré de tomates et confitures de mangues à Baguineda, rizerie de Nantaka, briqueterie de Djikoroni et Ségou, combinat textile de Ségou, cependant que le Gouvernement concentrera ses efforts sur la route Ségou-Bla-San avec le pont sur le Bani à Douna, l'artère Bougouni-Sikasso-Zégoua, les routes Koutiala-Kouri-Kimparana-Kouri, etc.
Le Parti, le Gouvernement demeurent persuadés que les paysans, les éleveurs comme les artisans qui seront les premiers bénéficiaires - à juste titre d'ailleurs - des réalisations dans la voie de la socialisation de notre économie, donneront à leur tour une impulsion nouvelle aux Groupements ruraux et aux Coopératives, et que les champs collectifs sur lesquels repose le succès de notre système socialiste dans les campagnes, deviendront de véritables exploitations communautaires. Quant aux commerçants, je sais que certains éprouvent des difficultés dans l'exercice des activités habituelles ; mais l'évolution appelant nécessairement la sélection, il est indispensable que ceux qui n'ont pas de moyens propres, et qui ont vécu du mercantilisme sous le régime colonial, qui ont été les complices de l'exploitation des masses rurales par le gros commerce étranger, se reconvertissent pour se rendre plus utiles à eux-mêmes et au pays. Quant à ceux qui sont dans une certaine aisance pour leurs activités, je les invite instamment à s'organiser dans le cadre que la législation malienne leur offre. Ils doivent, en tout cas, renoncer aux trafics frauduleux qui ne les honorent point, et portent un préjudice intolérable aux intérêts de la collectivité malienne. Ils peuvent certes continuer à faire confiance â l'Union Soudanaise-R.D.A. pour qui, il ne saura être question de sacrifier une couche quelconque de la population, mais, il est indispensable que les couches favorisées comprennent que leur devoir est de savoir renoncer à leurs surplus pour que d'autres vivent et se développent.
J'ai la conviction qu'ils m'entendront, car les manifestations de solidarité au Parti et au Gouvernement, lors des événements du 20 juillet 1962, témoignent éloquemment de leur attachement aux idéaux de l'Union Soudanaise-R.D.A.
Quant à notre vaillante Armée, il ne sera pas assez de répéter ici, avec le Chef d'Etat-Major général à la tribune de notre Congrès, qu'elle est avec le peuple parce que partie intégrante du peuple ; c'est le bouleversement total de la conception importée de l'Armée considérée comme un champ clos, un secteur à part, une organisation étrangère au peuple.
Ma dernière note sera pour nos étudiants et étudiantes. Il y a, à travers la République du Mali, des milliers de jeunes filles et de jeunes gens qui n'ont pas eu l'avantage d'aller à l'école ; l'occasion m'a été donnée de constater avec quelle aisance ils comprennent leur rôle dans la construction du pays. Etudiants et étudiantes, vous êtes des privilégiés et devez en conséquence vous montrer dignes des sacrifices consentis en votre faveur en vous attachant à donner entière satisfaction à vos professeurs, à la direction de vos établissements, au Gouvernement et au Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., qui a fait du Mali ce qu'il est, c'est-à-dire un Etat indépendant réellement, digne de votre amour et objet de votre orgueil, et dont le peuple entier est dressé comme un seul homme pour l'édification socialiste du pays.
Cette République du Mali, dont vous n'aurez jamais à souffrir dans votre dignité, qui est l'image de vos aspirations et de votre altruisme, et qu'il vous reviendra demain de consolider et de faire prospérer davantage, c'est l'œuvre de votre peuple, c'est aussi celle de l'Union Soudanaise-R.D.A.
Maliennes et Maliens, vous me permettrez de me faire violence et de résister à mon désir de vous entretenir de l'unité africaine. La tradition qui est nôtre, et qui est millénaire, de sincérité dans nos propos comme dans nos attitudes, m'impose de proclamer toute ma foi en une Afrique unie et libre. Jour après jour, les événements nous administrent la preuve qu'un pas important sera effectué dans ce sens, dans la réalisation d'une unité que l'Afrique appelle de tout son cœur, et qu'en dehors de notre continent l'on souhaite aujourd'hui ardemment. Notre fidélité à cet idéal tire la justification de votre sens patriotique, de votre attachement à la liberté et à la dignité de l'homme africain.
Maliennes et Maliens, les perspectives peuvent inquiéter et apporter une note peu conformiste à ces moments intenses de joie ; il n'en est rien, au contraire, le Parti et le Gouvernement ont grand espoir que l'année 1963 verra la stabilisation de tous nos organismes ; l'année nouvelle ouvrira la porte à la prospérité du pays et au bonheur de chacun. Le succès, notre succès, dépend en partie de la conscience qu'auront les élus et les responsables de leur rôle d'éducation, le mollissement entraîne la dégradation morale et politique du militant.
Au moment où le peuple nous donne l'exemple de la mobilisation sans réserve, c'est trahir sa confiance que de rester au chaud ou au froid, de ne pas affronter les distances et les intempéries, pour expliquer aux populations, dans les coins les plus reculés, comment le Parti et le Gouvernement entendent réaliser les espoirs qu'ils ont formulés le 22 septembre 1960 et confirmés au VIe Congrès de l'Union Soudanaise-R.D.A.
Voilà que l'année 1963 ne sera pas de tout repos. Elle sera une année d'efforts, de sacrifices pour que notre souveraineté et notre dignité soient sauvegardées, pour faire accomplir à notre économie un pas vers la prospérité.
Chers Camarades,
Je sais, parce que votre passé en répond, qu'aucun effort ne vous rebute, lorsqu'il s'agit du Mali; je sais que relevant les pans de vos boubous, retroussant les manches de vos chemises ou serrant vos ceintures, le coeur haut, plein d'espoir, vous entrerez dans l'année nouvelle.
Je la souhaite bonne et heureuse pour vous et pour les vôtres ; qu'elle éloigne de nous les dissensions, les calamités ; pour l'Afrique, qu'elle soit l'année de la sagesse et de la réconciliation, pour que tous les Africains frères, sans distinction d'ethnies, de langue ou de zone, se retrouvent autour d'une même table, pour définir en commun les moyens d'une large coopération interafricaine, étape vers l'unité.
Je formule également le voeu, en votre nom à tous, Maliennes et Maliens, que l'an 1963 apporte plus d'apaisement dans le coeur des hommes, et aux grandes puissances, assez de courage pour le respect des principes de la morale internationale définie par la Charte des Nations Unies, assez de tolérance pour permettre la coexistence pacifique entre systèmes politiques et économiques différents, pour que la paix tant désirée par les peuples puisse enfin projeter quelque lueur sur notre monde tant tourmenté.
Vive le Mali,
Vive l'Afrique,
Vive la Paix !

DISCOURS PRONONCE A LA CONFERENCE D'ADDIS-ABEBA (24/05/1963)

Sa Majesté Impériale,
Monsieur le Président,
Honorables Frères,

Mes premiers mots sont pour rendre un vibrant hommage au Gouvernement d'Ethiopie, et particulièrement à Sa Majesté l'Empereur, qui ont su créer les conditions les meilleures à la tenue de cette Conférence, par leur fraternelle hospitalité et leur dévouement enthousiaste et constant à la Cause Africaine.
S'il est des occasions où des peuples se glorifient à juste titre de leurs réalisations, la Conférence qui nous rassemble à Addis-Abéba est de celles-là.
Réunir autour d'une table la grande famille africaine divisée par plusieurs siècles de colonisation, est une grande victoire sur la diversité des peuples, des langues et des religions qui caractérise notre continent.
Faire conférer autour de la table ronde trente et un Etats africains, encore tout imprégnés du nationalisme fervent qui, il y a peu d'années, les menait à l'Indépendance, organiser la coopération entre des pays comme les nôtres fermement attachés à leur souveraineté récemment acquise, aura été un événement unique dans l'histoire du monde.
Voilà qu'avant même sa totale libération, l'Afrique Nouvelle marque de sa sagesse et de son amour du prochain, l'Histoire des relations entre nations.
Un tel honneur nous impose de réussir, au nom des peuples qui ont leur confiance en nous pour les guider vers leur unité, au nom de l'humanité à qui notre rencontre redonne un nouvel espoir, au nom aussi, Monsieur le Président, de notre honneur et notre fierté d'Africains, face à ceux qui continuent de nous dénier toute capacité de nous entendre, de nous diriger nous-mêmes, et d'élever en commun un édifice durable.
C'est en ayant présentes à l'esprit ces obligations, que la République du Mali apportera sa contribution positive à cette rencontre.
Pour promouvoir et construire l'Afrique Unie, nous nous laisserons hanter volontiers par les dangers que recèle une Afrique divisée.
Il n'est pas possible de laisser subsister plus longtemps l'opposition savamment encouragée entre les groupes d'Etats ; nous irions au-devant d'un clivage de notre continent en blocs antagonistes, et préparerions le terrain le plus propice à la transplantation dangereuse de la guerre froide sur le sol de notre patrie commune.
La période que nous voulons aujourd'hui dépasser doit nous servir de leçons : aux oppositions stériles doivent maintenant succéder l'entente fraternelle, la tolérance qui n'ont jamais cessé de présider aux relations entre nos populations. Ce moment où le Président du Sénégal, le Président Senghor, donna la parole au Président Modibo Keita de la République du Mali, est le témoignage le plus éclatant de ce que peut la volonté d'hommes résolument attachés à l'Unité Africaine.
C'est alors que nous pourrons aborder les problèmes qui continuent de se poser à nous.
N'est-il pas vrai en effet que nous nous sommes tous proposé, comme nos peuples, de rétablir et de sauvegarder notre dignité ?
L'Unité Africaine exige de chacun de nous le respect intégral, le maintien des frontières actuelles de nos Etats respectifs, frontières héritées du système colonial. Si réellement, nous sommes les uns et les autres animés de la volonté ardente de faire l'Unité Africaine, il faut que nous prenions l'Afrique telle qu'elle est ; il faut que nous renoncions aux prétentions territoriales si nous ne voulons pas instaurer en Afrique ce que l'on pourrait appeler « l'Impérialisme Noir ». Car, pour nous, l'impérialisme n'est pas le fait d'un pays, d'un continent ou d'un bloc. L'Impérialisme, c'est cette manifestation de la volonté de domination d'un homme sur un homme, d'une société sur une société, d'un peuple sur un peuple. C'est celle de vouloir à tout prix imposer aux autres son mode de pensée, son mode de vie, son mode de développement politique et économique.
Il est donc nécessaire, il est même indispensable que, d'une manière concrète, nous mettions un terme à tous les éléments de division : le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de chaque Etat doit être concrétisé par un engagement, un pacte multilatéral de non-agression, garanti par chacun des Etats ici réunis. La conclusion d'un tel accord renforcera les relations interafricaines, réduira dans ce domaine les ingérences extérieures et ouvrirait une heureuse perspective à la coopération africaine dans le domaine de la défense et de la Sécurité.
Dans le cadre ainsi défini, un organisme de conciliation inter-Etats, que nous devons mettre en place, pourra répondre à notre attente dans le règlement des différends qui opposent les pays africains.
Monsieur le Président, vous avez sans doute deviné la volonté de mon pays de ne point exciper de la position privilégiée que lui confère l'article 48 de la Constitution du Mali qui prescrit l'abandon partiel ou total de souveraineté au profit de toute construction africaine viable.
Dans la perspective de réalisation d'une unité complète, le Peuple du Mali a choisi d'examiner avec discernement les réalités de notre continent et les expériences des Etats frères.
Quelles sont ces réalités ? Ici, il a été affirmé que le système colonial a divisé l'Afrique, c'est vrai sous un certain rapport ; mais l'on peut aussi dire que le système colonial a permis à des nations de naître. En effet, si nous prenons certaines parties de l'Afrique, dans la période précoloniale, l'Histoire nous a appris qu'il y avait là une poussière de royaumes et d'empires, qui se définissaient selon des tribus ou des ethnies, mais qui aujourd'hui dans certains Etats ont transcendé ces différenciations pour constituer un Etat, un véritable Etat. C'est là aussi des réalités dont il faut tenir compte, pensons-nous, si l'Unité Africaine veut être effective et durable. Car, si nos Nations Africaines devaient se définir comme des entités ethniques, parlant la même langue, ayant la même psychologie, eh bien, on ne trouverait en Afrique aujourd'hui aucune véritable Nation. La République du Mali, par exemple, est constituée d'une dizaine de races, qui ont transcendé leurs différenciations ethniques et tribales, certes, pour constituer aujourd'hui la République du Mali. Mais, est-ce que nous n'avons pas des Songhaïs qui par le fait de grands mouvements humains se sont trouvés au Niger et ailleurs ? Est-ce que nous n'avons pas des Foulbés, des Toucouleurs, qui, au cours du développement de l'Histoire, se sont retrouvés en Guinée, dans le Nord Cameroun, au Nigeria ? Ainsi vouloir partir d'une telle définition de la Nation, exiger que la République du Mali soit constituée essentiellement ou de Mandingues, ou de Foulbés, ou de Songhaïs, nous eût posé des problèmes, bien des problèmes avec bien de nos voisins.
C'est cette réalité dont il faut tenir compte. Notre continent présente également un autre trait de caractère d'égale importance. Des Etats africains, selon le système colonial, et selon aussi le degré de développement de la lutte des masses populaires, se sont orientés vers telle voie nouvelle de construction, pendant que d'autres continuent à suivre, dans leur développement économique, la ligne tracée par l'ancienne puissance coloniale ; d'autres se sont engagés dans une forme précise de construction, je veux parler de la construction socialiste. D'aucuns enfin ont choisi une voie intermédiaire et tout cela, compte tenu des réalités de leur Etat. Mes chers frères, du jour au lendemain, il n'est pas possible d'effacer d'un coup de pinceau toutes ces réalités. Vouloir le faire,' ce serait préparer à l'Afrique des lendemains difficiles. Je puis d'autant plus vous en parler librement que j'en ai fait, tant sur le plan de l'organisation politique que sur le plan de l'organisation étatique, des expériences que je ne regrette guère, parce qu'elles ont été une école pour moi et mes amis.
Excellence, vous devinez d'ores et déjà la position de la République du Mali face à l'Unité Africaine, cette unité que chacun de nous, dans nos Etats, a placée en tête de son programme d'action.
Il s'agit, selon nous, de mettre en commun nos possibilités et nos potentialités, pour aller de l'avant, dans le respect des options de chacun, voilà l'exigence du peuple de la République du Mali, de son Parti l'Union Soudanaise- R.D.A. qui, depuis notre Congrès du 22 Septembre 1960, s'est engagé résolument et irréversiblement dans la voie de la construction socialiste de son pays.
Honorables frères, l'entreprise commune ne peut se situer en dehors de la volonté de dignité et de personnalité qui nous anime, et qui, à cet égard, doit trouver à Addis-Abéba une expression toute nouvelle dans l'appui- que dis-je —dans notre engagement matériel, moral et militaire, au sein d'une croisade ouverte contre les colonialistes. Il serait bien illusoire en effet, aux responsables que nous sommes, de vouloir jouer le rôle que nous souhaitons, tant que tout près de nous, quelquefois à nos frontières, nos propres frères sont réduits à l'esclavage, ou ravalés au rang de bêtes, de par la seule volonté des colonialistes attardés qui n'ont rien compris à l'histoire, et de racistes d'Afrique du Sud.
Le problème ici est grave et affecte la conscience de l'humanité entière. Certes, l'opprobre unanime des membres de l'Organisation des Nations Unies, l'aide constante et courageuse des Etats anti-impérialistes et notamment des pays frères d'Asie en apportent le témoignage.
Ceci n'empêche que le problème est d'abord et essentiellement nôtre, que ce qui se passe en Angola, au Mozambique, en Rhodésie du Sud, en Afrique du Sud... s'inscrit en faux contre tout ce que nous proclamons, s'oppose à des aspirations les plus légitimes, et se dresse là comme une injure à toute notre âme d'Africains.
Il est temps, il est grand temps d'en finir; notre organisation commune doit en faire sa première préoccupation, et décider, ici même, le recrutement dans nos Etats, de volontaires pour la libération de ces territoires, engager les gouvernements à assurer le transport sans restrictions des armes et munitions destinées aux patriotes, et à alimenter un Fonds Commun de Solidarité pour soutenir nos frères engagés dans le combat de libération.
Chers frères, dans ce domaine, comme dans celui de l'organisation commune que nous entreprenons, la Conférence d'Addis-Abéba se doit de rejeter les sentiers battus des forums interminables et creux qu'ont été, hélas, bien des conférences africaines.
Il y va de la dignité de notre Afrique, du sérieux de notre organisation commune.
Je ne saurais poursuivre sans attirer à votre attention le danger des subversions en Afrique. En effet, vous savez que dans certains Etats résident des nationalistes d'autres Etats, actuellement indépendants. Si nous voulons réellement réaliser l'Unité Africaine, basée d'abord sur la confiance des uns vis-à-vis des autres, il est essentiel que cette situation puisse trouver une solution. Ce que nous pourrons recommander, c'est de ne pas perdre de vue que l'Unité Africaine passe d'abord par l'Unité Nationale. Il serait souhaitable que les Etats africains dont certains ressortissants ont été obligés de se réfugier à l'extérieur, leur tendent la main et leur facilitent le retour au foyer et dans la Patrie commune.
Dignité des Africains colonisés, et aussi unité des Etats ici représentés ! La tâche n'est pas facile. Les expériences des uns et des autres concourent à reconnaître la nécessité de la création d'une harmonisation là où l'on peut, et aussi poussée que possible.
A cet égard, notre délégation salue avec joie les résultats des travaux de la Conférence préliminaire des Ministres des Affaires étrangères, ses recommandations qui ont exposé en termes clairs les divers aspects de la coopération interafricaine, et que pour ma part je m'interdis de reprendre à cette illustre tribune.
Notre attention ici portera sur la création du Comité Economique et Social qui étudiera et organisera la coopération dans les domaines économique, social, culturel, ainsi que dans le cadre des communications et des transports. Dans le cadre des attributions de ce Comité pourrait être trouvée une solution heureuse au problème préoccupant de l'organisation et des modalités d'octroi de l'aide extérieure.
Ainsi, dans le domaine du commerce extérieur, le Comité œuvrerait à l'harmonisation rapide des nomenclatures douanières, à l'organisation d'un système international de transit, et encouragerait la coopération administrative en matière douanière. Le Comité Economique et Social entreprendrait l'étude des possibilités d'harmonisation de législation commerciale en vue d'éviter la double imposition. En même temps, il mettrait en place une Organisation de l'Aviation civile et pourrait convoquer une conférence en vue de la création d'une Compagnie Africaine de Navigation Maritime. C'est ce Comité aussi qui pourrait se charger de créer une Organisation Africaine de Banque.
Il mettrait un soin particulier à étudier les possibilités de création d'une Communauté Economique Africaine avec, y compris, les effets des groupements économiques extérieurs sur l'économie de notre pays.
De même, il est de première urgence d'organiser la défense des prix de nos matières premières par la création d'un Fonds Commun de Stabilisation des Prix.
La recherche systématique des moyens de coordination des plans de développement tant à l'échelon du continent qu'à celui de la région dans les domaines de l'industrialisation, des transports, de l'énergie, demeurera l'une des tâches les plus importantes de ce Comité.
Honorables frères, les activités que voilà aideront, j'en suis sûr, à dégager progressivement une attitude commune face aux problèmes économiques mondiaux, et mèneront à la formation d'un front commun dans les conférences économiques internationales, pour la défense des intérêts de nos peuples et de nos Etats.
Sa Majesté, Monsieur le Président, j'ai paru insister sur les questions de coordination économique ; je ne sous-estime pas pour autant l'importance particulière des autres structures.
Je ne veux surtout pas négliger les conceptions politico-économiques dans un monde et un domaine où se précisent jour après jour les tendances assimilatrices que nous connaissons. J'ai bon espoir que dans tous nos débats, nous demeurerons vigilants pour ne pas donner prise à de telles manœuvres : l'Afrique trouvera son salut dans l'application quotidienne scrupuleuse du non-alignement entre les deux grands blocs.
Les Etats africains unissant leurs efforts doivent élaborer une politique africaine indépendante, ce dans tous les domaines, et au regard de laquelle un Etat non africain, une puissance ou un groupe de puissances sera libre de se définir. Ensemble, nous devrons prendre en même temps que l'engagement solennel de réaliser l'unité et la coopération africaine, celui de ne jamais faire de notre organisation l'instrument d'un Etat ou d'un groupe d'Etats. Je ne veux point ignorer non plus les autres domaines, où, quelles que soient les difficultés, les Etats peuvent œuvrer ensemble et unir leurs efforts.
Mais il en est un, où la coopération a été fructueuse : c'est celui de nos peuples, plus particulièrement de nos organisations de masse. La coordination de leurs actions sur l'ensemble du continent a été le levain puissant de la lutte de libération de nos pays. Leur collaboration avec les frères d'Asie a imposé depuis des années déjà le Tiers-monde à la conscience internationale.
Ciment de l'unité de nos peuples encore colonisés, ils constitueront demain tout naturellement le ferment de l'Afrique nouvelle. Notre rencontre peut et doit suggérer une formule de coopération dans ce domaine, où l'affiliation, hélas, aux organisations internationales apparaît comme le principal obstacle à surmonter. Alliance horizontale d'abord au niveau de l'Afrique, coopération verticale ensuite avec les autres organisations internationales, telle est la position de la République du Mali.
Sa Majesté, Monsieur le Président et chers frères, je sais combien vous ressentez avec moi l'honneur que nous confie l'Histoire de bâtir l'Afrique libre, unie et prospère pour laquelle tant des nôtres ont payé de leur vie. C'est pourquoi tout au long des travaux, ma délégation et moi-même joindrons notre enthousiasme au vôtre pour l'honneur, la liberté et l'unité de l'Afrique.
Dans quelques jours nous nous séparerons, après avoir arrêté des décisions, voté des résolutions qui soulèveront beaucoup d'espoir en Afrique, bien des appréhensions dans d'autres parties du monde, mais aussi provoqueront bien des sourires sceptiques. Aux noms de nos peuples, nous aurons pris des engagements pour la coopération de nos Etats, des engagements en faveur de nos frères écrasés sous le joug de la domination coloniale ou de l'humiliation raciale. Bousculant tous les obstacles, méprisant toutes les pressions, nous devrons alors passer, point par point, aux actes concrets, n'ayant en vue que les idéaux de libération et d'unité africaines. Dans cette exaltante tâche. Sa Majesté et chers frères, vous trouverez à vos côtés le peuple du Mali, son Parti, ses organisations populaires et son Gouvernement, car la meilleure expression des sentiments d'honneur et de dignité pour les peuples libres que nous sommes, c'est la fidélité agissante aux engagements auxquels nous avons librement souscrit.

DISCOURS PRONONCE A L'OCCASION DE LA REMISE DU PRIX LENINE INTERNATIONAL «POUR LE RENFORCEMENT DE LA PAIX ENTRE LES PEUPLES» (08/06/1963)

Monsieur le Président,
Messieurs les Ministres,
Chers invités.
Excellences,
Chers camarades.

Ma joie est profonde de pouvoir dire quelques mots en cette occasion historique où un honneur insigne porte à la pointe de l'actualité notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., le peuple du Mali et les peuples d'Afrique en général. Je veux essentiellement, faute de pouvoir expliquer les émotions intenses qui nous étreignent, adresser mes vifs remerciements au Comité International du Prix Lénine, pour le choix qu'il sut porter sur le Mali, ses combattants et ses héros tombés pour la gloire et la liberté de l'Afrique.
Mes remerciements vont également à tous les Maliens, à toutes les Maliennes, à tous les amis d'Afrique, d'Europe et d'Asie qui ont salué avec joie l'attribution du Prix Lénine de la Paix à ma modeste personne, par les nombreux messages de félicitations à la Direction du Parti ou du Gouvernement. Comment ne pas être ému par la présence d'une délégation du Bureau Politique du P.D.G. qui témoigne une fois de plus de la grande solidarité qui unit le peuple du Mali au peuple frère de Guinée !
Comment ne pas saluer aussi la présence de la délégation sénégalaise, qui est la preuve de la réconciliation entre nos deux peuples frères et la preuve de la grande réconciliation africaine ?
Monsieur le Président, à travers ma personne, le témoignage du Comité International du Prix Lénine s'adresse à tous ceux qui, de Kayes à Ansongo, de Sikasso à Tessalit, ont lutté pied à pied, des années durant, pour que vive la République Indépendante du Mali.
Il me plaît de souligner plus particulièrement que l'événement que nous vivons aujourd'hui vient couronner nos efforts inlassables pour l'avènement et le maintien de la paix entre les peuples, depuis la dernière guerre mondiale où la France, la Pologne, la Tchécoslovaquie, l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, etc. .. . ont payé de la vie de millions d'hommes le droit des peuples à la liberté, à la justice, à la fraternité et à la paix.
Mais depuis que le monde s'est empressé de rivaliser dans le domaine du perfectionnement des engins de guerre, notre peuple, parmi les premiers, éleva sa voix, par l'intermédiaire de son Parti, contre l'usage des armes abominables qui furent employées contre le vaillant peuple du Viêt-Nam, aspirant à l'indépendance, contre le peuple héroïque de Corée, décidé à construire sa patrie, et plus près de nous, contre le peuple frère d'Algérie.
Depuis 1960, la République du Mali a persévéré dans cette voie pour dénoncer la course effrénée aux armements, pour joindre sa voix à celle des autres peuples du Monde afin de faire mettre un terme aux expériences nucléaires, afin de favoriser la conclusion d'un traité de désarmement général et complet, sous contrôle international.
En effet, que d'avantages l'humanité entière pourrait tirer des sommes considérables englouties dans la construction des armes pour destruction massive et quelle amélioration de leur situation les peuples intéressés pourraient en tirer ! Enfin, la conclusion du traité de désarmement général et complet eût permis de renforcer l'assistance apportée par des pays industrialisés aux pays en voie de développement.
La tension permanente en Europe, en Amérique latine n'a pas laissé indifférents l'Union Soudanaise-R.D.A., le peuple du Mali et les peuples africains qui, à chaque fois, ont fait entendre le cri du cœur et de la raison, la voix de la justice et du droit inaliénable des peuples à la liberté.
Au stade actuel, il n'est pas possible de contester que la tension internationale apparaît comme la conséquence de la psychose de guerre créée dans la réalité d'une rivalité permanente et évolutive ou dans la perspective d'un affrontement à venir. L'on semble ignorer que les peuples haïssent la guerre et qu'ils veulent la paix à tout prix ; c'est de toute évidence le cas du peuple de la République du Mali qui estime que la lutte des idéologies ne doit jamais déboucher dans une guerre chaude ; au contraire, elle devrait trouver sa solution dans la coexistence pacifique, la compétition loyale et libre entre systèmes différents tant il est vrai que la victoire reviendra inévitablement à l'idéologie qui rejette l'injustice, qui s'insurge contre les iniquités sociales, qui abolit l'exploitation d'un homme par un autre, la domination d'un peuple ou d'un Etat par un autre Etat.
Puisse ma voix être entendue de Bamako où je lance un appel aux grandes puissances pour qu'elles écoutent à Genève la voix des pays non alignés, la voix des peuples qui constituent un Tiers du monde, cet appel de tous les peuples pour le maintien et la consolidation de la paix, dans le respect de la liberté de chacun, pour le triomphe d'un monde nouveau et meilleur.
Monsieur le Président, Excellences, c'est dans la volonté de paix que s'inscrit la Conférence au Sommet des Etats Africains d'Addis-Abéba où le peuple de la République du Mali, aux côtés des autres peuples frères africains a pris une nouvelle responsabilité.
Monsieur le Président, l'attribution du Prix Lénine de la Paix au Secrétaire Général de l'Union Soudanaise-R.D.A. couronne les efforts de notre Parti et élèvera la conscience militante de notre peuple.
Le Prix servira à créer un centre de rééducation pour sauver d'une infirmité permanente les milliers de jeunes Maliens qui ont eu à souffrir de la poliomyélite.
Je puis vous assurer que plus que jamais, chaque militant, chaque citoyen en République du Mali se mobilisera davantage pour la lutte efficace contre la guerre, pour la libération des peuples colonisés, libération sans laquelle il ne saurait y avoir de paix durable.

