Modibo Keita

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Un peuple, un but, une foi

Le militant

Anti-colonialisme, panafricanisme, non-alignement

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Discours page 1

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DISCOURS A L'ASSEMBLEE FEDERALE en avril 1959 à Dakar

Monsieur le Président,
Messieurs les représentants de l'Assemblée fédérale,

En vertu de l'article 6 de la Constitution du Mali, le bureau de l'Assemblée m'a fait l'honneur de me désigner pour la présidence du Gouvernement. Je l'en remercie et il m'est agréable de me présenter aujourd'hui devant l'Assemblée pour une déclaration d'intentions...

Après le référendum du 28 septembre 1958, les hommes politiques africains qui ont opté pour la Communauté des États autonomes, se sont trouvés divisés dès que s'est précisé le sens véritable de leur vote.
Certains estimant que la Communauté est une fin en soi, trouvent tout à fait normal que les États conservent et développent leur autonomie autour de la France, celle-ci devenant le centre de gravité.
D'autres considèrent que la Communauté est une étape qui doit permettre le regroupement des États autonomes et leur évolution vers la construction d'un grand État africain indépendant, d'une grande nation africaine.

Les Communautés sans perspectives évolutives se sont ingéniées à discréditer aussi bien en France qu'en Afrique l'idée de la Fédération de la Communauté africaine.
Devant cette offensive savamment organisée et puissamment soutenue, les fédéralistes se sont réunis à Bamako les 29 et 30 septembre 1958 et ont décidé la création d'une Fédération primaire des anciens États de l'A.O.F.
Le Sénégal, le Soudan, la Haute Volta et le Dahomey, par la voix des Chefs des Gouvernements ou de leurs délégués ont apporté leur adhésion au principe de cette création. C'est Pour donner corps à cet engagement que fut organisée à Dakar la conférence historique du 17 janvier 1959 où les Constituants des 4 États ont fait le serment de défendre la Fédération créée : le Mali, et de réaliser l'unité politique, support indispensable de l'unité africaine.
Mais le Soudan et le Sénégal sont demeurés fidèles à leur serment et aux élections législatives des 8 et 22 mars, donnaient aux fédéralistes une victoire écrasante. Une conférence du 24 mars créait un support politique au Mali : le Parti de la Fédération Africaine et convoquait pour le 4 avril l'Assemblée législative fédérale.

... La Communauté est fondée sur l'égalité et la solidarité des peuples qui la composent…
Or, certaines décisions du Conseil exécutif situent la République française comme si elle n'était pas membre de la Communauté.
Nous comprenons fort bien les susceptibilités et les réticences de la France à perdre sa personnalité au profit de la Communauté, à se fondre en elle.
Ne faudrait-il pas dans ces conditions donner à la Communauté un contenu plus dynamique ? Un transfert de compétences tel qu'il est prévu au dernier alinéa de l'article 78 de la constitution, permettrait une évolution de l'Etat autonome en État pleinement souverain, la Communauté devenant ainsi une confédération multinationale.

…L'action de mon gouvernement sera dominée, orientée par notre option politique. Toutes mesures tendant à resserrer davantage les liens de solidarité entre le République du Sénégal et la République Soudanaise seront recherchées et appliquées …

Dans le domaine économique, les idées directrices de la planification seront arrêtées en commun, car il est impensable que chaque État établisse son programme en ignorant celui du partenaire.
Il est essentiel que le Mali ait une économie stable, cohérente et dynamique. Cette économie reposera sur le paysannat qui groupe environ 90% de la population et d'une industrie moderne. Par la coopération et la modernisation agricole, il sera offert au paysan les moyens lui permettant de relever son niveau de vie et de satisfaire les obligations d'une évolution sociale de plus en plus accélérée. Une action d'une telle envergure exige de la rigueur dans la gestion du bien public. Mon Gouvernement ne couvrira aucune malversion, bien au contraire, dans le domaine de la fonction publique, des mesures particulières inciteront les agents à comprendre qu'ils représentent des rouages indispensables de la vie de la Fédération et qu'ils doivent s'élever au niveau d'une conscience nationale. Ils seront les tout premiers à subir les sacrifices que nécessite la conquête de l'unité et de l'indépendance africaine.

Enfin, le travail doit être un dogme sacré. Aucun pays ne peut vivre et se développer uniquement avec les apports extérieurs. Nous devrons compter avant tout sur nous-mêmes et exploiter judicieusement toutes nos possibilités ; pour atteindre cet objectif, il nous faudra raffermir notre volonté de sauvegarder notre fierté et notre indépendance, vivre d'abord du pays en réduisant notre train de vie. Une économie organisée et relativement libre exige une consommation à caractère national…

Il faudra dominer les particularismes et égoïsme locaux au point de pouvoir les exploiter au profit du Mali, la patrie retrouvée.

A ces tâches exaltantes qui conditionnent l'avenir de notre pays, je convie, les hommes et les femmes, les jeunes, force vive et avenir du Mali, les travailleurs, avant-garde des masses organisées, engagées dans la lutte pour l'indépendance nationale, les paysans, les éleveurs dont les convictions une fois assises sont inébranlables, bref toutes les couches sociales, pour que notre Mali, leur Mali soit par son rayonnement , la renaissance du Mali des 13e, 14e et 15e siècles, de ce Mali, témoignage de la puissance noire, de ce Mali organisé et de réputation mondiale, alors que des nations dominant aujourd'hui par leur culture et leur civilisation étaient encore au berceau.

Voilà, mes chers Collègues, brièvement présenté, sans aucune nuance, sans équivoque, l'essentiel du modeste programme qu'entend réaliser mon Gouvernement ; les difficultés internes, les attaques sournoises ou ostensibles des adversaires du Mali ne nous distrairont pas de l'action à mener pour atteindre nos objectifs : réalisation de l'unité et de l'indépendance africaines, construction d'une grande nation africaine fière de sa liberté et de sa prospérité, associée à la France, et qui, nourrie à l'humanisme français et réhabilitant l'humanisme africain, permettra le rayonnement irrésistible de la culture négro-africaine.

DISCOURS AU CONGRES EXTRAORDINAIRE DE L'UNION SOUDANAISE-R.D.A (22/09/1960)

Chers Camarades,
A la Conférence territoriale du Parti, il y a trois semaines, nous nous sommes contentés d'un exposé objectif du déroulement des événements de Dakar, sans en tirer les conséquences. Nous avons par la suite pris un certain nombre de contacts qui ont projeté plus de lumière sur les origines plus ou moins lointaines desdits événements. C'est ainsi que j'ai répondu à l'appel du Président de la République Française aux invitations du Roi du Maroc et du Président de la République du Ghana. D'autre part, des missions ont été envoyées à l'extérieur : U.S.A., O.N.U., Allemagne Fédérale, pays de l'Est, Afrique occidentale.
Pour mieux suivre le sens de notre action politique pendant ces derniers mois, il est indispensable que nous examinions la situation créée en Afrique depuis le Référendum du 28 septembre 1958.
Le 28 septembre, les conditions politiques intérieures nous imposèrent un vote favorable à l'entrée dans la Communauté.
En outre, nous avons pensé et pensons encore que les chances de réalisation de l'unité sont très aléatoires pour des État accédant à l'indépendance car, devenus souverains, ils affirment leur personnalité aussi bien sur le plan intérieur que sur le plan extérieur.
Aussi avions-nous espéré que l'autonomie était pour les État africains la période la plus favorable de leur évolution pour la réalisation de leur unité. Évidemment, cela supposait de la part des dirigeants de ces État, une indépendance totale à l'égard des puissances d'argent et des autorités des anciennes métropoles.
Par ailleurs, nous avons estimé et estimons encore que c'est dans l'unité que l'Afrique pourra résister à l'emprise des forces impérialistes et renforcer le camp de la paix.
A l'exclusion de la République Arabe Unie dont on ne peut pas encore tirer toutes les conclusions sur le plan africain, mais qu'il faut néanmoins saluer comme une volonté de l'Afrique de réaliser son unité, et de la Fédération du Mali dont l'existence fut précaire par la trahison des dirigeants sénégalais, les État indépendants d'Afrique en sont encore à la recherche des bases de coopération sur le plan économique et culturel. Mais nous pensons qu'il faut aller au-delà de ces formules pour que l'Afrique puisse résister à l'action destructrice des anciennes puissances coloniales qui, ayant perdu la domination politique, veulent asseoir une domination économique et culturelle. Certes, il faudra du temps et des efforts. Dans ce domaine, aucun pays ne peut nous donner des leçons de patience et de courage.
D'aucuns peuvent penser que notre association avec le Sénégal a été un échec. C'est voir subjectivement le problème, ce qui empêche d'en saisir toutes les conséquences.
Tout d'abord, la Fédération du Mali a permis au Sénégal d'aller à l'indépendance parce que tout le monde sait que les dirigeants sénégalais, empêtrés dans leurs difficultés intérieures, isolés du reste de l'Afrique, et pour cause, ne pouvaient pas, seuls, y conduire leur pays.
D'autre part, l'accession à la souveraineté internationale de la Fédération du Mali a conduit certains États africains, jusqu'alors hostiles à toute idée d'indépendance, à faire usage de leur droit à l'indépendance. Faudrait-il rappeler que la création du Mali et son accession à l'indépendance ont considérablement contribué à la réalisation de l'unité politique au Soudan. Nous avons pu ainsi nous assurer du contrôle politique et administratif de la République Soudanaise. J'estime également que la sécession du Sénégal a été le ferment de la mobilisation générale des populations soudanaises. Elle permettra à la République Soudanaise de réaliser pleinement ses objectifs politiques, économiques, sociaux et culturels sur la base d'un véritable socialisme, et uniquement en fonction des intérêts des couches les plus défavorisées. La démonstration sera également faite aux dirigeants sénégalais que la République Soudanaise était le principal marché des industries et entreprises sénégalaises, que notre République n'était pas pauvre et que le Sénégal était riche de notre richesse. Nous entendons garder nos richesses, mêmes humaines, pour accélérer le développement économique de notre république.
Les mesures prises, tant à l'intérieur de la République Soudanaise qu'à l'extérieur, nous imposeront pour une certaine période des sacrifices qui sont, je le sais, déjà acceptés. Il faut prévoir un isolement possible du Soudan, par la force des choses et par l'évolution des événements politiques. Il s'agit donc dès maintenant, face à cette éventualité, d'envisager les voies et moyens pour une économie socialiste planifiée. Nous ne nous arrêterons pas aux slogans, aux formules toutes faites, nous innoverons, partant des réalités maliennes greffées sur les expériences réussies ailleurs. Est-il besoin de préciser que la modification de nos structures économiques n'entravera en rien les activités normales du secteur privé ?
Vis-à-vis de la République Française, nous avons fait preuve de loyauté. Je ne veux pas ici reprendre les arguments développés dans certains journaux qui précisent les origines, les causes réelles de la sécession du Sénégal. Notre position sur le problème algérien, notre détermination à construire un véritable socialisme, notre volonté de réaliser, avant toute autre association, une véritable communauté africaine, ont déterminé certains responsables français à conduire les dirigeants sénégalais à la sécession. Je n'en veux pour preuves que quelques faits :
1° Le refus systématique de la France, en application des accords franco-maliens, d'apporter son appui pour que soit assurée la sécurité intérieure de la Fédération du Mali ;
2° L'attentisme du Gouvernement Français dans l'application des accords franco-maliens, en particulier dans le domaine économique ;
3° L'intervention de la République Française auprès des organismes directeurs du Marché Commun pour que ceux-ci attendent la conclusion des événements avant d'honorer leurs engagements vis-à-vis de la Fédération du Mali ;
4° Les termes mêmes du message de félicitations du Général de Gaulle à M. Senghor, nommé Président de la République du Sénégal ;
5° L'aveu du Premier Ministre de la République Française de son action, en décembre dernier, auprès de M. Senghor et Dia, pour qu'ils transforment la Fédération du Mali en confédération ;
6° La reconnaissance par le Gouvernement Français de l'indépendance du Sénégal. Cela se conçoit aisément puisque ce sont les dirigeants français qui ont inspiré, préparé, déclenché, soutenu la sécession de la République du Sénégal ;
7° Enfin, la demande d'ajournement par la France à l'O.N.U. de l'admission de la Fédération du Mali.

