Modibo Keita

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Un peuple, un but, une foi

Le militant

Anti-colonialisme, panafricanisme, non-alignement

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Discours page 2

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ALLOCUTION A LA CONFERENCE DES NON-ALIGNES A BELGRADE du 01/09/1961 au 06/09/1961

Monsieur le Président,
Excellences,
Honorables délégués,
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais tout d'abord présenter mes compliments à l'ensemble des honorables délégués ici réunis pour participer aux travaux de notre conférence avec la foi inébranlable des pionniers de la paix et des bâtisseurs d'une véritable humanité faite de justice et de fraternité.
Vous voudrez bien me permettre aussi, j'en suis sûr, de remercier au nom de la République du Mali nos amis yougoslaves, leurs peuples, leurs dirigeants, pour le soin particulier et l'efficience dont ils ont fait preuve dans l'organisation de notre rencontre, la première dans l'histoire, à rassembler autant de chefs d'Etats et de gouvernements autour des problèmes internationaux. Cette chaleureuse hospitalité que nous n'avons fait que retrouver en l'espace de deux mois, l'organisation minutieuse des séances de travail méritaient à coup sûr d'être signalées.
Le Mali, qui a conquis son indépendance le 22 septembre 1960 s'est immédiatement déclaré ouvert à la coopération avec tous les peuples. Il a tracé et suivi scrupuleusement sa politique de non-alignement sur les deux blocs dont la rivalité menace la paix des peuples, notamment de ceux des pays dits neufs qui ont tout l'avenir devant eux. C'est pourquoi, pleins d'espoir pour l'avenir, nous nous sommes rendus à Belgrade laissant derrière nous les tâches urgentes de construction nationale.
Certaine presse, vous vous en souvenez, a tenu, dès le départ, à présenter notre réunion comme le prélude à la création d'un troisième bloc destiné à faire le contre-poids des deux groupes de grandes puissances. Le but visé était alors de dresser les » grands » du jour contre notre conférence ; d'autre part, en accréditant l'idée d'une troisième force, nos détracteurs tentaient de porter atteinte à notre propre politique, celle de non-alignement ; ce faisant, ils nourrissaient l'espoir d'isoler des autres pays du monde nos peuples, d'étouffer leurs espérances et de réduire les chances de l'avènement d'un monde de paix.
Si de telles entreprises de sape de notre conférence se sont soldées par un échec nous le devons à notre persévérance et à notre foi. Il y a lieu de s'en féliciter. Honorables délégués, notre volonté de réussir n'a pas fini d'être mise à l'épreuve. On ne construit pas, on n'innove pas dans la facilité, et ce n'est pas la première fois que nous nous trouvons confrontés avec des pressions extérieures de certaines puissances pour lesquelles la conférence devrait nécessairement constituer une tribune d'honneur pour leurs thèses.
D'autre part, nous ne devons pas nous constituer en juges suprêmes dans le conflit des blocs. A Belgrade ne devraient être jugés ni le bloc de l'Est ni celui de l'Ouest mais les incidences de leurs rapports sur la paix du monde. C'est cela que redoutent les fauteurs de guerre ; ce que ceux-ci craignent le plus, c'est que face à une idéologie fondée sur la lutte d'influence, sur la force, sur l'armement à outrance, sur les forces militaires, sur la conception, la mise en place, et peut-être demain la mise en action des bases militaires installées par certaines grandes puissances contre la volonté des peuples, la conférence de Belgrade ne définisse une philosophie de rapports entre peuples et entre nations, basée sur les principes généraux de justice et d'égalité, de respect réciproque, de coopération, de vraie collaboration entre tous les peuples et tous les pays.
A la politique basée sur les luttes d'influence nous devons opposer une politique de la main tendue pour un monde uni, pour une véritable fraternité entre les hommes sur la base de l'égalité des nations. Si nous voulons réussir, il nous faudra nécessairement nous rendre à l'évidence et œuvrer à émousser les armes des partisans de la violence et de la lutte armée. Il n'est pas malaisé de voir qu'après la force des armes, l'aide économique est le meilleur moyen de subordination dont disposent les grandes puissances. Il est plus que temps, à notre avis, d'œuvrer à doter l'O.N.U. de moyens lui permettant d'occuper la première place dans l'aide aux nations indépendantes.
Le problème à notre avis mérite votre honorable attention et pour atteindre nos objectifs une réforme de structures de l'organisation internationale s'avère nécessaire. La composition du Conseil économique et social, du Conseil de Sécurité doit être reconsidérée compte tenu de l'importance du nombre des État ayant accédé à la souveraineté internationale depuis la fin de la guerre.
D'autre part, il est impensable que dans un monde où la confiance semble exclue surtout entre les grandes puissances, il soit laissé à un seul homme le soin d'appliquer les décisions arrêtées. Il est donc indispensable, pour sa propre autorité et pour une question de garanties, que le secrétaire général ait des adjoints solidaires de lui dans l'exécution et le contrôle des décisions ; l'autorité de l'O.N.U., son audience auprès des jeunes États qui ne peuvent pas s'abriter derrière une puissance militaire est à cette condition. La force de l'O.N.U. résidera dans la définition et le respect d'une doctrine et de principes et non dans l'accumulation de solutions accidentelles ou circonstancielles.
L'O.N.U. doit être ouverte à toutes les nations, aussi l'admission de la Chine Populaire à l'Organisation internationale ne saurait être différée indéfiniment. Les pays non alignés devront conjuguer leurs efforts pour que la décision juste permettant à la Chine d'occuper la place qui lui revient de droit à l'O.N.U. soit prise lors de la prochaine Assemblée générale.
Nous voici donc réunis à Belgrade, à la conférence historique des pays non alignés, et je dois confesser que je préfère l'expression « non alignés » à celle de « non engagés ». Pour la République du Mali, le non-alignement est synonyme de dignité, de personnalité, et c'est pour cela que notre peuple qui n'a jamais rien épargné pour conquérir sa liberté refuse de se définir en fonction de tel ou tel pays, de tel ou tel bloc.
J'ai eu l'occasion de le dire partout, cela ne signifie pas que nous nous livrons à un jeu d'équilibre même momentané entre les grandes puissances car cette politique-là aboutit nécessairement à la perte de sa dignité, de sa personnalité, à la faillite. Le Mali n'a rien à voir avec un tel neutralisme qui refuse de s'engager même si l'objectivité, la logique et la morale l'exigent. Mais il est un autre aspect, positif celui-là, qui est le reflet de notre sens des responsabilités sur tous les plans et dans tous les domaines, c'est d'étudier tous les problèmes, d'avoir notre opinion, de la définir sans nous inquiéter qu'elle coïncide avec celle de l'Ouest ou de l'Est. Ce sens de nôtre responsabilité nous amène à une option entre les forces colonialistes et néocolonialistes et les peuples subjugués opteront entre les forces impérialistes et anti-impérialistes.