DECLARATION RELATIVE AU TRAITE DE MOSCOU D'INTERDICTION DES EXPERIENCES DES ARMES NUCLEAIRES DANS L'ATMOSPHERE, DANS L'ESPACE COSMIQUE ET SOUS L'EAU (16/08/1963)

L'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, les Etats-Unis d'Amérique et la Grande-Bretagne viennent de conclure, le 25 juillet 1963, un traité d'interdiction partielle des essais nucléaires.
Le Gouvernement de la République du Mali a pris connaissance, des dispositions de ce traité ainsi que des commentaires autorisés qui ont marqué cet événement.
La République du Mali a salué avec joie l'acte par lequel, répondant enfin aux appels pressants et angoissés des peuples, des puissances nucléaires s'engagent et s'accordent mutuellement à renoncer aux expériences nucléaires dans l'espace cosmique, dans l'atmosphère et sous l'eau.
Le Gouvernement de la République du Mali considère la signature du traité comme une étape prometteuse du développement de la lutte pour le désarmement général et complet, et un pas en avant, certes modeste, mais un pas en avant quand même, vers la victoire des forces de paix à travers le monde.
Le Gouvernement du Mali tient à rappeler, au nom du Bureau Politique National, que le désarmement général et complet, l'interdiction totale de tous les essais nucléaires, l'arrêt de la course aux armements et la détente internationale sont des objectifs constants de la politique de l'Union-Soudanaise-R.D.A., réaffirmés par tous les congrès et toutes les conférences des Cadres du Parti.
Plus particulièrement, la lutte contre les essais nucléaires au Sahara et sur le sol africain, et plus généralement la lutte pour l'interdiction générale des essais nucléaires, a bénéficié du soutien actif et militant de son peuple tout entier.
L'option de celui-ci en matière de politique internationale en faveur de la coopération entre tous les peuples sans exclusive aucune, pour la politique ferme et efficace du non-alignement, pour le soutien inconditionnel aux peuples en lutte pour la conquête de l'indépendance de leurs pays, et son engagement dans l'édification d'une société socialiste, ont placé la République du Mali au rang des peuples pacifiques du monde, partisans de la coexistence pacifique et active entre les nations à systèmes politiques et sociaux différents. Dans l'action constante et dynamique en faveur de la paix, le Gouvernement de la République du Mali continue de tenir pour positive toute solution partielle dans le domaine du désarmement et considère que l'accumulation patiente de telles solutions aboutira à la résolution définitive de ce problème crucial.
Le Gouvernement de la République du Mali, à la lumière des principes ci-dessus, a décidé de signer ledit traité, au nom du peuple de la République du Mali dont il a le devoir sacré de traduire une fois de plus les sentiments.
L'interdiction des essais nucléaires, objet du traité, vient en effet s'inscrire à l'actif des peuples du monde, et à celui des pays non alignés réunis à Belgrade ; il doit aujourd'hui inspirer les nations intéressées à travers le monde, à répondre à l'appel des Chefs d'Etats Africains à Addis-Abéba, décidés à s'opposer à toute expérience nucléaire sur le sol africain, et à faire de l'Afrique réellement une zone dénucléarisée. Les puissances nucléaires, membres de l'Organisation des Nations Unies ne sauraient faire valoir désormais aucune excuse de ne pas accéder au voeu des Africains. Telle est la première leçon que le Gouvernement de la République du Mali entend tirer de l'événement.
La coexistence pacifique et active doit guider la politique extérieure des Etats indépendants, grands ou petits, dans leurs relations avec les autres pays du monde. Une telle politique, de l'avis du Gouvernement du Mali, devrait, pour porter fruit, être appliquée sans discrimination aucune par les puissances signataires.
Ainsi, est mise en lumière l'importance capitale que revêt, pour l'avenir de la paix et du monde, la liquidation définitive du colonialisme ; il est devenu clair que les nations signataires qui persistent à tolérer le colonialisme portugais et le racisme d'Afrique du Sud, rendent difficile la réalisation des objectifs du traité.
Dans le même ordre d'idées, toute mesure ayant pour effet d'exclure des nations - la Chine Populaire, la République de Cuba, par exemple - du système mondial de coopération et de coexistence pacifique ne serait en harmonie ni avec l'esprit ni avec la signification profonde du traité de Moscou, dont la portée se trouverait de ce fait limitée, sinon compromise.
Le degré de perfectionnement de l'armement moderne, en outre, permet aux forces dites « de défense » ou « de dissuasion », de répondre aux exigences de la sauvegarde de la souveraineté des nations. Le Gouvernement de la République du Mali estime que la mise en vigueur du traité de Moscou, devrait permettre d'aborder avec fruit, les discussions en vue de l'évacuation des bases militaires étrangères qui constituent une cause importante de la tension internationale.
Il exprime à ce propos l'opinion que leur maintien à travers le monde et en Afrique notamment, se justifie de moins en moins ; au contraire, la présence des bases étrangères apparaît de plus en plus comme l'expression d'une tutelle étrangère, incompatible avec les principes du respect de l'indépendance des Etats, et dangereuse au surplus pour la paix mondiale.
Dans le souci de faciliter un heureux aboutissement aux discussions entre les grandes puissances, le Gouvernement du Mali continue de considérer comme nécessaire la participation active des pays non alignés en général, et des pays africains en particulier; c'est pourquoi il exprime le sérieux espoir que ne s'affirmeront pas plus longtemps les actuelles oppositions à une représentation équitable de l'Afrique au sein de l'Organisation des Nations Unies, notamment au Conseil de Sécurité.
Le Gouvernement de la République du Mali, en signant le traité de Moscou sur l'interdiction partielle des essais nucléaires, et dont il salue les promoteurs, veut apporter, une fois de plus, sa contribution positive à la cause de la paix. Il veut demeurer fidèle aux principes énoncés ci-dessus, qui guideront son action dynamique pour la paix ; il exprime -l'espoir que les nations du monde fourniront et poursuivront de manière conséquente leurs efforts pour aboutir à l'interdiction de tous les essais nucléaires, au désarmement général et complet, pour l'avènement d'une ère de paix, d'égalité et de coopération entre les nations, pour le bonheur et la prospérité des peuples.

DISCOURS PRONONCE À L'OCCASION DU TROISIEME ANNIVERSAIRE DE L'INDEPENDANCE. (22/09/1963)

Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Chers camarades,

Nous commémorons aujourd'hui, pour la troisième fois, l'anniversaire de la proclamation de la République du Mali. Nos remerciements vont à tous ceux qui, par leur présence, ont tenu à nous manifester leur sympathie et ont voulu considérer que cette fête était la leur.
Chers camarades, quelques jours seulement après la perte cruelle d'un valeureux artisan de notre victoire, militant de la première heure, d'un combattant qui emporte avec notre admiration le privilège immense d'être demeuré toute sa vie égal à lui-même et en parfaite communion avec les principes de notre Parti.
Au vaillant camarade Tombouctou Coulibaly, mort au champ d'honneur, je voudrais, avec vous, au nom de la nation tout entière, rendre un suprême et dernier hommage.
Pour le repos de son âme, pour qu'à jamais son exemple et son souvenir demeurent vivaces en chaque militant de l'Union Soudanaise-R.D.A., je vous convie à observer une minute de silence.
Merci !
Chers camarades, au moment où nous abordons la quatrième année d'indépendance de la République du Mali, il convient de faire, une fois de plus, devant la nation entière, le bilan de l'action du Gouvernement et du Parti pour l'essor de notre peuple.
Dans le domaine de la production rurale, l'effort a porté en priorité sur l'amélioration de l'infrastructure hydro-agricole, l'organisation de la paysannerie sur des bases collectivistes, la recherche et la vulgarisation de nouvelles variétés de production et l'équipement des groupements coopératifs ruraux en matériel agricole à traction animale.
Dans ce sens, l'Office du Niger a aménagé à lui seul 3 500 ha de superplantage pour la culture intensive du coton et 3 000 ha d'extensions nouvelles ; le centre de Baguineda, les ouvrages dans les plaines de Mopti-sud, Djenné, Niafunké, Kayes, San, etc.. .. totalisent 28 000 ha de terres aménagées.
Un effort important a été fait pour doter la paysannerie malienne de moyens de productions modernes. C'est ainsi que 19 000 charrues, 3 000 pulvérisateurs, 6 000 tonnes d'engrais et 25 000 tonnes d'insecticides furent mis à la disposition des paysans. L'action d'encadrement rural rapproché se poursuit grâce au programme des écoles saisonnières dont 35 sont achevées, tandis que 15 le seront avant mars prochain. Un nouveau programme de 50 écoles saisonnières sera lancé dès janvier 1964.
L'organisation coopérative en milieu rural, support de toute l'action technique et économique, se poursuit. Les groupements ruraux de production et de secours mutuel se développent et embrassent de plus en plus plusieurs secteurs économiques. Des groupements ruraux associés, véritables fédérations des groupements, se constituent au niveau de tous les arrondissements.
Toutes ces actions technique, politique et économique, judicieusement combinées, ont permis une augmentation appréciable de la production. La production du coton allen a dépassé de 46% les objectifs fixés par le Plan ; dans le même temps sa commercialisation est supérieure de 107% au niveau de la campagne précédente.
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Si les objectifs de la production arachidière n'ont été atteints qu'à 75% à cause de la rosette, ceux du paddy et du mil sont réalisés respectivement à 118% et 103%.
L'année budgétaire du Plan 1962-1963 a été consacrée à l'achèvement des études des projets industriels. Le Génie civil des abattoirs frigorifiques de Ségou et de Gao est exécuté à 50% et leurs équipements arrivés à Bamako. Les travaux de ceux de Kayes et de Bamako se poursuivent dans de bonnes conditions. La nouvelle huilerie de Koulikoro, d'une capacité de traitement de 30 000 tonnes d'arachides coques sera mis en service en juillet 1964. Sa savonnerie, d'une capacité journalière de 2 tonnes de savon de ménage et une tonne de savon de toilette, dotée également d'une installation de raffinage permettant de traiter 5 tonnes de beurre de karité par jour, sera achevée fin 1964. La modernisation de la briqueterie de Magnanbougou s'achève, tandis que les études des briqueteries de Djikoroni et de Ségou se poursuivent très activement.
Les études technico-économiques de certains projets très importants pour notre économie s'acheminent vers leur mise au point définitive : cimenterie, sucrerie, usine de céramique, fabrique de cigarettes, fabrique d'allumettes, rizerie de San, modernisation des rizeries de San, de Diafarabe (Macina), de Kourouba (Bamako) et de Nantaka (Mopti), marbrerie dans la région de Kéniéba. La meunerie de Tienfala sera prête à fonctionner pour la fin de 1964. Une fabrique de tapisseries dont les premiers cadres, onze jeunes filles en formation en Yougoslavie, commencera à fonctionner dès 1964.
L'année 1963 sera en vérité l'année du grand « boum » du Plan Quinquennal de Développement. C'est ainsi que plusieurs grands projets seront mis en chantier. Les travaux du Lycée et de l'Ecole normale, pouvant accueillir 1 200 élèves dont 900 internes, débuteront dès janvier 1964. L'Ecole normale supérieure verra le jour au même moment. Les études pour la création d'une Ecole d'administration et d'une Ecole d'agronomie sont en voie d'achèvement et les travaux commenceront au cours du premier trimestre 1964.
Les travaux d'exécution de l'Institut d'économie rurale et de l'Institut de biologie humaine, seront entrepris dès le mois prochain. La construction du stade de Bamako, comptant 25 000 places, se poursuit à une cadence très encourageante. Le Centre de formation professionnelle pouvant recevoir 300 élèves, se monte.
L'année écoulée a été marquée par la mise au point de dossiers techniques de réalisation de grands ouvrages d'infrastructure prévue au Plan. Néanmoins, signalons que le bitumage de la route San-Mopti (220 km) est achevé depuis juin dernier. Les projets, dont la réalisation commencera dès la fin de l'hivernage, sont les suivants :
- bitumage de la route Bougouni-Sikasso-Zegoua (2 milliards) et de la route Koutiala-Sikasso avec pont sur le Bani-fing à Kouoro ; réalisation d'un pont sur le Bani à Douna ; bitumage de la route Ségou-Bla-San ; bitumage de la route Sienso-Kimparana-Koutiala. Aménagement d'une route en terre de Kayes à Nioro ; achèvement de la route Bamako-Koulikoro.
La Société « Energie du Mali » mettra sous peu en service, la centrale électrique de Sikasso, tandis que débuteront les travaux de réalisation du renforcement de la centrale de Bamako, l'électrification de Tombouctou, les travaux de construction de la centrale hydroélectrique de Sotuba.
Les recherches minières du Bureau Minier du Mali se poursuivent de façon très satisfaisante. Ainsi ont été découvertes d'importantes réserves de calcaire pouvant entrer dans la fabrication du ciment, d'intéressants gisements de marbre, des gisements de kaolin sur lesquels sera édifiée l'usine de céramique, tandis que l'installation de traitement des phosphates de Tilemsi, en vue de son utilisation par l'agriculture, est en cours.
La création de la monnaie nationale exigeait d'accentuer l'effort pour tirer le maximum de réserves d'or de notre sol dont les possibilités sont soupçonnées depuis des années, mais dont la mauvaise exploitation dans les placers n'a apporté à ce jour aucun profit notable à l'économie malienne.
Le Bureau Minier a repéré et localisé des filons aurifères dans les régions de Médiandi, de la Haute-Falémé, de Kéniéba, Yanfoîila, Kalana, Tessalit, In Darset ; les réserves qui ont été évaluées sont très encourageantes pour la poursuite de la campagne.
Parallèlement, les chantiers pilotes à la fois chantiers écoles ont été organisés par le Service des Mines, pour définir sur le tas les conditions optima de l'organisation de l'orpaillage en milieu paysan.
Au cours de ces deux années, trois campagnes importantes ont été menées avec succès dans le domaine de la recherche pétrolière. Ces campagnes ont donné des résultats encourageants, décelant la présence de profondeurs de fosses allant de 2 500 à 4 000 m. Ce qui signifie que l'effort doit être poursuivi et il se poursuit.
Dans le domaine de la construction, les résultats obtenus font apparaître, très succinctement, 320 km de route à grande circulation dont 260 km bitumés, sur 2 000 km de routes améliorées, 73 000 m2 de bâtiment, représentant 470 logements construits ou en voie d'achèvement, et 220 prêts à l'habitat ont été accordés ; 58 kW supplémentaires de puissance d'émetteur de télécommunication multiplient par un coefficient voisin de 4 l'ancienne puissance de notre réseau ,-300 lignes supplémentaires sont venues renforcer le central téléphonique de Bamako.
Dans le domaine de l'énergie, 250 kW de puissance nouvelle installée (centrale de Sikasso) et divers travaux de construction de lignes et d'installation d'éclairage public ont été réalisés, tandis que des installations représentant 5 500 kW sont en chantier.
Dans le domaine des mines, 75 millions de tonnes de matières premières pour matériaux de construction ont été étudiés, 600 000 km2 de prospection aéroportée, 5 km2 de prospection sismique et 1 900 petits forages ont été effectués. Les investissements humains ont contribué, dans la réalisation des ouvrages prévus au Plan, pour 400 millions de francs, sans compter les travaux entrepris sur l'initiative des populations pour la construction des écoles, de dispensaires, de réaménagements de routes, etc....
S'il faut donner une idée du relèvement du niveau de vie de la population, il est intéressant de noter que la consommation d'énergie électrique a augmenté de 44%, celle d'essence de tourisme de 35%, celle de gasoil de 100%. Les effectifs de travailleurs relevant de la Fonction publique accusent un accroissement de 38% pour les agents de cadre et de 72% pour les auxiliaires. Grâce au développement de nos sociétés d'Etat, le nombre de salariés est passé de 23 500 en 1960 à 35 000 en 1963, soit un accroissement de près de 60%.
Voilà qui en dit assez sur l'accroissement du niveau de vie dans les villes et répond éloquemment aux spéculations théoriques sur le chômage dans les Etats africains.
Le code malien du Travail et le code de Prévoyance sociale ont été élaborés et promulgués avec l'accord et la collaboration totale des travailleurs, pour la protection des salariés et de leurs familles.
Pour continuer d'adopter le langage des chiffres, il faut savoir qu'au terme de cette troisième année, le bilan présente en acquisitions nouvelles, 6 hôpitaux équipés, 12 centres médicaux, 10 maternités, 37 dispensaires de cercle, 49 dispensaires ruraux.
La même politique de décentralisation, de multiplication et de modernisation a doté le Mali de 43 centres de protection maternelle et infantile, 8 grands centres d'hygiène, 7 centres de lutte antituberculeuse, 41 centres antituberculeux ont été mis en fonctionnement au niveau des cercles, et dans quelques mois ces comités auront achevé de s'étendre aux arrondissements. Faut-il ajouter dans ce domaine que 17 pharmacies nouvelles sont ouvertes à travers la République et que 21 centres sociaux nouveaux sont installés depuis 1960?
Pour la même période, dans le domaine de l'enseignement, 565 classes nouvelles ont été ouvertes, 105 000 élèves feront leur rentrée scolaire en octobre prochain contre 64 000 seulement en 1960.
Les chiffres que voilà sont éloquents et sont loin des maquignonnages électoraux.
Voilà, chers camarades, quelques-unes des nombreuses et importantes réalisations du Mali, que le dynamisme de notre peuple laborieux et la multiplicité des tâches de chaque Malien ont pu faire échapper à notre attention.
La politique sociale que nous menons est réelle ; elle est effective parce qu'elle est orientée exclusivement au bénéfice du peuple ; elle est irréversible parce qu'elle est le fruit savoureux de nos efforts propres ; elle est à long terme et en progression constante parce que partie intégrante de notre option du 22 septembre 1960 ; pour le système qui embrassera le monde, le socialisme.
Oui ! notre politique sociale de l'Union Soudanaise-R.D.A. n'est pas au service de la démagogie, elle ne peut être le bouclier des tenants d'une politique de démission nationale ou de soumission à une puissance quelle qu'elle soit.
Elle est celle d'un peuple décidé à lever haut le drapeau national ; elle continuera d'être, grâce à vous, chers camarades, celle des Maliens qui veulent faire de leur pays un paradis à la mesure de leur patriotisme. Elle sera commandée par l'intérêt de l'ensemble, au sein duquel les intérêts particuliers n'auront d'autre issue que de s'intégrer, tout comme dans le domaine économique l'initiative privée ne se justifiera que par une conformité totale avec le Plan de Développement et une harmonie parfaite avec les objectifs socialistes de notre pays.
Là demeure le salut : les séquelles de l'injustice sociale, les structures colonialistes comme leurs bénéficiaires devraient se convaincre que c'est là la seule alternative, car chaque jour, patiemment, mais inexorablement, notre peuple, sous la direction de son Parti, effectue un pas en avant et précis dans ce sens. L'obstination à fermer les yeux sur cette réalité peut être une erreur fatale, aussi vrai que le refus, en 1945, de prendre au sérieux les aspirations des Africains a précipité la liquidation du système colonial. Les subterfuges et les tricheries n'y feront rien.
A notre option décisive, il faudra se soumettre, pour des raisons de raison à défaut de celles du coeur. Notre choix n'a jamais été le coup de tête de l'enfant déçu, ni même le fruit de la colère au lendemain des événements d'août 1960. De même, notre option ne peut s'infléchir à la faveur de la coopération avec les autres Etats d'Afrique ou d'ailleurs.
Celle-ci, au contraire, relève de notre profond attachement à l'unité et à l'entente entre Etats.
L'Unité Africaine, parce qu'elle se pose aujourd'hui en termes de rapprochement et de coopération, a guidé le Mali dans sa politique extérieure : l'occasion nous a été donnée en cette année 1963, de dissiper les nuages qui nous séparaient de nos frères de Mauritanie et de liquider progressivement le contentieux avec la République du Sénégal, laissant désormais la place à une collaboration franche et sans mélange entre nos deux Gouvernements. Le Mali leva ainsi bien des appréhensions à la veille de la conférence historique d'Addis-Abéba dont les décisions et les recommandations constituent pour nous un guide et bréviaire dans notre politique internationale.
Addis-Abéba a scellé l'Alliance des Africains, pour poser en termes de choix, les problèmes du continent à ces grandes puissances pour que l'Afrique demeure l'objet de leur histoire. Les Chefs d'Etat africains, par leurs décisions, ont porté au paroxysme la crise générale du système rétrograde, en aiguisant et en aggravant les contradictions des forces d'argent sur leur terre de prédilection. C'en était trop pour mériter bien sûr les foudres de celles-ci, menacées dans leurs intérêts. L'événement a suffi pour faire éclore sur notre continent la lutte entre les grands intérêts.
Dans les pays où le Parti n'a pas conquis le pouvoir par la lutte des masses, où les dirigeants se sont assoupis sous les griseries de l'indépendance et dans la quiétude des palais avec une insouciance encouragée par la démagogie et la félonie des conseillers toujours incontrôlables, le risque était de voir couronner le mécontentement des peuples frères par l'ouverture de crises profondes, dans lesquelles toujours les forces étrangères sont au moins concernées.
Les événements actuels trouvent en effet leur origine profonde dans les velléités d'un dirigeant africain de mener une politique indépendante de celle du colonialisme moderne. Il n'est pas sans intérêt de relever à cet égard, que les apatrides se recrutent presque toujours dans les rangs des ex-cadres moyens non reconvertis de l'Administration et de l'Armée coloniales. C'est en définitive, l'absence totale, dans le peuple, du sentiment réel d'avoir été libéré, qui est à la base du succès provisoire des ennemis de l'Afrique.
Le moment est venu pour chaque Etat africain, de tirer, avant qu'il ne soit trop tard, les leçons qui s'imposent et que dictent à la fois le patriotisme et la morale tout court, à savoir que tant que le peuple n'est pas libéré, il lui reste toujours une révolution à accomplir.
Si l'unité nationale demeure un préalable à l'unité Africaine, cette dernière qu'incarne l'Organisation de l'Unité Africaine, est avant tout un refus du partage du continent entre les puissances étrangères quelles qu'elles soient.
Dans cette optique, chers camarades, les groupements régionaux existant ou à venir ne doivent pas échapper à l'examen critique et serein des Africains, dans un monde et à une phase où l'économique précède et sous-tend le politique.
C'est dans le même esprit que depuis deux ans, le Parti a engagé le Gouvernement dans la voie de la coopération avec tous les pays du monde. Notre vigilance sera d'autant plus accrue qu'il s'agira de notre option socialiste, de l'unité de notre peuple, c'est-à-dire du contenu et des objectifs de notre Révolution.
A cet égard, le Mali, parce qu'il repose sur une véritable démocratie, n'a jamais tenté d'imposer ses vues à qui que ce soit. Il n'en demeure pas moins fermement jaloux de sa liberté d'action sur le plan international, de son droit de décider, quand il veut et comme il veut, de sa conduite vis-à-vis de tel ou tel pays, devant tel ou tel problème.
C'est là le sens et le résultat des sacrifices que vous avez consentis à tous les niveaux, dans tous les domaines.
Notre souci demeure grand de limiter et d'éliminer les risques d'éclatement d'un conflit. Et c'est en conformité parfaite avec notre conscience que nous ne cesserons de lutter en faveur de l'égalité entre les peuples et entre les nations. C'est pourquoi la République du Mali a adhéré au traité d'interdiction des essais d'armes nucléaires dans l'atmosphère et sous l'eau, qui constitue un pas en avant dans la voie du désarmement.
Mais, comment garantir la paix, lorsque des peuples sont aujourd'hui réduits à l'esclavage par la seule volonté d'un pays ? Qui garantira aux peuples du monde la paix, alors que la nation la plus peuplée du monde, la République Populaire de Chine, est systématiquement écartée de l'Organisation des Nations Unies, alors que parallèlement contre le gré de plusieurs dizaines de nations, on impose la présence du Portugal et de la République Sud-africaine au sein de l'O.N.U. ? Hérésie qui autorise à se demander si la morale internationale a encore une prise sur certaines nations.
D'autre part, comment conjurer la guerre, et interdire l'accès du traité de Moscou à la République Cubaine dont le seul crime est d'avoir édifié le socialisme au cœur du continent américain ?
Camarades, je vous le demande, comment garantir la paix et proliférer les bases stratégiques à travers le monde, et poursuivre la production et le perfectionnement des armes de destruction massive ?
En résumé, le traité de Moscou est un pas qui en appelle d'autres encore, pour répondre à l'attente de tous les hommes.
Il n'y a pas de paix durable sans la liquidation définitive du colonialisme sous toutes ses formes ; c'est pour cela que la Conférence d'Addis-Abéba, en organisant et en soutenant cette lutte, a apporté une contribution de choix dans la bataille pour la paix. Avec la même conviction, les Etats africains ont décidé le boycotte du Portugal et de la République Sud-Africaine, dont la politique actuelle défie avec arrogance l'Organisation des Nations Unies et tous les grands principes de l'humanité.
La République du Mali et les Etats africains en particulier sur ce problème, comme sur celui du fascisme portugais, auront pu avant longtemps dénombrer leurs amis et situer la responsabilité de certains pays tant sur le plan de l'aide militaire que sur celui du soutien économique accordé à ces pays ennemis de l'Afrique et de l'humanité.
Notre Parti et notre Gouvernement, en ce qui les concerne, tireront alors de cette analyse les conclusions qui guideront la politique extérieure du Mali.
Chers camarades,
Bien des Etats africains ont affirmé construire le socialisme, comme la République Arabe Unie, le Ghana, le Dahomey, l'Algérie ou le Sénégal.
Depuis le 22 septembre 1960, nous avons dit à la face du monde qui nous sommes et ce que nous voulons.
Les militants de l'Union Soudanaise-R.D.A. se sont déclarés fossoyeurs du capitalisme au Mali. Il n'y aura en terre malienne, je vous le jure, ni exploiteurs ni exploités ; il ne peut y avoir d'autres lois que celle de la population laborieuse ; de cela, il est temps que les attardés se convainquent, car les intérêts particuliers doivent se satisfaire des solutions dictées par l'intérêt de tout le peuple. Les tricheurs, tôt ou tard, auront à subir cette règle qui ne saurait souffrir d'exception.
Opter pour le socialisme, c'est faire du travailleur le propriétaire des moyens de production, le maître de la production. A cet égard, des comités d'entreprises, mis en place par les travailleurs eux-mêmes, se préparent à prendre cette responsabilité déjà reconnue par la législation en vigueur. Nous osons espérer qu'ils ne nous décevront pas.
Dans les campagnes, la coopération agricole avance à grands pas, par l'installation des groupements ruraux dont beaucoup fonctionnent de manière satisfaisante.
Dans les autres secteurs de la coopération, notre politique ferme de socialisation, a été circonscrite aux producteurs eux-mêmes, en dehors de tout autre exploiteur préoccupé à s'enrichir comme sous le régime colonial. Le travail à l'honneur, les travailleurs maîtres de la production, avec pour conséquence l'éviction et la conversion des parasites quels qu'ils soient et l'affranchissement du citoyen malien du Sud ou du Nord, de l'homme ou de la femme constitueront quelques traits fondamentaux de l'action de notre Parti.
Mais la construction du socialisme n'est pas chose facile. Une fois réalisé le programme minimum de socialisation des moyens de production, l'écueil, qui compte déjà des victimes en Afrique, réside dans la lutte contre nous-mêmes, c'est-à-dire contre les complexes créés en nous par plusieurs décades d'un système de dépersonnalisation de l'humain.
Pourront franchir le cap ceux qui sont déterminés courageusement à liquider ce complexe, parce qu'ils en ont non seulement la conviction, mais la foi. Pour aider à l'affermissement de celle-ci, le Parti a institué des écoles de formation des cadres qui ont accueilli, cette année, environ 800 cadres politiques. Cette formation sera poursuivie sans tarder au niveau des responsables administratifs et trouvera, dès novembre prochain, son caractère permanent d'institution du Parti.
Ceux qui, par contre, se laissent aller au plaisir de la chair et du ventre, à la satisfaction intégrale de leurs habitudes de vie facile pourront faiblir et devenir les agents de ceux qui sont hostiles au mouvement socialiste en général et à l'option du Mali en particulier.
C'est toujours auprès de cette catégorie que florissent les plaintes habituelles de manque de marchandises de dernière nécessité, les propos démobilisants et néfastes pour les militants. C'est une raison supplémentaire de resserrer toujours plus autour d'eux une surveillance de tous les instants.
Il faut donc, camarades, faire preuve d'une extrême vigilance, d'une fermeté à toute épreuve, et quelquefois d'une extrême rapidité pour rendre justice au peuple et au Parti, sans même se référer à la Direction.
Rendre justice au peuple, c'est neutraliser sans hésiter les adversaires de notre option ; c'est imposer partout, à quelque prix que ce soit, la justice et l'équité ; rendre justice au peuple, c'est mettre tout en œuvre pour encourager le travailleur et créer les conditions de l'émulation socialiste ; rendre justice au peuple, c'est s'opposer par tous les moyens aux profiteurs, aux attardés inconvertis ; rendre justice au peuple en définitive, c'est prendre ses responsabilités à chaque instant.
C'est ici que je veux m'adresser aux cadres jeunes de notre pays, pour m'inquiéter avec eux des moments où les choses dans l'ensemble affectaient l'allure d'une course aux avantages matériels. Il reste que dans de telles situations, seul leur sens de la responsabilité est en cause.
Car, être responsable, c'est diriger, c'est orienter ; c'est aussi contrôler de près l'application des principes démocratiques du Parti, qui à aucun moment ne peuvent être jetés par-dessus bord.
La confiance qui vous est faite est bien sûr celle du Gouvernement, mais aussi celle du Parti, celle des militants qui attendent de vous autre chose que les complaisances inadmissibles, les partisaneries intolérables, les complicités déshonorantes. Faute de quoi, vous aurez contribué à renforcer les mœurs électorales que partout, en Afrique, le colonialisme a laissées en héritage aux jeunes Etats ; vous aurez favorisé la formation des clans sur la base de principes contraires à ceux du Parti.
Ainsi doit vous apparaître l'interdépendance qui unit le Parti et le Gouvernement. Si le Parti a mis en place les directions nationales qu'il soutient, par leur travail, les directeurs nationaux des services et sociétés d'Etat, les cadres de commandement ont le devoir impérieux de renforcer le Parti, en levant bien haut le drapeau de l'Union Souda-naise-R.D.A.
Vous êtes déjà un certain nombre à avoir vérifié que vous avez, pour cela, le soutien ferme et absolu de votre Secrétaire général. Mais encore faut-il que pour cela, lorsque vous avez épuisé les recours possibles, ce dernier soit saisi des difficultés que vous rencontrez dans la juste application des principes arrêtés en commun et de la législation en vigueur.
C'est vous que le Parti et le Gouvernement ont choisis pour inscrire dans les faits les options et les objectifs de notre peuple. J'ai confiance que vous continuerez de justifier ce choix et d'agir en militants convaincus et en patriotes décidés. Vous saisirez la portée de votre rôle en vous souvenant toujours que vos actes faciliteront l'acceptation par le travailleur des lourds sacrifices exigés par notre option et conditionneront en définitive l'accélération de leur prise de conscience.
Les succès que vous avez déjà inscrits à l'actif de notre Parti et notre Gouvernement sont prometteurs pour l'avenir des services de la République du Mali où - la garantie politique étant préalablement acquise - seules, la compétence au travail, la conscience professionnelle doivent régner en maîtres absolus.
Camarades de l'Union Soudanaise-R.D.A., vous savez que je n'ai pas l'habitude de cacher ou de déformer la vérité. Elu Secrétaire général du Parti en 1947, partout où je suis passé, je n'ai pas manqué de dire à nos sympathisants que pour rejoindre les rangs de l'Union Soudanaise-R.D.A., il fallait accepter d'avance le sacrifice de ses intérêts personnels et de sa liberté et même de sa vie.
Lorsque nos jeunes, nos travailleurs, nos paysans, nos anciens combattants et nos sœurs demandèrent l'indépendance, j'ai également signalé les exigences de celle-ci : j'ai dit notamment quelle ne doit pas être celle du chien de garde, mais la liberté réelle, avec ici encore tout ce que cela exige de renonciation, de discipline et de vigilance.
Enfin, lorsqu'ils ont estimé ne pouvoir transiger plus longtemps avec le principe de l'indépendance économique, votre Secrétaire général a largement informé les Maliens des difficultés en perspective qui nécessiteront des privations librement acceptés, la renonciation aux privilèges même camouflés sous le vocable de droits acquis, et la foi ardente dans le succès de notre option socialiste.
A chaque fois le Parti s'est engagé dans la voie que le militant a indiquée.
Il vous appartient aujourd'hui, à chacun, jeunes, vieux, femmes, officiers, sous-officiers et soldats de l'Armée malienne, jeunes du Service Civique, miliciens, brigadiers de vigilance, travailleurs du secteur privé, paysans, éleveurs, commerçants et pêcheurs, de ne pas oublier votre choix.
Camarades, vous vous devez d'en être les gardiens vigilants et jaloux pour rester fidèles au serment que vous avez fait à la face du monde, c'est-à-dire tout accepter pour que : Vive et prospère le Mali, notre Mali !