Nous ne voulons pas abuser de votre patience en faisant un long développement que j'estime en la circonstance inutile. Il s'agit donc pour nous de prendre des décisions en fonction des seuls intérêts de la République Soudanaise.
Dans un monde de plus en plus tourmenté où la légalité n'apparaît qu'à travers les intérêts stricts des pays, la lutte pour nous devra s'engager sur le plan politique.
Nous demeurons certes fidèles à l'idée de la Fédération africaine, nous nous considérons toujours liés par le serment du 17 janvier 1959. Mais pour le succès de notre action en faveur de la Fédération, il est indispensable et urgent que la République Soudanaise s'affirme sur le plan africain et sur le plan international. C'est la raison pour laquelle nous vous invitons à autoriser l'Assemblée législative :

1° A appréhender les compétences transférées par la République Soudanaise à la Fédération du Mali ;

2° A proclamer comme État indépendant et souverain la République Soudanaise ;

3° A proclamer que la République Soudanaise s'appelle République du Mali, libre de tous engagements et liens politiques vis-à-vis de la France, comme la Haute-Volta, la Côte d'Ivoire, le Niger, le Dahomey. C'est la conséquence logique de la caducité des accords franco-maliens que la France a délibérément violés en reconnaissant la République du Sénégal comme État indépendant.

Notification de ces décisions sera faite au Gouvernement Français, à l'Organisation des Nations Unies et à tous les pays indépendants.
Fidèles à notre idéal d'union et de paix, j'insiste sur ce mot, nous sommes décidés à établir des relations amicales avec tous les États du monde, sans exclusive aucune, singulièrement avec ceux d'Afrique qui seront désireux de promouvoir une politique d'union et de progrès, de s'engager résolument dans la lutte pour la libération totale du Continent africain et l'établissement d'une paix durable entre tous les peuples.
La République du Mali est née. Le Mali continue. Le mot Mali continuera à résonner comme un gong sur la conscience de tous ceux qui ont œuvré à l'éclatement de la Fédération du Mali ou qui s'en sont réjouis. Nous restons mobilisés pour l'idée de la Fédération qui, malgré tout, demeure une semence virile de l'unité africaine. Nous avons perdu une partie, mais nous gagnerons la manche, in Challah. Les puissances d'argent, les forces rétrogrades et impérialistes n'y pourront rien.

Camarades, la Fédération du Mali en tant qu'entité territoriale n'existe plus. Son support politique était le Parti de la Fédération Africaine dont le Président est M. Senghor. La rupture entre la République Soudanaise et la République du Sénégal provoquée par des contradictions politiques fondamentales, met en cause l'existence et le fonctionnement du P.F.A. D'autre part, celui-ci était l'expression politique d'une idée à laquelle nous demeurons attachés mais qui fut trahie dans des circonstances peu honorables par son Président et l'Union Progressiste Sénégalaise. Le P.F.A. ne peut donc pas survivre à l'éclatement de la Fédération du Mali. L'Union Soudanaise-R.D.A. doit se libérer de toute attache avec cette formation politique, garder son autonomie jusqu'à ce que puissent s'affirmer des positions claires et nettes sur les problèmes politiques et économiques que les États africains ont à affronter au lendemain de leur indépendance. Plus de construction politique dans l'équivoque. Clarté dans nos positions, clarté dans celles de nos partenaires éventuels, voilà les conditions indispensables d'une dépendance quelconque de l'Union Soudanaise-R.D.A. vis-à-vis de formations politiques africaines. L'Union Soudanaise-R.D.A., fidèle à son option fondamentale en faveur de la paix et l'unité africaine, est décidée dès maintenant à établir des relations de bonne volonté, d'amitié et de solidarité avec tous les partis politiques mobilisés pour la paix, pour la libération du Continent africain de toute domination étrangère et pour l'unité des peuples africains.

Camarades, vous pouvez faire confiance au Bureau politique, au Comité directeur. Nous voulons ce que vous voulez. Il n'y a pas de temps à perdre. Toutes les Maliennes et tous les Maliens doivent se considérer comme mobilisés pour la construction de la République du Mali, patrie de tous ceux qui sont fermement attachés à la réalisation de l'Indépendance et de l'Unité africaine, toutes les Maliennes et tous les Maliens doivent accepter tous les sacrifices pour que notre pays puisse sortir grandi, rayonnant, de l'épreuve qu'il traverse pour que les Africains libres, réellement libres, puissent, sans possibilité d'ingérence, s'unir pour que s'affirme une grande nation africaine qui marquera de son sceau la politique internationale, pour que la paix, espoir des peuples en voie de développement, s'établisse entre tous les pays du Monde