Oui, nous sommes engagés auprès des peuples qui luttent pour conquérir leur indépendance contre ceux qui les privent de leur liberté et exercent sur eux une répression sauvage, nous sommes engagés auprès de ceux qui considèrent que tous les peuples sont égaux, ont droit au respect contre ceux qui en sont encore à la théorie de la supériorité de certaines races, de certains peuples. Nous sommes engagés aux côtés de ceux qui s'évertuent à rechercher les conditions d'une paix durable contre ceux qui ne veulent de la paix que dans la mesure où elle assure leur suprématie dans le monde.
Nous ne nous alignons pas sur les positions définies par le bloc de l'Est ou par le bloc de l'Ouest, nous nous engageons dans l'action nécessaire pour le succès des principes qui doivent régir un monde civilisé se soumettant à une morale. Cette morale qui considère comme sacrée la liberté des hommes et des peuples et comme un crime abominable toute atteinte à cette liberté. Comme vous, nous ressentons chaque coup porté par le colonialisme à la liberté des peuples subjugués, plus singulièrement aux peuples d'Afrique. A tous ces peuples, nous continuerons d'assurer notre soutien actif et sans réserve jusqu'à la liquidation complète du colonialisme dans le continent africain.
Comme nous, honorables délégués, vous savez que c'est un problème non seulement de dignité mais aussi une question de sécurité pour les jeunes État indépendants. C'est pourquoi notre République continue d'appuyer par tous les moyens les frères algériens au combat pour leur indépendance et l'intégrité de leur territoire contre le colonialisme français, c'est pourquoi contre le colonialisme belge nous nous sommes rangés au côté de Patrice Lumumba et avons coordonné nos efforts pour la libération du Congo et son unité. Avec la même constance, nous sommes aux côtés de nos frères en Angola, au Mozambique, en Guinée « portugaise », dans tous les pays dépendants.
Notre conférence, à mon avis, n'a pas à hésiter un seul instant à leur apporter un soutien dans leur combat livré dans des conditions si difficiles. La meilleure contribution à la lutte de liquidation du colonialisme, c'est l'appui sans réserve aux mouvements de libération, c'est la reconnaissance de ces mouvements de libération. En agissant ainsi, nous demeurons fidèles à la charte des Nations Unies qui reconnaît à chaque peuple le droit de disposer de lui-même.
Par notre prise de position, nous rendrons nul et sans effet l'argument paternaliste des puissances coloniales qui justifient leur présence sur une terre étrangère par le manque de maturité des populations de celle-ci. Notre lutte contre le colonialisme ne tire pas sa source dans la rancune, elle procède de la volonté de mettre un terme à l'humiliation, à l'esclavage moderne, elle a pour finalité la libération de l'homme.
Les formes d'oppression sont variables, et Vos Excellences savent mieux que quiconque ce qu'est le néo-colonialisme. Il existe encore, hélas, des hommes et des gouvernements qui estiment les colonisés incapables de gérer leurs propres affaires. Il en est comme le Portugal qui osent proclamer que leur colonie est territoire national, il en est aussi qui défendent leurs prétendus droits sur le territoire algérien ou une partie du territoire indonésien, et l'exemple de Bizerte est là, défiant toutes les consciences et indicatif des véritables intentions des néo-colonialistes. Il administre aussi un avertissement à ceux qui ne croyaient pas encore au danger de la présence des bases étrangères sur le sol national. Algérie, Angola, Bizerte, pour ne citer que ceux-là, disent assez aux pionniers de la paix que sont Vos Excellences, combien il devient urgent d'en finir avec le système colonial. Vous êtes, Messieurs les honorables Délégués, des hommes de la paix, vous êtes donc des Croisés contre tout ce qui peut engendrer la guerre. Pour notre œuvre, la solidarité de tous les pays participants est nécessaire pour décourager l'impérialisme dans ses tentatives de domination en aidant à la conquête et au renforcement de l'indépendance des pays subjugués.
Voilà notre position. Elle est claire, elle nous commande de prendre nos responsabilités sur tous les problèmes qui nous seront posés conformément à la justice, à la morale internationale. Face à un problème précis, si nos positions par bonheur concordent avec celles d'un pays ou d'un bloc alors nous ne pouvons que nous en féliciter sans pour autant manifester le moindre complexe.
Il devient impérieux que notre conférence dise son mot et clairement sur les questions où s'opposent les deux blocs. C'est un cas dont la complexité n'échappe à personne. Je ne veux pas vous ennuyer avec les conséquences catastrophiques d'une prochaine guerre. Le problème du désarmement est un problème qui nous intéresse au même titre que les deux blocs ; il faut un désarmement total et général mais cela doit-il empêcher les grandes puissances de considérer comme positive toute solution partielle sur le désarmement, l'accumulation de solutions partielles n'aboutira-t-elle pas à force de patience à une solution totale ?
D'autre part, nous estimons qu'il est de première nécessité que les deux blocs ne soient pas toujours confrontés entre eux-mêmes car les négociations sont alors difficiles et longues, chacun s'attachant davantage à une question de prestige qu'à l'efficacité des discussions. Nous estimons donc que les débats sur le désarmement et tous les autres problèmes internationaux pourront être avantageusement menés par la participation active des pays non alignés.
Il existe un autre problème grave, dont le côté humain ne doit pas être négligé et qui crée un véritable cas de conscience avec la situation imposée en Corée, au Viêt-Nam et en Chine. Les peuples coréen, vietnamien, chinois et allemand aspirent à la réalisation de leur unité nationale. Pourquoi la parole ne serait-elle pas donnée aux peuples intéressés pour qu'ils engagent entre eux des négociations.
En vérité, cette procédure dans les circonstances actuelles serait une simple formalité quand on considère que les deux Allemagnes ont été réarmées par les deux blocs. Les peuples allemands, en acceptant de se réarmer, ont fait le jeu de ceux qui veulent les dresser les uns contre les autres, en frères ennemis.
La solution de leur problème peut être facilement trouvée par eux-mêmes : renonciation à tout pacte militaire, neutralisation totale par une démilitarisation complète, négociation pour chercher les conditions d'une réunification. Un autre aspect du drame allemand prépare la guerre parce que des hommes ont, les uns, choisi le régime capitaliste, et les autres, l'idéologie communiste. Ceci est d'autant plus inacceptable par nous qu'il y a des peuples asservis par le colonialisme qui n'ont pas le choix de leur système politique et social par le fait ou la complicité de certaines grandes puissances,
La paix ne sera pas pour autant garantie par un désarmement général, par une solution satisfaisante du problème allemand tant qu'en Asie et plus singulièrement en Afrique, des peuples, tenus en esclavage sur leur territoire et menant un combat libérateur contre des colonialistes, n'auront pas recouvré leur indépendance, car nous ne saurions continuer à nous contenter de protestations et de déclarations de solidarité.