DISCOURS PRONONCE AU MEETING DE DIRE (13/11/1963)

C'est pour moi et la délégation que je conduis un moment d'intense émotion, par les souvenirs rappelés par le camarade Secrétaire général de la Section de Dire, et qui évoquent des étapes de la lutte politique dans cette circonscription.
En effet, s'il y a une circonscription où la lutte politique a connu des phases très aiguës, c'est bien cette circonscription. Mais malgré tout, les camarades anciens R.D.A. et anciens P.R.A. ont su dominer leur passion, leur rancœur et devant les nécessités de la construction nationale, ils se sont donné la main sans calcul pour réaliser l'unité politique dans cette circonscription et cela, grâce, il faut le reconnaître, à la valeur des cadres politiques de la Section de Dire.
Hélas, dans certaines régions à travers la République du Mali, l'unité politique réelle, effective n'a pas pu encore se réaliser. Et ce que nous souhaitons, c'est qu'anciens R.D.A. et anciens P.R.A. puissent transcender leurs rancœurs nées de la lutte passée et, à l'exemple des camarades de Dire, se donner la main pour réaliser l'unité politique sans laquelle la construction nationale connaîtra des aléas.
Camarades, après cette appréciation objective de l'action politique des camarades dirigeants de Dire, je vais évoquer quelques problèmes intérieurs à la République du Mali. Ceux qui sont de notre âge ou qui sont relativement plus jeunes ont subi dans leur bien et dans leur chair l'oppression coloniale et toutes sortes d'humiliations, de sorte que pour eux la lutte politique pour l'indépendance politique, l'action politique pour la construction économique, constituent des réalités surtout lorsqu'ils les lient aux réalités d'hier qu'ils ont vécues. Et ils savent apprécier les sacrifices consentis par nos militants, les efforts déployés par les uns et les autres pour que notre pays, la République du Mali, soit aujourd'hui indépendant, totalement indépendant, et puisse s'acheminer vers le raffermissement de cette indépendance par la construction économique dans la voie du socialisme.
Mais nos jeunes, nos jeunes qui sont nés d'hier, qui n'ont pas connu cette humiliation et qui ont l'avantage de pouvoir pousser leurs études jusque dans le domaine de l'Enseignement supérieur doivent, devant cette vie qui leur paraît facile de temps en temps, demander au passé de quoi il était fait, demander à leurs anciens quelles sont les luttes épiques qu'ils ont dû affronter pour qu'aujourd'hui, des horizons nouveaux puissent s'ouvrir à eux. C'est dans la mesure où ils comprendront qu'ils sont entourés de la sollicitude du Parti et du Gouvernement, c'est dans la mesure où ils comprendront qu'ils sont des privilégiés parce qu'à travers la République, nous avons des centaines de jeunes qui n'ont pas l'avantage, la possibilité d'aller à l'école, à plus forte raison d'accéder à l'Enseignement secondaire et supérieur, c'est dans la mesure où ils comprendront qu'ils sont donc des privilégiés face à leurs frères qui cependant peuvent avoir sur le plan intellectuel plus de qualités que ceux qui aujourd'hui sont dans nos établissements, qu'ils sauront apprécier tout l'effort que le Gouvernement consent en leur faveur et comprendront aussi que leur devoir, leur premier devoir, c'est de répondre à cette confiance, de répondre à cette faveur par un travail constant, assidu et une conduite exemplaire et cela, dans tous les domaines.
Je crois qu'ils le comprendront parce que si de-ci de-là il y a quelques exemples, heureusement rares, d'élèves ou étudiants qui n'ont pas su apprécier les privilèges dont ils bénéficient, nous nous devons de reconnaître que l'énorme majorité de nos élèves, de nos étudiants ont su apprécier à leur juste valeur les efforts considérables que le pays consent pour eux. Et je profite donc de l'occasion pour saluer ces élèves et ces étudiants et leur demander qu'ils peuvent continuer à nous faire confiance et que le Parti et le Gouvernement, irréversiblement engagés dans la voie du socialisme, leur réservent des lendemains pour lesquels ils n'auront pas à se creuser la tête, à se faire de soucis pour l'avenir qui leur sera réservé.
Camarades, je me dois aussi de profiter de l'occasion pour m'adresser à nos camarades fonctionnaires. Nous qui avons été à l'école, qui avons bénéficié de l'instruction, qui constituons les cadres du pays, nous devons, nous aussi, nous rappeler qu'à un moment donné de l'évolution de notre pays, nous avons été les auxiliaires de l'administration coloniale et que cette administration s'est servie de nous non seulement pour maintenir son influence, mais aussi pour la renforcer. Elle nous a accordé des privilèges qui ne sont pas en rapport avec les ressources réelles du pays. Elle nous a fait jouer un rôle dont nous-mêmes aujourd'hui mesurons toute l'ingratitude.
Mais l'hommage qu'il faut rendre à ces camarades, c'est qu'ayant été des instruments de la domination coloniale, ils ont été aussi les meilleurs artisans de la libération nationale. Mais il y a eu un complexe dont il faudrait que noirs nous guérissions pour que les populations qui ont eu à souffrir de l'action coloniale, puissent, elles aussi, se défaire de leurs complexes. De quoi s'agit-il ? Notre pays a été occupé plus de 70 ans au cours desquels nos populations ont subi toutes sortes d'oppression et d'humiliation. Elles n'ont pas encore, hélas, perdu le souvenir de cette période révolue. Donc, si aujourd'hui par l'action de l'Union Soudanaise-R.D.A., le pays a conquis son indépendance, il faudrait que nous, cadres du pays, enseignants, médecins, commis, gendarmes, gardes, etc., par notre comportement, nous donnions la preuve aux populations que le passé est révolu, et irréversiblement révolu.
Et nous devons comprendre que notre action doit être toute d'éducation et non de répression. Nous devons nous considérer comme étant chargés de mission auprès de ces populations. D'abord pour leur faire oublier le passé, ensuite pour créer chez elles la confiance en l'homme africain, en l'homme malien, pour qu'elles puissent s'engager résolument sans le moindre complexe dans la phase de la construction nationale. Mais cela ne sera possible que dans la mesure où nous pourrons renoncer aux habitudes que nous avons pu contracter sous le système colonial, qui peuvent être faites d'intimidation et quelquefois d'exploitation. Et si nous n'avons pas la possibilité d'y renoncer de par notre propre volonté, de par notre détermination, le Parti et le Gouvernement sauront nous y faire renoncer. Mais ce qui serait méritoire pour les uns et les autres c'est que le renoncement soit le fait de notre propre détermination plutôt que de mesures répressives que le Parti et le Gouvernement pourraient être appelés à prendre.
Il me faudrait également m'adresser aux populations pour leur dire que le pays ne peut pas se construire dans la facilité. Sous le système colonial nous n'avions aucune inquiétude pour le volume de nos importations et de nos exportations, nous n'avions aucune idée de ce qu'on peut appeler balance commerciale, nous ne nous soucions pas de notre déséquilibre, puisqu'il y avait là une caisse : la caisse de la France pour combler nos déficits budgétaires, pour combler notre déficit commercial, pour combler notre balance de paiement. Mais aujourd'hui que le pays est indépendant et qu'il doit vivre de ses propres ressources, c'est dans la mesure où il arrivera lui-même à équilibrer ses échanges à l'importation et à l'exportation, qu'on pourra affirmer qu'il s'est engagé dans une économie saine. Or, malheureusement ce n'est pas encore le cas. Nous achetons plus que nous ne vendons. C'est donc dire que par notre consommation vestimentaire, alimentaire, etc., nous vivons au-dessus de nos propres ressources, nous vivons au-dessus de nos propres ressources, de nos moyens. Il nous faudrait donc une révision de notre mode de vie. Il nous faudrait donc nous attaquer à l'élimination de tout ce qui est superflu pour que nos importations puissent être en relation avec nos exportations, c'est-à-dire avec nos possibilités économiques.
Déjà, en 1962, j'avais mis l'accent auprès des camarades sur la nécessité de cette révision. Je leur avais dit qu'il vaudrait mieux qu'eux-mêmes, délibérément, prennent la décision d'éliminer dans leur mode de vie tout ce qui paraît superflu avant que le Parti et le Gouvernement ne soient amenés à des exigences de l'équilibre budgétaire ; être conduits à prendre des mesures qui leur imposeront le sacrifice de certains besoins qui ne sont pas pressants et qui peuvent être éliminés sans que cela puisse créer le moindre risque dans leur mode de vie. Nous nous trouvons donc dans cette phase et nous n'avons jamais caché à nos camarades, lorsqu'il s'est agi de l'indépendance qu'elle est faite de sacrifices et nous vous disons qu'ayant opté pour le socialisme, le socialisme est fait, lui aussi, de sacrifices. Mais de sacrifices renforcés par l'esprit de solidarité, cela veut dire que ceux qui, fonctionnaires, artisans, commerçants ou gros éleveurs, ont des ressources importantes, doivent accepter de faire le sacrifice de contributions importantes pour que les moins favorisés, l'ensemble des masses rurales, puissent bénéficier de ces contributions, afin d'avoir les moyens nécessaires pour développer leur production et avoir aussi les ressources qui vont leur permettre d'élever leur niveau de vie. Le Gouvernement et le Parti l'ont compris.
Mais ce que nous demandons à nos camarades, c'est qu'il faut que ceux qui ont des moyens acceptent de faire des sacrifices pour que les moins pourvus, eux aussi, puissent accéder à un confort relatif. Et je m'adresse alors à nos camarades éleveurs. Certes ils ont besoin de la protection de leur cheptel par le Service de l'Elevage, ils ont besoin de puits pour la prospérité de leur troupeau. Mais le développement du service de l'Elevage, le creusement des puits nombreux exigent des sommes considérables. Et je ne crois pas que par dignité ils accepteraient de se soustraire à leurs obligations de contribuable et d'imposer cela aux grandes villes, des régions du sud et du centre, qui ne sont pas directement intéressées par l'élevage, de creuser pour eux les puits et de supporter à leur place la charge énorme de l'extension du Service de l'Elevage. Et nous devons considérer que tout Malien qui essaie de se soustraire à son devoir de contribuable, soit en indiquant un chiffre nettement inférieur à l'importance de son troupeau, soit en se soustrayant par des subterfuges à son devoir de contribuable, manque à son devoir de militant et manque à son devoir de Malien conscient. Et je ne crois pas que dans un pays, dans une région où le sentiment de la dignité ou de l'honneur constitue la base de toute action, je ne crois pas aussi que dans un pays où le sens de la justice est très élevé, très aigu, que nos camarades éleveurs accepteront de se soustraire à leur devoir de contribuable et à leur devoir de militant.
Camarades, votre Secrétaire général l'a dit, la République du Mali s'est effectivement engagée dans la voie de la construction socialiste, ah ! je sais que d'aucuns peuvent se demander si nous pouvons aller jusqu'au bout.
C'est mal connaître les dirigeants de l'Union Soudanaise-R.D.A. C'est mal connaître les camarades responsables de notre Parti. Depuis 1946, toutes les décisions qui ont été prises par le Parti, par les congrès ont été exécutées à la lettre, et l'option de 1960, que toutes les couches populaires de la République du Mali ont clairement approuvée, sera, elle aussi, poursuivie sans relâche jusqu'à son aboutissement final, parce que ce que nous voulons et qui correspond aux vœux de la population, c'est qu'en République du Mali, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, le citoyen ou la citoyenne ait le minimum de confort, soit dans son logement, soit dans son habillement, soit dans sa nourriture. Mais ceci demande de la part de chaque Malien et Malienne une volonté ardente d'accepter les difficultés passagères, de les comprendre parce que, je l'ai déjà dit, aucun pays, surtout les pays sous-développés, ne peut se construire dans la facilité.
Nous savons, camarades, que vous l'avez compris et que vos responsables ont eu l'occasion en maintes circonstances de vous l'expliquer. Mais il est de mon devoir en tant que Secrétaire général du Parti, lorsque l'occasion m'est offerte de vous retrouver tous, de revenir sur ce qui a déjà été dit pour que vous saisissiez toute l'importance que le Parti attache à ces mots d'ordre et à ces slogans.
Voilà, camarades, le message dont j'ai été chargé par le Parti de vous apporter et qui correspond d'ailleurs au sentiment profond que nous nous faisons, nous responsables de nos devoirs, de nos obligations vis-à-vis des populations et aussi des obligations et des devoirs des populations vis-à-vis du Parti. Pour terminer, j'insiste auprès de vous pour que vous considériez que nos succès, soit sur le plan africain ou sur le plan international, sont avant tout le succès du Parti l'Union Soudanaise-R.D.A., et ce Parti, nous devons le mettre à l'abri des tractations et faire en sorte que dans les jours à venir, lorsque nous aurons à affronter de nouvelles étapes difficiles de notre construction socialiste, comme par le passé et comme un seul homme, notre Parti l'Union Soudanaise-R.D.A. puisse se dresser et nous conduire sur la voie du salut qui est aussi la voie de l'honneur.

DECLARATION FAITE A BAMAKO A L'ISSUE D'UNE TOURNEE DANS LA 6e REGION (07/121963)

II y a deux ans, j'avais déjà pris contact avec la 6e région. Mais cette année, les contacts ont été plus profonds, parce qu'il s'agissait pour moi de contrôler sur place si les mots d'ordre du Parti étaient suivis et si tous les militants étaient suffisamment armés pour défendre contre des détracteurs éventuels l'option socialiste que le Parti a faite en septembre 1960.
D'autre part, je tenais également à voir sur place certains problèmes économiques et sociaux dans cette région. Et je dois dire avec tous les camarades qui m'ont accompagné que notre voyage fut pour nous plein de satisfaction à tous égards. Sur le plan politique, nous avons trouvé des populations réellement engagées. Et au point de vue enthousiasme et conviction, on ne peut pas du tout penser qu'on soit en 1963. On se croirait aux moments les plus épiques de la lutte politique où les populations avaient besoin d'enthousiasme pour pouvoir résoudre les' difficultés que l'administration coloniale créait sur la voie du Parti. Sur le plan économique, c'est une région dont nous devrons repenser l'avenir économique compte tenu du développement de la population, du cheptel, et aussi du caprice du climat, surtout de la pluviométrie. Sur le plan social, un sérieux effort doit être entrepris surtout dans le secteur habité par les populations nomades qui, en raison de leur faible concentration en des points et aussi en raison de leur dispersion, sont plus difficiles à suivre que les populations sédentaires. Je dois préciser ensuite que la presse étrangère avait mis un accent particulier sur ce qu'on a appelé la rébellion dans la 6e région. A proprement parler - puisque nous avons été dans tous les secteurs et avons poussé jusqu'à Tessalit.. Nous étions donc à quelques kilomètres des frontières algéro-maliennes - je dois dire que ce n'est pas une rébellion, c'est un événement sporadique qui se produisait même sous l'administration coloniale. En 1958, par exemple, il y avait les mêmes événements. Cette année, c'est la même chose. Et d'ailleurs, les nomades eux-mêmes dont certains parents sont plus ou moins mêlés à ces événements ont reconnu que c'étaient des repris de justice pour la plupart ou certains qui avaient commis des vols ou des crimes et qui ont pensé pouvoir trouver dans la montagne la solution pour pouvoir se soustraire aux poursuites judiciaires. Et je dois dire que ces bandits ont mesuré la gravité de leur acte en raison des moyens militaires, des moyens de sécurité que nous avons mis en oeuvre. Je ne doute pas que dans les jours à venir -si ce n'est pas déjà fait - ils ne déposent les armes pour se rendre. Surtout que je leur ai accordé un délai jusqu'au Ier janvier 1964 pour reprendre leur vie normale, faute de quoi il n'y aura plus pour eux aucun autre recours.
En conclusion, j'estime que les camarades qui ont fait ce voyage avec moi ont pu mesurer l'importance de tels contacts parce qu'ils permettent de saisir sur place les réalités politiques, économiques et sociales de cette région qui, sur le plan économique, est appelée à jouer un rôle très important dans l'expansion sur le plan extérieur de la République. Ce que je peux ajouter, c'est que c'est une région où se posent des problèmes que beaucoup de camarades qui ne l'ont pas parcourue ne saisissent pas. Je me ferai un devoir de faire au Bureau Politique National un compte rendu très objectif. Je ferai certaines suggestions parce que j'estime qu'il est essentiel qu'on ne peut pas parler d'unité nationale s'il y a des écarts considérables de moyens de vie, des écarts considérables au point de vue niveau sur le plan sanitaire, sur le plan éducatif, entre les diverses couches de la population, alors que toutes sont engagées d'une manière absolue dans la lutte du développement économique de la République. Je puis même dire, sans froisser les camarades des grands centres de certaines régions, que personnellement je trouve que ces populations sont plus engagées, sont plus solides, sont décidées à aller aussi loin que possible que certaines couches de la population qui ont été au contact direct de la vie facile créée par le système colonial et qui voudraient continuer malgré notre option à ne pas vouloir se défaire de ces complexes qui, dans une certaine mesure, peuvent ralentir notre marche en avant vers l'édification socialiste de la République.