MESSAGE AU PEUPLE DU MALI A L'OCCASION DU NOUVEL AN 1961

Maliennes et Maliens,
Au seuil de l'année 1961, en mon nom personnel et aux noms du Parti et du Gouvernement, je vous souhaite à vous et à vos familles, une vie meilleure, la réussite dans vos entreprises, la tranquillité dans vos foyers et la paix dans vos coeurs.
Mais mon devoir ne s'arrête pas là.
A la fin d'une année fertile en événements de toutes sortes, je dois vous dire à tous, Maliennes et Maliens, que les membres du Parti et du Gouvernement, tous ceux qui détiennent une responsabilité quelle qu'elle soit, sont fiers d'être vos représentants. Je dois dire au peuple du Mali qui m'écoute que nous avons été récompensés, nous dirigeants, de tous les sacrifices consentis en quinze années de lutte, au moment des événements de Dakar.
Je dois dire que la levée en masse de notre peuple, qu'il a fallu calmer et retenir dans tous les centres, a été l'une des plus belles récompenses de notre vie de militants.
Ce souvenir restera gravé à jamais dans nos cœurs et je dis ici, solennellement, que nous, dirigeants du Parti et membres du Gouvernement, demeurons fidèles à l'engagement de conduire notre peuple vers un avenir meilleur. J'affirme que les dirigeants du Parti et les membres du Gouvernement se consacreront entièrement à cette tâche, et je préviens d'avance que tous les obstacles qui s'y opposeront seront irrémédiablement brisés, qu'ils viennent de l'intérieur ou de l'extérieur.
La souscription en faveur de la Maison du Parti, celle en faveur de Radio-Mali ont prouvé que notre peuple savait répondre à tous les appels, que notre peuple a conscience des exigences de la vie moderne, que notre peuple a mis dans le Parti sa confiance totale.
Cette confiance, nous ne la trahirons jamais !
Quinze années de luttes opiniâtres ont conduit notre pays à la liberté, et l'année 1960 s'inscrit déjà comme une date-phare de notre Histoire.
Mais au-delà de la prise de conscience nationale, au-delà de l'Indépendance, ces quinze années difficiles où nous avons dû lutter contre toutes les formes de subversion, nous ont appris à comprendre bien des choses. Nous connaissons désormais le pouvoir de l'organisation dans toute entreprise humaine, nous savons que le peuple de notre Pays a confiance en nous parce que nous avons toujours respecté ses aspirations et parce que nous lui avons toujours dit la vérité, si dure soit-elle. Nous ne changerons jamais notre ligne de conduite.
Aussi, au seuil de l'année 1961, je dois dire que les tâches qui nous attendent sont loin d'être finies.
Le combat contre le système colonial a été remporté de haute lutte grâce au courage de tous les militants, à leur ardeur, à leur mépris des sanctions, à leurs sacrifices de toutes sortes ; mais désormais, c'est un autre combat que nous allons engager. Il est aussi difficile sinon plus difficile que le premier.
Notre liberté serait un mot vide de sens si nous devions toujours dépendre financièrement de tel ou tel pays, et si, à tout moment, on devait nous le rappeler.
De même que nous avons lutté pour voir notre pays libre et être les maîtres de notre destinée, nous allons lutter maintenant pour nous dégager de toutes les séquelles du régime colonial, pour organiser notre pays dans l'intérêt de notre peuple et exclusivement de notre peuple !
Le plan de 5 ans qui va bientôt voir le jour est destiné à nous libérer de toute domination économique, à nous dégager de toute emprise des forces d'argent. Au terme de ces 5 ans, nous devrons avoir réalisé les conditions de notre véritable développement, nous devrons avoir jeté les bases d'une économie saine, moderne et nationale. Pour cela, il faudra que les objectifs de production que s'est fixés le plan quinquennal soient atteints.
Maliennes et Maliens,
Nos générations ont la chance d'arriver à un moment décisif de l'Histoire de notre peuple. Elles ont déjà rempli une partie de la mission que le destin leur a confiée en redonnant la liberté à leur pays, en mettant fin à la pire des dominations humaines : LA COLONISATION.
Nous avons brisé un à un, méthodiquement, sans précipitation inutile, grâce à une volonté farouche, les mythes dont on avait entouré le colonialisme, et l'Indépendance nationale acquise en 1960 a couronné tous nos efforts.
Il nous reste à détruire à présent, systématiquement, toutes les séquelles de la domination coloniale qui se situent dans les circuits commerciaux et dans des structures inadaptées aux conditions de la vie moderne.
La mission historique de nos générations exige l'accomplissement de cette tâche. C'est à présent que se joue l'avenir de notre pays et de notre peuple, c'est à présent que nous devons réussir ou échouer! ... et je dis avec force et conviction que nous réussirons, in Challah.
La tâche est ingrate, car elle exige un travail assidu, un désintéressement absolu, une volonté ardente, une foi inébranlable.
Elle est à la mesure de notre peuple, de son passé, de sa conscience nationale, de sa foi dans le destin du Mali.
L'année 1961 sera une année d'efforts, mais de même que nous avons démontré notre maturité politique dans les épreuves que le sort nous a réservées, nous prouverons que notre peuple est capable de se surpasser lorsqu'il s'agit de se libérer définitivement des forces qui l'oppressent.
Si l'année 1960 a été la consécration de notre Indépendance, l'année 1961, 1ère année après l'indépendance, marquera notre véritable départ sur la voie de la libération économique.
Fonctionnaires de tous grades, officiers, sous-officiers et soldats de l'Armée du Mali, anciens combattants, cultivateurs, éleveurs, pêcheurs, ouvriers de tous métiers, artisans, élèves des Écoles, hommes et femmes, vieux et jeunes, garçons et filles, le Parti et le Gouvernement se sont engagés dans une politique de libération économique dont le succès dépend de vous tous. Nos sorts sont indéfectiblement liés. Il dépend de nos efforts communs que cette politique de libération économique arrive au but, et ce but, qui est pour notre peuple l'affirmation de sa personnalité, le respect de sa dignité, l'assurance d'une vie meilleure, ce but que nous entrevoyons depuis le début de notre lutte anticoloniale, est actuellement à portée de nos mains.
Pour l'atteindre, il dépend de notre courage, de notre fierté, de notre ardeur au travail, de notre conscience nationale.
Je suis sûr que nous saurons l'atteindre, comme nous avons atteint jusqu'ici tous les buts que nous nous sommes assignés.
Maliennes et Maliens,
Je ne voudrais pas terminer sans lancer avec vous à tous les peuples frères d'Afrique et du Monde un message de fraternité et de paix. Quels que puissent être les différends qui nous ont opposés, qui nous opposent, nous ne confondrons jamais les peuples, quels qu'ils soient, avec les Gouvernements qui les dirigent parfois contre leur gré.
Notre politique est une politique de paix avec tous les peuples du Monde. Au seuil de l'année 1961, nous exprimons le vœu que les forces de progrès et de paix renforcent leur union et concourent à l'édification d'une humanité meilleure.

DECLARATION AUX CHEFS DES MISSIONS DIPLOMATIQUES, AU SUJET DE L'EVACUATION DES TROUPES FRANÇAISES DU TERRITOIRE DU MALI (20/01/1961)

Excellences,
Je vous remercie de vous être distraites de vos augustes occupations et de vos nombreuses préoccupations pour répondre à mon invitation. L'importance de la communication exige que je vous la fasse moi-même. A l'heure qu'il est, l'ambassade de France en République du Mali est informée par mes soins de la décision de mon parti et de mon gouvernement de voir la France évacuer les bases militaires de Bamako, de Kati, de Gao et de Tessalit, qu'elle occupait du fait des accords franco-maliens signés à Paris le 22 juin 1960, entre elle et la Fédération du Mali et qui deviennent caducs après les événements du 19 au 20 août 1960 et l'acte de reconnaissance par la France du gouvernement du Sénégal, acte qui consacre la dislocation de la Fédération du Mali.
La République du Mali a affirmé sa volonté de coopérer avec la France sur la base de la non-ingérence dans nos affaires intérieures et du respect de notre souveraineté. La décision de mon parti et de mon gouvernement ne met nullement en cause cette volonté. Elle est l'expression de notre conviction qu'à moins d'abandon volontaire de souveraineté de la part d'un État jeune ou d'accords particuliers dans le domaine de la défense, les troupes de l'ex-puissance coloniale ne peuvent stationner sur le territoire de l'ex-colonie aux côtés des troupes du jeune État D'autre part, le peuple du Mali, l'Union Soudanaise-R.D.A., et le gouvernement de mon pays ont toujours affirmé leur option en faveur de la politique de non-alignement sur l'un ou l'autre des deux blocs. Cette attitude est en contradiction avec la présence, sur son territoire, des troupes d'une puissance étrangère et à laquelle ne le lie aucun accord et qui d'autre part est engagée dans le pacte militaire d'un bloc.
Je prie vos Excellences d'informer vos gouvernements respectifs et d'attirer leur attention sur notre ferme décision de l'évacuation rapide des troupes stationnées en République du Mali.
Je vous remercie.

DISCOURS PRONONCE A L'ASSEMBLEE NATIONALE (20/01/1961)

MODIBO KEITA EXPOSE LE BILAN DE L'ACTION DE SON GOUVERNEMENT DEPUIS LES EVENEMENTS D'AOUT 1960 ET ESQUISSE LES GRANDES LIGNES DE SON ACTION FUTURE :
Après avoir rappelé que chaque Ministre ferait un exposé détaillé des activités de son département, Modibo Keita passe à l'examen général de l'action gouvernementale depuis l'éclatement de la Fédération du Mali. Avant de faire une analyse détaillée, il donne lecture intégrale des Résolutions du congrès extraordinaire de septembre 1960, qui sont à la base de l'action du gouvernement


LA POLITIQUE INTERNATIONALE :

“ II me faudra rappeler que l'éclatement de la Fédération du Mali a posé à notre Gouvernement provisoire un certain nombre de problèmes qu'il fallait résoudre avec diligence, sang-froid et conviction, en vue d'assurer une base solide et une audience croissante à la République du Mali, proclamée solennellement par notre Assemblée au cours de sa séance historique du 22 septembre 1960. En effet, les instigateurs de la sécession sénégalaise, puissamment aidés par la presse, la radio et tous les adversaires de l'Unité et de l'émancipation africaines, ont tenté de discréditer notre parti l'Union Soudanaise-R.D.A, comme une formation totalitaire parce que profondément engagé dans la lutte pour la suppression de toutes formes d'exploitation et de suprématie étrangère.
Mais, une fois de plus encore, les colonialistes, leurs valets et tous les opportunistes à leur solde ont subi une défaite dont ils sont encore loin de voir les conséquences, car comme aux périodes les plus héroïques de notre lutte contre le régime colonial, le dynamisme de notre parti, la conviction, la détermination, la discipline, le patriotisme et l'esprit de sacrifice de notre peuple ont mis en échec tous les plans diaboliques conçus contre notre pays. Tirant rapidement et dialectiquement les enseignements de la situation, la direction de notre parti et notre gouvernement, sans jamais se départir du calme et de la dignité qui sont les caractéristiques traditionnelles de notre peuple, ont, pendant la période d'intercession parlementaire, déployé une grande activité politique et diplomatique dont je me dois, au nom du Gouvernement de vous rendre compte aujourd'hui.
Dans le cadre de cette activité politique et diplomatique, à l'occasion de mon voyage à Paris pour répondre à l'invitation du général de Gaulle, j'ai eu la satisfaction, après avoir donné une conférence de presse, de m'entretenir dans la capitale française avec les diplomates des pays Afro-asiatiques auxquels j'ai expliqué le sens de notre option politique et précisé nos objectifs sur le plan africain et international. Le succès de cette rencontre m'a valu une invitation à Rabat de sa Majesté le Roi du Maroc auprès duquel j'ai rencontré une grande compréhension, beaucoup de sympathie et d'admiration pour notre peuple. De retour du Maroc, je me suis rendu au Ghana sur l'invitation du Président de la République, le Docteur Kwame N'Krumah.
Le communiqué final publié à l'issue de mes entretiens avec le Docteur N'Krumah atteste l'identité de vues entre les républiques du Mali et du Ghana sur les grands problèmes politico-économiques qui se posent aux jeunes États africains, en particulier la décolonisation de leurs structures et l'affirmation croissante de la personnalité africaine. Depuis lors, les contacts se multiplient entre les gouvernements Ghanéen et Malien, la coopération économique et l'assistance entre nos deux peuples deviennent chaque jour réalité concrète et une raison d'espérer sur l'établissement de relations étroites et amicales entre tous les pays africains.
Des missions de bonne volonté dirigées par des responsables de notre Assemblée et de notre Gouvernement se sont rendues auprès des États voisins et amis pour leur expliquer le caractère irréversible de notre option politique et de notre attachement à l'idéal d'émancipation, de solidarité et d'unité africaines. Nos plénipotentiaires ont eu des entretiens fructueux avec les dirigeants des État de Haute-Volta, de Côte d'Ivoire, du Dahomey, du Togo, du Niger, de la Mauritanie et de la Guinée, et je suis heureux de vous annoncer que par la clarté et le dynamisme de notre option, nos missionnaires ont forcé la sympathie de leurs interlocuteurs.
Nos entretiens avec les État frères de Côte d'Ivoire et de la Guinée qui sont nos voisins immédiats et auxquels nous lient de puissants courants commerciaux traditionnels, ont été particulièrement satisfaisants et nous permettent d'envisager avec confiance l'avenir de nos relations avec le monde extérieur.
En retour, notre gouvernement a reçu de la Côte d'Ivoire, de la Guinée, du Ghana, de la Mauritanie, du Cameroun, du Maroc et de la Tunisie, des missions de bonne volonté et d'amitié conduites par des hommes État ou des hommes responsables politiques de premier plan.
Aujourd'hui, la République du Mali est membre de l'Organisation des Nations Unies. Certes des manœuvres déloyales et des embûches de toutes sortes ont été tentées contre elle pour retarder son admission, mais grâce à la vigilance de notre délégation toutes ces manoeuvres ont été déjouées et la République du Mali proclamée membre des Nations Unies par la quinzième session de l'Assemblée générale de l'Organisation au cours de sa séance du 29 septembre 1960.
Ayant pris place dans la grande famille des Nations Unies, la République du Mali, par la voix de sa délégation, a exprimé à la tribune internationale de l'Assemblée, conformément aux directives de la résolution de politique générale de notre congrès extraordinaire, la signification de la politique internationale que notre gouvernement entend mener.
Il est bon de rappeler à cette occasion que notre gouvernement est décidé à pratiquer dans toutes les instances internationales une politique de neutralisme positif et de non-alignement.
En effet, la voix de la République du Mali ne servira jamais d'appoint à un groupe contre un autre groupe, à un bloc contre un autre bloc, à une coalition contre une autre, notre voix exprimera la sagesse, le réalisme et la dignité de notre peuple, elle ne sera ni au service de ce qu'on appelle communément Ouest ou Est, elle sera au service de la justice et de la vérité pour le triomphe de la paix et de l'amitié entre les peuples.
En donnant le nom du Mali à notre jeune République, nous avons devant l'Histoire fait le serment de réhabiliter les valeurs morales qui ont fait jadis la grandeur de l'Afrique, ce serment, mon gouvernement le tiendra et c'est pourquoi nous refusions d'être un spectateur passif devant les grands problèmes mondiaux ou un simple pion sur l'échiquier international.
C'est pénétrée de cette conviction profonde et consciente du rôle que le Mali doit jouer sur la scène internationale au nom de l'Afrique longtemps bafouée, que notre délégation à l'O.N.U. a clairement défini notre position sur les grands problèmes du jour : désarmement, problème de la Chine, problème congolais, discrimination raciale, problème algérien, indépendance de tous les pays colonisés, etc.”