Monsieur le Président, Excellences, notre conviction en la justesse du principe du non-alignement se raffermit de jour en jour. Plus il y aura de pays non alignés, plus grandes seront les chances de paix dans ce monde. C'est une raison suffisante à notre avis pour inviter les autres nations à renforcer nos rangs. C'est enfin pour nous, pour Vos Excellences, l'obligation d'oeuvrer à faire de notre rencontre un point de départ de la liquidation sans délai du colonialisme, un point de départ pour la paix et le progrès.
Monsieur le Président, Excellences, en nous réunissant à Belgrade grâce à la sollicitude de notre grand ami le patriote maréchal Tito, nous avons soulevé des montagnes d'espoirs, nous avons engagé des discussions sur des sujets graves, nous avons fait de grandes et pathétiques déclarations, nous voterons des résolutions de pays non alignés. Nous nous sommes engagés dans l'action contre le colonialisme sous toutes ses formes et pour la paix.
Dans deux semaines, à l'Assemblée générale des Nations Unies, nous serons confrontés avec notre engagement, avec nos consciences. Nos délégués suivant en cela les positions définies par la conférence historique de Belgrade devront sans faiblesse et dans la clarté se faire nos meilleurs interprètes, les meilleurs soldats de la cause de la paix et des peuples asservis. Ainsi et ainsi seulement, nous n'aurons pas déçu l'attente de nos peuples et de tous ceux qui auront suivi avec grand intérêt nos travaux.

DISCOURS PRONONCE AU MEETING CONSACRE AU PREMIER ANNIVERSAIRE DE LA PROCLAMATION DE L'INDEPENDANCE DE LA REPUBLIQUE DU MALI (22/09/1961)

Maliennes et Malien
Chers camarades,
II y a un an, jour pour jour, vous avez, dans l'enthousiasme, proclamé votre volonté de vivre dignes et libres ; le Congrès de notre Parti, appelé à statuer, honorant la mémoire de tous ceux qui ont versé leur sang pour que vive indépendant notre pays, a traduit une fois de plus dans les faits, les principes qui depuis leur naissance ont fait de l'Union Soudanaise-R.D.A. et de vous, Maliens, les ennemis implacables du colonialisme et les défenseurs acharnés de l'Afrique ; vous avez puisé vos forces dans la glorieuse tradition de courage indomptable, d'engagement sans recul, de dévouement sans réserve propres à notre peuple, pour réaliser, dans la totale abnégation, l'amour de votre frère, pour imposer à un monde où nous ne comptions pas que des amis, l'existence, l'audience, l'autorité morale de votre nation.
Mais vous avez surtout appliqué scrupuleusement les décisions de notre Congrès historique du 22 septembre 1960.
A l'heure des bilans et des espoirs projetés dans l'avenir, il est bon, il est réconfortant de constater la fidélité et la célérité avec lesquelles les Résolutions du 22 septembre ont été exécutées.
La tâche était difficile - à un pays comme le nôtre, de mener la seule politique internationale valable, celle du neutralisme positif, sans calcul ni marchandage - celle de neutralisme jamais équilibriste, du neutralisme vrai qui n'abdique jamais, et qui s'exprime sur chaque problème, avec la conscience aiguë de ses responsabilités et le respect de la morale internationale ; bref, celle de l'engagement sans alignement sur un bloc, contre les colonialistes, contre toute forme de domination étrangère.
Nous avons été le premier pays africain à être représenté auprès du Gouvernement légitime du Congo, vice-présidé par M. Antoine Gizenga.
Nous sommes solidaires de tous les peuples écrasés par le colonialisme et qui luttent pour se libérer du joug étranger. Cette solidarité africaine a été un des points essentiels des résolutions de notre Congrès.
Tirant les leçons du passé, nous avons œuvré inlassablement à la réalisation de l'union de nos Etats et à détruire les divisions artificielles. C'est ainsi que, fidèle à notre Parti, le Mali a envoyé des missions en Haute-Volta, en Côte d'Ivoire, en Guinée, au Niger, au Togo, au Dahomey, au Ghana, au Maroc, en Tunisie, en République Arabe Unie, en Libye, au Libéria, etc. . . En retour, l'honneur nous a été donné de recevoir sur notre sol des missions gouvernementales africaines diplomatiques, économiques, culturelles, sociales.
Soucieux de ne rien négliger pour développer avec les Etats voisins indépendants les liens de fraternité qui doivent être les nôtres, nous avons renforcé les relations diplomatiques déjà existantes.
Camarades, la coopération que vous avez recommandée a été instituée avec nos voisins et avec les pays frères d'Afrique. Chaque fois que cela était possible, le Mali n'a pas hésité à pousser à l'harmonisation et même à la coordination des efforts de nos pays dans le sens de la conquête ou de la consolidation de l'indépendance des jeunes État africains.
L'Union Ghana-Guinée-Mali est une réalité en Afrique occidentale, et la charte de Casablanca brise les barrières entre l'Afrique dite blanche et l'Afrique dite noire.
Nous pouvons donc affirmer que nous avons appliqué sans défaillance la politique de main tendue à tous les État frères désireux de se libérer totalement du colonialisme sous toutes les formes, et convaincus de la nécessité de réaliser l'union de tous pour l'avènement d'une Afrique telle que nous la voulons.
Sur la scène internationale, notre jeune République a fait son entrée et non des moins brillantes. Dès son admission à l'Organisation des Nations Unies, elle a joué le rôle que vous savez, honoré ainsi nos martyrs et fait la fierté de nos militants. A la pratique tortueuse dans les relations internationales qui fait taire ce que l'on pense et fait affirmer ce que l'on ne pense pas, que l'on appelle la diplomatie, nous avons préféré la définition claire et brutale de nos pensées et de nos positions, car pourquoi, dans ce domaine, faudrait-il encore imiter ? L'Afrique ne doit pas perdre sa franchise, son langage direct ; il faut qu'elle réhabilite la morale internationale compromise par la violation des principes ; il faut qu'elle apporte son cachet à la définition des rapports entre les État.
Notre Parti et notre Gouvernement ont adopté et suivi scrupuleusement la politique de neutralisme positif, refusant de faire du Mali un pion de tel ou tel bloc. Est-ce à dire que nous confondons dans notre politique de non-alignement ceux qui directement ou indirectement arment ou soutiennent les colonialistes qui massacrent des populations aspirant à la liberté, et ceux qui apportent un soutien moral et matériel aux mouvements nationalistes de libération. Ceux qui nous aident en nous imposant leur influence et en exigeant de nous d'être leurs satellites et ceux qui nous apportent leur assistance, sans conditions politiques parce que cela correspond à leur définition des relations humaines ? Non. Mille fois non.
Ceux qui, ici et là, parce que manquant de confiance aux valeurs africaines et inféodées à telle ou telle doctrine, ont tenté de nous faire dévier de cette ligne, se sont vite ravisés. Ils ont compris que la « satellisation » de notre pays est contraire à toutes nos traditions d'honneur et de dignité et ne pouvait se traduire que par notre dépersonnalisation.