MESSAGE AU PEUPLE DU MALI A L'OCCASION DU NOUVEL AN 1964

Maliennes et Maliens,

En cet instant même, l'année 1964 va succéder à celle qui, pendant douze mois, a entretenu votre enthousiasme, soutenu vos efforts, comblé vos espérances et exaucé vos souhaits les plus intimes. Pour notre patrie, la République du Mali, l'année 1963 aura justifié, à tout moment, les sacrifices et les efforts grâce auxquels notre pays a maintenu bien haut le drapeau de la liberté de l'Afrique ; sur le plan international, 1963 aura imposé une régression de la guerre par la volonté de paix des peuples du monde entier.
Certes, nous avons vécu le douloureux conflit idéologique au sein du camp socialiste qui aura objectivement pour effet, d'affaiblir les forces socialistes de par le monde. Il faut espérer ardemment que les responsables au sommet sauront trouver, sans tarder, la formule la meilleure pour réduire aux dimensions d'un simple jeu de mots, ce qui demeure un débat intérieur au camp socialiste.
A l'opposé, se situent les contradictions au sein du camp occidental, qui trouvent leur origine dans une lutte d'influences et dans l'opposition d'intérêt des puissances économiques à travers le monde. En tant qu'Africains et parce qu'elles ne sont pas étrangères aux bouleversements actuels en Afrique, il ne nous est pas possible de ne pas les déplorer. Par contre, l'accord de Moscou, qu'il faut saluer comme un pas encourageant vers l'atténuation de la guerre froide, est venu répondre aux appels angoissés des peuples épris de paix.
Notre espoir en l'avenir de ce traité ne sera pas déçu, je l'espère, même après l'odieux assassinat du Président Kennedy qui a bouleversé le monde et suscité d'ores et déjà quelques appréhensions.
Enfin, et surtout, l'année 1963 laisse en héritage à l'année nouvelle, la lutte sévère contre le colonialisme et pour la liquidation de l'apartheid en Afrique du Sud. Puisse les grandes puissances répondre à l'appel de la conscience humaine en condamnant sans réserve cette politique qui constitue une injure à l'humanité entière.
Après la conférence d'Addis-Abéba, qui constitue la meilleure expression de la conscience africaine vers l'unité, tous les espoirs sont permis en l'avenir de la liberté et de la dignité de notre continent.
Les bouleversements qu'ont connus certains Etats africains et qui apparaissent comme la conséquence de la lutte d'influences entre les grandes puissances économiques, ne peuvent, en aucune manière, arrêter cette marche en avant. Le jour n'est pas loin, en effet, où l'on reconnaîtra que si cette lutte a pu avoir prise sur certaines couches de la population, c'est essentiellement en raison de l'absence d'une formation idéologique extirpant les complexes légués par la colonisation. Pourtant, l'ennemi de l'Afrique a exploité l'erreur capitale des dirigeants qui, insuffisamment liés au peuple, ne se sont pas courageusement engagés dans une politique réellement nationale, réellement indépendante, quelles qu'en soient les difficultés.
Il faut, par ailleurs, déplorer le conflit algéro-marocain qui constitue pour l'O.U.A. un test sérieux et surtout une rude épreuve pour les deux Etats frères dans la justification de leur volonté de paix et de leur désir ardent d'apporter une contribution positive à la consolidation de l'unité africaine. Avant longtemps, sans doute, la réelle fraternité y reprendra ses droits pour le bonheur des deux peuples et pour l'honneur de l'Afrique.
Maliennes et Maliens, notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A. a mis en place l'ossature de la société socialiste : formation des cadres politiques, administratifs et techniques, poursuite du plan de développement, stabilisation de la monnaie, contrôle plus serré du commerce extérieur, extension du secteur d'Etat du commerce, création des comités de gestion des entreprises afin d'accroître les responsabilités des travailleurs dans le fonctionnement des entreprises et des sociétés nationales, impulsion des organismes coopératifs de production et de consommation, etc... .
Il appartient dès aujourd'hui, aux différentes couches de la population, en particulier aux travailleurs, que cette ossature soit plus étoffée et puisse permettre de faire effectuer à notre peuple, un nouveau pas en avant dans la voie de la construction socialiste. Parce que le succès du Mali, notre succès, en dépend. Je suis assuré que vous apporterez, une fois de plus, la preuve de votre engagement et de votre maturité politique, aujourd'hui plus qu'hier, lorsqu'entrèrent en application les mesures d'austérité et de redressement.
Je n'ignore pas, en effet, que ces décisions arrêtées tant sur le plan de la construction socialiste que sur celui de l'assainissement des finances publiques par l'allégement des charges du budget, ont pu éveiller chez certains militants, certains travailleurs notamment, cette émotion qui accompagne toujours chez l'homme, la révision un peu déchirante de son mode de vie et de ses habitudes.
Mais je sais aussi que ces camarades, en raison de leur engagement sans retour dans la voie de l'édification du socialisme au Mali, ont pu dominer leurs émotions premières ; ils ont compris la justesse de ces mesures hautement appréciées par les masses rurales en particulier, et par les populations de notre pays en général.
Il faut aller dans la campagne pour se rendre compte que le port sur la tête, ou le transport à dos d'âne ont considérablement diminué au profit de l'usage de la bicyclette, de la mobylette ou même du camion. On mesurera en même temps les effets bénéfiques de l'installation de la SOMIEX, des groupements ruraux, des coopératives de consommation qui mettent à la portée de nos masses, à des prix avantageux, les articles de première nécessité.
On sera également frappé, surtout chez les nomades de la sixième région, par la volonté de se stabiliser, que traduisent les maisons en terre dressées à la place des paillotes et des tentes.
Maliennes et Maliens, nous n'avons pas un seul instant voilé notre engagement dans la construction d'une société réellement socialiste. En aucun moment, nous n'avons édulcoré ou même infléchi la politique de non-alignement de la République du Mali.
Nous n'avons, en aucun moment, créé ou entretenu, ou laissé la moindre équivoque sur notre volonté de pratiquer une politique réellement nationale, dans le cadre d'une Afrique réellement libre et unie.
Nous ne nous sommes jamais masqué pour autant les difficultés que nous devions connaître, car ce n'est pas du jour au lendemain qu'on pourra détruire la vieille légende « d'une Afrique incapable de se diriger elle-même politiquement et économiquement ». Tenter comme le Mali et tant d'autres Etats de réfuter, par des actes, cette légende, c'est s'exposer aux coups de la part de ceux qui vivent dans la mystique de la supériorité de leur race, de leurs méthodes. Ils sont convaincus que tout au long de notre marche en avant vers la construction d'un Mali socialiste, conformément à la volonté exprimée par toutes les couches de la population le 22 septembre 1960, nous connaîtrons des difficultés telles que des camarades, hier soldats valeureux et intrépides du développement de l'Union Soudanaise-R.D.A. et de libération nationale n'auront, aujourd'hui, ni la reconversion facile devant les nouveaux objectifs, ni le souffle nécessaire pour poursuivre la marche en avant.
Il y en a, par contre — et il y en aura - qui perdront leur manteau de démagogue, qui n'hésiteront pas à s'allier avec les ennemis jurés du socialisme en général, et de la progression socialiste du Mali, Etat africain ; ils se retrouveront, infailliblement du côté de ceux pour qui l'Afrique doit demeurer, coûte que coûte, dans la voie d'une économie capitaliste dont les effets néfastes, à l'aube de nos indépendances, n'ont pas manqué de se manifester dans certains Etats où sévissent la malversation, la corruption, le trafic, face à la révolte des populations.
Aux uns et autres, je souhaite que l'année 1964 apporte le bonheur que procurent le courage et le patriotisme. Ce que je souhaite, en définitive, c'est que l'année 1964 soit, dans le domaine des intérêts des masses populaires, plus clémente que l'année 1963, comme celle-ci l'a été par rapport à l'année 1962.
Est-ce à dire que 1964 sera sans difficultés ? Loin de là ! Car, au fur et à mesure que l'unité nationale se renforce, que notre option socialiste prend corps, que s'affirme notre politique de non-alignement face aux blocs antagonistes, que notre engagement contre le colonialisme et l'apartheid demeure sans équivoque, il est évident que nous ne pourrons pas compter que sur des amis.
Il nous revient d'être vigilants, pour mettre en échec les tentatives de subversion venant de l'extérieur, pour neutraliser au besoin, l'action insidieuse et néfaste des démagogues incurables, des ambitieux insatisfaits, des attardés, des essoufflés qui ont pu croire que le socialisme était une vie de jouissances et de facilité pour les privilégiés d'hier du système colonial, ceux qui ne peuvent pas accepter de renoncer à leurs avantages pour que puisse s'élever de quelques crans, vers la dignité et le mieux-être, l'énorme majorité de la population.
Cette vigilance doit être l'œuvre de tous les militants, en particulier des jeunes, des femmes et des travailleurs. Il faut que 1964 soit, en République du Mali, l'année des travailleurs, par leurs initiatives dynamiques, leurs actions positives, leur vigilance de tous les instants pour la défense et la consolidation d'un Mali engagé, irréversiblement-je tiens à le souligner - dans la voie de la construction d'une société socialiste.
A toutes les Maliennes, à tous les Maliens, à vous tous, chers camarades, je souhaite que l'année 1964 apporte plus de santé, plus de satisfaction et plus de conscience socialiste.
Mes vœux les meilleurs vont également aux techniciens étrangers et à leurs familles, qui ont accepté, dans le cadre de la coopération internationale, de nous apporter le concours de leur technique et la preuve de leur foi en l'avenir de l'Afrique.
Je souhaite ardemment que l'année 1964 voit se renforcer les liens de coopération existant entre la République du Mali et d'autres Etats d'Afrique, d'Asie, d'Amérique et d'Europe, et que puissent s'élargir et se développer l'amitié et la solidarité entre les peuples.
Aux prières de tous les croyants et de toutes les bonnes volontés de par le monde, à leurs souhaits intimes, je joins ceux du peuple malien et les miens, pour que la sagesse inspire les peuples, leurs dirigeants, singulièrement en Afrique, pour que l'année 1964 soit celle de la tolérance, de la coexistence fraternelle des peuples et des gouvernements, dans la diversité des systèmes politiques et économiques, l'année de la paix, pour que les générations montantes regardent l'avenir avec l'espoir de vivre dans un monde où on ne parlera plus le langage des armes, mais celui de la fraternité réelle entre tous les hommes.
Maliennes et Maliens, chers compatriotes, où que vous soyez, je vous souhaite une bonne et heureuse année.

DISCOURS PRONONCE AU MEETIN EN L'HONNEUR DE L'INAUGURATION DE LA CONSERVERIE DE LEGUMES DE BAGUINDA (21/02/1964)

Chers camarades,

Au nom de l'Union Soudanaise-R.D.A., nous vous remercions d'avoir accepté de vous soustraire à vos augustes préoccupations pour apporter un,cachet particulier à la manifestation de ce matin, qui est l'une des expressions de la volonté farouche de notre peuple et de l'Union Soudanaise-R.D.A., de concrétiser dans les faits la lutte courageuse dans laquelle il s'est engagé, non seulement pour son indépendance, mais aussi pour celle de la restauration de la dignité de l'homme malien et de l'homme africain.
Camarade Ministre Seydou Badian, l'occasion est bonne pour saluer, en tant que responsable du Parti, du Gouvernement la volonté tenace qui t'a animé, et animé tous tes collaborateurs pour résister au découragement, à la lassitude que l'incompréhension, quelquefois un pessimisme exagéré de défiance dans les valeurs de l'homme africain peuvent provoquer. Parce que vous avez compris que dans le monde et surtout dans les jeunes pays qui ont eu à souffrir de la domination coloniale, rien ne peut se réaliser, surtout si l'on choisit des voies nouvelles, que l'on connaît, animé d'un courage ardent, d'une volonté inébranlable, si l'on n'accepte par avance les difficultés quelquefois les échecs.
Ici donc, je rends un témoignage vibrant de respect, d'admiration à votre courage, à votre persévérance et aussi au courage et à la persévérance de tous ceux qui ont passé des heures pénibles, difficiles, des nuits blanches pour qu'aujourd'hui, la République du Mali puisse se vanter d'avoir réalisé sa première usine dans le cadre de son plan de développement.
L'exemple que vous avez donné, qui doit inspirer tous les responsables de notre pays, c'est que nous ne réaliserons rien en République du Mali, rien en Afrique si d'abord nous n'avons pas confiance en nous-mêmes, si nous n'avons pas confiance dans les valeurs de notre peuple, de notre race et si aussi nous n'avons pas le courage d'oser car la vie est faite de combats et ne peuvent connaître cette vie et l'apprécier que ceux qui, par avance acceptent aussi les difficultés et savent qu'ils n'auront vaincu, qu'ils n'auront vécu que dans la mesure où, armés de courage, ils auront par avance accepté ces difficultés et auront su s'armer d'énergie pour pouvoir les vaincre.
Nous inaugurons aujourd'hui la première usine réalisée par notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A. Certes, d'aucuns peuvent se demander : « Mais pourquoi tant de manifestations pour une usine ? » Je rappellerai tout simplement que le Soudan français a eu plus de 70 ans d'existence et qu'en 1964, c'est la première usine réelle réalisée par son peuple. C'est vous dire que si nous n'avions pas accepté, en 1960, de nous engager résolument dans la voie de la construction socialiste, qui fait que les ressources du pays sont exploitées, utilisées au profit exclusif des populations, si nous avions suivi d'autres voies, entre autres la voie de la facilité qui font que les dirigeants africains peuvent se complaire dans la vie facile, dans les voitures, dans les villas, dans les palais sans se fixer dans le peuple, sans rester soudé au peuple, sans partager les soucis et les préoccupations du peuple, si nous avions attendu que les capitalistes étrangers parcourent des centaines, quelquefois des milliers de kilomètres pour venir en République du Mali, pays central sans ouverture sur la mer, si nous avions attendu que ces capitalistes viennent ici investir pour assurer nos développements économiques, eh ! bien, nous aurions attendu des siècles pour ne pas dire des millénaires.
C'est que nous ne pouvons pas attendre, nous n'attendrons pas. Et si, camarades, les dirigeants de votre pays sont animés de cette volonté ardente, c'est grâce à la confiance que vous leur témoignez, grâce aussi à votre détermination, à votre volonté d'accepter tous les sacrifices, toutes les difficultés. Parce que vous savez que les hommes que nous sommes, qui avions un certain moment la possibilité de jouir comme d'autres, qui avions la possibilité de trahir notre peuple pour composer avec les forces d'oppression, ces hommes-là dont certains ont fait la prison, dont certains ne sont pas aujourd'hui parmi nous, qui sont morts en plein champ de bataille pour qu'aujourd'hui notre peuple soit libre, eh ! bien, ces hommes-là ne peuvent pas trahir la mission pour laquelle ils ont accepté le meilleur d'eux-mêmes pendant plus de dix-huit ans parce qu'aujourd'hui nous sommes indépendants, non !
Je tiens à vous dire que ce jalon que nous venons de poser aujourd'hui sera suivi d'autres jalons dans la voie du développement industriel de notre pays, malgré sa position centrale. Je puis également vous dire que pour autant, nous ne devons pas nous masquer les difficultés. Nous connaîtrons des difficultés en raison de notre option, nous connaîtrons des difficultés en raison de nos succès, nous connaîtrons des difficultés en raison de notre politique africaine et internationale. Il faudrait donc que vous soyez prévenus et que vous soyez vigilants car vous savez bien que l'Afrique avait été condamnée à subir la domination étrangère. Le développement des mouvements populaires de libération a fait que l'Afrique, chaque jour, se libère de plus en plus, mais se libère sur le plan politique. Et dans les moments que nous vivons, même cette indépendance politique - je n'ose pas parler de l'indépendance économique - est gravement compromise car, vous devez savoir, camarades, que des hommes, certains hommes malgré les affirmations de liberté pour les hommes, ne conçoivent cette liberté que pour leurs peuples et leurs seuls peuples ; vous devez comprendre que lorsque des hommes parlent de fraternité, ils ne la conçoivent que dans la mesure où ils vous écrasent pour pouvoir vous exploiter ; vous devez comprendre que lorsque certains hommes, certains peuples parlent des droits de l'homme et du citoyen, ils ne pensent pas à nous autres, Africains, parce que malgré nos indépendances nationales nous demeurons encore pour eux des pions qu'ils doivent déplacer selon les circonstances dans les réunions internationales, pour avoir ainsi une possibilité par nos voix de faire pencher la balance du côté de leurs intérêts nationaux ; et vous devez comprendre également que malgré nos indépendances nationales, certains faits se produisent, qui prouvent encore que nous ne sommes pas indépendants.
Nous pourrons avoir des Présidents de la République, nous pourrons avoir des Présidents du Gouvernement, des Ministres, des Assemblées nationales mais si chacun de nous n'a pas le sentiment d'être indépendant, si chacun de nous n'est pas animé de la volonté de faire en sorte que cette indépendance devienne une réalité et si chacun de nous n'accepte pas en conséquence les sacrifices nécessaires dans sa vie quotidienne, dans sa vie de tous les jours pour que cette indépendance devienne une réalité, eh bien, malgré nos Présidents de République, nos Présidents de Gouvernement et nos Assemblées nationales, nous continuerons à subir éternellement la domination étrangère.
Voilà le lot que l'on prépare à l'Afrique, voilà l'avenir qu'on réserve au continent africain : avoir à la tête de nos Etats des marionnettes répondant et agissant au mot et à la lettre d'autorités étrangères ! Les peuples africains ne peuvent pas se contenter de cela, la République du Mali encore moins.
C'est pourquoi je disais que nous connaîtrons des difficultés parce que si nous réussissons et nous réussirons « inch Allah », - la démonstration sera faite aux peuples africains, la preuve sera administrée aux autres peuples qui doutent de nos valeurs africaines, que l'Afrique n'a pas dit son dernier mot et notre succès ne sera pas le succès de la République du Mali, ce sera le succès de cette Afrique qui se cherche, de cette Afrique humiliée même dans son indépendance, de cette Afrique qui veut restaurer sa dignité et qui n'arrive pas encore à en trouver les voies.
Eh bien, camarades, ce que je voudrais dire en terminant, c'est que cette usine, cette réalisation est également la meilleure expression de la coopération sur le plan international. L'Usine, production yougoslave, culture potagère, assistante technique bulgare ; or, il y a seulement cinq ou six ans la Yougoslavie, la Bulgarie étaient pour vous des mots inconnus et pour d'autres peuples africains, ces mots demeureront longtemps inconnus, parce qu'ils seront restés, hélas ! Sous la dépendance idéologique des grandes puissances qui leur ont présenté ces pays socialistes dit communistes comme des pays de désordres, comme des pays de la perturbation avec la faucille entre les dents et le marteau entre les mains, ces pays qui partout où ils passent ne sèment que désolation et misère.
Mais la démonstration est faite en République du Mali et cette démonstration continuera à se confirmer, que ces pays ne sont pas ce que l'on voudrait qu'ils soient, parce qu'en aucun moment, malgré que leurs techniciens soient mêlés à nos populations rurales et urbaines, nous n'avons relevé contre eux le moindre propos, la moindre allusion que l'on puisse rapprocher à une tentative, même discrète, de conditionner notre opinion publique. L'occasion est bonne pour leur en rendre un hommage. Nous remercions donc très sincèrement les peuples et les Gouvernements de Yougoslavie et de Bulgarie pour nous avoir compris et avoir même quelquefois bousculé certaines situations pour qu'aujourd'hui nous puissions inaugurer cette usine et face à ces immenses champs de tomates et de légumes. C'est là également la meilleure expression de notre volonté de non-alignement car nous avons dit que nous sommes décidés à coopérer avec tous les pays du monde, quels que soient leurs systèmes économique, politique et, je me rappelle qu'en août 1961, au stade Ouezzin Coulibaly, à la veille de la conférence de non-alignés à Belgrade, je disais que la République du Mali, engagée d'une manière irréversible dans la voie de la construction socialiste, accepterait le concours de tout pays quel qu'il soit, et même du diable, dans la mesure où il n'essaie pas d'influencer notre politique nationale, où il n'essaie pas de porter atteinte à notre souveraineté nationale.
Cette position demeure toujours valable et nous sommes réellement décidés à coopérer avec tous les pays du monde sans exclusive aucune, si ces pays sont réellement animés de la volonté ardente de nous aider dans notre voie de développement.
Camarades, je ne veux pas abuser plus longtemps de vos instants, mais j'ai pensé que l'occasion était bonne pour rappeler certains grands principes que d'aucuns peuvent oublier devant certaines manifestations à l'égard de certaines représentations ou plutôt à l'égard de certains agents d'assistance technique. Pour conclure, je vous dirai ceci : aucun pays, quel qu'il soit, ne peut se construire dans la facilité. C'est un slogan sur lequel je reviens sans cesse et que je ne cesserai de vous répéter. Nous connaîtrons d'autres difficultés en raison de notre option de construction socialiste, parce que pendant soixante-dix ans, nous avons pris des habitudes de pensée et de vie qu'il faut fondamentalement changer. Ce n'est pas du jour au lendemain que l'homme se change, qu'il abandonne ses habitudes de vie facile. Eh bien, nous devons nous attendre à d'autres difficultés mais, comme en 1960, où on avait prévu la catastrophe après l'éclatement de la Fédération du Mali, comme en 1962 après la réforme monétaire on avait prévu la catastrophe, comme en 1963, on s'attendait à nous voir à genoux, eh bien, en 1964, je dirai que les mauvais augures se tromperont car, quand il s'agit de la République du Mali, nous avons suffisamment d'énergie pour affronter et résoudre toutes les difficultés qu'on pourra placer sur notre chemin.

DISCOURS PRONONCE À L'OCCASION DE LA FETE DE L’ARMEE NATIONALE (22/02/1964)