LA POLITIQUE ECONOMIQUE VUE D'ENSEMBLE :

“ Le décret n° 268 P.G.M. a créé un Comité de direction économique, comprenant outre les responsables des principaux départements économiques, le secrétariat et le trésorier général de l'Union Soudanaise-R.D.A., le rapporteur de la
Commission du Plan, le chef de la division économique et financière du ministère des Affaires Etrangères et le représentant de l'Union nationale des travailleurs du Mali.
Ce Comité de direction économique est chargé de coordonner l'action économique du gouvernement, il est habilité à prendre toutes mesures économiques d'urgence qui s'avéreraient nécessaires.
Les courants d'échange traditionnels du Mali avec l'extérieur, j'ai eu l'occasion de le dire déjà, se faisaient dans le sens nord-sud. C'est la colonisation qui, par l'établissement de voies de pénétration vers l'intérieur en partant de la côté ouest, a provoqué un renversement de ce courant dans le sens est-ouest. Cet état de chose doit changer. 'Voilà pourquoi, dès l'éclatement de la Fédération, le gouvernement du Mali a pris des contacts avec ceux des Républiques de Côte d'Ivoire et de Guinée.
Le principal objectif ici sera d'organiser le transport des marchandises de façon très souple, d'assurer une rotation très rapide du matériel de transport et surtout d'éviter au maximum les ruptures de charge.
Ainsi donc, des projets sont à l'étude pour relier par voie ferrée le Mali à la Côte d'Ivoire d'une part, à la Guinée de l'autre. L'infrastructure et les transports aériens seront également développés.
Le Mali est un pays agricole, certes, mais une économie malienne harmonieusement équilibrée ne s'instaurera que s'il existe des industries nationales, ce sera là le moyen de remédier à notre état de dépendance économique et d'éviter une sortie exagérée de devises qui serait préjudiciable à notre jeune économie. Les mesures nécessaires seront prises pour réduire au minimum notre dépendance à l'extérieur pour notre subsistance.
Il faut, en effet, dans la période présente, réduire nos importations de marchandises que le Mali ne produit pas encore. En effet, une des conséquences de l'égoïsme des nations riches du globe est que les termes de l'échange dans les pays sous-développés se détériorent chaque année.
Voilà pourquoi votre gouvernement a pris des contacts avec toutes les nations amies sans exclusive pour aider le Mali à implanter des industries permettant de valoriser les produits du pays. Le Mali, par exemple, exporte annuellement 5 200 tonnes de coton-graines et dans le même temps il importe pour 1 milliard 695 millions 805 mille francs de fils et de tissus de coton. Pourquoi ne pas accroître notre production de coton pour l'exportation et pour la fabrication sur place de fils et de tissus de coton ?
La création de filatures et d'industrie textiles, d'huileries et de savonneries, de tanneries et de cimenteries n'est qu'une question de semaines. Les produits du sous-sol seront prospectés et exploités. Mais l'intention du Mali ne sera pas de se replier dans un système d'autarcie, et des accords commerciaux sont à l'étude concernant les principaux produits maliens : laine, peaux, riz, coton, arachide, etc.
Le cheptel de la République du Mali constitue une autre source de richesses : il peut être évalué à 3 500 000 bovins et 8 à 10 millions de moutons et chèvres, ce qui présente au bas mot un capital de 10 milliards de francs C.F.A.
Les efforts du Commissariat à l'Elevage ont donc tendu à protéger, sur le plan sanitaire, ce capital.
Tous les efforts seront poursuivis, mon gouvernement en donne l'assurance, parce que l'élevage constitue dans le Mali de demain un des facteurs clé de l'accroissement du revenu national.
Dans cette optique une exploitation rationnelle des produits de l'élevage sera entreprise.

LA SOMIEX :
Le gouvernement escompte de l'action de la SOMIEX la réalisation des objectifs suivants :
- Sur le plan économique, régulariser et orienter le marché, aussi bien à l'approvisionnement qu'à la production, obtenir des prix plus justes ;
- Sur le plan social : harmoniser et stabiliser les conditions de vie sur tout le territoire du Mali, et faire disparaître les iniquités et les disparités de traitement dont souffraient nos frères agriculteurs sous l'ère coloniale.
C'est dans ce sens que doit œuvrer la SOMIEX, avec l'aide des bénéficiaires, de l'Administration, des responsables politiques et économiques.
Ces mesures se justifient d'autant plus qu'avec l'accord des représentants qualifiés des paysans nous allons réduire de plus de 25% le prix du riz paddy au producteur pour que notre production puisse, désormais, supporter dans les État voisins la concurrence avec les riz extra-africains et être entièrement placée.
Il n'est pas raisonnable de poursuivre l'aménagement des plaines rizicoles, de pousser les paysans à la culture du riz et de ne pas pouvoir vendre la production. Cette mesure, qui sera applicable l'an prochain à l'arachide si les fluctuations du commerce international nous l'imposent, influera sur le prix du mil, car il faut maintenir l'équilibre existant entre les prix des deux céréales : riz et mil.
Révolutionnant nos structures économiques, nous ne pouvons maintenir les prix artificiels qui compromettent gravement l'équilibre de notre économie nationale et les chances d'une indépendance économique.
Le paysan trouvera la compensation des effets de la normalisation des prix, d'une part par une augmentation très sensible du volume de sa récolte sans que cela exige de lui un surcroît d'efforts, et, d'autre part, par la baisse des prix des articles d'importation. Évidemment, nos populations sont assez réalistes pour comprendre que ces mesures ne rendront pas leur plein effet dès le jour de leur application.

LA BANQUE POPULAIRE :
Par ailleurs, le souci d'adapter la politique du crédit aux objectifs politiques, économiques et sociaux que s'est assignés le gouvernement, l'a conduit à créer une Banque populaire malienne pour le développement, au crédit de 100 millions de francs, dès le 11 juin 1960.
L'aide financière sera désormais sélective et fondée sur le bien-fondé économique de la branche d'activité en jeu. La création de cette Banque populaire permettra, en outre, une coordination, donc une efficacité accrue de l'assistance financière accordée aux secteurs les plus défavorisés de l'économie malienne, ce qui était loin d'être réalisé sous le régime colonial.
Tout en obéissant à des principes de gestion saine et de rigueur financière, l'action de la banque sera facilitée par l'esprit de solidarité qui animera les organismes auxquels elle accordera des prêts, d'autant plus que la couverture des risques qu'elle prendra lui sera garantie.
En effet, l'article 2 des statuts de la Banque populaire, stipule qu'elle a pour objet : « de consentir des crédits à court terme, moyen terme et long terme aux entreprises et aux organismes ayant une forme ou un objet coopératif ou mutualiste dont l'activité s'exerce dans le domaine de l'agriculture, du commerce, de l'élevage et de la pêche ».
Nous devons désormais nous pénétrer de l'idée que dans ces branches d'activité le salut est dans l'union, dans la solidarité au sein de groupements tels que les coopératives : de transporteurs, de maraîchers, d'entreprises de construction, d'artisans, de pêcheurs. C'est par l'intermédiaire de ces groupements que se fera le progrès, que sera obtenue la rentabilité maximum des forces productives de la Nation malienne.
Nous devons dans ce domaine, faire délibérément fi de la routine et écarter les solutions paresseuses.
C'est dire qu'ici, l'intérêt de chacun va aussi dans le sens de l'intérêt général.
La Banque populaire se propose encore comme objectif de consentir des crédits destinés à faciliter la construction ou l'amélioration des maisons d'habitation et l'installation professionnelle des personnes exerçant une profession. Il nous faut, plus que jamais, promouvoir la création d'une catégorie d'industriels et d'entrepreneurs maliens dynamiques, sachant investir au mieux des intérêts du pays.
Ce sont là les aspects les plus intéressants de l'activité future de la Banque populaire, mais elle pourra également mobiliser les ressources locales sous forme de dépôts, d'emprunts, recourir à des emprunts extérieurs, prendre des participations dans le capital des sociétés privées ou des sociétés d'équipement.”