C'est pourquoi, dès la proclamation de notre indépendance, nous avons échangé des missions avec les pays de tous les blocs, conclu des accords de coopération, établi des relations diplomatiques, accepté l'aide des uns et des autres sur la base du strict respect de notre indépendance et de notre souveraineté.
Quelle cruelle déception pour ceux qui rêvaient d'un isolement du Mali, que le spectacle de toutes les missions étrangères qui nous ont visité ou se sont installées ici !
Qui, mieux que nous, peut se vanter, après un an d'exercice de sa souveraineté, d'avoir fait entendre notre voix dans le concert des nations, sans trahir une seule fois les intérêts et les espoirs des peuples africains ?
Nous pouvons relever avec fierté la confirmation à Belgrade par les pèlerins de la paix de la justesse de notre ligne politique définie avec précision un an auparavant.
Nous avions dit - et nous l'avons prouvé - notre opposition à l'impérialisme. Pour nous, l'impérialisme, c'est cette volonté de domination qui fait qu'on ne croit valable d'autre civilisation que la sienne, d'autre régime politique et économique que le sien, c'est la mise en marche du processus de leur imposition à d'autres pays par la corruption, la subversion et la guerre ; c'est encore ce mépris voilé par un paternalisme outrageant pour les jeunes pays, qui n'admet pas que ceux-ci, sans tuteur, soient capables de se gouverner ; c'est, en résumé, cette volonté de placer d'autres pays sous son hégémonie. Ce n'est pas non plus du bout des lèvres que nous proclamons notre opposition au colonialisme. Le Portugal sait que nous sommes avec les combattants de d'Angola, où des frères sont massacrés par milliers, contre toute morale et uniquement parce qu'ils veulent être des hommes libres.
Les Algériens, au combat depuis sept ans, avancent chaque jour sur le chemin de la victoire. Cette guerre à nos frontières ne peut continuer de durer, car l'Afrique et les peuples du monde entier épris de justice et de paix sont avec le peuple algérien.
D'autre part, certaines leçons doivent être tirées des débats récemment survenus à l'O.N.U. au sujet de Bizerte, qui ont conclu à l'abandon et à la condamnation de la France par ses propres amis.
Il n est que temps de renoncer aux rancœurs et aux utopiques solutions de rechange, qui ne peuvent que précipiter la défaite. Il ne faut pas que la France sacrifie à la défense d'intérêts colonialistes, le capital de confiance et d'amitié dont elle a bénéficié dans le monde et même auprès de ses anciennes colonies. La partition de l'Algérie, la mise en place d'un gouvernement algérien fantoche lui feront perdre à jamais l'amitié du peuple algérien et de bien des peuples africains. Bao Daï n a pas empêché Dien Bien Phu ni le Glaoui la restauration de Mohamed V.
A cet égard, je ne puis ne pas songer à l'esprit d'à propos britannique qui a toujours su ménager partiellement le capital de confiance acquis dans ses anciennes colonies.
Toutes ces prises de positions réaffirmées par la rencontre de Belgrade n'ouvrent-elles pas des perspectives nouvelles au seuil de l'an II de la République du Mali ?
C'est avec une fermeté toujours accrue que nous resterons fidèle à notre politique de non-alignement. Notre attitude sur ce point est d'autant plus juste qu'elle constitue la seule base susceptible de sauver l'Afrique de la guerre froide, de mettre un terme au processus de sa division qui dessert les Africains au profit des colonialistes et des forces impérialistes.
C'est là une des raisons de renforcer de plus en plus la coopération entre Etats africains, coopération qui aboutira à la liquidation définitive du colonialisme et de l'impérialisme ; à cet égard, l'Union des État de l'Ouest africain, avec nos frères du Ghana et de la Guinée, instrument incomparable au service de la cause africaine, continuera de faire l'objet de nos soins tout particuliers. Notre comité de liaison avec nos frères d'Algérie, du Maroc et de la République Arabe Unie, qui va s'installer à Bamako, contribuera de manière efficace à la consolidation de nos indépendances et à la libération de l'Afrique.
Le Mali demeurera cependant fidèle à sa politique de coopération avec tous les pays sans exception, c'est-à-dire même avec la France.
Nous ne faisons pas de l'anti-France, nous n'existons pas en fonction de qui que ce soit, nous nous refusons à ce sentimentalisme exagéré qui, en la circonstance, n'est que puérilité indigne du peuple mûr et fort qu'est le nôtre. Aujourd'hui que la France a évacué ses bases militaires installées chez nous, que notre indépendance a trouvé son couronnement, nous sommes prêts, en peuple souverain, à poursuivre la normalisation de nos rapports avec la Répu

lique Française, et cela dans tous les domaines.
Camarades, un tel acquit sur le double plan de la souveraineté nationale et internationale est le fruit des efforts inlassables des militants du parti et du gouvernement.
Sous l'impulsion de notre Parti, le gouvernement a procédé à l'organisation administrative, il a créé les conseils de village, des arrondissements, des cercles et des régions où par la tenue des conférences régulières, le paysan malien participe à la discussion et à la gestion des affaires publiques ; nos populations rurales, rapprochées de l'administration, accusent aujourd'hui une prise de conscience de plus en plus nette de nos problèmes.
Une telle structure administrative a permis de recueillir des résultats encourageants dans la diffusion et la connaissance des mesures édictées par l'Administration. Onze nouveaux bureaux de poste sont en création et des liaisons directes ont été établies avec Ouangolodougou (Côte d'Ivoire), le Ghana et le Maroc.
Dans le domaine judiciaire, nous avons doté la nation d'un appareil judiciaire simple et souple pourvu de moyens matériels adéquats, permettant de rendre aisément la justice en la faisant plus proche, plus compréhensible aux justiciables, afin que les sentences conservent leur plein effet. Désormais, le magistrat n'est plus un citoyen hors de l'Etat, le pouvoir judiciaire ne peut plus être considéré en rival de la puissance publique dont il est partie intégrante. Magistrats et service judiciaire sont au service du pays ; leur mission est de sauvegarder les droits des individus de ceux de l'Etat. La Cour suprême (homologue de la Cour de Cassation) avec une section judiciaire et une section administrative, la Cour d'Etat comprenant une section constitutionnelle, une section du Contentieux et une section des Comptes, ont été créées.
Un certain nombre de textes importants ont permis de réaliser la suspension des dispositions du décret foncier du 26 juillet 1932 pour éviter la spoliation des immeubles par les établissements de crédit. L'organisation judiciaire du Mali, le Code pénal malien, le Code de procédure civile et sociale, l'Assistance judiciaire ont déjà vu le jour. Un projet de loi sur le mariage et la tutelle est déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale. Il s'agit en l'espèce de faciliter les conditions de mariage, de rendre celui-ci plus stable, tout en protégeant la femme. Dans l'éducation, notre bilan d'un an est encourageant. Sans compter les classes construites par les populations rurales, nous avons ouvert 167 nouvelles classes dont 36 de 6e, nous avons créé 13 centres d'alphabétisation. Des 6es d'orientation permettent de tenir compte tout à la fois des besoins en cadres de la nation et des aptitudes des élèves.