Camarade Chef d'Etat-Major de l'Armée du Mali,
Chers camarades,

Nous fêtons aujourd'hui l'Armée Nationale de la République du Mali. Certes, dans les annales des pays, il est rare d'entendre parler de fête de l'Armée, parce que dans la plupart des pays, les armées constituent un clan à part, une société à part ; elles ne sont pas intégrées à la vie du pays ; elles sont simplement utilisées chaque fois que les circonstances l'exigent, au service d'une minorité qui, par la puissance de ses moyens financiers ou par l'oppression de la majorité par les forces de répression, les utilise pour s'installer et pour s'imposer, de sorte que les Armées Nationales ont toujours été dans ces pays l'organe de domination et d'oppression. Vous comprendrez que dans ces circonstances, à ces peuples plus ou moins opprimés, on ne peut pas parler de fête de l'Armée.
Si en République du Mali nous avons estimé que nous devions fêter notre armée, c'est d'abord par fidélité aux principes qui sont à la base de l'existence de l'Union Soudanaise-R.D.A. et de son développement qui se définissent par le dialogue direct entre toutes les couches sociales de la population. Nous n'avons pas songé un seul instant à faire de notre Armée Nationale un clan, une armée qui puisse vivre en marge de la vie du pays, parce que cela serait dénier à ces éléments constitutifs le droit de citoyen de la République du Mali.
Pourquoi nous avons choisi le 20 janvier ?
Ce n'est pas par hasard ni non plus pour célébrer une déclaration qui a été suivie d'effet par l'évacuation de bases étrangères en République du Mali.
J'ai eu l'occasion d'affirmer devant les représentations diplomatiques étrangères que ce n'était pas là de notre part, une manifestation d'hostilité ni à ces bases étrangères, ni aux pays qu'elles représentaient. Mais que pour nous, le départ de ces bases était la consécration effective de notre indépendance nationale, car si nous avons constitué une Armée Nationale, nous ne pouvions pas raisonnablement, tout en disant que nous faisons confiance à notre armée, tout en disant que nous sommes convaincus qu'elle est en mesure d'assurer la défense de notre indépendance, qu'elle est capable d'assurer la sécurité et de sauvegarder notre intégrité territoriale, lui faire l'injure de vouloir maintenir à côté du drapeau qu'elle défend, des forces étrangères. Il nous fallait comprendre : ou bien notre armée n'avait aucune raison d'être, ou alors nous n'avions pas confiance en elle.
Cependant, le 20 janvier 1961, nous n'avions pas terminé effectivement la reconversion de notre armée. Donc à priori, nous lui avions fait confiance, parce que nous savions que ce sont des Maliens et que les Maliens, partout où ils se trouvent (on doit leur rendre cet hommage) peuvent laisser surprendre leur bonne foi, mais, qu'en aucun moment, ils n'ont renié le serment qu'ils ont prêté.
Ensuite, nous leur avions fait confiance parce que nous savions également qu'ils étaient pétris de dignité et qu'ils avaient comme nous le souci de la bonne réputation de notre pays ; nous leur avons fait confiance parce que presque tous avaient accepté délibérément de renoncer à des avantages considérables pour revenir aux foyers sans avoir la certitude d'être utilisés dans notre armée ; nous leur avons fait confiance pour toutes ces raisons et aussi parce que lorsqu'ils servaient à l'extérieur, eux également nous avaient fait confiance, à nous qui étions au pays. Ils l’ont confirmé en renonçant, comme je le disais tout à l'heure, à tous les avantages pour rejoindre le pays dans l'incertitude de leur avenir.
La confiance appelle la confiance, et la méfiance provoque la méfiance qui est à la base de toutes les vicissitudes que notre malheureux continent traverse en ce moment.
Nous assistons, hélas un peu partout, à des révolutions qui ne sont pas en fait des révolutions, mais plutôt des putchs militaires, provoqués, dit-on, par des militaires et qui, en fait et dans la plupart des cas, ne provoquent pas ce que nous appelons une véritable l'évolution, c'est-à-dire une marche en avant vers le progrès, une modification profonde des structures internes dans le sens du développement du pays et des valeurs humaines de toutes les couches sociales.
Notre malheureux continent traverse comme je le disais tantôt une période difficile. Il ne peut pas y avoir d'Africains conscients qui n'en soient pas humiliés, qui n'en soient pas mortifiés. Les événements qui se passent en Afrique orientale, en Afrique équatoriale, en Afrique occidentale, même s'ils ne touchent pas directement la République du Mali, ne peuvent pas ne pas nous atteindre jusqu'à notre tréfonds, ne pas nous faire souffrir de l'interprétation qu'on en fait. Ils nous humilient tous de l'exploitation qu'on en tire.
Vous savez, camarades, lorsque les courants populaires de libération nationale dans leur marche irrésistible ont conduit les anciennes puissances coloniales quelquefois avec l'accord des dirigeants de ces pays et quelquefois malgré leur accord, ces grandes puissances ont donc été mises devant le fait de s'incliner et d'accorder aux pays africains leur indépendance. Mais malheureusement, la plupart d'entre nous n'ont pas eu ce sens des perspectives et aussi celui des rétrospectives.
Rétrospectives, parce que nous devions nous dire que pendant plus de 70 ans, quelquefois davantage, nos populations, surtout celles qui étaient en contact direct avec l'élément colonisateur, avaient été conditionnées. On leur avait créé une mentalité d'homme inférieur, on avait créé chez elles des complexes qui les faisaient douter d'elles-mêmes, de leur pays, de leur race, de sorte qu'elles n'arrivaient même pas à réaliser qu'avant cette domination coloniale, elles avaient une personnalité, elles avaient une patrie, elles avaient un pays. Elles ne savaient pas que l'homme africain était un homme complet.
Nous avons manqué de rétrospectives, disais-je, parce que les colonies n'étaient que des marchés pour le commerce et les industries des colonisateurs. Et comme l'orientation donnée à la domination coloniale était l'assimilation, c'est-à-dire de faire de nous, malgré notre peau noire, malgré nos traditions, malgré notre climat, malgré notre mentalité, des Français, des Anglais, des Italiens ou des Portugais d'outre-mer, on a déversé dans nos pays, pour pouvoir mieux nous assujettir, des marchandises qui ne correspondaient pas aux revenus de notre pays. Ainsi donc, pendant des dizaines d'années, et quelquefois pendant des siècles, on nous a habitué à vivre au-dessus de nos moyens, on nous a habitué à vivre au-dessus de notre revenu national.
Et lorsque nous avons été indépendants, et que nous avons voulu modifier fondamentalement les structures implantées chez nous par l'ancienne puissance coloniale, que nous avons voulu engager notre pays dans la voie qui correspond à ses aspirations sur le plan du développement, eh bien, les robinets de « générosité » quelquefois s'ils ne se sont pas totalement fermés, ont quand même rétréci l'écoulement de subsides. Les peuples des pays qui étaient de ce fait habitués à vivre au-dessus de leurs moyens ont été mis devant la réalité. Les armées nationales qui étaient payées comme si elles étaient les armées de l'ancienne puissance coloniale, formées de soldats ayant donc des soldes qui n'avaient aucune relation avec les possibilités du pays, se sont trouvées elles aussi placées devant la réalité. Ou alors il fallait continuer à maintenir ces avantages aussi bien aux soldats qu'aux travailleurs, par conséquent, être obligés à la fin de chaque année, pour équilibrer son budget, de tendre la main pour qu'on puisse y déposer une aumône, ou alors, il fallait prendre la voie courageuse de s'adresser à son peuple, de lui expliquer les réalités du pays, de lui dire qu'il n'est pas possible qu'on puisse continuer à vivre comme par le passé et qu'il faudrait que nous qui avons été plus ou moins quelquefois les éléments conscients de la domination coloniale ou de son renforcement, face au passé et surtout face à l'avenir de notre peuple, que nous renoncions à certains avantages si nous voulons réellement garder notre dignité et ne pas être obligés chaque fois de tendre la main, car qui tend la main, qui reçoit, est obligé souvent de recevoir aussi des mots d'ordre et des directives.
Ce qui a malheureusement manqué, c'est bien donc ce courage de dire à nos peuples et surtout à nos armées la réalité. Si cela s'est produit, c'est parce que nous avons manqué de confiance envers les masses. La plupart d'entre nous disaient : « oh ! nos armées ne pourront pas accepter les mesures nécessaires qu'il nous faudra leur imposer ! »
Eh bien ! Non ! L’Africain est un. Le Malien est digne, cette dignité n'est pas le fait du seul Malien, c'est la dignité de tous les Africains où qu'ils se trouvent, qu'ils soient de l'Est, de l'Ouest, du Centre.
Il est donc temps, si nous voulons réellement mettre l'Afrique à l'abri des convulsions permanentes qui secouent certains pays d'Asie, ou d'Afrique, ou d'Amérique, qui font que les régimes se font et se défont selon la volonté d'éléments extérieurs à ces pays, si nous voulons donc sauvegarder notre dignité, il faut que nous, dirigeants, ayons le courage de prendre toutes nos responsabilités et dire à notre peuple ce qu'il en est, de ne pas lui cacher la vérité, de ne pas faire miroiter devant lui que l'indépendance est la satisfaction complète de tous ses besoins, et de lui dire au contraire que l'indépendance, c'est renoncer à certains privilèges ; l'indépendance, c'est travailler davantage pour pouvoir gagner davantage et que l'indépendance, c'est la conjugaison de toutes les bonnes volontés et de toutes les énergies pour que le pays puisse aller de l'avant et s'asseoir sur des bases saines, sur des bases réelles d'une indépendance effective. Donc c'est parce que nous n'avons pas regardé vers le passé, que nous n'avons pas analysé le passé, c'est pour cela que nous assistons en ce moment à des révoltes dans certaines armées nationales, à ces coups d'Etat en Afrique. Je disais également que certains d'entre nous ont manqué de perspectives.
En effet, nous avons proclamé les uns et les autres notre indépendance, mais pour le citoyen moyen, pour le paysan, pour l'ouvrier, bref pour chacun de ces travailleurs, l'indépendance, c'est quoi ?
C'est avoir la possibilité d'exercer la plénitude de ses facultés, mais, pour cela, il faut qu'on lui donne des responsabilités, même s'il n'a pas été suffisamment préparé à ces responsabilités.
Nous sommes aujourd'hui des Chefs d'Etat, des Ministres, des Députés, mais, qui d'entre nous peut prétendre avoir passé par une école de formation de Chefs d'Etat, de Présidents du Gouvernement ou de Députés ?
Notre peuple nous a fait confiance, il a placé entre nos mains ses destinées. Pourquoi nous-mêmes ne ferions pas confiance à nos camarades qui ont reçu la même formation que nous ou qui, quelquefois, ont reçu une formation supérieure, pour leur confier des postes qui étaient jadis occupés par des éléments de l'Administration coloniale ?
Donc, pour le citoyen malien, l'indépendance, c'est lorsqu'il a l'occasion de pouvoir s'adresser à un Commandant de cercle noir plutôt qu'à un Commandant de cercle de l'ancienne puissance coloniale ; lorsqu'il a en face de lui l'officier autochtone plutôt que l'officier de l'ancienne armée coloniale ; lorsqu'il a en face de lui le Chef de service autochtone plutôt que le Chef de service de l'ancienne puissance coloniale ; bref, lorsqu'il peut s'adresser, où qu'il puisse se rendre pour la satisfaction de ses besoins en tant que citoyen, à un frère à qui il peut parler dans son dialecte, qui peut partager avec lui sa case, son « tô » et qui est là, non pas pour l'administrer, mais plutôt pour l'éduquer et élever sa conscience de citoyen, afin qu'il puisse répondre pleinement aux aspirations du pays.
Voilà donc, pour le citoyen, pour l'ouvrier, pour le paysan, le contenu de l'indépendance.
Mais si nous proclamons notre indépendance, si nous installons des chefferies d'Etat, des Ministres, des Députés, que l'on constate que les cadres sont ce qu'ils étaient autrefois, avant l'indépendance, le peuple ne peut pas comprendre. Alors il se tait, il souffre dans sa dignité, et comme dans la plupart des cas la meilleure expression de la dignité ce sont les armées nationales parce que les soldats ont renoncé par avance à leur vie en acceptant de s'engager dans une armée, parce que par vocation aller à l'armée, c'est aller au devant de la mort, donc, quand par avance on a accepté de renoncer à sa vie, eh hien ! c'est dire qu'on est prêt à tout accepter pour sauvegarder sa dignité.
De ce fait quand donc on crée des armées nationales et qu'en même temps ces armées nationales sont truffées d'officiers étrangers, d'officiers de l'ancienne puissance coloniale, quand on crée une armée nationale et qu'à côté d'elle dans d'autres casernements elle voit des armées étrangères, des armées de l'ancienne puissance coloniale, elle se demande à juste raison si ces armées ne sont pas faites demain pour la mater lorsqu'elle aura le sentiment que la dignité du pays est en train d'être bafouée, d'être piétinée. C'est pour cela que de-ci de-là, que ce soit à l'Ouest ou au Centre, nous avons des officiers, quelquefois des sous-officiers qui disent qu'ils ne peuvent pas accepter cette situation. Donc, si a priori, nous devons condamner ces putchs, nous devons dans une certaine mesure les comprendre également.
Et à notre sens, la plus grande responsabilité n'appartient pas à ces militaires, à ces armées nationales, mais plutôt aux hommes qui ont reçu la charge de conduire les destinées des pays, qui ont par définition engagé leurs peuples et leurs armées dans la voie de la dignité et dont la pratique contradictoire fait que ces peuples et ces armées voient chaque jour que cette dignité est bafouée. C'est justement cette contradiction qui secoue en ce moment l'Afrique et détermine partout des coups d'Etat auxquels nous assistons.
Camarades, il était bon de préciser ces points, quoique le problème ne nous regarde pas directement en raison du fait que notre armée est intégrée au peuple, que notre armée participe à la vie de notre pays, que notre armée n'est pas muette, qu'elle a son mot à dire ; que notre armée, de la base au sommet, a l'occasion de dire son sentiment sur telle ou telle réforme, sur tel ou tel aspect de notre vie. Il est évident que quand on peut s'exprimer, quand on voit quotidiennement se réaliser ce que l'on souhaite pour son pays, est-ce que vous croyez vraiment qu'on peut penser un seul instant à s'aboucher avec des étrangers pour faire un putch militaire, pour provoquer une révolution ? Non ! Et voilà la réalité qu'il était bon de signaler à l'attention des responsables africains, si nous voulons vraiment que puisse prendre fin cette grande humiliation que nous subissons tous en ce moment.
Pour terminer, je dirai également ceci : « Nous, Africains, avons été modelés pour que nous perdions tout sentiment de notre personnalité. Nous ne devons pas oublier que la personnalité est une réalité qui tôt ou tard, surnage par-dessus l'oppression. Il est temps, grand temps, si nous voulons que cette unité que nous avons scellée à Addis-Abéba devienne une réalité, si nous voulons que l'Organisation de l'Unité Africaine puisse répondre pleinement à sa vocation, il est temps que ces coups d'Etat connaissent leur terme, et pour cela, il est temps que les responsables des Etats africains fassent confiance à eux-mêmes, fassent confiance à leur peuple pour permettre à ceux qui peuvent prétendre à des responsabilités, de pouvoir les assumer pleinement car, qui n'est responsable de rien ne peut pas se considérer engagé. Mais dès l'instant qu'un homme a une responsabilité, qu'on lui confie une tâche même pour laquelle il n'avait pas été initialement préparé, il se fait un sentiment d'honneur, il fait appel à sa dignité, à ses ressources, il va à l'école de la connaissance, il va à l'école de soi-même pour se donner l'effort de réfléchir, de demander afin de pouvoir répondre à la confiance qu'on a placée en lui. Donc, il faut que nous ayons confiance en notre peuple si nous voulons que les secousses qui convulsionnent notre continent puissent connaître leur terme.
Nous remercions très sincèrement les représentants des Etats voisins qui ont tenu à honorer de leur présence ces manifestations en l'honneur de l'Armée Nationale de la République du Mali. C'est là, à mon avis, la meilleure expression de cette solidarité agissante qui doit être le ciment de l'Organisation de l'Unité Africaine. En effet, ces contacts permettent aux uns et aux autres de profiter des expériences des uns et des autres, car, chacun de nous a à apprendre de son voisin. Aussi, je tiens donc ici, au nom de notre Parti et de notre Gouvernement, à les en remercier très chaleureusement. Qu'ils soient donc les bienvenus.
Voilà, camarades, ce que j'avais à vous dire. Quant à vous, camarades de l'Armée, qui en toutes circonstances avez su être les meilleurs interprètes de la volonté d'indépendance de notre pays, qui avez su être la meilleure expression de cette dignité si chère aux Maliens, nous vous demandons de renforcer l'effort, de continuer comme par le passé à rester liés au peuple et, dans vos Comités, aux Assemblées générales, de dire ce que vous pensez de tous les problèmes, de donner votre avis, de donner votre opinion, car pour nous, au sein de l'Union Soudanaise-R.D.A., il ne s'agit pas de construire le pays sans le peuple, mais avec toutes les couches sociales du peuple, avec tous les représentants du peuple.

ALLOCUTION DU PRESIDENT MODIBO KEITA A L'OUVERTURE DE LA CAMPAGNE ELECTORALE (12/03/1964)

Maliennes et Maliens,

Le 12 avril 1964, vous êtes, nous sommes convoqués aux urnes.
Si je m'adresse aujourd'hui à vous, c'est certes en conformité avec des usages consommés ; c'est aussi et surtout parce que l'événement est d'une extrême importance.
Le 12 avril prochain en effet, se dérouleront dans notre pays les premières élections législatives depuis l'indépendance de la République du Mali. Elles seront en même temps les premières intervenues, depuis la réalisation de l'unité politique à l'échelle de notre Nation.
Ce scrutin sera donc un test de la prise de conscience des populations qui, le 22 septembre 1960, ont opté pour une décolonisation totale des structures et pour une économie socialiste.
Nous de l'Union Soudanaise-R.D.A., ne sommes pas des militants qui ne s'activent que pendant les élections. A chaque occasion, à chaque instant, chaque citoyen de notre patrie a été informé, consulté, convié à participer à l'œuvre d'édification commune.
Aussi bien, ne vais-je point m'attarder sur un bilan que vous connaissez parce qu'il est le fruit de vos efforts et de vos sacrifices, parce que ces réalisations ont forcé l'admiration au-delà de nos frontières mais aussi parfois une sourde animosité.
Faut-il rappeler aux militants nos Sociétés d'Etat par lesquelles notre peuple s'est rendu maître de sa production, maître de sa monnaie ? Faut-il évoquer l'évacuation des bases militaires étrangères, l'africanisation totale des Cadres, dans tous les domaines, jusques et y compris l'Armée Nationale, par exemple, qui appartiennent déjà au passé ?
Faut-il rappeler sur le plan social, le Code Malien de Mariage, la réforme de l'Enseignement, l'extension des Services de Santé et des Services Sociaux, des Services de Distribution des articles de première nécessité, la réhabilitation et la revalorisation de notre Culture nationale ?
J'aurai pu évoquer, comme le 22 septembre dernier, les perspectives de notre développement économique, de l'industrialisation de notre pays dont l'usine de Banguineda vient de donner le départ. Chacun d'entre nous pourra développer à satiété, dans le cadre de sa région, ou de son cercle le programme arrêté en commun pour le développement économique, social et culturel de notre peuple. Ainsi apparaîtra une fois de plus, que la politique de l'Union Soudanaise-R.D.A. n'a jamais été, et ne sera pas au service de la démagogie.
Parce qu'elle est frappée au coin de l'authenticité et de l'indépendance réelle, parce qu'elle est définie par le peuple, qui seul a la parole, elle ne peut constituer de bouclier pour les tenants d'une politique de démission nationale, de soumission à l'étranger.
La liste présentée par notre Parti est une liste nationale établie en fonction de propositions faites par les Sections. Je sais que le souci majeur de ces dernières a été de faire en sorte que le camarade élu soit l'émanation de la population et demeure soudé à elle.
Le Bureau Politique National s'est fait assurément un devoir de suivre les Sections dans leurs propositions, fidèle en cela au principe de démocratie qui préside à la vie de l'Union Soudanaise-R.D.A. depuis sa naissance.
L'esprit en a été respecté certes, mais dans la mesure où ces propositions n'ont pas été le fruit de tractations malhonnêtes, de marchandages pour le moins indignes d'un Parti comme le nôtre et aussi dans la mesure où les candidats n'ont pas fait l'objet de sanctions disciplinaires au sein de leurs organisations respectives.
Voilà que le Bureau Politique National s'est acquitté de sa tâche en appliquant sans défaillance le principe et les règlements de l'Union Soudanaise-R.D.A.
La Direction Nationale a donc été guidée par le souci de doter le pays d'élus non seulement engagés à fond pour les options claires et irréversibles du 22 septembre 1960, mais aussi par celui de recruter des Députés qui soient d'ardents soldats dans la défense comme dans la réalisation de ses options.
Votre Bureau Politique National a été également guidé dans son choix par le souci de doter le pays de Députés capables d'entreprendre à travers toute la République un véritable travail politique.
C'est dire que plus que par le passé, le mandat de Député ne sera pas de tout repos.
Voilà que certains n'auront pas été reconduits pour diverses raisons. Ils seront soumis à une épreuve car il leur appartient maintenant de prouver qu'ils sont entrés à l'Union Soudanaise-R.D.A. non pas pour obtenir un mandat ou quelques avantages mais pour y militer activement en faveur d'une politique à laquelle ils ont adhéré.
Je suis convaincu que pour eux, comme pour tous les autres, le mandat n'a été et ne sera jamais un accessoire, que l'essentiel pour eux demeurera la fidélité constante aux principes, aux voies et moyens qu'ensemble nous avons clairement définis.
Maliennes et Maliens et
Chers Camarades,
A toutes les occasions, vous avez manifesté sous toutes les formes, votre adhésion au Parti, votre satisfaction des progrès réalisés et votre confiance en l'Union Soudanaise-R.D.A., votre fidélité à notre option.
Le 12 avril est le jour « J » du bilan, de l'expression claire de votre volonté.
Il vous appartiendra, camarades travailleurs, d'exprimer votre appui personnel à la volonté du Parti, de rendre le producteur maître de sa production.
Votre vote sera l'expression de votre détermination à soutenir notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., qui a proclamé sans cesse, qu'au Mali il n'y aura pas de place pour les exploiteurs.
Camarades de la glorieuse Armée du Mali, une place de choix vous revient : le Parti n'a jamais cessé de dénoncer la méfiance, la mise en quarantaine de notre Armée. Il a pour cela éliminé les bases militaires, et mis entre vos mains une Armée à la mesure de votre sens élevé de l'honneur, il a redonné aux citoyens que vous êtes votre place parmi le peuple auquel vous vous êtes soudés ; bref, il a fait en sorte que chacun de vous, officiers, sous-officiers, soldats, puisse lever bien haut la tête partout et toujours. Votre vote, votre soutien, après votre participation active de citoyens libres à la campagne électorale, doivent être une fois de plus un enseignement après tant d'autres.
Quant à vous, mes chères soeurs, voici le moment de se ceindre les reins, comme en 1947 ; l'élaboration et la mise en œuvre du Code Malien du Mariage, les mesures diverses que chaque jour nous prenons ensemble pour assurer votre participation active à la vie de la Nation, ont soulevé votre enthousiasme et raffermi votre confiance. Vous vous devez aujourd'hui, clairement, d'assurer votre participation massive à ce scrutin, vous devez apporter aux peuples qui vous regardent, la preuve éclatante de votre adhésion.
Camarades jeunes, depuis le 22 septembre 1960, il n'est pas un instant où le Parti ait déçu vos espoirs.
Vous avez été le tremplin de la lutte pour la défense de la juste cause du peuple. Le Parti sait que vous mettrez à profit cette occasion, pour que chacun de vos camarades apporte son soutien généreux et son approbation totale à la politique de l'Union Soudanaise-R.D.A.
Paysans du Mali, où que vous vous trouviez, vous qui mieux que quiconque, avez pu apprécier le chemin parcouru,
vous qui avez connu les pires horreurs du colonialisme, et qui savourez aujourd'hui les premières réalisations de l'Union Soudanaise-R.D.A., je suis persuadé que vous mettrez un point d'honneur à déposer dans les urnes le bulletin de confiance, le message de fidélité à votre Parti, à notre Parti l'Union Soudanaise-R.D.A.
Camarades responsables politiques et administratifs, le moment est choisi pour mesurer l'ampleur du travail accompli, dans les villes, en direction des villages, jusqu'au plus petit hameau. Il est nécessaire aujourd'hui plus que jamais, jusqu'au plus petit hameau de culture, d'assurer coûte que coûte la participation de chaque citoyen au scrutin du 12 avril.
Maliennes et Maliens, c'est avec un réel plaisir que nous constatons le dépôt d'une liste unique, celle de notre Parti. C'est là l'avantage inestimable d'un pays comme le nôtre où l'unité nationale est déjà vieille de trois ans.
Mais, c'est aussi notre trait caractéristique de ne jamais vivre sur notre passé. C'est pourquoi, votre participation au scrutin du 12 avril doit être sans équivoque. Ce sera là au surplus, la meilleure riposte à ceux qui veulent qu'échoue l'expérience malienne ; ce sera surtout la justification rigoureuse aux espoirs que placent en nous les peuples frères d'Afrique.

ALLOCUTION DE MODIBO KEITA A L'ISSUE DES ELECTIONS LEGISLATIVES DU 12 AVRIL 1964

Maliennes et Maliens,
Chers camarades,

Le 12 avril dernier, vous avez plébiscité l'Union Souda-naise-R.D.A. : vous avez réaffirmé avec force votre adhésion à la politique combien difficile de la décolonisation réelle et de la construction socialiste de notre pays. Vous avez ainsi apporté aux dirigeants du Parti et aux responsables gouvernementaux à tous les niveaux, un regain d'ardeur et de confiance dans les succès de notre option, une raison supplémentaire et déterminante pour ne plus hésiter un seul instant dans la poursuite de la révolution de notre pays.
En effet, les chiffres sont éloquents.
En 1959, sur 2 204 827 inscrits, 709 032 électeurs seulement ont voté ; la participation électorale, à cette époque de mobilisation systématique encore jamais connue dans la vie de notre parti, fut de 32%. Aussi, les résultats furent-ils salués à l'époque comme une victoire éclatante de notre parti dans sa lutte pour la création des conditions objectives de l'accession à l'indépendance.
Le 12 avril 1964, sur 2 425 696 électeurs inscrits, c'est-à-dire sensiblement le même nombre, ce sont 2 156 886 citoyens qui se sont rendus aux urnes.
La participation électorale s'élève ainsi à 88,91% des électeurs, soit une augmentation de plus d'une fois et demie par rapport à 1959.
La participation aurait pu être plus importante si, dans certaines circonscriptions, il avait été procédé à une révision correcte des listes électorales. En effet, des camarades se sont contentés d'inscrire les nouveaux électeurs, sans pour autant radier les électeurs décédés ou ayant choisi une nouvelle résidence.
Il faut d'autre part signaler l'exode rural saisonnier qui se manifeste pendant cette période et attire ainsi les jeunes ruraux vers les grands centres. Enfin, il ne faut pas non plus minimiser l'effet des transhumances en dehors des cercles d'origine malgré l'institution dans le secteur nomade de plusieurs bureaux itinérants.
Poursuivant l'analyse du scrutin, je note que le résultat laisse apparaître en 1964 : 2 185 bulletins nuls, soit 50% du chiffre enregistré en 1959.
Ici, il nous faut reconnaître que ces bulletins sont dus surtout au fait que les camarades responsables politiques et administratifs dans leur ardeur à mettre l'accent sur la signification politique des élections, ont négligé le travail d'éducation civique sur les modalités du vote auprès des citoyens qui, pour la première fois, étaient appelés à exercer leur devoir ou en avaient perdu l'habitude.
Enfin, en 1959, l'Union Soudanaise-R.D.A. avait groupé sur sa liste 74,84% des suffrages exprimés pendant que le parti d'opposition obtenait 24,16%.
Les résultats furent reconnus à l'époque comme une manifestation éclatante de la victoire de notre parti. Que dire dès lors de ce que nous venons d'enregistrer le 12 avril dernier, où les électeurs ont accordé à l'Union Soudanaise-R.D.A. 99,89% des suffrages exprimés ?
Les résultats dépassent très largement les prévisions les plus optimistes ; ils constituent un véritable triomphe pour notre parti.
Nous sommes en droit d'en être fiers parce que certains prétendus spécialistes des problèmes africains avaient misé sur une large abstention des électeurs maliens, pour ne pas dire sur un désaveu cinglant de la politique de l'Union Soudanaise-R.D.A., par notre peuple.
Ils avaient cru à un mécontentement des travailleurs pour l'institution de la taxe civique et la suppression de certains privilèges.
Ils avaient compté sur une opposition des commerçants à cause des restrictions imposées aux activités du commerce traditionnel et de l'emprise de plus en plus grande de l'Etat sur le secteur économique.
Ils avaient spéculé sur une lassitude désapprobatrice des militants en général, des masses rurales en particulier, condamnant nos irremplaçables chantiers de l'honneur.
Ils avaient fondé beaucoup d'espoir sur une réaction hostile des éleveurs acceptant désormais notre politique de recensement exact et systématique du cheptel.
Ils s'étaient convaincus que leur travail insidieux et de conditionnement auprès de certains camarades aurait mis le comble à la mobilisation populaire contre l'Union Soudanaise-R.D.A., contre la politique qu'ensemble librement, nous avons clairement définie en septembre 1960.
Maliennes et Maliens, chers camarades, par votre participation massive au scrutin du 12 avril 1964, vous avez balayé, comme un fétu de paille, le château de cartes de ces attardés qui n'ont encore rien compris à l'Histoire des peuples, à l'Afrique et au Mali, qui ignorent la forte structure de l'Union Soudanaise-R.D.A. et la solidité inébranlable de ses assises dans le peuple.
Nous sommes en droit d'être fiers, car - pourquoi ne pas le dire ? - on peut sans doute obliger les électeurs à se rendre aux urnes ; mais ce que l'on ne peut jamais faire, c'est obliger le peuple, hommes et femmes, jeunes et vieux, travailleurs, éleveurs, commerçants, soldats, à chanter et à danser dans la poussière, sous les rayons ardents du soleil, ou en processions improvisées le long des artères des grandes villes, dans un enthousiasme indescriptible.
Vous avez infligé ainsi une douloureuse déception à ces éléments lunatiques U.N.R. et M.R.P. en marge de leurs partis et du gouvernement français, à ces spécialistes de la subversion connus quoique camouflés dans certaines ambassades qui seront couvertes de ridicule en République du Mali, tous agents de l'impérialisme remarquable par sa stupidité et qui rêvent d'organiser la subversion dans notre pays.
Vous avez du coup réduit à néant les espoirs de ceux qui, aux faits des difficultés réelles que nous connaissons en raison de notre option, s'étaient donné l'assurance d'un désaveu populaire de l'Union Soudanaise-R.D.A. Vous avez réaffirmé avec force votre fidélité à ce vieil adage cher à notre peuple : Plutôt la mort que la honte.
Chers camarades, vous avez compris que la vigilance est plus que jamais nécessaire. Le Parti, c'est votre parti. L'option socialiste, c'est votre option ; il vous appartient donc, comme le 12 avril 1964, de les défendre partout contre les détracteurs, contre les ennemis pour lesquels il n'y a pas, il n'y aura pas de place au Mali. C'est net et précis.
Maliennes et Maliens, on peut mourir sans avoir perdu la vie.
Pour un peuple digne, pour un peuple fier de son passé, et fier de son présent, mourir c'est renoncer à tout ce à quoi il était attaché ; c'est tourner le dos à son idéal, c'est rebrousser chemin, ce chemin dans lequel il s'était librement engagé, le chemin de la réelle indépendance ; mourir, c'est être obligé de se mettre à genoux devant ceux qui veulent vous humilier et vis-à-vis desquels vous vouliez affirmer votre dignité, votre indépendance.
Maliennes et Maliens, vous avez prouvé que vous êtes un peuple qui, une fois décidé et engagé, marche d'un pas certes mesuré, mais sûr, vers l'objectif qu'il s'est assigné.
Vous avez également donné la preuve que malgré les difficultés connues et à connaître, vous recelez en vous une réserve considérable d'énergie et une fois inébranlable en l'avenir socialiste de notre pays.
Au nom du Parti et du Gouvernement, je vous dis merci ! Merci à toutes les entreprises et sociétés nationales, à la section locale des Anciens Combattants, aux groupements mutualistes des transporteurs et des petits commerçants, aux camarades transporteurs et commerçants isolés qui ont apporté un concours appréciable en argent, en ingrédients et en matériel au Comité électoral.
Maliennes et Maliens, chers camarades, vous ne serez pas déçus.
Notre politique de décolonisation se poursuivra sans à-coups, tout comme, inexorablement, nous avancerons dans l'édification socialiste du Mali. Avec un peuple comme vous, toute attitude équivoque, toute hésitation de la part d'un responsable dans la marche en avant vers l'indépendance réelle et le socialisme, constituent une trahison.
Peuple du Mali, nous ne trahirons pas ta confiance, car ce serait en même temps trahir tous les espoirs fondés sur la République du Mali. Ce serait trahir l'Afrique qui combat pour se libérer du joug colonial ; ce serait trahir l'Afrique libérée qui veut conquérir sa souveraineté totale et construire son économie dans la voie de son choix. Ce serait enfin trahir la mémoire de tous ceux qui ont souffert et de tous ceux qui sont morts pour la cause sacrée de notre peuple.
Maliennes et Maliens et chers camarades, après la victoire du 12 avril 1964, en avant donc pour de nouveaux succès dans le combat pour l'indépendance réelle et pour l'édification socialiste de la République du Mali.