LES MESURES À PRENDRE :

“ Les décisions, certes révolutionnaires mais combien claires et sans équivoque de notre congrès extraordinaire, ont du coup renforcé notre unité nationale et nous ont acquis l'amitié, l'admiration et même la solidarité de nombreux pays qui, jusqu'alors, n'avaient eu le privilège de connaître notre peuple qu'à travers l'ombre de l'ancienne puissance colonisatrice ou le truchement de construction de compromis. Aussi, je tiens à réaffirmer que le gouvernement que j'aurai l'honneur de présider entend dans son action quotidienne appliquer scrupuleusement et ce, contre vents et marées, les dispositions des résolutions du congrès.
Déjà au gouvernement provisoire, notre première action, après la proclamation de la République du Mali, a été le dépôt de notre candidature à l'Organisation des Nations Unies et l'affirmation dans les faits de notre indépendance et de notre liberté d'action à l'égard de toutes les puissances, de tous les blocs et de toutes les alliances, en particulier à l'égard de la communauté dite rénovée.
C'est ainsi que nos soldats qui combattaient en Algérie et au Cameroun sous un drapeau qui n'est pas le nôtre et pour des causes qui ne sont non plus nôtres sont actuellement acheminés sur la République du Mali, et nous sommes convaincus que ces vaillants militaires longtemps bafoués et dépersonnalisés, de retour au pays natal, mettront leurs bras et leurs connaissances au service de la construction nationale.
Dans le cadre de notre souveraineté retrouvée, conscients de notre sous-développement, mais soucieux du respect de notre dignité, nous entendons accepter toutes offres de coopération et d'assistance conformes à nos besoins et à nos objectifs, mais rejeter catégoriquement tout paternalisme ou proposition tendant à aliéner, sous quelque forme que ce soit notre indépendance.
C'est dans cette conviction que notre gouvernement a envoyé une mission de bonne volonté en République Socialiste de Tchécoslovaquie et en Union Soviétique, et je suis heureux de vous annoncer que nos. Plénipotentiaires ont rencontré auprès de ces État beaucoup de compréhension et d'amitié.
La venue en République du Mali de deux importantes missions d'économistes et de techniciens de ces deux pays socialistes, le caractère positif et réaliste des négociations en cours ouvrent à l'économie de notre pays des perspectives encourageantes. Une autre mission s'est rendue en République fédérale allemande où elle a recueilli une impression très favorable.
Des contacts fructueux ont eu lieu également dans notre capitale avec des missions venues des États d'Amérique, de Grande Bretagne, d'Israël, de la République Populaire de Chine, de la République Démocratique du Viêt-Nam, de la République Populaire Fédérative de Yougoslavie, de la République de Bulgarie, du Maroc, etc...
Une importante délégation conduite par le Vice-président Jan Marié Koné, vient de visiter la Tchécoslovaquie, l'Etat d'Israël et la République Fédérale d'Allemagne et a conclu des accords dans chacun de ces pays. Comme vous le constatez, dans ce monde où les nations sont caractérisées par leur niveau de développement économique et industriel, l'action politique de mon gouvernement tend essentiellement à hâter le développement économique et industriel de notre République, conditions indispensables à l'affirmation de notre indépendance.”

LES PROBLEMES CULTURELS DU MALI NOUVEAU :



Après avoir passé en revue l'essentiel de l'action gouvernementale, le Président Modibo Keita étudie successivement les domaines de : l'éducation, la santé, la jeunesse (pionniers, milice, service civique rural), puis il détermine le rôle des femmes, des syndicats et s'appesantit sur les problèmes culturels du Mali nouveau.

“ C'est le lieu et le moment aujourd'hui, après l'acquisition de notre souveraineté nationale et internationale, après la libération totale de notre pays de la domination étrangère, de parler de la nécessaire décolonisation des mentalités.
En effet, cinquante années de colonisation, ont, à n'en pas douter, imprimé à notre pays un visage nouveau l'isolant de son passé et le plaçant dans un carcan destiné à étouffer toute velléité de résurgence de nos traditions anciennes.
Des institutions politiques et administratives, des structures économiques et sociales, un système d'enseignement et d'éducation conçus et réalisés pour le seul bénéfice du colonialisme, une volonté marquée de faire de l'Africain un être irresponsable, incapable d'initiative et d'esprit de conception, ont conduit certains colonisés à adopter vis-à-vis du colonisateur une attitude passive de soumission et, parfois même, d'acceptation de la situation de fait qui leur était imposée.
Ainsi, a-t-on souvent connu des Africains qui ont cru en la pérennité du régime colonial et se sont comportés en véritables dominateurs à l'égard de leurs frères. De même que certains de nos compatriotes ont-ils cru devoir mépriser nos traditions locales (orales ou écrites) au profit de celles du conquérant : la colonisation intellectuelle accomplissait inexorablement son oeuvre de destruction de notre patrimoine national et de corruption de nos élites.
Il y avait là un phénomène troublant de dépersonnalisation collective qui aurait pu entraîner la disparition totale de toutes nos valeurs culturelles, de toutes nos civilisations, si des hommes, des Africains ne s'étaient pas résolus à faire énergiquement front pour lutter contre la mort spirituelle qui nous menaçait tous.
C'est alors qu'est né le grand courant du PanAfricanisme, pour ne pas dire de la Négritude, les Africains de tous les continents et plus particulièrement ceux des Amériques, qu'un cruel accident historique avait éloignés de leur patrie originelle, ont d'une même voix, répondu à l'appel pressant de leur Afrique natale qui avait besoin du concours de tous ses enfants pour s'émanciper du joug de ses maîtres.
Nul, mieux que les Africains eux-mêmes, ne pouvait trouver les moyens d'expression propres à revaloriser leurs cultures et à réhabiliter le génie créateur de leur race.
Le grand vent de liberté qui a déferlé sur le monde pendant la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe, devait permettre aux Africains de prendre conscience d'eux-mêmes, d'inventorier par eux-mêmes, et pour eux-mêmes, leurs propres données culturelles, enfin, de définir l'étendue et les limites de leur contribution à la civilisation mondiale.
Hommes politiques, poètes, philosophes, unis par leur commune appartenance à la grande famille africaine, se sont attelés avec foi et la conviction de patriotes, à la lourde et noble tâche de reconstituer notre riche patrimoine culturel. D'abord individuelle (c'est-à-dire le fait de penseurs ou d'hommes politiques isolés, que l'on qualifiait de « visionnaires »), la lutte pour une Afrique authentique est devenue collective et s'est inscrite au premier rang des préoccupations des organisations africaines de tous genres, depuis les cercles littéraires, jusqu'aux mouvements politiques les plus divers qui ont couvert l'Afrique, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest.
Pourquoi un tel enthousiasme collectif ? Une telle détermination unanime ?
Pour la raison bien simple, qu'il existe une personnalité africaine, une pensée africaine, des civilisations africaines et, pour tout dire, une culture africaine.
De l'histoire des différentes luttes, riches en péripéties multiples qui ont restitué à l'Afrique son visage authentique et lui ont permis de renouer avec son passé sans renoncer à sa vocation actuelle, une constatation s'impose : la culture d'un peuple est l'expression la plus intrinsèque de sa faculté d'adaptation à son milieu, à sa condition propre, aux réalités philosophiques et sociales qui la conditionnent, dans son être comme dans son devenir.
Notre folklore et nos traditions orales et écrites, notre musique qui est en même temps pensée et action, constituent les manifestations les plus éclatantes et les plus vivantes de notre culture.
Mais toute culture recèle deux sortes d'éléments : des éléments positifs qui l'impulsent et contribuent à son enrichissement et des éléments négatifs qui freinent son évolution et la sclérosent pour ensuite la détruire.
Un double effort de recherche et de réflexion est donc nécessaire pour revaloriser notre culture nationale : il nous faut, en premier lieu, la débarrasser des apports étrangers inadaptés à son essence et impropres à son développement et analyser, en second lieu, les données culturelles de notre pays pour en tirer les composantes les plus dynamiques et donc les plus susceptibles d'être intégrées dans le processus d'évolution moderne.
Pour ce faire, il n'est pas besoin de souligner toute l'importance que revêt, pour nous Africains, la connaissance approfondie de la philosophie, des arts, de la musique et des religions de nos pays respectifs. Dans les domaines les plus divers de la pensée et des activités africaines, des chercheurs et des penseurs doivent exercer leur esprit de curiosité et dresser un inventaire complet de notre acquis, de nos forces et de nos faiblesses, dans un souci d'objectivité scientifique.
La tâche leur sera d'autant plus aisée qu'ils s'y donneront avec amour, avec cette communion de pensée qui doit lier le savant à l'objet de sa recherche. Toutes les facilités leur seront offertes par le gouvernement qui les appuira de tout son mieux dans cette oeuvre d'intérêt national et même mondial ; il pourra être envisagé dans un bref avenir la création d'écoles en vue de la formation de spécialistes dans toutes les branches de la science humaine, tout en intensifiant les stages à l'étranger.
Nos ethnologues s'intéresseront à l'étude des individus et des races qui peuplent nos régions, nos géologues à l'étude de notre sol et de notre sous-sol, nos physiciens à l'étude de nos climats, nos pharmaciens à la richesse insoupçonnée de notre pharmacopée, nos docteurs à la lutte contre les maladies les plus diverses qui sont encore, hélas, le lourd tribut de nos contrées, nos philosophes et nos sociologues se livreront à d'utiles travaux sur notre philosophie et la morale de nos sociétés pour en dégager la valeur universelle.
Chacun, dans sa sphère propre, apportera ainsi sa contribution à la résurrection de notre héritage national, à la restauration de notre personnalité et, donc, à l'affirmation de notre Nation.
Aussi n'est-il pas inutile d'insister sur le rôle que devront jouer dans une telle optique les langues vernaculaires : elles constituent, sans nul doute, les instruments les plus sûrs et les plus populaires qui permettront à nos masses rurales de donner toute la preuve de leur capacité. Cela n'exclut pas, bien sûr, la nécessité pour elles d'apprendre la langue française qui facilitera leur adaptation aux courants d'idées modernes.
Grâce à un enseignement de base étendu, à une scolarisation intensive, à une démocratisation toujours plus poussée de l'enseignement rendant effectif pour chaque individu, à quelque couche sociale qu'il appartienne, le droit à l'instruction, nous réussirons à détruire de manière décisive tous les déséquilibres culturels issus du régime colonial.
Nous parviendrons également à mettre fin au malaise social qui peut résulter de la qualité de notre société, dualité qui se traduit par une infime minorité d'intellectuels en présence d'une imposante majorité d'analphabètes.
Pour faciliter la compréhension entre tous les peuples de la terre, nous ne jetterons d'exclusive sur aucune langue même si, pour des raisons pratiques évidentes, nous choisissons la langue française comme langue officielle.
En effet, une langue est un instrument de travail dont aucune nation au monde ne peut revendiquer le monopole.
Notre rôle à nous est de faire de ces langues des outils propres à traduire notre pensée dans les domaines les plus variés. Nous en ferons les vecteurs les plus fidèles de l'esprit africain.
Ouvert à tous les vents du monde, notre pays saura tirer profit des données positives des autres civilisations, qu'elles soient de l'Est ou de l'Ouest.
Du reste, le Mali qui fut le creuset où vinrent se fondre, en une seule, les cultures africaines, berbère et arabe, continuera à jouer ce rôle de trait d'union sans perdre ses caractéristiques propres. Nous constituerons ainsi le noyau le plus solide à partir duquel s'édifiera la civilisation de l'universel.
Mais la décolonisation culturelle ne peut être acquise qu'au prix d'une volonté inébranlable de s'affirmer en tant qu'Africain, de n'observer et de ne juger les hommes et les institutions de l'Afrique que par des yeux et des cerveaux africains.
A cet égard, il n'est pas superflu de rappeler à nos jeunes qu'ils ont une lourde mission à remplir au sein de la société malienne, et qu'ils ne pourront s'en acquitter qu'en se mettant à l'abri de tout déracinement intellectuel, bref qu'en étant partout les messagers des valeurs culturelles de leur pays.
Pour exister sur le plan international, une nation a besoin d'affirmer sa personnalité, en un mot de défendre sa culture car, la culture est le préalable et la fin de toute politique.
Au Mali, nous avons le privilège d'être l'un des pays de l'Ouest africain qui a un potentiel culturel considérable : nos philosophes dogons, bambaras, peulhs, sarakolés ; khasonkés, etc., ont beaucoup fait parler d'eux à travers le monde ; les morales de nos sociétés maliennes sont de celles qui ont le plus résisté à la pénétration coloniale, notre musique s'est bel et bien conservée au travers des vicissitudes historiques (nos griots nous en donnent un témoignage éclatant) : nos arts plastiques, cyniquement exploités à des fins commerciales par des étrangers, peuvent encore renaître de leurs cendres sous le pinceau de nos sculpteurs, de nos peintres et de nos graveurs modernes ; notre folklore constitue pour nos artistes de la scène et du cinéma une source importante d'aspiration ; nos langues vernaculaires, parlées pour la plupart, par de grandes ethnies offrent de larges possibilités d'études à nos linguistes, enfin, notre histoire, avec toutes les falsifications dont elle a été l'objet, donne à nos historiens l'occasion d'y consacrer de passionnants travaux.
Il y a vraiment là matière à occuper tout le monde : le travail est immense et ne doit plus souffrir d'aucun délai.
Le gouvernement, sans tarder, grâce à notre institut (ex - I.F.A.N.) passera très activement à l'exploration des richesses de notre pays, débarrassé de tout complexe, armé d'une foi inflexible en notre vocation africaine et mondiale, pour faire du Mali nouveau un digne héritier du Mali ancien et, par conséquent, une symbiose réussie de civilisations complémentaires.”