Le Collège des filles est transformé en lycée, ce qui ouvre une ère nouvelle dans la promotion de la femme, nos filles pouvant désormais continuer dans le cycle long et accéder aux cadres supérieurs de l'Etat. Dans un but d'ouverture vers les écoles supérieures techniques, le Collège technique devient Lycée technique ; enfin les cours complémentaires seront érigés en collèges modernes. L'Ecole normale de Katibougou a été réouverte.
Dans le processus de la décolonisation, la réforme des programmes est complète dans le premier degré et bien amorcée dans le second degré. Elle consiste tout en respectant le caractère universel de la culture, dans l'adaptation de notre enseignement aux besoins de notre pays en partant des données locales et dans la destruction de l'esprit d'abdication et de renoncement cultivé par le système colonial.
La formation des cadres se poursuit et 230 boursiers sont envoyés à l'extérieur pour diverses études ou pour leur formation (Allemagne Démocratique, Allemagne Fédérale, France, Grande-Bretagne, Maroc, Pologne, Tchécoslovaquie, U.R.S.S., U.S.A., Yougoslavie, etc.). Cette formation diversifiée satisfera notre besoin en cadres mais présente des inconvénients que nous entendons annihiler par la formation sur place, en Afrique, de nos cadres.
Dans le domaine de la protection sanitaire de la population, l'hôpital régional de Ségou a été ouvert ainsi que les centres dentaires de Mopti, de Gao et 18 dispensaires de villages ou d'arrondissements avec logements construits par investissements humains. L'hôpital du Point G et celui de Mopti ont été agrandis. De sérieux efforts couronnés de succès qui d'ailleurs seront accrus ont été déployés en faveur de la médecine de masse et de la prévention sanitaire, de la formation des cadres médico-sanitaires : 85 bourses sont attribuées ou en voie de l'être. Il n'est pas superflu de rappeler la création de l'Ecole des infirmiers, infirmières et assistantes sociales.
Aucun secteur de l'activité nationale n'a été omis. Le Conseil supérieur de la Fonction publique a été créé. Un certain nombre de textes permettent déjà de remettre de l'ordre dans les salaires et régleront sous peu, après le statut général de la Fonction publique, les statuts particuliers du personnel de l'administration générale. La protection des vieux travailleurs, la mise en état du Code du Travail pour l'adapter à nos données locales, font l'objet de textes qui sont à l'étude. Des coopératives ouvrières ont permis de réduire considérablement le chômage. Nous avons participé à toutes les rencontres internationales sur le travail.
L'organisation de la jeunesse a été un chapitre très important de notre activité gouvernementale de politique.
Après l'éclatement de la Fédération du Mali, le Congrès extraordinaire du 22 septembre 1960, par son contenu révolutionnaire tant sur le pian politique qu'économique, venait de faire de la République du Mali un Etat véritablement souverain, indépendant de toute influence étrangère.
Pour que cette option courageuse puisse triompher des difficultés internes et externes nées de la nouvelle orientation du pays, il fallait nécessairement un support populaire et dynamique prêt à tous les sacrifices. Ce support c'était le Parti et essentiellement sa jeunesse. C'est pourquoi immédiatement après le Congrès du 22 septembre, le gouvernement, sous l'impulsion de la jeunesse unique du Parti, a entrepris un vaste travail de réorganisation des activités de la jeunesse.
Dans le domaine sportif, sa première préoccupation fut de développer les sports dans la République en procédant à la constitution, au niveau de la nation, des fédérations. Depuis le 22 septembre 1960, huit fédérations : celles de football, de basket-ball, de volley-ball, d'athlétisme, de cyclisme, de boxe, de judo, des sports nautiques, ont été mises sur pied.
Elles sont affiliées à leurs homologues sur le plan international permettant ainsi de nous affirmer.
Au niveau des six régions économiques, les fédérations contrôlent des ligues régionales et 22 districts au niveau des cercles. Cette réorganisation a permis d'intéresser plus de 30 000 jeunes aux différentes activités sportives.
Fidèle à l'un des objectifs du Mali, celui de réaliser l'unité africaine et d'entretenir des relations avec tous les peuples sans exclusive, nous avons constitué des équipes nationales ; celle de football a participé à huit rencontres internationales depuis le 22 septembre dernier : Ghana, Nigeria, Ghana, Côte d'Ivoire, Tchécoslovaquie, Guinée, Haute-Volta aller et retour. Elle effectue en ce moment une tournée qui la conduira en Union Soviétique, en Hongrie et en Tchécoslovaquie.
Les équipes de volîey-ball, d'athlétisme, de boxe et de basket-ball ont participé à une rencontre internationale contre la Guinée.
Cette organisation sportive, pour être valable, a besoin d'un encadrement qualifié et suffisant. Aussi nous avons organisé au Mali des stages d'entraîneurs, dirigés par des spécialistes étrangers. Ce qui nous a fourni 130 entraîneurs de football, 90 entraîneurs d'athlétisme, 15 de volley-ball. Ces stages de premier degré ont eu lieu dans chaque chef-lieu de région.
5 stagiaires de 2e et de 3e degrés ont été formés en Tchécoslovaquie, 4 en Allemagne Démocratique, 9 en Union Soviétique, 24 athlètes sont en France depuis le 15 septembre pour un stage de trois semaines.
En ce qui concerne les cadres supérieurs, deux étudiants sont en Allemagne Démocratique et deux en Union Soviétique pour faire le professorat d'éducation physique.
L'équipement sportif qui constitue la cheville ouvrière de toute activité sportive a été entrepris dans toute la République.
Avec la participation des jeunes en investissement humain, un stade omnisport a été construit à Gao pour la somme de 4 millions, le coût technique d'un stade est de 12 millions. Un autre stade omnisports est en chantier à Kayes et à Mopti.
Le stade Mamadou Konaté à Bamako, les stades municipaux de Sikasso et Ségou ont été aménagés en terrain omnisport. Dans chaque cercle les jeunes ont aménagé des terrains de sport. Un stade a été entièrement construit à Koutiala par la jeunesse.
L'ancienne pratique qui consistait à laisser aux institutions privées l'initiative de doter les organisations sportives en coupe a été complètement rénovée. Toutes les Fédérations sont dotées de coupe par les institutions de notre Etat.
Dans le but de faire revivre notre art, notre culture, notre science, il a été constitué, au sein de chaque section de la jeunesse, une troupe théâtrale et folklorique et un orchestre. Les meilleurs acteurs de ces troupes constituent en ce moment la troupe nationale qui vient d'effectuer sur invitation, une tournée triomphale dans les démocraties populaires et au Maroc, démontrant ainsi la valeur de notre culture discréditée depuis 80 ans.