DISCOURS PRONONCE À BAMAKO LORS DE LA MANIFESTATION DU 1er MAI 1964

Camarades Travailleurs,
Excellences,
Honorables invités,

Tout d'abord, je vous prie d'observer une minute de silence à la mémoire, de Sir Milton Margai, ex-Premier Ministre de Sierra-Leone, qui fut l'un des meilleurs bâtisseurs de l'O.U.A. et dont la mort plonge l'Afrique dans un deuil douloureusement ressenti. Merci.
Pour nous Maliens, cette journée du Ier Mai, fêtée par les travailleurs de tous les pays du monde, revêt une double signification.
En premier lieu, c'est la réaffirmation de la solidarité ferme et agissante que vous, travailleurs maliens, avez toujours déployée à l'égard de vos camarades des autres pays dans le sens du progrès, de la justice et de la paix.
En second lieu, c'est la légitime manifestation de joie de tout notre peuple après les élections législatives du 12 avril 1964 sur lesquelles les néo-colonialistes s'étaient surpassés en prophéties de tous genres et dont les résultats se sont soldés, hélas pour eux ! par un magistral soufflet du peuple qui a ainsi prouvé une fois de plus que son attachement à l'option socialiste de notre Parti est total et irréversible.
Camarades de l'U.N.T.M., le Bureau Politique National profite de cette mémorable journée pour vous adresser ses vives félicitations et vous exhorter à plus de vigilance dans le dur mais noble combat que vous avez toujours mené à ses côtés pour liquider de notre pays toutes les séquelles du régime d'oppression et d'exploitation du colonialisme.
Ensemble, nous avons remporté une première victoire qui a consacré la souveraineté totale de notre pays sur le plan politique. Ensemble aussi, nous sommes en train de poursuivre celle de notre indépendance économique et, avec votre détermination farouche de réussir, cette seconde victoire ne tardera pas à devenir un fait concret. Mais pour cela, il faut que l'année 1964 soit votre année par les décisions courageuses et constructives que vous prendrez, il faut que vous soyez les véritables soldats de la construction socialiste, c'est-à-dire des travailleurs prêts à tous les efforts, à tous les sacrifices, des travailleurs qui auront tourné définitivement le dos aux solutions de facilité, à la jouissance qui amollit, des travailleurs qui, par leur travail et leur conduite, donnent la preuve qu'ils apprécient hautement la responsabilité qui est la leur dans la gestion des affaires de la République, des travailleurs prêts à se mobiliser à tout moment pour défendre les belles acquisitions du peuple dont ils sont partie intégrante, pour défendre leur option, la construction socialiste du Mali.
Aux frères qui se battent en Angola, au Mozambique, en Guinée dite Portugaise, en Afrique du Sud, au Sud-Viet-Nam, etc., pour la conquête de leur indépendance et la restauration de leur dignité, à ces frères dont certains, en ce jour du Ier Mai sont en train de mourir sur les champs de bataille, assassinés par ces ennemis de l'Afrique et de l'humanité, à ces frères, nous donnons l'assurance de notre soutien sans réserve.
Camarades, l'Unité syndicale qu'a si éloquemment développée votre Secrétaire général dans sa brillante intervention, rejoint les recommandations de notre Parti, et malgré la volonté des forces réactionnaires de division, elle finira un jour par s'imposer à toute l'Afrique tout comme l'O.U.A. qui, contre vents et marées, a vu le jour et se renforce.
Nous savons que certains pays ne ménagent aucun effort pour stériliser l'O.U.A. et même pour la disloquer.
Ils y dépensent leur argent et leur temps, ils tentent d'opposer les Etats Africains les uns aux autres, mais l'Afrique réalisera son unité. Ce sera votre œuvre, camarades travailleurs du Mali et d'Afrique, si vous vous donnez la main pour constituer la véritable chaîne de la fraternité africaine.
Vive l'Union Soudanaise-R.D.A., constante dans son soutien des travailleurs du Mali et du Monde.
Vive l'U.N.T.M., solidaire de tous les travailleurs du monde épris de progrès et de paix.

DISCOURS DEVANT L'ASSEMBLEE NATIONALE (13/05/1964)

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Chers camarades,

II y a exactement un mois, presque jour pour jour, le peuple du Mali dans son unanimité, vous portait à l'Assemblée Nationale, accordait sa confiance à son Parti, qui précisait dans ses slogans que voter pour l'Union Soudanaise-R.D.A., c'est voter pour une politique hardie de l'indépendance économique.
Chers camarades, nous ne pouvons ignorer ue notre territoire n'avait jamais eu de statistiques propres.
Il nous a fallu tout créer, ce qui exigeait du technicien une foi inébranlable en l'avenir de notre pays, et une grande connaissance des problèmes maliens, cette dernière condition n'étant pas toujours remplie par nos jeunes cadres. Il faut reconnaître à leur avantage qu'ils se sont mis à l'œuvre avec courage et abnégation, et qu'aujourd'hui nous leur devons de pouvoir affirmer que nous possédons toutes les données de notre économie.
Monsieur le Président,
Camarades Députés,
Nous avons fait une option : nous en avons donc accepté, par avance, toutes les implications et toutes les conséquences.
Nous avons opté pour une indépendance économique ; c'est dire qu'à priori nous avons estimé que si elle était une tâche difficile et d'envergure, elle demeurait à la mesure de notre dignité et de notre foi.
Chers camarades, ce qui a été fait dans ce domaine est important. La poursuite de la politique d'indépendance économique exige aujourd'hui de tracer un programme d'action, à la lumière des réalités de notre économie.
Quelles sont ces réalités ?
Nous avons incontestablement réussi à réaliser ou à mettre en chantier l'essentiel de notre Premier Plan de Développement.
La vérité demeure que la quasi totalité de ces investissements est constituée par les dons ou prêts consentis par des pays amis, la participation des ressources intérieures représentant à peine le dixième du montant total des investissements.
Croyez bien, camarades Députés, que nous avons été bien inspirés de consacrer la plus grande partie de ces possibilités aux secteurs permettant d'accroître la production, donc nos exportations, et de diminuer nos importations par la mise en œuvre d'industries de transformation.
Cette optique de notre méthode d'intervention dans les secteurs économiques est bien claire. En attendant que soit entièrement réalisé le programme, nous devons reconnaître qu'à ce jour, notre balance des paiements accuse encore hélas un déficit qu'il nous faudra éponger de toute façon.
Voilà quatre ans, camarades, que le Parti s'évertue à dire aux Maliens et aux Maliennes que nous vivons au-dessus de nos moyens, que la nécessité s'impose à nous de réduire notre train de vie pour l'ajuster à nos réelles possibilités. Nous ne pouvons pas continuer plus longtemps à payer plus que nous n'achetons, c'est-à-dire à nous endetter, à demeurer dans la voie de la facilité, incompatible avec la dignité d'un peuple et avec notre volonté d'accéder à l'indépendance économique. C'est pour cette raison que le Parti a décidé un certain nombre de mesures dont certaines, impopulaires en tout autre régime, ne peuvent pas ne pas rencontrer l'adhésion immédiate des populations ayant librement opté pour une politique d'indépendance.
Tout d'abord, le Parti invite instamment les camarades chargés du secteur de l'Exportation, à tout mettre en œuvre pour placer nos produits à l'extérieur y compris les produits de cueillette, les fruits, les légumes.
D'autre part, au moment où l'énorme majorité de la population se mobilise pour accroître les possibilités économiques du pays, il apparaît de plus en plus intolérable à mon Gouvernement que des hommes, au lieu de travailler la terre, continuent de se rendre dans les villes, avec la seule perspective de traîner dans les rues, la pacotille à la main. De même, il est inadmissible que des Maliens perdent toute leur journée à deviser sous les arbres ou devant les magasins.
Pour être net, mon Gouvernement entend mettre un terme à ces formes diverses d'oisiveté, à ce parasitisme dégradant car la terre ne manque pas en République du Mali. En outre, les secteurs de production doivent, sans délai, être le centre de mobilisation de tous les militants, pour suppléer à l'insuffisance du personnel de l'encadrement agricole. C'est dire donc que Responsables Politiques et Administratifs à tous les niveaux doivent dans les semaines à venir, être auprès des paysans pour les informer, les éduquer, étant bien entendu que les conditions matérielles d'une plus grande productivité seront remplies par le Ministère du Développement.
Il est superflu de préciser que le Service des Douanes sera repris en mains pour une plus grande efficacité.
Par ailleurs, mon Gouvernement s'engagera à réduire nos dépenses à l'extérieur par un certain nombre de mesures parmi lesquelles je cite l'arrêt de tous les investissements non productifs, l'encouragement des investissements extérieurs productifs dans la mesure où ils n'accroissent pas la dette publique dans la période transitoire, la réduction du volume de nos importations qui seront limitées à celles indispensables à la vie de nos populations.
Ces mesures de restrictions, chers camarades, auront leurs répercussions sur les recettes budgétaires qui sont directement liées à la masse des importations : moins d'importation, moins de ressources budgétaires ; plus d'importation, plus de ressources budgétaires.
Les dépenses de fonctionnement ont été compressées au maximum, et la fiscalité ne réserve plus de grandes possibilités d'extension. Il nous faudra cependant diminuer encore nos dépenses, accroître nos recettes budgétaires par les réaménagements des impôts existants.
Monsieur le Président, chers camarades, voilà brièvement esquissées les réalités de notre pays et sur lesquelles notre Parti a décidé d'édifier, jour après jour, une économie indépendante. Telle est la situation dont chaque militant malien doit se pénétrer. Tel est le visage du pays où nous avons juré de construire une société meilleure où le travailleur sera le maître de la production, où il n'y aura pas de place pour les exploiteurs et les profiteurs.
Dans cette œuvre grandiose, la place de choix revient aux travailleurs et fonctionnaires, qui une fois de plus sont appelés au combat. Je sais combien vous partagez avec moi la confiance que le Parti place en eux, et qu'ils n'ont jamais manqué de justifier depuis 1946.
En effet, face aux données actuelles de notre économie, mon Gouvernement sera contraint de prendre un certain nombre de mesures, pour rester fidèle à notre dignité, à notre volonté farouche d'indépendance.
C'est ainsi que seront mis à la retraite tous les agents journaliers, auxiliaires ou cadres, ayant atteint l'âge de la retraite, qu'ils soient de l'Administration ou des Sociétés et Entreprises d'Etat. D'autre part, toutes les soldes seront diminuées de 10%.
Je sais que ce sont là des mesures qui seront profondément ressenties par les camarades travailleurs, qui ont déjà fourni bien des efforts, qui ont consenti bien des sacrifices. Parce que le Mali indépendant d'aujourd'hui est leur œuvre, ils comprennent la fierté d'être un citoyen libre d'un pays libre sans payer le prix de cette liberté.
Nos amis de Cuba, du Viet-Nam du Sud, nos frères d'Angola, du Mozambique, de la Guinée dite Portugaise, comme ceux d'Afrique du Sud paient chaque jour de leur sang le droit à la liberté. Nos frères de Tunisie, du Maroc et surtout de l'Algérie pour la conquête de leur indépendance, nous ont offert en exemple le sacrifice volontaire de milliers de jeunes patriotes.
A vous, Maliens, travailleurs qui savez que le Mali socialiste sera avant tout votre bien, que vous demande le combat pour la sauvegarde de notre dignité, pour l'affirmation de l'indépendance du Mali ?
Vivre d'abord de ce que nous produisons, en ayant comme pôle de référence le frère paysan, dont nous devons rester solidaires si nous voulons réussir notre politique de construction socialiste.
Voilà qui fait que d'ores et déjà, le travailleur malien a par avance, tout accepté, parce que son option est libre et consciente, parce qu'il est attaché à la sauvegarde de la dignité, parce qu'il demeure le gardien jaloux de l'indépendance de son pays.
Au moment où je rends hommage à l'esprit d'abnégation et de sacrifice des fonctionnaires en particulier et des travailleurs en général, permettez-moi de m'interroger sur les raisons des difficultés qu'éprouvent quelques-uns de nos jeunes intellectuels à s'adapter aux conditions matérielles de vie dans notre pays. Il est de notre devoir de nous inquiéter de leur tendance à aller à l'extérieur, loin des parents, loin des amis, rechercher hors du pays natal les satisfactions d'une vie plus facile.
Auraient-ils déjà perdu le souvenir de leurs âpres discussions avec nous autres responsables africains qu'ils qualifiaient de bourgeois, de réactionnaires ? Auraient-ils perdu leur ardeur à la lutte pour une vie meilleure des couches les plus défavorisées, pour la justice sociale qu'instaure le Socialisme ?
Leur extrémisme de gauche se serait-il mué en extrémisme de droite, parce qu'ils se seront trouvés confrontés avec les dures réalités du combat ? Non. Je ne puis y croire. Il faut que nos jeunes universitaires se ressaisissent, qu'ils demeurent fidèles aux idées généreuses qui leur furent si chères et qu'ils doivent enrichir et valoriser en insufflant à notre politique de construction socialiste un dynamisme encore jamais égalé.
Je sais qu'ils sauront justifier nos espoirs, répondre à notre confiance, confiance que nous fondons sur ces mots d'Ernest Renan : « Rien de grand ne se fait sans chimères. Ah ! l'espérance ne trompe jamais, et j'ai confiance que toutes les espérances du « croyant » seront accomplies et dépassées. L'humanité réalise la perfection en la désirant et en l'espérant. »
Camarades universitaires, je sais que vous vous étiez créé une image du monde, à la mesure de votre jeunesse et de votre foi ardente. De retour au pays, vous devez, malgré les déceptions, conserver intact votre idéal de construire un monde nouveau. Vous devez être pour vos aînés, pour nous, la flamme qui réchauffe ; vous devez demeurer toujours jeunes et ardents, et non point vous amollir avant que d'avoir vieilli. Car, comme l'écrit Maurice Maeterlynck : « Nous devons, à mesure que s'écoulent nos années, nous prévenir contre le danger que font courir à notre confiance le grand nombre d'hommes malfaisants que nous avons rencontrés ; continuons malgré tout d'agir, d'aimer, d'espérer, comme si nous avions affaire à une humanité idéale... Cet idéal n'est qu'une réalité plus vaste que celle que nous voyons. »
II me faudrait lever tout équivoque, car nous devons nous féliciter de ce que les camarades universitaires qui n'ont pas compris leurs rôles ne constituent qu'une faible minorité. En effet, les autres, tous les autres, intimement associés à la vie du peuple et du Gouvernement, donnent le meilleur d'eux-mêmes. Ils ont compris que pour un homme véritable, il y a au monde autre chose de mieux que les jouissances matérielles, mieux que la fortune ; c'est d'être un des artisans les plus valeureux de l'édification d'une société nouvelle dans son pays libéré de la domination étrangère. J'ai la certitude que ces camarades seront, une fois de plus, à la pointe du combat pour la cause du peuple.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Les mesures évoquées ne veulent pas signifier que notre pays a décidé de vivre en autarcie. Mon Gouvernement recherchera à l'extérieur, tant auprès des organismes internationaux que des pays amis, les concours nécessaires pour injecter à notre économie des possibilités toujours nouvelles.
Il paraît, par ailleurs, indispensable que l'application des nouvelles mesures exigera que soit mis un terme aux hésitations diverses, aux arrangements camouflés, aux complaisances inexplicables, aux complicités inavouées. Elle exigera un contrôle plus serré des activités et de la vie économique dans le pays, une maîtrise plus efficace de nos échanges. Vous pouvez faire confiance à mon Gouvernement. Il ne faillira pas à sa tâche, je vous en donne l'assurance.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Comment avec une politique si courageuse allons-nous accepter que des démagogues en mal de titre et d'honneurs, des attardés qui en sont encore au stade de la lutte politique contre l'administration coloniale, contre des partis adverses, qui ne peuvent pas comprendre qu'indépendance ne signifie pas licence et que le fait d'avoir été un combattant de première heure ne puisse leur conférer à jamais tous les droits, comment laisser se mettre en travers de notre marche vers le socialisme les essoufflés qui rêvaient de dormir sur des lauriers inexistants, ceux qui, après dix-huit ans de lutte politique, n'arrivent pas à se faire à l'idée que la lutte continue plus dure, plus âpre que par le passé, les bourgeois insoupçonnés qui ne vivent que pour jouir, les apatrides à la solde d'étrangers spécialistes de la subversion, et qui connaîtront un échec retentissant en République du Mali. Bref, comment tolérer que tous ces hommes puissent, sous le couvert d'une démocratie à rebours, essayer tant soit peu de gêner la marche de notre peuple ?
Le peuple est souverain.
Il a dicté sa volonté : décolonisation, socialisme. Le Parti a défini les lignes d'action conformes à la volonté populaire, l'Assemblée les légifère, le Gouvernement exécute. Le peuple du Mali dans son unité, dans sa farouche détermination d'atteindre l'objectif qu'il s'est assigné, avance comme un immense rouleau compresseur.
Je n'en dirai pas plus.
Vous m'avez compris.
J'ai déjà précisé que nous n'entendons pas vivre en autarcie. Fidèles à notre politique africaine, nous mettrons tout en œuvre pour créer ou renforcer les liens de coopération et d'amitié, avec tous les pays africains. Nous ne ménagerons aucun effort pour une plus grande consolidation de l'O.U.A. qu'essaient d'affaiblir des initiatives faites plus pour plaire à l'extérieur que dans l'intérêt des Etats Africains. Or, l'O.U.A. continue de demeurer le cadre idéal des rencontres fraternelles des Etats Africains.
Dans sa politique d'unité, mon Gouvernement restera fidèle à un précepte qui lui est cher ; je voudrais, pour que nos frères africains puissent en saisir toute la profondeur, faire appel à Alexis de Tocquéville qui écrit : « Lorsqu'on a abandonné la réalité du pouvoir, c'est jouer un jeu dangereux que de vouloir en retenir les apparences. L'aspect extérieur de la vigueur peut quelquefois soutenir un corps débile, mais le plus souvent, il achève de l'accabler. » Ceci éclaircira à notre sens les origines des troubles qui secouent aujourd'hui notre continent.
Sur le plan international, je réaffirmerai notre volonté de rester fidèle à notre politique de non-alignement de franche et loyale coopération avec tous les pays du monde, quel que soit leur système politique ou économique, sans exclusive aucune, dans la mesure où ne faisant pas de complexe de grande puissance, ces pays ne tenteront pas de s'immiscer dans nos affaires intérieures.
Comme par le passé, nous serons fermement engagés aux côtés des forces de paix, contre le colonialisme, le néo-colonialisme et l'impérialisme, qui continuent de se traduire par cette volonté d'une puissance, d'un Etat, d'imposer à d'autres peuples, par la corruption et la subversion son système politico-économique.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Je viens de vous indiquer avec objectivité la voie que mon Gouvernement entend suivre, pour répondre aux aspirations de notre peuple, en se pliant à chaque moment aux impératifs de l'option que nous avons librement définie ensemble.
Pour s'atteler sans tarder à cette tâche difficile mais combien exaltante, je sollicite votre confiance. Mon Gouvernement sera ainsi composé :
  1. Jean-Marie KONE. Ministre d'Etat, chargé du Plan et de la Coordination des
.... Affaires économiques et financières.
2. Mamadou Madeira KEITA. Ministre de la Justice.
3. Ousman BA. Ministre de l'Intérieur, de l'Information et du Tourisme.
4. Baréma BOCOUM. Ministre délégué aux Affaires Etrangères.
5. Hamaciré N'DOURE. Ministre délégué à la Présidence, chargé de missions.
6. Attacher MAIGA. Ministre des Finances et du Commerce.
7. Seydou Badian KOUYATE. Ministre du Développement.
8. Mamadou AW. Ministre des Travaux publics, des Télécommunications, des
... Transports, de l'Habitat et des Ressources énergétiques.
9. Dolo SOMINE. Ministre de la Santé et des Affaires sociales.
10. Abdoulaye SINGARE. Ministre de l'Education Nationale.
11. Mamadou DIAKITE. Secrétaire d'Etat à la Défense et à la Sécurité.
12. Mamadou GOLOGO. Secrétaire d'Etat à l'Information et au Tourisme.
13. Oumar Baba DIARRA. Secrétaire d'Etat à la Fonction publique et au Travail.
14. Moussa KEITA. Haut-commissaire à la Jeunesse et aux Sports.
Vous constaterez, chers camarades, qu'il y a peu de changement par rapport au précédent Gouvernement. C'est le témoignage de stabilité de notre Etat ; c'est également la meilleure expression de l'efficacité des méthodes de travail de l'Union Soudanaise-R.D.A. dont la ligne fondamentale est la collégialité, sans pour autant ignorer les responsabilités individuelles. Il reste que nous avons voulu une plus grande concentration des secteurs économiques, pour une meilleure coordination, pour une meilleure efficacité.
D'autres que vous, chers camarades, peuvent s'interroger sur ce que fera le Gouvernement qui vous est proposé. A ceux-là, je répondrai que le passé garantit l'avenir.
J'aurais pu en effet établir devant vous le bilan de l'action gouvernementale depuis le sixième congrès de l'Union Soudanaise-R.D.A. Les réalisations ont été présentées à la nation entière aussi bien le 22 septembre 1963, qu'à la veille des élections législatives du 12 avril dernier. Au demeurant, l'organisation du Parti est telle qu'à chaque instant s'exerce le contrôle salutaire de la base sur la direction et sur le Gouvernement.
Les succès remportés alors s'inscrivent à l'actif des militants sans exception, exigent de chaque camarade, de chaque responsable, une confiance inébranlable en l'avenir de notre pays, une volonté ardente de vaincre les obstacles, une réserve inépuisable de foi pour surmonter les difficultés passagères que tout homme peut connaître dans la vie, bref, toutes ces richesses morales qui doivent faire de nous des citoyens scrupuleux, des militants irréductibles, fidèles aux engagements pris.
Quant à mon Gouvernement, il tiendra comme un bréviaire ces mots de Pascal : « II est juste que ce qui est juste soit suivi. Il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans la force est contredite ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela, faire que ce qui est juste soit fort, que ce qui est fort soit juste. »
Chers camarades, le peuple du Mali fort de son option estime que celle-ci doit être respectée.
Mon Gouvernement qui n'aspire à rien d'autre qu'à servir les desseins du peuple, défendra sans défaillance cette option, gagnera la bataille pour l'indépendance économique et la sauvegarde de notre dignité.
ALLOCUTION IMPROVISEE DEVANT L'ASSEMBLEE NATIONALE

Monsieur le Président,
Mesdames,
Messieurs les Députés,

Au nom de notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A. et du Bureau Politique National, je vous remercie très sincèrement de la confiance que vous venez de me porter, en me confiant à nouveau la direction des affaires de notre pays.
Je mesure en cette circonstance l'importance de mes responsabilités, car au-delà de ma personne, au-delà de la Direction nationale l'ovation que vous me faites va à notre Parti, à l'option de notre Parti.
Pour le Secrétaire général d'un parti politique, c'est la plus grande récompense pour les sacrifices qu'il a pu consentir, les efforts déjà fournis et qu'il continuera de déployer, car nous sommes tous des mortels et la vie est ainsi faite, que des hommes peuvent commencer une entreprise et être privés de la joie de vivre son dénouement.
Nous avons, depuis 1946, commencé la bataille de la lutte politique avec des camarades qui ont été les meilleurs parmi les militants, les plus lucides parmi les responsables et qui, s'ils avaient survécu, auraient pu assumer les responsabilités qui incombent aujourd'hui à certains d'entre nous. Pour autant, notre Parti n'a pas connu la moindre difficulté dans sa marche en avant, ni le moindre ralentissement dans son allure. Ainsi, la preuve est faite que si certains d'entre nous devaient demain manquer au Parti, dans nos bureaux, sur nos chantiers, il y aurait des milliers et des milliers de Maliens, de jeunes Maliens, qui, comme un seul homme, se dresseraient pour combler le vide qui serait ainsi laissé par la disparition de certains responsables. -
Si, pour un responsable, la plus grande appréhension est le devenir de l'organisation à laquelle il s'est dévoué, eh bien, cette question en République du Mali ne demeurera jamais sans réponse.
Et à cet effet, je vais me permettre de rappeler certains souvenirs qui doivent vous inspirer dans les moments difficiles que nous aurons à connaître et qui doivent aussi éclairer ceux qui ne peuvent pas se faire à l'idée que les hommes d'Afrique, que les peuples d'Afrique, ont eux aussi une grande réserve de capacité pour organiser leur pays comme ils l'entendent ; car, malheureusement, malgré les affirmations publiques, il y a encore des pays, il y a encore des hommes d'autres peuples qui ne peuvent pas penser, qui ne peuvent pas accepter que nous, peuples africains, nous soyons majeurs, se convaincre que nous sommes majeurs, donc que nous sommes en mesure de nous déterminer librement, d'administrer notre pays, notre économie comme nous l'entendons. Pour ces hommes-là, l'événement que je vais rappeler doit être un sérieux avertissement, un appel à la réflexion sur la grande vitalité du militant malien.
Nous traversions les moments les plus difficiles de notre lutte politique, aux environs de 1950 ; nous n'avions pas un journal ; nous avions une feuille ronéotypée, l'Essor dont nous, les dirigeants, étions les principaux rédacteurs. Pour une caricature, le camarade directeur de l'Essor à l'époque a été arrêté et écroué. Nous l'avons immédiatement remplacé par un autre, qui pour avoir fait un commentaire sur les conditions de l'arrestation de son prédécesseur, a dû rejoindre celui-ci le lendemain dans la prison. Le surlendemain, il nous fallait désigner un autre Directeur. Eh bien ! nous étions embarrassés pour le choix, parce que des hommes, des jeunes, des femmes et même des illettrés s'étaient présentés pour s'inscrire comme Directeur de l'Essor.
Chers camarades, en d'autres moments de l'évolution de notre peuple, on n'a pas voulu nous comprendre, on a essayé de nous faire barrage ; l'on devrait savoir que le peuple du Mali, toutes les fois qu'il est décidé à atteindre un objectif, bouscule en travers de sa voie tous les obstacles, et va même plus loin que l'objectif fixé.
L'histoire de la République du Mali en contient deux exemples que vous connaissez et que je rappellerai simplement pour mémoire, sans la moindre amertume, sans la moindre acrimonie : c'est la Fédération du Mali et l'éclatement de cette Fédération.
Si la Fédération du Mali avait pu connaître la situation qu'elle avait demandée à l'époque à la Communauté française, peut-être qu'elle ne serait pas facile cette véritable prise de conscience du peuple malien mobilisé, et qui l'a poussé, avec le peuple sénégalais, à l'indépendance, laquelle indépendance a provoqué la série d'indépendances et classé dans les souvenirs la Communauté française.
De même, si la Fédération du Mali avait survécu, certes en raison des contradictions internes de l'époque il y aurait eu une solution moyenne qui se serait imposée sans aucun doute entre les positions de combat de tous moments des Soudanais et celles des camarades sénégalais ; peut-être qu'aujourd'hui le peuple malien n'en serait pas au point où il en est. Mais l'éclatement de la Fédération du Mali, comme un ferment, a cimenté l'Unité nationale, développé la conscience de combat du Malien qui fait qu'aujourd'hui la République du Mali, très clairement, affirme son option vers la construction socialiste et entend, quoiqu'il advienne, inscrire dans les faits ce choix.
J'aime souvent à répéter que lorsqu'une idée est juste dans son expression et dans sa vitalité, on ne peut pas l'arrêter. C'est dire donc que la République du Mali, dans son option claire, demeure plus que jamais engagée, non seulement dans la décolonisation en République du Mali, mais aussi dans la décolonisation en Afrique et dans le monde.
En second lieu, notre pays, la République du Mali, demeure également, plus que jamais, décidée à faire du socialisme une réalité en territoire malien, car le socialisme, qu'on le veuille ou non, quelles que soient les nuances selon les réalités des pays, selon les tempéraments des peuples, c'est la meilleure expression de l'humanisme et de la fraternité entre les hommes.
Car, comment parler au nom de la Liberté, et en même temps accepter qu'une minorité d'hommes puisse en exploiter une majorité et la priver du minimum qui lui est nécessaire, qui lui est indispensable pour qu'elle vive dans la dignité ?
Comment peut-on parler de fraternité lorsqu'une minorité d'hommes détient toutes les ressources dont la majorité constitue l'élément producteur, sans que cette majorité puisse en bénéficier ?
Comment peut-on parler d'égalité lorsqu'une minorité d'hommes écrase par sa puissance matérielle, par sa puissance financière, la majorité de la population ?
Malgré les erreurs qui ont pu être commises, qui ont fait apparaître le socialisme comme un facteur de trouble, de désordre, nous sommes conscients, nous Maliens, et tous les Africains le sont, même ceux qui ne l'avouent pas, et qui le pensent au fond de leur cœur . . . nous tous, sommes conscients que l'avenir, pour les hommes, pour les peuples africains en particulier, ne réside, ne saurait résider que dans la voie de développement socialiste.
Camarades, j'attirerai votre attention sur certains événements récents qui ont secoué l'Afrique : le Togo, le Congo-Brazzaville, le Dahomey, le Tanganyika, l'Ouganda, le Kenya et d'autres Etats africains. Est-ce que dans ces pays, ce sont des socialistes qui ont fait la subversion, qui ont provoqué ces coups d'Etat ? Non. La réalité, l'histoire un jour la rétablira. Cette réalité est celle-ci : il y a des peuples, il y a des hommes dans des peuples qui ne peuvent pas se faire à l'idée de liberté pour des hommes qui, hier, étaient sous domination coloniale.
Notre continent n'est pas un continent maudit ! Sa contexture a fait que nous avons échappé au courant des échanges, que nous avons échappé au courant de l'évolution universelle. Cela ne peut pas signifier que nous ne recelons pas, au fond de nous, des valeurs morales et même spirituelles, qui ne sont plus que lointains souvenirs dans les pays dits évolués.
Si nous ne pouvons pas apporter, nous peuples africains, dans la construction du monde, une puissance matérielle, une puissance financière, nous pouvons apporter, pour la survie du monde et pour la réelle fraternité entre tous les hommes, une richesse qui, seule, va permettre demain aux peuples de se comprendre, de se regarder non pas en ennemis mais en frères. Ces valeurs ont pour nom la tolérance, la vraie tolérance, la fraternité et aussi la vraie égalité entre tous les hommes, quelle que soit leur couleur et quel que soit le système politique et économique qu'ils auront choisi.
Nous avons un immense avantage, nous peuple malien, malgré notre pauvreté, que certaines presses se plaisent à mettre en exergue (on parle de notre arachide, de nos cacahuètes), je dirais que nous sommes riches ; nous sommes riches, en ce sens que nous sommes un peuple sans complexe. . .
Dès l'instant qu'un peuple est sans complexe, il est assuré de pouvoir surmonter ses faiblesses quelles qu'elles soient ; nos faiblesses, en République du Mali, nous saurons les surmonter.
Camarades députés, je me réjouis de vous renouveler l'assurance que je vous ai donnée ; c'est la détermination de mon gouvernement d'éviter certains complexes, d'éviter certains arrangements inexplicables, et vous pouvez me faire confiance. Si l'équipe a été reconduite, c'est pour donner à tous les camarades des chances de pouvoir comprendre la portée de cette décision, et de faire en sorte que dans notre administration, nous ne puissions pas relever les erreurs du genre de celles que nous avons connues dans les précédents cabinets.
Je puis également vous assurer, camarades, que nos Ministères vous sont largement ouverts. A toute heure et en toute circonstance, vous pouvez faire appel au Président du Gouvernement, qui, malgré les responsabilités qu'il assume, demeure et demeurera plus que jamais, par les actes, par la pensée aussi bien que par le cœur, le Secrétaire Général de l'Union Soudanaise-R.D.A.