CONCLUSION :

“ Comme vous le constaterez, l'action de mon gouvernement est orientée vers la mobilisation des masses pour que celles-ci acceptent avec enthousiasme les mesures nécessaires à prendre, augmentent leur rendement, qu'elles soient employés, cultivateurs, commerçants, artisans, éleveurs, assurent elles-mêmes la sécurité intérieure et extérieure de la République. Ce que nous voulons, c'est que chaque citoyen et chaque citoyenne du Mali reconnaisse comme indispensable son apport dans le développement de la République et se considère prêt à tous les sacrifices.
Vous comprendrez ainsi les raisons pour lesquelles mon gouvernement consent, cette année, des efforts supplémentaires et importants en faveur du Haut-Commissariat à la Jeunesse et au département de l'Information. Celui-là impulsant un mouvement de masse organisé, orienté vers la prise de conscience nationale et la construction de la République, celui-ci, par son action intérieure, créant l'émulation, et par son action extérieure informant sur les réalités, les objectifs, les possibilités de la République.
Un pays en voie de développement qui minimise l'action des organisations de jeunesse et de l'information se condamne à ne jamais pouvoir instaurer une véritable politique de masse, condition primordiale de toute planification économique socialiste.
Monsieur le Président, Madame, Messieurs les Députés, voilà, très simplement défini, le cadre dans lequel mon gouvernement entend oeuvrer et que votre session meublera de matériaux de travail.
Je proclame ma foi en l'avenir de notre République. Cette foi, vous la partagerez tous, j'en suis convaincu, car il ne peut en être autrement quand il s'agit d'un peuple qui a su garder son calme et sa dignité en des heures où d'autres les auraient perdus, qui a donné des preuves éclatantes de la fermeté de son caractère, qui a affirmé avec force sa détermination, même sur des terres étrangères, à soutenir et à défendre l'honneur de sa patrie et qui, s'il le fallait, n'hésiterait pas à offrir ce à quoi les hommes tiennent le plus, leur vie, pour que vive et prospère un Mali libre dans une Afrique unie, débarrassée de toute domination étrangère.”

EXTRAIT DU DISCOURS PRONONCE À BAMAKO AU MEETING DE MASSE A L'OCCASION DU PREMIER ANNIVERSAIRE DE L'ECLATEMENT DE LA FEDERATION DU MALI (20/08/1961)