Un orchestre national exécute les rythmes maliens et africains. Il initie les jeunes amateurs à la musique. Dans le cadre de la détection des talents littéraires, un concours dans le domaine des lettres et de la recherche historique a été ouvert, près de 500 candidats ont participé à ce concours.
Une section de recherches scientifiques appelée « jeune science », est constituée au niveau de la nation, elle a ses branches dans tous les comités de jeunes, pour la collecte des traditions historiques orales et scientifiques.
Pour les activités dirigées et de plein air ont été formés :



49 cadres pionniers garçons ;
45 animateurs de foyers et centres d'éducation populaire ;
41 animateurs de cinéma éducateur ;
38 directeurs de chantiers de jeunes :
61 moniteurs de camps de pionniers ;
55 directeurs et économes de collectivités de jeunes ;
39 cadres filles pionnières dont 5 Guinéennes ;
30 chefs de camps du Service civique ;
60 agents techniques du Service civique ;
60 instructeurs du Service civique ;
9 cadres supérieurs formés à l'étranger.

Et ces cadres qui dirigent plus de 20 000 pionniers, se retrouvent dans toutes les sous-sections de la jeunesse auprès desquelles ils dispensent ce qu'ils ont appris par elles et pour elles.
Projection de films éducatifs, conférences sur des thèmes définis en vue d'une large information de la masse, cours d'alphabétisation organisés par les jeunes au profit des masses, cercles d'études, manifestations récréatives, telles sont les principales activités de nos 34 centres d'Education populaire équipés d'appareils de projection. Les centres de Kayes, de Sikasso, de Mopti et de Gao, au niveau des régions sont érigés en centres-pilotes d'Education populaire où les animateurs déjà formés dans des centres ordinaires et des foyers des jeunes viennent se réimprégner au moins une fois par an. Ils sont au niveau des régions ce que la Maison des Jeunes est au niveau de la République : Centre d'Education et de Culture populaire, Centre de Formation et de Réimprégnation.
Le mot d'ordre de construction des foyers a été suivi avec succès au niveau de chaque arrondissement, l'année de l'indépendance a vu naître avec les investissements humains, plus de 25 Foyers dont 12 équipés.
Le Mouvement National des Pionniers a permis d'organiser des camps de vacances : cette année au niveau des six régions, 400 pionniers, filles et garçons, dont 12 de la Guinée pour 250 en 1960.
Ces camps ont été encadrés par 58 cadres : directeurs administratifs, directeurs pédagogiques, économes, monitrices et moniteurs de camps de pionniers.
Depuis le Congrès du 22 septembre 1960, l'ambition de la Jeunesse étant d'édifier un Mali pleinement indépendant où la faim et l'ignorance seront éliminées, notre peuple a salué l'institution du Service Civique, une des institutions qui entrait dans sa phase active dès janvier 1961 avec 1 560 recrues réparties dans 30 camps.
C'est ainsi que, répondant à notre souci d'auto-défense, nos jeunes, aussitôt incorporés, furent soumis à une formation de base intensive qui leur permet à l'heure actuelle de se mobiliser sans complexe, et, certes, avec la même efficacité auprès de leurs frères de l'armée régulière pour déjouer toute agression contre l'intégrité du territoire. Cette formation a par ailleurs fait tache d'huile dans certains milieux urbains et ruraux où les camus, se substituant à de véritables écoles militaires, assurent l'instruction des Milices populaires et des Brigades de Vigilance.
A côté de cette activité a pris corps l'éducation populaire et civique. En effet, l'alphabétisation à laquelle s'est attaqué dès les premières heures l'encadrement civil, voit augmenter chaque jour, au-delà des camps, ses auditeurs au devant desquels nos instructeurs, conscients de l'importance de leur mission, n'hésitent pas à se porter, les soirs dans les hameaux et villages de culture ; ils informent périodiquement les comités de Jeunes de la vie politique du pays.
Le Service Civique aide à l'éducation sanitaire des villages, en invitant les habitants à l'hygiène, désherbant et nettoyant ruelles et alentours des villages, désinfectant ou vidant eaux stagnantes, en un mot leur offrant un cadre de vie saine et agréable.
D'autre part, afin de réhabiliter le patrimoine culturel, les jeunes des camps et ceux des villages excellent, en séances communes, dans l'art de la chorégraphie, renforçant ainsi les liens de fraternité et de compréhension mutuelles des couches de la société.
Et pour contribuer au renouveau du paysannat, ils se font les guides éclairés de leur frères par l'entretien de champs communs de mil, riz, maïs, arachide et coton couvrant des centaines d'hectares de terres. A cet effet, les camps de San et de Sikasso sont des exemples qu'on ne saurait passer sous silence.
Dans les travaux d'intérêt public, notre concours qui se concrétise par la présence de 200 jeunes sur le chantier de la route Kayes-Guinée depuis le début de juillet, la réfection de la route de Kangaba par les jeunes du camp de N'Tomikorobougou, celle de la route Gao-Bourem et Bourem-Bamba par ceux de Gao, la réalisation d'une digue à Pétékélesso et la construction des logements des Gardes Républicains à Nionsombougou n'est qu'une touche au vaste programme de la jeunesse pour l'utilisation des forces vives et enthousiastes.
De plus ce sont nos jeunes qui assurent depuis la reprise du trafic fluvial le service d'ordre dans les ports et le contrôle des amphibies sur les parcours Bamako-Siguiri et Koulikoro-Gao, et que c'est grâce à leur dynamisme et à leur enthousiasme que 16 000 tonnes d'arachides exposées sur les quais de la gare ont pu trouver un abri certain dans les différents magasins de la SOMIEX.
Dans le domaine financier, notre action s'est également portée sur l'élaboration des lois et décrets sur le règlement financier, la réorganisation des divers services et la décentralisation de certains services, en particulier, le Service des Douanes par la création de postes nouveaux permettant ainsi le contrôle très étroit de la matière imposable.
L'évacuation de nos produits a été facilitée grâce à l'amélioration et à l'extension de notre réseau routier, au renforcement et à la construction de ponts. Le bitumage de la route nationale Bamako-Ségou est terminé ; notre plan prévoit la création d'un ensemble routier et ferroviaire permettant la liaison facile et en toute saison des diverses régions de la République. Dans les régions relativement défavorisées dans le domaine de l'approvisionnement en eau, 96 puits étaient en chantier, sur lesquels 65 sont en service.
Les grands centres n'ont pas été négligés et à la fin du plan, nombre d'entre eux auront l'eau courante et seront électrifiés. L'habitat ne sera pas en reste dans le développement économique du pays. Enfin les recherches minières qui occupent une place de choix mobiliseront des sommes considérables.