EXPOSE AU COURS D'UNE CONFERENCE DES CADRES LORS DE LA JOURNEE DE L'AFRIQUE (25/05/1964)

Chers Camarades,

Nous commémorons aujourd'hui le jour où pour la première fois dans l'histoire, les chefs de 31 Etats indépendants prenaient place dans l'hémicycle de l'Africa Hall à Addis-Abéba, pour dégager ensemble un cadre à leur unité.
L'événement avait surpris par son ampleur, certes. L'insistance sur les curiosités exotiques des apparats ou des caractères n'a jamais pu masquer les inquiétudes des héritiers légaux et spirituels des Empires.
Les observateurs et spécialistes impénitents savaient combien les hommes réunis à Addis-Abéba se souviendraient.
Ils savaient que l'initiative de cette rencontre trouve son origine et un écho profond dans les coeurs des hommes de tout notre continent, qui n'ont jamais cessé de lutter pour l'unité.
Ils savaient que cette Conférence s'inscrirait dans cet élan invincible des peuples d'Afrique vers la liberté, dans la tradition d'hommes d'honneur qui n'ont jamais capitulé devant l'occupant étranger.
Partout, sous tous les cieux, sous toutes les latitudes, la géante Afrique rappelait à ses maîtres d'hier, à tous leurs homologues comme à leurs valets, que l'enfant esclave avait grandi et goûté aux primeurs de la liberté, que l'arbuste d'hier devenu roi de la forêt, avait décidé de sortir de sa torpeur.
L'histoire récente des territoires d'Afrique atteste à chaque instant que nos peuples n'ont jamais dissocié la lutte d'émancipation de la lutte pour l'unité.
La stratégie des mouvements de libération de notre continent imposait comme une nécessité première le rétablissement de cette unité.
C'est en raison du caractère prioritaire de cet objectif, que notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., a vu le jour, par la fusion en 1947, de la S.F.I.O. Soudanaise, du Parti Démocratique Soudanais, et plus tard du B.D.S.
Les citoyens du Soudan Français d'hier avaient exprimé alors dans leur majorité leur parfait accord avec le Rassemblement Démocratique Africain, en affirmant leur conviction que l'unité est l'arme décisive des peuples en lutte pour leur libération, leur émancipation comme le stipulait le manifeste du mouvement.
Voilà le principe qui a guidé notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., et que chaque militant a vérifié dans les faits par la solidarité agissante entre les sections du R.D.A., car, à chaque moment, les échanges de délégations sont venus compléter une harmonisation plus profonde des objectifs et des méthodes, harmonisation indispensable en raison même du développement inégal de la lutte et des conditions objectives de celle-ci.
L'unité ainsi conçue et mise en oeuvre, a assuré le développement croissant de la lutte, mettant en évidence dans la période de 1947 à 1955, un certain nombre d'enseignements, de lois fondamentales du développement historique du mouvement de lutte de libération des peuples.
La première leçon que nous pouvons retenir est que, c'est dans la définition claire des objectifs et des moyens concrets de les atteindre, moyens nécessairement à la portée du peuple, que celui-ci peut être mobilisé.
Nous y avons appris, et les autres partis africains également, que seul le peuple est invincible, d'où la nécessité de demeurer soudés à lui, pour assurer la victoire.
Le recul du temps nous permet par ailleurs de mieux apprécier ce qui, à l'époque, fut baptisé le tournant du Rassemblement Démocratique Africain, ou du syndicalisme africain, etc. Replacé dans le contexte général de notre progression, ils apparaissent non point comme des tournants, mais comme des ressaisissements salutaires, un retour à la réalité objective de nos pays. Ces mêmes faits, replacés dans la période historique de 1946 à nos jours, vérifient une fois de plus, que le développement de la lutte des peuples ne suit jamais une ligne droite. En effet, les travailleurs, les jeunes, les femmes, les anciens combattants que nous étions, ne pouvant pas nier que ce qui est atteint et ce qui se réalise aujourd'hui correspond, en tout point, à nos désirs secrets d'hier, à nos revendications les plus chères. Ce qui, ici, est valable pour le Mali, l'est aussi pour l'entité Afrique en ce qui concerne l'indépendance...
Toute cette expérience ne réaffirme-t-elle pas avec force que l'unité est nécessaire au triomphe des causes justes, de la cause du peuple.
C'est pour cela qu'en 1956, lors des débats sur la loi-cadre, des discussions sérieuses se sont déroulées sur ce qui a été appelé le projet Defferre. Vous en devinez les fondements, que les historiens africains auront à reconstituer. Il faut se souvenir que l'époque envisagée était dominée par un dilemme. Fallait-il cueillir cette semi-autonomie, couronnement des sacrifices consentis par nos peuples, et continuer de livrer bataille contre la division de l'Afrique ? où bien, conscients que l'unité est nécessaire, fallait-il refuser la loi-cadre et préserver l'unité, avec sous-entendu, la libération totale de l'Afrique et son indépendance réelle.
Entre les deux options, la première correspondait aux calculs des colonisateurs, la seconde entrait en contradiction avec les lois et l'expérience du développement historique de la société, parce que cette perspective relevait des vieilles positions dogmatiques sur la révolution globale.
Parce que la seconde voie était fondamentalement erronée et condamnée par l'histoire, nous avons choisi la première avec la perspective de féconder les liens séculaires entre peuples africains par les relations politiques déjà développées à un degré appréciable.
L'opinion était courante alors selon laquelle il était impossible de conserver l'unité après la balkanisation ; elle traduisait concrètement une appréhension justifiable devant les difficultés qui jalonnent la voie choisie par notre Parti, comparée implicitement à l'autre alternative. Mais n'est-ce pas, camarades, le propre des voies justes, des causes justes, que de comporter des difficultés ?
Ce dont il fallait s'assurer dès cette époque, c'est la place accordée aux problèmes de l'Unité par les responsables africains eux-mêmes. Il s'agissait de savoir si chacun d'entre eux était prêt à prendre la cause du peuple, c'est-à-dire à mener la bataille pour l'Unité africaine, ne fût-ce que sur la base de la plate-forme géographique, économique des entités administratives, consacrées par plusieurs décades d'occupation étrangère, donc de vie économique, politique, sociale et culturelle commune.
D'autre part, le mouvement de libération nationale en Afrique, on l'a souvent peu souligné se situait dans l'après-guerre, dans le contexte progressiste de l'élargissement du camp de la liberté, par la naissance de nouvelles démocraties. En 1946, la crise générale de l'impérialisme devait s'accentuer par le développement de la lutte des peuples pour leur libération, plus particulièrement de la lutte des peuples colonisés, à laquelle contribuait concrètement notre parti, à la tête de notre peuple. De plus, notre choix correspondait aux décisions de la Conférence historique de Bandoeng, qui dans ses résolutions en 1955 donnait la priorité exclusive aux combats pour la liberté par les voies que dictent les conditions spécifiques des pays opprimés.
Le Rassemblement Démocratique Africain en général, plus singulièrement notre Parti, devait établir avec courage et clairvoyance l'ordre de priorité entre les divers objectifs de nos peuples. Dans le contexte historique de Bandoeng, en respect même de la mémoire des héros de Thiaroye, d'Abidjan, de Bouaflé, de Dimbokro, de Bouaké, de Sikasso, de Conakry, de Kankan et d'ailleurs, notre Parti a donné au combat la place qui lui revient. Certes, la situation nouvelle appelait la mise en œuvre de formes nouvelles. Mais cette capacité d'adaptation n'est-elle pas une qualité indispensable au Parti révolutionnaire promu aux honneurs de l'Histoire comme le nôtre ?
Une fois de plus, l'Unité était mise au service de la Révolution, avec la conviction établie qu'à son tour la Révolution consolidera et fera progresser l'Unité. L'étape de la loi-cadre devait confirmer le lien objectif, dialectique qui unit ces deux notions, dans la réalité, comme dans le cœur de chaque Africain.
L'Histoire n'a pas laissé subsister le doute plus longtemps, et les partis révolutionnaires, les partis du peuple au service du peuple, s'étaient attelés avec succès aux tâches de décolonisation des conditions objectives internes de libération. Dans cette œuvre se retrouvaient au fur et à mesure, sur la plate-forme de combat, les antagonistes de 1956. Survient le Référendum de 1958, dans une Afrique caractérisée par un degré inégal du niveau de développement de la lutte et partant de la prise de conscience des masses.
Là encore, le courage politique, la fidélité à la cause du peuple, l'engagement de la révolution ne se mesuraient point par un vote mécanique, affirmatif ou négatif ; nous sommes en droit de penser que si l'Histoire n'a pas dit son dernier mot, le choix était clair : il s'agissait de prendre une décision conforme aux intérêts de la Révolution, une décision au service exclusif des intérêts majeurs de la Révolution, une décision en fonction des moyens maxima et objectifs de la Révolution. Je suis de ceux qui pensent que les choix dans leurs diversités se sont soumis à cet impératif, selon le niveau du développement de la lutte.
Après ce fait marquant de notre histoire, les travailleurs, les jeunes se sont retrouvés une fois de plus, côte à côte sur le terrain de la lutte, au fur et à mesure que se poursuit la lutte.
Ensemble, nous avons oeuvré à l'exploitation systématique du cadre nouveau de l'autonomie, où dans bien des domaines, l'événement est venu cautionner des situations de fait dans notre pays, situation créée par la volonté du peuple de dépasser le stade de l'autonomie. La lutte donc avait atteint un degré qui exigeait une ouverture à bref délai vers l'indépendance.
C'est le moment de se souvenir que l'Unité demeurait un de nos objectifs ; l'on saisira mieux pourquoi les conditions internes et déterminantes de la libération étant réunies, notre Parti s'est attaché à la réalisation des conditions extérieures, en raison même de notre attachement à la libération de tous les peuples et à la réalisation d'une nation indépendante économiquement stable. De plus, le contexte extérieur commande dans une mesure fort appréciable la vitesse de développement des forces révolutionnaires dans un pays central comme le nôtre, et constitue un élément déterminant de la tactique révolutionnaire de notre Parti.
Le degré d'ardeur des peuples d'Afrique, le niveau de leur conscience politique, la capacité de lutte des partis, de leurs cadres et de leurs dirigeants, leur volonté d'Unité ; bref, toutes ces différenciations normales ont eu pour effet la constitution d'ensembles nouveaux. C'était la preuve que l'Unité était devenue un stimulant indispensable de la lutte dans nos pays qui avaient à se libérer du colonisateur commun.
Voilà comment notre Parti s'empressa de constituer la Fédération du Mali, qui provoqua non seulement un îlot d'indépendance, mais une cassure dans le système politico-stratégique de la France en Afrique.
Il n'est point besoin ici de rappeler les effets positifs de cette union, aussi bien pour chacun des partenaires que pour le mouvement de libération en Afrique.
De même notre Parti a tiré de cette expérience, des enseignements inestimables sur l'édification et la pratique de l'Unité Africaine, sur le rôle, les méthodes et les moyens du néo-colonialisme.
L'éclatement de la Fédération du Mali n'a pas été moins bénéfique, en permettant de libérer les forces révolutionnaires parvenues à maturité à travers tout notre pays uni. Notre Congrès tirant les leçons de cette brève période, en même temps qu'il optait pour la voie socialiste du développement de notre société, réaffirmait l'unité dans son vrai cadre, c'est-à-dire celui de la Révolution, au service de la Révolution.
Nul ne conteste que c'est conformément à cette directive que nous avons constitué avec les pays frères du Ghana et de Guinée le 1er juillet 1961, l'Union des Etats Africains. Les bases du Groupe de Casablanca, élaborées le 7 janvier 1961, reflétaient le même esprit.
Vous savez ce qu'il advient de l'Afrique, de nos propres amitiés, sous les assauts répétés, perfides ou outrecuidants du néo-colonialisme. Vous savez aussi, les changements quantitatifs qui se sont accumulés ici et là en Afrique pour dégager la nécessité de l'appel mutuel, de la solidarité agissante entre Etats, pour servir les peuples africains épris de liberté et d'unité. Notre Parti a joué dans ce combat un rôle à la mesure de notre conviction en la justesse de notre option socialiste, un rôle également à la mesure de notre ardent désir d'unité.
La Direction Politique Nationale, en exécution des résolutions du Sixième Congrès, a multiplié les contacts qui ont porté de nombreux fruits parmi lesquels je cite pour mémoire le Traité portant délimitation des frontières entre la Mauritanie et le Mali, le Traité d'amitié et de coopération avec la Côte d'Ivoire, la reprise des relations avec le Sénégal, etc.. .
Tout au long de ce processus, notre Parti a veillé scrupuleusement au respect de notre option, au maintien et au développement de l'enthousiasme de notre peuple. Une fois de plus, il a confirmé notre conception, en mettant l'unité entièrement au service de la Révolution.
C'est le même contenu que nous donnions à notre participation à la Conférence d'Addis-Abéba, que de tous bords on vouait à l'échec ou à la contre-révolution. C'était, je crois, sous-estimer la volonté de libération des peuples d'Afrique, volonté à laquelle aucun responsable ne peut se soustraire. En vérité, pas un Chef d'Etat Africain ne pouvait échapper au contrôle de son peuple à la tribune internationale de l'Africa Hall. Notre Parti a apprécié correctement la situation, et traduisant votre volonté à tous, il a fait d'Addis-Abéba une contribution à l'Unité pour la libération de l'Afrique, pour la défense de la personnalité et de la dignité africaines, donc objectivement, un soutien direct au triomphe de l'option socialiste du Mali.
La Conférence d'Addis-Abéba a évité la cristallisation de l'Afrique en Afrique révolutionnaire dite aventurière et en Afrique réformiste dite modérée, en Afrique amie de l'Occident et en Afrique ennemie de l'Occident, inféodée à l'Est ; elle a barré la route à l'implantation de la guerre froide sur notre Continent.
C'est bien cela, la signification profonde que notre Parti en a tirée le 8 juin 1963, au cours de sa Conférence Nationale des Cadres et qui seule est à la base de l'approbation unanime de notre peuple, en dehors de toute autre raison subjective. Ainsi, nous constaterons que la Charte de l'Organisation de l'Unité Africaine reconnaît que « l'Unité permet de sauvegarder l'indépendance des peuples et leur souveraineté face aux entreprises du Colonialisme », elle confirme une position de notre Parti.
Lorsqu'elle indique plus précisément que « l'Unité permet l'élaboration d'une politique africaine indépendante de toute influence étrangère », l'intention exprimée rencontre notre préoccupation ; lorsqu'elle opte pour (je cite) : « l'affirmation d'une politique de non-alignement à l'égard des blocs », notre adhésion est totale. Lorsqu'enfin, les 31 chefs d'Etats Africains ont inscrit dans la Charte qu'ils ont ratifiée (je cite) : « le dévouement total à l'entière émancipation des territoires d'Afrique encore dépendants, nous militants de l'Union Soudanaise-R.D.A., nous reconnaissons que nous sommes comblés. »
La Conférence des Chefs d'Etats a été plus loin ; elle a élaboré, dans le cadre de l'O.U.A., un programme sous forme de résolutions concernant tous les domaines ; elle a créé les institutions chargées d'appliquer, de mettre en œuvre ce programme.
L'honneur revient au Comité de Libération, appelé encore « Comité des Neuf ». Disons tout de suite que le Gouvernement de la République du Mali, pénétré de l'importance vitale de cet Organisme, s'est acquitté de sa quote-part, et ce dans les délais indiqués. Cet organisme subit les assauts des ennemis et des critiques. Les nationalistes souhaitent ardemment l'organisation d'un approvisionnement en matériel de guerre, la formation technique et militaire de leurs ressortissants. Il est indiscutable que ces demandes étaient justifiées à l'avance par les résolutions d'Addis-Abéba.
Il reste que le Comité des Neuf a eu d'abord à s'atteler à l'unification des mouvements d'indépendance dans chaque territoire, et à élaborer en même temps son plan d'action. J'ai la certitude que la prochaine Conférence des Chefs d'Etats prendra, sous la forme la mieux appropriée, les décisions convenables, en définissant à chaque Etat son apport en vue de donner satisfaction aux combattants de la liberté. Quant au problème de l'Afrique du Sud, des succès importants ont été remportés dans les réunions internationales, notamment auprès du Conseil de Sécurité, au point qu'ils ne sont pas rares ceux de nos camarades qui pensent que tous les moyens pacifiques et diplomatiques ont été épuisés contre le monstre de l'Apartheid.
La réalité est tout autre, et révèle que le boycott stratégique n'est pas appliqué par tous les Etats. Il n'est un secret pour personne que tous les bateaux ou avions à destination de l'Afrique du Sud ont un besoin indispensable de ports et d'aérodromes africains. La question est de savoir à quel moment les Etats intéressés se décideront-ils à affronter le combat, c'est-à-dire à en accepter les sacrifices par l'interdiction de leurs ports et aérodromes aux avions et bateaux en provenance ou en direction de l'Afrique du Sud ?
Quant au boycott économique, il est encore le moins respecté des Etats. Ainsi, par exemple, plus de 33% des investissements en Afrique du Sud sont assurés par une compagnie diamantifère dont les principaux membres sont des Etats Africains. Le tableau est plus triste encore si l'on y ajoute les ventes d'armes, même par les pays progressistes, les achats de produits de consommation courante, etc. ..
Après l'année d'organisation, l'O.U.A. devra se consacrer à la solution de ce problème en prenant entièrement ses responsabilités en vue de l'application effective, par chaque membre, de la décision commune.
Concernant la représentation équitable de l'Afrique au sein des organes de l'O.N.U., un succès important a été remporté par l'adoption de deux amendements à la Charte de l'O.N.U., ayant pour effet de donner satisfaction aux Etats Africains.
Ces amendements, après ratification par les Etats, ne pourront être appliqués qu'à la condition qu'aucun vote négatif ne soit émis par les membres du Conseil de Sécurité. Il m'est impossible de penser qu'une seule de ces grandes puissances s'engage par son refus, à faire le plus cruel affront à l'Afrique et aux Africains. Face au problème posé, l'Afrique, en général, le Mali, en particulier, ne veut et ne peut admettre aucune justification au refus.
La conférence d'Addis-Abéba avait eu raison, n'est-ce pas, de recommander l'élimination des bases militaires étrangères ? La situation actuelle est là, criarde, pour ceux qui croyaient encore à leur efficacité pour assurer la sécurité de leur Etat, à la nécessité de maintenir longtemps encore ces bases. La preuve est faite, partout, qu'elles ne peuvent être et n'ont jamais été au service du peuple, qu'elles constituent au contraire une phalange d'un néo-colonialisme agressif et subversif à travers notre jeune continent, dans nos jeunes Etats. Exemples : projets de subversion contre certains Etats Africains.
Il nous faut saluer ici les décisions courageuses prises par certains Etats frères, qui ne sont pas, certes, frontaliers du Mali et qui contribuent ainsi, d'une manière décisive, au développement rapide d'une coopération sans réserve avec notre pays et au renforcement de la personnalité africaine. L'Organisation de l'Unité Africaine, camarades, a pesé de tout son poids sur les grandes puissances et peut se flatter des résultats obtenus dans ce domaine.
Elle a élaboré des principes d'entente qui ont prouvé leur efficacité dans les conflits territoriaux et frontaliers, apportant à chacun la preuve de la maturité et de la vitalité du Continent. C'est le lieu de réaffirmer notre attachement au respect des frontières léguées par le système colonial. C'est un principe intangible de notre politique, que pour tout Africain, les limites de l'Etat se confondent avec celles de la colonie de la veille, à moins d'un traité entre cet Etat et son voisin libéré.
D'ores et déjà, nous sommes rassurés, que la Commission de médiation, de conciliation et d'arbitrage qui sera mise en place lors de la Conférence prochaine, répondra pleinement à nos espoirs.
L'Organisation de l'Unité Africaine a élaboré des bases de coopération économique et culturelle. Les Commissions spécialisées ont élaboré leurs programmes, qui ont reçu un début d'application. Il est évident que la pratique de cette coopération fera apparaître mieux encore, parce que concrètement la nécessité urgente de décoloniser les structures. Le processus dans ce domaine est déjà amorcé, et d'ores et déjà, des initiatives admirables sont inscrites à l'actif de la Révolution décidée à Addis-Abéba.
Voilà qui explique assez pourquoi l'O.U.A. fait l'objet de critiques malveillantes, de manoeuvres perfides de division et même d'attaques ouvertes de la part des impérialistes. Ce qui est en cause entre eux et nous, ce n'est rien moins que la liberté de l'Afrique et son émancipation.
C'est pourquoi nous poursuivrons notre chemin inexorablement. Les regroupements sur commande n'y pourront rien, car, pour nous tous, ce qui importe, c'est la volonté de nos peuples.
C'est pourquoi aussi l'Organisation de l'Unité Africaine ne saurait puiser sa force que dans nos organisations populaires, de jeunes, de femmes, de travailleurs. Ils doivent reconnaître en cette organisation le porte-drapeau de leurs aspirations profondes à l'unité, à la liberté, à la fraternité, bref, de tous ces idéaux qui justifiaient leur liaison organique avec leurs homologues internationaux ou non-africains.
Chers Camarades,
Voilà brièvement ce que le Parti m'a chargé de vous transmettre. Les mois à venir verront les dirigeants Africains se pencher sur une application plus rigoureuse des décisions arrêtées en commun, en dégageant les voies d'accès à l'unité et la coopération efficace.
Pour réussir, l'Organisation de l'Unité Africaine a besoin du soutien total, actif et enthousiaste des peuples Africains et de leurs organisations populaires.
C'est à cette tâche urgente que vous convient votre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A. et sa Direction Nationale, pour que vive l'Afrique libre et unie, pour que vive le Mali.