« ... Dans la nuit du 19 au 20 août 1960 a été consacrée la rupture de la Fédération du Mali, consécutive aux contradictions inconciliables qui existaient entre les responsables des deux États
En outre, l'activité politique du Mali, donc celle de l'Union Soudanaise-R.D.A. est basée sur la démocratie et l'usage intégral en toutes occasions et à tous les niveaux, des méthodes démocratiques, alors qu'au Sénégal, n'existaient et n'existent encore que des cliques électorales.
Nous étions obligés de travailler contre notre conscience et nos convictions. Nous avions pensé que le peuple du Sénégal allait pouvoir liquider Senghor, qui, comme chacun le sait, est plus Français que le plus Français des Français.
L'élaboration d'une politique internationale, économique et sociale en Fédération du Mali allait être la source de l'aggravation des divergences déjà existantes.
- Les responsables de la République Soudanaise étaient convaincus que le «non-alignement» constituait une des meilleures garanties de survie et de développement harmonieux pour des pays jeunes. Ils pensaient aussi qu'il était nécessaire de liquider les excroissances nocives, les survivances du régime colonial dans le domaine économique et que par conséquent, à la formule d'exploitation étrangère jusqu'ici en vigueur, il fallait substituer l'exploitation par le peuple et au seul bénéfice du peuple !
La tâche consistait de ce fait à attaquer et à détruire toutes les séquelles du régime défunt : gabegie, contrebande, usure, mercantilisme, et toutes les tares d'un régime dont le pourrissement n'était pas notre œuvre, et que nous ne pouvions laisser persister. Il fallait que l'économie de la Fédération fût orientée vers le socialisme, ce qui ne convenait point à Senghor qui est d'essence occidentaliste et capitaliste.
La tâche pour nous était difficile, et seule notre volonté et nos convictions nous permettaient de la poursuivre. Mais c'est bien au cours du séminaire des jeunes et du congrès de l'U.P.S., section du Parti de la Fédération Africaine d'alors, que la tension fut accentuée et que nos adversaires rassemblèrent en hâte tous les matériaux qui leur semblaient nécessaires pour attenter mortellement à la vie de la Fédération du Mali.
Au cours de ces réunions des cadres d'un parti dont j'étais le secrétaire général, j'ai eu à développer devant les militants les positions du Parti face à l'indépendance, à l'africanisation des postes qui est une des garanties de l'indépendance réelle, face aussi à plusieurs autres problèmes communs dont une solution objective doit être la préoccupation de tous les États vraiment libres.
Cette mise au point devait accélérer le processus d'éclatement de la Fédération déjà préparé par la France parce que notre soutien à l'Algérie combattante était ferme ;
Notre orientation vers une économie socialiste, n'était plus un secret, de même que notre vœu de créer une zone monétaire africaine.
Vous connaissez tous, aujourd'hui, le « secret » de l'éclatement de la Fédération du Mali, de même que vous savez tous que cette Fédération n'a été qu'une union contre nature. ..
Vous savez, de ce fait, pourquoi nous avons tous retenu la date du 19 août 1960, parce que c'est à partir d'elle que nous sommes devenus nous-mêmes.
A présent, la République du Mali mène une politique conçue par notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., qui est l'expression de notre peuple.
Tout le monde sait que le Mali est indépendant, même ceux qui sont contre nous!
Nous continuerons d'aller de l'avant !
Il y en a qui vous ont dit, qui vous diront encore en cachette et avec un ton paternaliste :
- Vous ne pouvez pas vivre sans le Dakar-Niger, vous ne résisterez plus longtemps à ceci ou à cela, etc. !
Répondez-leur en leur démontrant (les faits sont là) que c'est bien le Sénégal qui ne peut pas vivre sans le Dakar-Niger.
La preuve a toujours été faite que notre pays se suffit à lui-même en matière de subsistance, mais on refusait délibérément d'y croire !
Que nous reste-t-il à faire ? C'est d'être vigilants ! Et ce, tant qu'il y aura des bases françaises à nos portes et notamment au Sénégal.
En effet, vous savez tous que la « mode est venue pour les capitaines, les colonels d'occasionner des incidents regrettables » qu'un gouvernement faible ne peut désavouer. . . Si vous tenez compte du fait que dans les bases françaises au Sénégal se trouvent des militaires évacués de la République du Mali, auprès d'un gouvernement dirigé par Dia-Senghor se débattant au milieu d'agents du 2e Bureau, vous vous ferez aussitôt une idée de l'importance de ce que je viens de vous dire.
II découle de ce qui s'est passé et de ce qui est présentement, que nous maintenons la rupture des relations économiques en souhaitant toutefois que le peuple du Sénégal, auquel nous n'en voulons pas, parvienne un jour à liquider ceux qui le persécutent et restent responsables de son isolement.
Ceci étant dit, cette conférence ayant été située dans le cadre qui lui est dû, voyons ensemble la situation au Mali depuis que nous sommes devenus nous-mêmes. Voyons ce que nous avons fait, comment nous l'avons réalisé ; voyons quels sont nos options et nos moyens, notre programme et nos potentialités militantes et morales. Voyons ce que nous sommes, ce que nous voulons être, ce que l'Afrique et les forces vives du monde attendent de nous.
Nos options, quel que soit le domaine considéré, sont claires, et depuis le Congrès du 22 septembre 1960, elles n'ont cessé de prouver au peuple du Mali et aux peuples du monde entier combien est forte l'Union Soudanaise et à quelle source intarissable elle puise son dynamisme.
Notre souci majeur a toujours été le renforcement de notre unité nationale, et la voie que nous avons choisie pour arriver à ce résultat est incontestablement la meilleure : elle est garantie par notre patriotisme et par notre ambition collective de bâtir et de consolider les structures de notre État, de satisfaire les aspirations de notre peuple.
Nous sommes partis du fait authentique qui veut que point n'est nécessaire de disposer d'une armée, d'une police, pour mater le peuple et en faire ce qu'on veut ! Au contraire, le Mali dans ce domaine, se distingue par le fait que, son peuple a appris à adhérer à la politique de son Parti national et à se mobiliser vite et bien, en tout temps et en tout lieu à ses mots d'ordre.
Notre option de politique générale, que notre peuple approuve, est le moyen qui permet au Gouvernement d'aller toujours de l'avant ; elle est l'arme efficace qui lui a permis de mettre en place les structures de décolonisation dont les résultats font aujourd'hui la fierté de chaque militant de l'Union Soudanaise.
Camarades, notre survie dépend de notre fidélité à nos principes qui ont donné en toute occasion, la preuve de leur solidité.
Aujourd'hui, plus qu'hier, et demain davantage qu'aujourd'hui, chaque militante, chaque militant, selon la conception que nous avons de notre indépendance, devra s'ériger en soldat.
Soyons toujours vigilants et disons-nous sans cesse qu'il est possible que parmi nous, il y ait des camarades qui "subissent nos méthodes" au lieu de reconnaître leur efficacité prouvée ; il est possible aussi qu'il en existe qui soient mécontents parce qu'ils n'ont pas obtenu telle ou telle place. Il est donc nécessaire que nous les décelions, pour les convaincre d'abord par la force de notre mansuétude et le cas échéant, par des mesures appropriées.
Camarades, notre survie dépend aussi du souci que nous aurons de la défense de notre intégrité territoriale.
Dans ce domaine, la lutte du peuple algérien que nous soutenons est un exemple typique, un symbole vivant de patriotisme.
Le peuple algérien vaincra, en dépit de la campagne d'atrocités et de diversions qui y est menée depuis plusieurs années.
Le Sahara algérien reviendra à l'Algérie, quoi qu'en veuillent décider les réactionnaires à partir de l'Algérie et aussi du Niger où des tribus touareg sont «poussées» à opter pour une République autonome !
La tactique est d'autant plus grossière et stérile qu'il n'y avait pas de territoire Saharien autonome. L'Algérie ne se laissera pas amputer d'une partie de son sol, pas plus que le Mali n'acceptera de l'être lui-aussi : nous défendrons notre territoire par tous les moyens.
Camarades, j'aborde maintenant le problème de l'Unité africaine. L'expérience du Rassemblement Démocratique Africain, celle du Parti de la Fédération africaine sont des exemples qui nous indiquent de ne plus accepter d'initiatives vers l'Unité, sans preuves irréfutables d'identité de vues avec des États qui en manifestent le désir (options politiques, économiques, culturelles et sociales). Nous acceptons la coopération avec tous, nous la pousserons avec tous jusqu'au niveau de la coordination entre nos organismes et ceux des États bien disposés à le faire. Il est bon de rappeler que dans ce domaine précis, l'exemple de l'Union des États Africains, celui des États de la Charte de Casablanca, constituent une preuve tangible de la volonté de nos peuples de s'unir et de poursuivre ensemble la lutte.
Concernant notre politique internationale, nous sommes farouchement anticolonialistes, ce qui explique et détermine notre solidarité à l'égard du peuple algérien et de son digne représentant le G.P.R.A. qu'on refuse de reconnaître et que l'on voudrait quand même obliger à parler au nom de l'Algérie, pour décider des statuts qu'on voudrait imposer à celle-ci ou trancher le problème du Sahara !
Devant de telles contradictions, on se demande si l'Afrique ne devient pas le dernier refuge de la morale universelle !
En effet, pourquoi « le monde libre » laisse-t-il massacrer les Algériens, les Angolais, les Congolais luttant au nom de la liberté ?
Quant à nous, nous ne jugerons pas les puissances en fonction du rapport de leurs forces, mais seulement - et seulement - selon la signification qu'elles donnent à la liberté. Nos amis seront ceux-là qui s'opposeront à la domination d'un peuple par un autre peuple ; nos amis seront ceux-là qui apporteront leur appui inconditionnel à la lutte de libération menée par les peuples opprimés ; nos amis seront ceux qui n'exigeront de nous aucune condition, qui ne nous demanderont pas de nous aligner sur telle ou telle position.
Nous coopérerons avec tous les peuples, mais surtout avec ceux qui nous reconnaîtront des droits et qui les reconnaîtront à tous les hommes dans tous les domaines.
A ceux qui prétendent que nous pencherons vers le communisme, vers le capitalisme, nous répondrons que nous ne considérons pas ces « mots en tant que mots simplement ", mais que nous jugerons et capitalistes et communistes en fonction strictement du comportement de chacun de ces tenants, envers nous, envers nos problèmes, envers nos aspirations.
Nous dénonçons, et combattrons à outrance le néo-colonialisme.
Le néo-colonialisme ? C'est pour un pays «indépendant» de se voir administrer indirectement par son ex-puissance colonisatrice, par l'intermédiaire des traîtres qu'elle a aidés à se hisser au pouvoir, et qui constituent désormais des remparts entre ce pays et l'extérieur.
Nous dénonçons non seulement le néo-colonialisme, mais nous dénonçons et condamnons aussi la tendance des puissances qui manifestent leur volonté de dominer politiquement et économiquement les États en voie de développement.
Nous dénonçons et condamnons l'impérialisme, pour le mépris qu'il éprouve à l'égard des hommes et des institutions qui se refusent à épouser son point de vue.
Camarades, en votre nom, j'affirme que notre neutralité n'est pas celle de l'homme qui regarde brûler la case de son voisin sans se déranger ; elle n'est pas celle du pays qui en laisse détruire un autre par un puissant du jour, sous prétexte que cela ne le regarde nullement. Notre neutralité n'est pas celle des « sans avis » sur le problème crucial du désarmement.
Pour nous, militants de l'Union Soudanaise-R.D.A., la neutralité c'est avant tout la possibilité de prendre position devant n'importe quel problème. Pour nous, aucun pays africain ne saurait être neutre à l'égard du problème algérien aucun pays africain ne saurait être neutre devant les drames tunisien et angolais.
Nous, de l