L'intérêt tout particulier du Parti et du Gouvernement pour le secteur rural et pastoral en raison de son importance dans le développement économique de la République a suscité un vaste mouvement de retour à la terre, et il n'est pas rare d'assister les samedis après-midi et dimanche à un exode des populations urbaines vers la campagne. La recherche agronomique a été remise en honneur et les résultats obtenus (coton, arachide, riz, etc.) sont très positifs. Des kilomètres de digues ayant nécessité plus de 400 000 mètres cubes de terrassement avec la participation des populations ont permis de rendre cultivables plus de 20 000 hectares de terres rizicoles. D'autre part, 7 000 hectares sont en voie d'aménagement et plus de 15 000 hectares sont à l'étude. En vue de pouvoir exécuter les objectifs du Plan, le Gouvernement continue à former des conducteurs et des moniteurs d'Agriculture. La formation professionnelle des jeunes paysans est assurée par les Écoles saisonnières d'Agriculture créées dans les zones d'encadrement rural. La construction de 50 écoles saisonnières est projetée.
L'organisation rationnelle de la pêche fait l'objet d'études très poussées. D'autre part, la campagne du Parti et du Gouvernement contre les feux de brousse a été menée de front avec celle de la refôrestation par des essences utiles comme l'anacardier, le teck, etc. Constituant la clé de voûte de toute notre politique agricole, la vulgarisation a été reprise dans ses conceptions et ses méthodes par la création du Service d'Action rurale. Dans le domaine de l'Elevage il s'agit de protéger efficacement notre cheptel (4 millions de bovins, 8 à 10 millions de moutons et de chèvres) contre les grandes affections qui le menacent actuellement, contre le manque de pâturage et la sécheresse.
C'est ainsi que 12 postes et parcs de vaccination ont été construits ou sont en cours d'achèvement, que 96 puits sont en chantier, que des mares ont été creusées (plus de 70 000 mètres cubes de terre enlevée). L'amélioration de l'élevage (bovins et volailles) se poursuit au centre de Sotuba qui assure en outre la vulgarisation de nouvelles races.
Afin d'éviter les fluctuations saisonnières dans l'approvisionnement des grands centres de consommation et assurer une exportation rationnelle de la viande de bonne qualité, de vastes ranchs d'embouche sont prévus. Le premier, celui de Niono, pourra abriter 12 000 têtes de bovins.
L'information n'est pas en retard. Le poste émetteur de 50 kw fonctionne. Il sera renforcé par deux postes de 100 et 150 kw et des postes régionaux. Des prospections sont en cours pour livrer à la population rurale des récepteurs à bon marché. Grâce à l'Office Malien du Cinéma, nous exploiterons des films loués ou réalisés par nos services. Il faut que chaque citoyen et chaque citoyenne du Mali puissent être amplement informés sur leur pays, sur l'Afrique et le Monde. De tels résultats stimulent chaque militant, surtout les jeunes dont nous saluons l'action, que nous invitons à redoubler d'efforts et à entreprendre ou poursuivre l'éducation de la femme malienne, à œuvrer à la réduction plus accentuée des vols, de la délinquance juvénile, et à mettre un terme à la dégradation des mœurs.
Dans le domaine de la Sécurité, il vous a été loisible de constater que notre Service de Sécurité est organisé selon les normes modernes ; notre armée avec ses diverses formations spécialisées, dotées d'armes conventionnelles modernes, entraînée, fait notre fierté par son allure et son esprit.
A l'An I de notre indépendance, notre Parti et notre Gouvernement, malgré les nombreuses préoccupations, inscrivent déjà à leur actif, bien des victoires dans le domaine économique.
Mais ce sera toujours notre grande fierté, d'avoir procédé à la liquidation des structures coloniales par la conception, l'installation, et la mise en route des Sociétés de l'Etat, dont l'irremplaçable SOMIEX qui fonctionne à notre entière satisfaction, Énergie Mali, Société d'Equipement du Mali (S.E.M.A.), Société Nationale d'Entreprise et des Travaux Publics (S.O.N.E.T.R.A.), Entreprise Malienne de Menuiserie, de Construction et d'Outillage Mécanique (E.N.C.O.M.), Bureau Minier, Régie des Transports du Mali (R.T.M.), Compagnie Malienne de Navigation, Société Nationale Air-Mali, Pharmacie Populaire, Banque Populaire du Mali, Office des Céréales, Office Malien du Cinéma, etc.
Il me faut rappeler que la commercialisation de nos produits a été réalisée par des fonds publics. C'est un des aspects du contrôle de l'Etat sur notre commerce intérieur et du monopole étatique pour nos exportations en direction de toutes les zones monétaires, les pays socialistes compris.
Avec l'appui de toutes les autres Sociétés Nationales, l'approvisionnement du pays en besoins de tous genres se trouve assuré à des prix inférieurs à ceux pratiqués il y a un an.
Ne voilà-t-il pas la meilleure réponse à ceux qui pensaient à l'étouffement de notre économie ? Ils reviendront de leurs rêveries, tous les ennemis de notre Mali, lorsque nous aurons atteint les objectifs de notre plan quinquennal, que partout auront surgi nos industries de transformations de matières premières, nos fabriques de matériaux de construction, et que, par la poursuite de la prospection minière, notre sous-sol aura révélé toutes ses richesses.
Dans une telle perspective, nous veillerons avec un soin particulier à l'orientation de nos Sociétés d'Etat vers une gestion autonome avec une autorité large et croissante du personnel, pour les préparer à un régime d'autogestion dont le succès ne peut être assuré sans l'indispensable effort d'éducation des travailleurs. J'invite les syndicats à entreprendre dès maintenant, ce travail, d'autant plus que les travailleurs réaliseront que leur maintien dans leur travail, la satisfaction de leurs droits, la conquête de nouveaux avantages, seront fonction du bon fonctionnement et de la prospérité de l'entreprise. Une telle conception du rôle des travailleurs ne souffre pas de violation dans la période de construction socialiste de notre économie. Les périodes à venir devront donc accuser, de façon incontestable, une plus grande prise de conscience, un sens aigu des responsabilités des travailleurs dans la prospérité de nos entreprises. Maliennes et Maliens,
Votre conscience nationale a permis une multitude de victoires de la nation dans tous les domaines. Un développement de cette conscience de vos responsabilités et de votre patriotisme s'impose et vous les traduirez dans les investissements humains par une vigilance jamais en défaut, comme nos femmes militantes, notre ardente jeunesse et nos vieux, au patriotisme inégalable nous en donnent l'exemple.
Dans la marche en avant, pour le renforcement de l'unité au sein de notre Parti, les responsables à tous les niveaux doivent faire preuve d'une grande vigilance, ils doivent éviter à tout prix de se laisser gagner par l'appât du gain et du luxe ; leur devoir est de fuir la facilité et l'embourgeoisement progressif des mœurs. Le fait de rouler en Vespa ou même en voiture, d'être bien logé, ce n'est pas cela la bourgeoisie. La bourgeoisie, c'est l'état d'âme qui fait qu'on se complait dans la béate satisfaction de ses besoins avec un égoïsme qui rend insensible à la souffrance de ses voisins et du peuple. C'est pour cela qu'il est indispensable de garder les habitudes de militants en restant soudé aux masses ; il faut continuer, le dimanche, à fuir les cercles autour du verre et aller à son champ, à son jardin, à sa petite ferme, etc...