DISCOURS PRONONCE AU MEETING D'INFORMATION AU STADE MAMADOU KONATE, ORGANISE PAR LE SECRETAIRE GENERAL DE L'U.S.-RD.A. (27/08/1964)

Chers Camarades,

Le Bureau Politique National a estimé devoir organiser ce meeting en raison de certains événements qui se déroulent en Afrique et aussi d'autres qui se préparent en direction de la République du Mali, et plus singulièrement de l'Afrique consciente qui veut être elle-même et qui veut que son indépendance soit une réalité.
Nous savons que vous avez suivi à travers la presse et la radio les événements qui se sont déroulés en Afrique, et plus singulièrement en République du Congo-Léopoldville qui, comme vous le savez, depuis bientôt quatre ans, alimentent les annales tant africaines qu'internationales. Vous savez également qu'il y a quelques semaines, nous avions reçu, sur son insistance, le Président Tshombé qui, à l'occasion de l'entretien qu'il a eu avec nous à Koro, s'était engagé à se racheter, c'est-à-dire à faire en sorte que les nationalistes en prison, dont le nombre dépasse le millier, seraient libérés, ainsi que leur leader, le Président Gizenga, et que d'autre part, il ferait en sorte que le problème congolais soit strictement congolais, c'est-à-dire qu'il mettrait tout en œuvre pour en éliminer les interventions étrangères qui, sous divers prétextes, justifiaient leur présence et surtout leur intervention.
Mais les événements se sont déroulés autrement, en ce qui concerne la deuxième partie des engagements que le Président Tshombé avait pris avec nous ; à savoir la réconciliation et l'élimination des interventions étrangères. Nous savons que pour cette deuxième partie de ces engagements des pressions très importantes, venant de certains responsables du Congo et aussi de certaines grandes puissances, qui avaient intérêt à ce que les Congolais restent divisés, qui avaient intérêt à ce que le mouvement des nationalistes en lutte pour l'indépendance de leur pays puisse justifier leurs interventions. Donc, par l'action de ces puissances, la réconciliation nationale n'a pas pu avoir lieu et aujourd'hui, le Congo est le théâtre d'affrontements dont les répercussions se feront sentir au-delà du Congo et au-delà de l'Afrique Equatoriale.
En effet, qu'est-ce qui s'y déroule ?
Les nationalistes ont ouvert divers fronts. Et malgré ce que certaines presses ont essayé de faire croire, les nationalistes congolais ne sont pas des communistes. Ils ne sont pas non plus des « antiblancs » parce que, dans leurs déclarations, dans leurs manifestes, ils ont chaque fois affirmé leur volonté de coopérer avec toutes les grandes puissances, de pratiquer une politique effective de non-alignement et dans leur coopération, ils n'excluaient pas la coopération avec le Gouvernement Belge. Par conséquent, la justification que certaines interventions étrangères ont essayé de se donner, à savoir que leur action se situe dans la lutte contre le communisme, n'est qu'un mensonge parce que, de l'aveu même d'un Ministre des Affaires Etrangères d'une des puissances occidentales, les nationalistes congolais ne sont ni communistes ni antiblancs.
Mais, la réalité, c'est que le Congo recèle des intérêts très importants de certaines puissances, dans les mines surtout. Et pensant qu'un Congo réellement indépendant, dirigé par une équipe consciente, réellement attachée aux valeurs africaines, pourrait compromettre leurs intérêts, les ressortissants de certaines grandes puissances, ces courants impérialistes, ont donc cru devoir intervenir et, à l'heure actuelle, non seulement il y a des mercenaires recrutés en Afrique du Sud, en Rhodésie du Sud, en France, en Belgique et ailleurs, mais aussi, il y a des avions bombardiers lourds, il y a des tanks, il y a des hélicoptères, il y a des soldats étrangers à l'Afrique, qui interviennent directement contre les nationalistes congolais, contre le peuple congolais et contre l'Afrique consciente.
Malheureusement, peu de voix se sont élevées pour dénoncer cette immixtion de puissances étrangères à l'Afrique dans les affaires intérieures de l'Afrique, car il faut se rappeler que si l'Amérique latine connaît une instabilité permanente et que les régimes se succèdent à une cadence telle qu'aucun gouvernement n'arrive à résoudre les problèmes politiques, économiques et sociaux se posant à son Etat, si d'autre part, l'on songe qu'à l'heure actuelle, le Sud-Est Asiatique est lui aussi menacé dans sa stabilité, menacé dans sa liberté, et tout cela sous le couvert d'une lutte idéologique, nous sommes en droit, nous Africains, d'être inquiets d'une intervention étrangère en République du Congo, et c'est pour cela que lors de notre séjour, de notre voyage officiel en Algérie avec le Président Ben Bella, nous avons estimé que nous ne pouvions pas rester indifférents devant ce qui se passait au Congo, et que s'il n'y avait pas une action afin de mettre un terme aux interventions étrangères, l'Afrique risquerait d'être une seconde Amérique latine, d'être un second Sud-Est Asiatique et avec le tempérament africain, ce serait très grave pour notre continent, ce serait très grave pour nos peuples. Nous estimons donc, le Président Ben Bella et moi-même, qu'il faut arrêter à tout prix les interventions étrangères et c'est pour cela que nous avons convié les autres Etats de l'O.U.A. à accepter la convocation d'une session extraordinaire du Conseil des Ministres des Affaires étrangères de notre organisation pour s'occuper tout spécialement du problème congolais.
Nous estimons que s'il n'est pas mis un terme aux interventions étrangères, la situation du Congo serait beaucoup plus grave, parce que les Etats Africains conscients n'accepteraient pas que la dignité africaine soit bafouée. Et si certaines puissances pensent pouvoir justifier l'intervention de leurs troupes au Congo, nous aussi, nous avons dans nos pays des hommes, des Africains conscients, qui ont par avance accepté l'ultime sacrifice pour libérer le continent africain, et qui accepteraient de s'engager comme volontaires aux côtés des nationalistes congolais.
Et d'autre part, dans certaines parties du monde, il y a d'autres peuples, il y a aussi d'autres nations auprès desquelles nous pourrons trouver notre concours pour nous approvisionner en matériel d'équipement. Et alors, le problème congolais ne serait plus le problème congolais, il serait le problème des grandes puissances, et la première victime serait le peuple congolais, les premières victimes seraient les peuples africains.
La guerre au Congo risquerait donc de nous entraîner dans un affrontement des grandes puissances et de provoquer une conflagration générale dont personne ne peut, par avance, estimer les graves répercussions. C'est cela qu'il faut éviter. Et c'est pourquoi nous faisons donc appel aux grandes puissances, à savoir celles qui interviennent actuellement au Congo, de comprendre la gravité de la situation et de comprendre qu'à l'heure actuelle, à travers le monde, il n'y a eu aucun écho favorable à cette intervention, et que certains silences constituent au contraire une condamnation sévère.
Nous les invitons également à préserver notre continent de la guerre froide et de la guerre chaude.
Nous avons trop de problèmes à résoudre : des problèmes de sous-développement dans tous les domaines pour que notre continent puisse se payer le luxe de s'engager dans les luttes idéologiques et d'en être les victimes. Et puis, il y a aussi une chose qu'il faut que nous portions à votre connaissance. La solution à laquelle nous avions pensé, c'est celle à laquelle nous serons peut-être amenés à proposer aux Congolais, car les grandes puissances, les interventions étrangères qui sont engagées à l'heure actuelle au Congo, qui incendient les villages, qui incendient les forêts au napalm pour empêcher les nationalistes de pouvoir s'y réfugier en cas de difficulté, c'est à cela qu'il faut trouver une solution, c'est pour cela qu'il faut trouver une occasion de mettre un terme à cette intervention. Et la seule possibilité qui s'offre, ce sont les perspectives d'un cessez-le-feu de part et d'autre, les possibilités de réconciliation pour arriver à un Gouvernement d'union nationale transitoire pour préparer au peuple congolais des élections qui lui permettront de confier sa destinée à ceux de ses fils qui se seront révélés comme étant les plus valeureux et les plus africains.
Voilà donc, à notre avis, la solution qui s'impose. Ce n'est pas une attitude d'hostilité à l'égard de n'importe quelle puissance, il s'agit simplement pour nous d'une question de droit du peuple congolais de disposer de lui-même, et aussi de notre souci permanent de faire en sorte que l'Afrique ne puisse pas être demain le champ de nouvelles confrontations entre certaines grandes puissances. C'est le souci majeur qui nous guide et c'est pour cela que nous lançons un appel pressant à toutes les puissances qui interviennent soit directement ou indirectement au Congo, pour qu'elles ne mettent pas des obstacles sur la voie de l'O.U.A. dans la recherche de solutions permettant au Congo de retrouver la paix.
Camarades, vous savez que le Malien aime beaucoup l'aventure, cela ne date pas d'aujourd'hui. L'histoire du passé de notre peuple en témoigne. Nous avons des Maliens un peu partout. Et ceux qui sont au Congo-Léo, qui sont partis à la recherche de la fortune, aujourd'hui, ont été expulsés de ce territoire parce qu'on reproche au Gouvernement du Mali, on reproche aux Maliens de soutenir les nationalistes. Nous estimons, quant à nous, que notre soutien aux nationalistes entre dans la logique de notre politique africaine, de notre politique internationale, de notre politique tout court.
Nous n'avons donc à l'égard du Gouvernement actuel de Léopoldville aucune rancoeur, et le Bureau Politique National, ainsi que le Gouvernement, ont déjà mis en œuvre toutes les dispositions nécessaires pour le rapatriement de ces 15, 20 ou 25 000 Maliens refoulés du Congo.
Aujourd'hui, un avion a été affrété, un avion d'Air-Mali, pour apporter à nos amis du Congo-Brazzaville, dont les ressortissants ont été également expulsés, du riz, du sucre et des médicaments.
Et dès demain, nous recevrons donc un premier lot d'expulsés. Nous avons également fait appel à la solidarité de certains Etats Africains que nous croyons pouvoir posséder une flotte, pour que ces Etats Africains puissent nous indiquer les conditions auxquelles ils accepteraient de transporter par bateau nos nationaux expulsés, de Pointe-Noire à Abidjan. Les contacts sont pris et nous attendons leurs réactions pour établir un planning de rapatriement de nos ressortissants.
Nous devons vous informer, camarades, de l'attitude africaine du Gouvernement de Brazzaville, qui a eu, à lui seul, pendant une semaine, à héberger les refoulés originaires du Burundi, du Congo-Brazza et du Mali.
Et l'Armée Congolaise, la Jeunesse Congolaise, les Femmes Congolaises, les Travailleurs Congolais, ont, dans un geste magnifique de solidarité, apporté vivres, médicaments, vêtements, à ces refoulés qui ont été, pour la plupart, dépossédés de tous leurs biens. Et je crois qu'il est bon qu'ici nous adressions, en dehors des remerciements officiels que nous lui avons adressés, il est bon, dis-je, que nous adressions ici, au nom de tout le peuple du Mali, au nom de la Direction de notre Parti, nos remerciements les plus chaleureux, aux jeunes congolais, aux femmes et aux travailleurs congolais, à l'armée congolaise, au Gouvernement congolais, bref, au peuple congolais tout entier, pour son geste de solidarité à l'égard des Maliens refoulés.
Cette solidarité des Congolais appelle, de la part du peuple malien, une solidarité à l'égard de nos frères expulsés. C'est l'une des raisons de ce meeting. Et le Bureau Politique
National n'a pas cru devoir prendre une décision en la matière. Il a tout au plus tenu une séance, pour préciser la méthode pour que cette solidarité puisse être effective.
Ce que nous vous demandons, camarades, pour ces milliers de Maliens, dont certains ont pu avoir des biens au Congo-Léo, et dont ils ont été frustrés, qui vont donc se retrouver en République du Mali démunis de tout moyen, nous vous demandons, à l'instar de nos amis du Congo, de faire acte de solidarité.
Et nous invitons les organismes du Parti, les sections, les sous-sections, les comités de villages et de quartiers, sur l'ensemble du territoire, à ouvrir une « souscription volontaire » pour que les sommes ainsi recueillies puissent être utilisées à l'hébergement de ces refoulés avant qu'ils puissent être dirigés sur leurs résidences d'origine.
J'insiste sur le caractère « volontaire » parce que nous savons ce que le peuple du Mali, pendant ces deux années, a accepté comme efforts, a accepté comme sacrifices, que ce soient les paysans, les travailleurs, que ce soient les commerçants, tous sans exception, dans leurs secteurs respectifs, ont donné le maximum de ce qu'ils pouvaient donner, d'une part pour alléger les charges de l'Etat, et d'autre part pour permettre la réalisation de certaines branches de notre plan de développement par l'Emprunt National qui a été organisé.
Nous insistons donc auprès de ceux qui auraient à organiser ces quêtes de ne pas perdre un seul instant le caractère « volontaire » que nous exigeons, pour que ceux qui ont les moyens et qui voudraient faire un acte de solidarité, puissent le faire en toute liberté, en toute conscience, sans la moindre pression de nos organismes, qu'ils soient politiques ou administratifs. -
Camarades, le deuxième problème qui mérite d'être porté à votre connaissance, et qui est la conséquence logique de notre politique, ce sont les visées impérialistes en direction de la République du Mali.
En 1960, au Congrès extraordinaire du 22 septembre 1960, nous avons librement opté pour la décolonisation totale de nos structures et pour l'édification d'une économie socialiste. A l'époque, certains avaient pensé que c'étaient de simples slogans, vides de contenu, parce qu'à travers l'Afrique, les mots « décolonisation » et « socialisme » sont devenus des mots courants, des slogans pour endormir les peuples, pour surprendre la bonne foi des peuples. Mais pour nous, Maliens, nous n'avons pas l'habitude de lancer des mots en l'air. Quand nous disons « décolonisation », nous procédons à une décolonisation effective. Et quand nous disons qu'il faut construire le socialisme, nous nous engageons résolument dans la construction du socialisme.
C'est ce que nous avons entrepris depuis le Congrès du 22 septembre 1960. En 1962, nous avons procédé à notre réforme monétaire, et à l'époque, les mauvais augures avaient prédit pour notre pays la « catastrophe imminente » et ne donnaient pas six mois pour que notre Gouvernement se mette à genoux pour solliciter l'aide extérieure. C'était en 1962. Nous sommes maintenant au 2e semestre de 1964 et nous ne nous sommes pas encore agenouillés.
Et d'année en année, on avait prédit la catastrophe, mais d'année en année, notre Parti procédait à une décolonisation totale de nos structures. Nous pouvons dire que dans ce domaine, nous avons atteint l'objectif que nous nous étions assigné. Et d'année en année, nous avons mis en place des structures, des organismes qui devaient propulser dans notre pays non seulement la conscience socialiste, mais aussi l'édification socialiste de notre économie.
Et quand les forces impérialistes ont constaté que leurs prévisions n'étaient pas réalisées, lorsqu'elles ont essayé, mais en vain, de s'infiltrer dans notre armée pour créer un putch militaire, comme dans d'autres pays d'Afrique, lorsque, elles-mêmes dans leurs documents, ont avoué leur échec, lorsque d'autre part, elles ont essayé d'opposer les responsables les uns aux autres, en classant certains en « occidentaux » et d'autres en « socialistes » ou en « extrémistes », et que toutes ces tentatives ont été vaines, les forces impérialistes en sont arrivées à la décision qu'il faut maintenant employer les grands moyens contre la République du Mali et contre l'U.S.-R.D.A.
Et, quels sont ces moyens ? Ils sont de trois ordres :
1° Les moyens psychologiques, les attentats et les foyers armés de subversion.
2° Moyens idéologiques.
Elles avaient espéré, ces forces impérialistes, qu'avec les mesures de rigueur que nous avons prises pour assainir notre économie, et qui sont heureusement en train de l'assainir, qu'avec les restrictions, il y aurait un soulèvement parce que, nous savons que quand il manque à quelqu'un qui a l'habitude d'en user telle ou telle qualité de cigarettes, quand il manque à quelqu'un telle ou telle qualité de liqueur ou de tissus, que dans les premières secondes, pour ne pas dire dans les premières minutes, cela crée chez lui une réaction défavorable contre nos institutions économiques. On a donc essayé, sous le couvert de l'absence plus ou moins prolongée de certains articles, de susciter un mécontentement contre notre système, contre notre option. Et on continue de le faire.
Mais, on a estimé également que si on n'a pas pu atteindre directement les parents, on pouvait les atteindre par le canal de leurs enfants. Et on compte, à la rentrée prochaine, dans nos établissements scolaires, entreprendre un travail de conditionnement pour mobiliser nos jeunes élèves, contre le Gouvernement, contre le Parti et créer ainsi des soulèvements que le Parti serait obligé de réprimer, ce qui pourrait alors toucher directement les parents et susciter un courant de mécontentement.
Les forces impérialistes avaient fait l'injure à notre armée de pouvoir la noyauter pour la mobiliser contre le Parti et le Gouvernement. L'armée a pu relever ce défi, puisque ces forces impérialistes ont été obligées elles-mêmes de reconnaître leur échec.
Maintenant, on fait l'injure à nos élèves, on fait l'injure à notre jeunesse de pouvoir la noyauter contre le Parti, contre notre système, car ce n'est même plus une question d'opposition à tel ou tel pays, c'est maintenant une question de système, donc de plain-pied, nous entrons dans la lutte idéologique, alors que pour nous, il n'en a jamais été question. On veut donc justement faire l'injure à notre jeunesse estudiantine d'entreprendre de la mobiliser contre le Parti, contre le Gouvernement, contre notre système.
Nous pensons que notre jeunesse estudiantine saura, comme notre vaillante armée, relever le défi et ne pas prêter le flanc au conditionnement qu'on voudrait entreprendre à son niveau pour pouvoir l'utiliser contre son pays, contre l'Afrique et contre sa dignité.
Vous savez que tout pays, quel qu'il soit, a ses traîtres. Le Mali ne peut pas déroger à la règle. Nous avons nos traîtres, qui sont dans certains Etats voisins et dont certains ont même pris, pour couvrir leur action subversive, ou pour couvrir leur mauvaise intention contre notre pays — certains de nos ressortissants, certains Maliens originaires de Bougouni ou de Douentza ou de Kayes - ont pris la nationalité du pays de résidence, de sorte qu'ils ne sont plus légalement Maliens, mais ils continuent, en raison du fait qu'eux-mêmes, délibérément, ont renoncé à cette nationalité, qu'ils savent qu'ils ne peuvent pas se couper du Mali, qu'ils ne peuvent pas se couper de leurs familles, que tôt ou tard, ils seront obligés de revenir et de rendre compte, ils continuent d'agir contre leur pays ! Ils estiment que pour eux, la seule solution, c'est de se jeter dans les bras des forces impérialistes et d'être des agents de subversion. Certains de ceux-là sont en train, dans certains camps militaires, d'apprendre le maniement des armes et des grenades, et on pense que lorsqu'ils seront suffisamment préparés, on les réintroduira au Mali pour essayer de provoquer des attentats contre certains responsables.
Mais ce que les forces impérialistes oublient, c'est que l'option du 22 septembre 1960 n'est pas le fait de la Direction Nationale, n'est pas le fait d'une minorité, c'est le fait de tout le peuple du Mali.
On pourrait, certes, attenter à la vie de certains responsables ; on pourrait certes réussir même dans ces attentats, mais on n'aura pas pour autant arrêté la volonté irrésistible du Mali, du peuple malien, d'être lui-même, de construire son économie selon le socialisme. Si les forces impérialistes pensent donc qu'avec ces attentats, ils pourraient arrêter l'élan de notre peuple, elles se trompent ! Car ce ne sera pas quelques dizaines qu'il faudra supprimer, mais des millions et des millions de Maliens qu'il faudra supprimer, pour qu'on ne parle plus jamais de socialisme en République du Mali.
La troisième forme, c'est de créer des foyers de subversions. On en avait créé un dans l'extrême nord, sur la frontière algéro-malienne. Les derniers résistants ont été liquidés au mois de juillet dernier. C'est là un acte de courage au compte de notre vaillante armée, qui a su affronter des difficultés de toutes sortes, qui n'a pas hésité quelque fois à entrer dans les montagnes, à suivre les rebelles jusque dans leurs repaires. Et ce foyer de subversion a été donc totalement liquidé.
Les forces impérialistes ne veulent pas profiter de cette leçon ; elles veulent en recevoir d'autres, et le peuple du Mali saura répondre à leur défi et leur donner encore de nouvelles leçons.
On veut donc - puisque du côté du Nord avec la conjugaison de nos efforts avec le Gouvernement Algérien, il n'y a plus de possibilité de créer de nouveaux foyers de subversion - cette fois, créer les foyers à l'Est et à l'Ouest de la partie saharienne de notre pays. On y a déposé ou on est en train d'y déposer des armes et des munitions qu'on veut, sous le couvert du mouvement de nos nomades, introduire dans notre pays pour susciter ainsi des foyers de rébellion à l'Est et à l'Ouest, pendant qu'à l'intérieur, on entretiendrait un état d'insécurité permanent avec les attentats qui pourraient être perpétrés par des traîtres maliens.
Voilà le plan diabolique qui a été préparé, et le seul fait que nous en ayons été informés avant son exécution, est une indication importante pour les forces impérialistes, à savoir qu'on ne peut pas, à l'insu de ses fils dispersés un peu partout, de sa brigade de vigilance, de sa milice, de son armée, de son service civique, de ses gardes républicains, introduire au Mali des armes qui ne pourraient pas être saisies. Nous avons donc la certitude que si ces armes sont introduites, nous les saisirons, parce que nous donnerons la preuve que notre pays, quoi que l'on pense, est un pays organisé.
Mais nous avons tenu à en parler pour que ces forces impérialistes sachent qu'on ne peut pas surprendre la vigilance de notre peuple, également pour que les pays qui nous entourent soient avisés, alertés, afin qu'ils n'acceptent pas que leur sol puisse servir de bases de subversion en direction de notre pays.
Voilà, camarades, la deuxième information que nous devions vous donner.
Mais pourquoi ces expulsions de Maliens ? Pourquoi, depuis quatre ans, cet entêtement des forces impérialistes à vouloir à tout prix créer des incidents en République du Mali ? Pourquoi, depuis ces derniers temps, on estime utiliser les grands moyens pour renverser notre régime ? La raison est que nous avons réussi ou bien nous sommes en train de réussir, que nous sommes sur la voie du succès.
Or, notre succès, c'est la liquidation de toutes les séquelles de la domination coloniale. C'est l'absence de toute influence étrangère dans la vie de notre pays. C'est aussi, sur le plan économique, la maîtrise des moyens de production par notre peuple et l'orientation de ces moyens de production dans l'intérêt de tout le peuple, ceci excluant donc toute possibilité d'exploitation de nos ressources par des forces étrangères.
Ainsi donc, notre succès, ce serait aussi la liquidation de toute possibilité d'intervention étrangère dans le développement économique de notre pays. Or, vous savez, camarades, que les couches attachées à l'argent, les couches attachées au capital, sont décidées à s'engager dans n'importe quelle action pour que leurs intérêts soient sauvegardés.
Le succès du Mali dans la voie de décolonisation, de l'édification socialiste de son économie, pourrait être donc un exemple pour les autres Etats africains qui sont en train de chercher leur voie et dont certains n'ont pas encore clairement défini cette voie. Et, de proche en proche, ce ne serait plus seulement un Mali décolonisé, ce ne serait plus un Mali socialiste, ce serait une Afrique décolonisée, ce serait une Afrique qui aurait tourné le dos à l'exploitation capitaliste étrangère, et ce serait donc ainsi la liquidation de toute influence étrangère en Afrique.
Voilà, l'enjeu, camarades !
J'ai l'habitude de vous dire que la bataille dans laquelle nous sommes engagés, nous ne la menons pas pour notre seul peuple ; nous la menons pour la dignité de l'Afrique. Or, cette bataille a atteint son point culminant. C'est une question de vie ou de mort pour les forces impérialistes et pour nous. Mais nous vivrons, parce que nous avons avec nous le droit, la raison et la justice, et ce sont elles qui échoueront dans leurs tentatives de mettre un frein à l'élan irrésistible de notre pays.
A cet égard, je sais que, comme toujours, comme dans les moments les plus difficiles de notre pays, de notre Parti, que nous pourrons compter et que nous pouvons compter sur notre jeunesse dynamique qui, pendant toute la lutte politique face à l'administration coloniale, n'a pas un seul instant démérité de la confiance de la Direction Nationale du Parti.
Je sais que nous pourrons compter également sur nos vaillantes sœurs, les femmes de l'Union Soudanaise-R.D.A., qui savent que les victoires que nous avons remportées sur le colonialisme, que les victoires que nous avons remportées sur l'exploitation capitaliste de notre pays, ces victoires, elles en sont les premières bénéficiaires par leurs maris, par leurs frères, par leurs enfants et que le triomphe de notre Parti qui, déjà d'ailleurs leur a ouvert des horizons lumineux avec le Code du Mariage, sera le triomphe de toutes leurs aspirations non seulement en tant que femmes, mais en tant qu'épouses, en tant que mères, en tant que soeurs.
Nous savons également que nous pouvons compter sur nos camarades travailleurs dont au cours de mon périple à travers la République, j'ai salué chaque fois l'esprit de sacrifice et d'abnégation, parce que nous pouvons affirmer aujourd'hui qu'en Afrique, les travailleurs maliens sont les moins payés, mais cela, en aucun moment, n'a porté atteinte à leur combativité ni à leur foi dans les destinées de notre pays, parce que la bataille dans laquelle nous sommes engagés est leur bataille, que le socialisme que nous voulons édifier en République du Mali est leur socialisme, et que leur place a été et demeure à l'avant-garde des forces populaires de notre pays, pour achever l'édification socialiste de notre pays.
Je sais également que nous pouvons, comme par le passé, compter sur la vigilance et les bénédictions de nos vieux et de nos vieilles. Ceux-là, pendant leur jeunesse, ont tout donné à un pays dominé ; ceux-là pour lesquels, en ce qui les concerne tout particulièrement, il n'y a plus de perspective mais qui, néanmoins, ont été avec nous, ont été au milieu du combat et quelquefois en avant et qui ont su, par leurs sages conseils, par leurs bénédictions et leur présence effective dans les moments les plus difficiles, nous soutenir dans notre lutte de liquidation de la domination coloniale et de l'édification de notre économie.
Je sais, et la Direction entière le sait également, que nous pouvons compter sur nos vaillants paysans qui ont été certes les premiers bénéficiaires de nos réformes, parce que nous les avons soustraits non seulement à l'exploitation et à la domination des féodaux, mais aussi nous avons mis à leur portée, à moindres frais, tout ce dont ils pouvaient avoir besoin et qu'ils étaient obligés d'aller chercher dans les grands centres.
Nous savons que nous pouvons compter sur l'ensemble de nos forces de sécurité qui, en d'autres moments, ont su donner la preuve qu'elles sont au niveau de leurs responsabilités, qu'elles sont à la hauteur de l'attente du pays ; sur notre vaillante armée, sur nos jeunes du service civique, sur nos jeunes miliciens, sur nos gardes républicains qui, tous, grâce à l'action du Parti et grâce aussi au sentiment de dignité qui les anime, ont su déjouer les menées subversives des forces impérialistes et ont donné un démenti cinglant à l'attente de ces forces impérialistes dans l'utilisation de nos forces de sécurité, dans l'utilisation de notre armée contre notre régime, contre notre Parti.
Bref, nous savons que nous pouvons compter même sur nos frères et amis commerçants parce que, si certains d'entre eux, par goût du lucre ou de l'aventure ont pu abandonner le pays ou pratiquer la fraude et la contrebande, nous savons que la majorité d'entre eux ont accepté par avance toutes les décisions du Parti en ce qui concerne l'édification d'un socialisme réel en République du Mali.
Comme dans les moments les plus épiques de notre action politique, il faut que le peuple du Mali, comme un seul homme - que ce soient les jeunes, les femmes ou les vieux, les travailleurs, les soldats, les gardes, les jeunes du service civique, les brigadiers de vigilance, les miliciens, bref, toutes les couches populaires - se dresse comme un seul homme, dis-je, pour barrer la route au colonialisme et à l'impérialisme, afin que notre peuple, dans sa dignité et dans sa soif d'indépendance, puisse achever l'édification socialiste de son économie et puisse également ouvrir des perspectives plus heureuses, et créer également l'espoir chez certains peuples africains qui, dans leurs difficultés présentes, ne savent pas quelle voie suivre pour construire leur pays pour que l'indépendance de leur pays devienne une réalité.
Voilà donc, camarades, les tâches nouvelles qui vous appellent. Il n'y a donc pas d'hésitation, il n'y a donc pas de tergiversation et il ne saurait donc y avoir de faiblesse.
Il faut que par votre vigilance, vous puissiez déceler au sein de vos organismes,(puisque l'organisation du Parti touche les cellules les plus petites de la population) les contre-révolutionnaires ; il faudrait que vous puissiez déceler les ennemis du régime, tous ceux qui peuvent demain être les complices potentiels des forces impérialistes.
Voilà donc, camarades, la mission que le Bureau Politique National m'a chargé de vous définir et je sais par avance que, comme par le passé, vous saurez, en bons Maliens, en bons Africains, remplir pleinement et dignement votre mission.


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DEBUT DE LA LISTE



Les Premiers dirigeants africains

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«Les responsabilités historiques des dirigeants de l'Afrique sont considérables. Les évènements leur donnent des moyens que très peu de continents offrent à leurs dirigeants. Ils seront aussi jugés avec beaucoup plus de sévérité que les autres »
[Seydou. B. Kouyaté]