Union Soudanaise-R.D.A., nous sommes avec les peuples algérien et tunisien, contre la France ; nous sommes avec le peuple angolais contre le Portugal,- nous sommes avec le peuple congolais contre la Belgique.
En ce qui concerne le désarmement, nous serons d'accord avec la morale et la sécurité internationales. Notre accord sur un point quelconque avec un bloc quelconque, ne signifiera pas alignement sur ce bloc ; il sera plutôt l'effet d'un hasard qui concrétise une identité de vue sur un problème précis.
Notre neutralisme imprimera le cachet de notre appréciation même sur l'aide étrangère dirigée vers nous.
En tous cas, nous ne serons jamais neutres devant la lutte anticolonialiste. En tout état de cause, nous rappelons bien fort et bien clairement que nos options sont nettes. Elles nous ont valu des ennemis. . . Des pays voudront notre voix et tant d'autres choses encore !
D'aucunes puissances vont jusqu'à affirmer que notre pays, par sa position centrale, est devenu comme une «pomme de terre pourrie dans un sac», et songent dès lors à concevoir comment elles devront agir pour préserver ce qu'elles appellent des « esprits encore sains » contre le danger que nous représentons.. .
Tout cela, camarades, nous incite à la vigilance.
Notre point de vue est sans équivoque. Nous aiderons tous les peuples qui luttent pour leur liberté. C'est notre devoir ; mais ce devoir comporte des risques et certains camarades ne réalisent pas encore suffisamment la gravité de la situation résultant de nos options.
Je dis même qu'il ne faut pas écarter la possibilité des attentats politiques ! C'est pourquoi en ce moment, vigilance est synonyme de premier mot d'ordre du Parti et du Peuple.
Le mot socialisme effraie certaines conceptions. Il ne nous effraie pas, nous, car, nous savons que même en pays capitalistes, l'on ne saurait se passer de ce mot. Notre socialisme ne sera pas pour nous la manifestation d'une tendance à copier servilement ce qui se fait ailleurs. Ensuite, nous aurons toujours en tête la notion de nos réalités vivantes. Pour nous, une économie socialiste doit répondre d'abord à certains critères principaux :
- Contrôle efficace de l'Etat au niveau de la production et des échanges ;
- Suppression de l'anomalie que constitue l'importation de produits dont les homologues se trouvent chez nous ;
- Etatisation des secteurs vitaux ;
- Mouvement coopératif au niveau des secteurs de production et de consommation ;
- Etre maîtres du choix de nos investissements, de nos crédits d'investissement.
Nous imposerons des conditions à l'installation des industries chez nous, c'est pourquoi nous disons que nous devons être maîtres des crédits d'investissement. Cela nécessite évidemment bien du courage et de la fermeté.
D'ailleurs, penserons-nous un seul instant que les privés accepteront, dans les conditions que nous exigerons, l'installation d'industries ? Penserons-nous un seul instant que leurs gouvernements vont nous accorder des capitaux qui serviront à leur liquidation ?
Ne nous faisons pas d'illusion ! Nous serons aidés certes, mais disons-nous qu'un pays ne se construit jamais rien qu'avec l'aide extérieure, et soyons convaincus qu'un tel pays n'est jamais indépendant !
L'Union Soudanaise et ses militants savent depuis longtemps qu'un pays qui veut se construire affronte les difficultés, accepte les sacrifices, sinon il ne sera rien. Ces vérités sont bonnes à connaître, car jusqu'ici, nous n'avons pas encore pris toutes les mesures nécessaires au succès. Mais nous affirmons qu'elles seront prises, à l'heure convenue ! Elles le seront même à l'encontre de certains militants.
Nous avons un Plan qui vient d'être approuvé par l'Assemblée Nationale ; sa réussite dépendra de ce que nous serons maîtres de nos investissements. Pour sa réussite, des mesures ont été déjà prises ; d'autres le seront. Il nous faut gagner la bataille et nous la gagnerons.
Indépendamment de nos potentialités propres qui sont nos meilleurs atouts, nous avons envoyé des missions partout, sans distinction et, à ceux qui pourraient en cachette nous le reprocher, nous disons que dans le domaine des échanges économiques au moins, le principe de la « coexistence pacifique » a donné des preuves de sa réalité.
Nous ajoutons que pour nous, pays en voie de développement, il faut recourir à tous les moyens. Nous voulons faire comme les autres. Nous voulons nous développer et nous accepterions même l'aide du diable, à condition qu'elle respecte rigoureusement nos options.
Pour nous, il n'est pas question de revenir en arrière, un seul instant en arrière sur notre option.
Au contraire, il faut accélérer la marche, vite atteindre l'objectif dans le minimum de temps et avec le minimum de garantie.
Notre Assemblée a voté le Plan Quinquennal du Mali qui prévoit la mise en place d'industries de consommations (alimentaires, textiles, cuir, production de matériaux de construction, etc.).
Nous produirons tout ce que nous sommes en mesure de produire. Cependant, nous n'avons pas négligé le sous-sol ; mais il faut que vous sachiez tous qu'il est avant tout indispensable de faire vivre et d'habiller l'homme et trouver sur place certaines matières premières susceptibles d'occuper les industries que nous allons installer, avant de songer aux projets ambitieux d'industrialisation lourde.
Le Mali est indépendant, non seulement depuis un an, mais il le sera davantage encore dans les années à venir. Il a donné des preuves irréfutables de son indépendance et continuera à en donner. C'est ainsi que notre peuple et notre parti en ont décidé.
Dans quelques jours, se tiendra la Conférence des pays non alignés à Belgrade. Beaucoup de bruits circulent déjà autour de cette conférence. Ce que nous pouvons vous affirmer dès maintenant, c'est que la délégation malienne à cette conférence se déterminera clairement en votre nom sur tous les problèmes vitaux, à savoir :
- L'anticolonialisme ;
- Le désarmement ;
- Les essais nucléaires ;
- La paix mondiale ;
- La coexistence pacifique ;
- Le problème de Berlin.
Il ne s'agira pas pour nous de la création d'un troisième bloc, il s'agira pour nous d'affirmer en toute lucidité qu'aucun régime ne saurait être imposé au monde.
Nous ferons remarquer que le Tiers Monde peut et doit apporter sa contribution impartiale, dans la stricte objectivité, à la recherche des solutions aux problèmes qui concernent l'humanité entière.
Pour nous, il est clair que la paix internationale est la meilleure garantie de notre développement et nous ne manquerons pas de souligner notre déception de voir le désaccord grave existant entre deux blocs qui, hier seulement, étaient d'accord pour combattre le fascisme et l'hitlérisme. ..
Nous savons que ceux qui ont souffert de la guerre ne veulent jamais de la guerre ; nous savons aussi que ceux qui s'enrichissent de la guerre sont les seuls à vouloir de la guerre. La position du Mali sera nettement définie, à l'occasion de la Conférence de Belgrade. Cela lui permettra alors de voir avec qui la coopération sera encore possible.
Le Mali, territoire intérieur, avec ses positions objectives se créera fatalement des ennemis. Ces derniers feront tout pour que nous échouions, car ils savent que cet éventuel échec pourra être exploité. Nous en sommes conscients, c'est pourquoi nous disons qu'il n'est pas question pour nous d'échouer, car ce serait l'échec de toute l'Afrique et un soufflet à la morale universelle.
C'est pourquoi, camarades, nous ne devons plus raisonner en ramenant la situation à nous-mêmes, à l'échelle individuelle.
II y a trop à faire et il est nécessaire d'intensifier encore davantage le travail de masse. Les responsables devront multiplier les relations avec les masses, et en retour, celles-ci devront voir davantage mieux en eux des guides, des conseillers. C'est plus que jamais une impérieuse nécessité, qui permettra à tous d'apporter une contribution efficace à la construction nationale. Dans cette oeuvre gigantesque et exaltante, chacun de nous a sa part.
Les agents de l'Administration à tous les échelons, doivent être des éducateurs s'ils ont conscience de leur double rôle de militants et de responsables.
Il n'est pas dit que le Mali deviendra un jour, à la fois paradis et enfer pour des catégories de citoyens ! Nous nous souviendrons toujours que nous sommes les cadres d'un Parti dont les responsables ont été brimés par le régime colonial, ont couché par terre, circulé dans la boue, à pied, à vélo, pour apporter la bonne parole et donner le bon exemple dans les coins les plus difficilement accessibles du pays.
« De tels responsables ne devront jamais se trahir.. »
Avant de terminer, je salue :
- Les femmes auxquelles je demande de rester toujours les amazones vigilantes, gardiennes incorruptibles des vertus
du Parti et du Peuple :
— Les jeunes respectueux des mots d'ordre du Parti que j'exhorte à ne jamais se laisser gagner par le régime des facilités. Mes salutations vont également aux brigades de vigilance, aux milices populaires, au service civique rural, bref, à toutes ces organisations de jeunesse qui ont toujours accepté les sacrifices, dont les cadres sont appelés à assumer demain
les responsabilités qui incombent aujourd'hui aux aînés.
Agissez bien, vous jeunes, afin que demain le pays ne fasse pas appel à des cadres précocement pourris. Ne soyez pas brigadiers, seulement la nuit, soyez-le dans les bureaux, dans les ateliers. Exercez sans défaillance la mission qui vous est confiée. Dénoncez objectivement tout ce qui est suspect et antiparti, antipeuple, antimalien, anti-africain.
Sachez que nous avons des adversaires parmi les Maliens et non Maliens.
« Et si jamais vous avez le sentiment que vous êtes contrés dans votre tâche, adressez-vous au secrétaire général et président du Gouvernement.»
M'adressant aux vieux, partout sages en Afrique, je dis :
— Vos fils et votre peuple vous saluent, ils vous respectent et vous vénèrent parce que vous auriez pu vous désintéresser de l'avenir du pays en disant : « Ce n'est plus de notre âge ; nous nous tenons à l'écart... » - Sachez que notre reconnaissance va vers vous et nous vous demandons de continuer à prier pour nous, à nous aider par vos conseils éclairés.
- A vous, travailleurs, j'adresse le salut du Parti. Vous avez déjà fourni les preuves de votre fidélité à notre idéal et à notre peuple. Faites en sorte que cessent les calomnies que certains lancent à l'adresse du camarade fidèle au Parti et au Gouvernement. Ce camarade fidèle ne mérite pas qu'on le traite de « suiviste » ou de « conformiste ».
N'écoutez pas ceux qui vous disent qu'il « n'y a plus de syndicat » ou qui vous tiennent des propos antipatriotiques. Ce qui est vrai, c'est que nous ne sommes plus à l'ère des revendications stériles. »
La seule revendication valable aujourd'hui c'est l'aspiration pour chacun de nous à être le meilleur commis, le meilleur instituteur, le meilleur ouvrier, enfin, le meilleur bâtisseur de la nation malienne.
Ceux qui diffusent des idées subversives doivent être décelés et balayés du Parti.
Travailleurs, votre rôle est de dire votre point de vue partout où vous êtes, partout où vous serez ; cela est d'autant plus facile que vous êtes présents dans tous les organismes de l'Etat.
Vous, militaires, qui avez été comme nous à notre niveau, victimes de la dépersonnalisation, je suis certain que vous faites de notre armée une armée du peuple, qui sera toujours à côté du peuple.
A vous, anciens combattants qui avez libéré des peuples, aidé à libérer les peuples de ceux qui opprimaient votre pays, le Parti et le Gouvernement vous adressent leur salut ! Nous vous félicitons de votre contribution : faites tout pour que vive et prospère ce Mali que vous avez libéré, créé, qui est soumis aux regards amis et ennemis.
Militantes et militants, de toutes régions, anciens et nouveaux, continuez à ne voir que le peuple et le Mali ; travaillez pour la construction nationale et la coopération pacifique de notre peuple avec tous les autres peuples.
Sachez que celui qui ne fait rien ne risque pas de se tromper.
Ce qui compte, c'est le dévouement inlassable au peuple, au Parti, pour la garantie de notre succès. ..»

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