Vous devez accentuer dans tous les secteurs la lutte implacable contre les mauvais agents, qui veulent masquer leur incapacité en se réclamant de telle ou telle relation.
Des mesures de rigueur seront prises contre les chefs de service ou les cadres qui fuient leurs responsabilités et couvrent l'incapacité, la malversation ou l'inconduite de leurs subordonnés, par crainte des relations de ceux-ci. Nul n'ignore que dans ce domaine, les responsables bénéficient de mon appui total, de celui constant du Parti et du Gouvernement; ils peuvent me saisir directement en tant que secrétaire général du Parti, de leurs difficultés après avoir épuisé tous les moyens de persuasion et toutes les procédures normales. Ils peuvent être assurés que personne ne sera à l'abri de sanctions méritées.
Nous entrons dans la deuxième année de l'indépendance, année des mesures de socialisation de notre économie et d'indépendance économique. Notre marche est irréversible ; tant pis pour ceux qui seront essoufflés. Ils n'encombreront pas notre chemin.
Un pays comme le nôtre qui, en si peu de temps, s'est taillé l'audience à l'extérieur que vous savez, ne peut s'attarder sur sa route. Notre marche ne sera pas ralentie par les timorés, les hésitants, ni précipitée par les impatients. Les mesures progressives de socialisation seront prises au moment que nous aurons choisi après avoir réuni toutes les conditions du succès. Rien de plus grave pour un jeune pays que brûler des étapes indispensables pour être forcé par les réalités qu'on avait surestimées à faire marche arrière. Temps et efforts perdus, espoirs déçus. Le bilan négatif est important.
C'est l'occasion pour nous de féliciter ici chaleureusement tous nos représentants à l'extérieur qui, dans des conditions souvent difficiles, ont assumé leurs responsabilités, grâce à leur esprit d'initiative et leur sens de l'opportunité.
Il faut reconnaître que s'ils n'ont pas toujours compris certaines mesures, leur confiance totale et sans limite au Parti et au gouvernement les a guidés dans leur travail. Ils ont compris que pour faire connaître leurs pays, le recours aux brochures ou aux prospectus était insuffisant. Ils se sont fait le devoir de demeurer l'image fidèle du Malien, hospitalier, courtois, franc et avisé.
Notre pays sera connu à travers le soutien apporté aux mouvements de libération des peuples colonisés, le digne comportement de notre presse vis-à-vis des jeunes pays africains.
L'Algérie, l'Angola, le Mozambique, l'Afrique Centrale et d'Afrique du Sud sont le théâtre d'événements qui dictent aux grandes puissances la nécessité d'assurer dans les faits le respect du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et la liquidation immédiate du colonialisme. Le respect intégral du droit des peuples à choisir le régime politique, économique et social qui leur convient, mettrait un terme à la guerre froide et assurerait au monde une paix durable.
Dans la crise grave que traverse l'humanité, le Mali en appelle aux grandes puissances ; elles doivent placer au-dessus de leur lutte d'influence dans la conquête du monde, les intérêts des peuples assoiffés de paix. Elles doivent rechercher, par la voie des négociations, des solutions pacifiques à tous les problèmes qui angoissent le monde et toute solution permettant de faire un pas de plus vers le maintien de la paix devra être retenue.
Maliennes et Maliens,
Ce qui est déjà accompli, à force de foi, est considérable. Aucun peuple ne se construit dans la facilité et par le maintien, après l'indépendance, des structures du régime colonial.
A ce titre, vous avez démontré que le Malien sait être courageux et même audacieux. La victoire est à ceux qui osent.
La lutte a été âpre. Les efforts de l'ensemble du Parti ont assuré la victoire. Les bras des millions de Maliens ont fait une moisson heureuse, dans les campagnes et dans les villes. L'indépendance politique a été totalement réalisée.
L'an II sera l'année de notre élan vers l'affirmation de notre autorité morale sur le plan international et de la conquête de notre indépendance économique.
C'est avec confiance que nous abordons cette nouvelle étape.
Il nous faut réussir. Nous réussirons « In Challah » parce que le Mali ne périra pas, parce que nous voulons être les dignes héritiers de nos ancêtres, les artisans d'un Mali resplendissant de prospérité intérieure et de rayonnement international !

ALLOCUTION RADIODIFFUSEE AU PEUPLE DU MALI (01/10/1961)

Maliennes et Maliens,
Nous venons de fêter dans l'enthousiasme le premier anniversaire de notre indépendance politique. Dans les villes et les villages, chacun de vous a éprouvé ce sentiment de fierté d'être soi, d'être chez soi et d'avoir entre les mains les destinées de son propre pays.
Le Gouvernement vous a fait le bilan des réalisations d'une année. Ce bilan est nettement positif, mais ce n'est là qu'un début, car l'indépendance, nous l'avons toujours dit, est pour nous le principal instrument du développement économique et social. Dans les résolutions qu'il a adoptées, le Congrès du 22 septembre 1960 a tracé au Gouvernement la marche à suivre dans l'édification du pays. Nous avons, au cours de cette Assemblée, opté pour une voie du développement qui fait d'abord appel à nous-mêmes, à nos propres efforts, à nos propres moyens. En même temps, ce développement est conçu pour nous-mêmes, pour la collectivité tout entière.
Dans le pays que nous voulons construire, nous voulons que chacun se sente chez soi, que chacun de vous : jeunes, vieux, femmes, sache qu'il n'est pas oublié, qu'il a sa part dans la prospérité générale, car ce pays ne sera construit ni par le Gouvernement, ni par les dirigeants seuls. Il sera l'œuvre de toute la communauté malienne.
En un mot, la communauté entière, debout comme un seul homme, doit faire de notre terre un vaste chantier national, d'où sortira, demain, au seul bénéfice de cette même communauté, un pays libre, moderne, qui ne connaîtra plus la misère, l'analphabétisme et les endémies. Voilà' le sens de notre socialisme : tous à l'œuvre pour tous.
Ce développement, nous voulons qu'il soit rationalisé et ordonné, qu'il se fasse par étapes, en commençant par ce qui est urgent, indispensable jusqu'à ce que tous les objectifs soient atteints ; marcher par étapes, commencer par ce qui est indispensable, savoir où l'on va, comment l'on va et par quels moyens : c'est cela le sens de notre planification.
Nous avons suivi les prescriptions du Congrès qui nous demandaient d'engager le pays dans la voie d'une économie socialiste planifiée. Nous ne créerons jamais une classe de privilégiés. La prospérité ne sera jamais pour une seule catégorie mais pour tous.
Cet objectif grandiose ne peut s'atteindre dans la facilité. Nous nous sommes engagés volontairement par là dans une voie qui demande à chacun des efforts continus mais c'est la seule voie qui nous permette de sauvegarder notre dignité nationale et qui soit compatible avec la conception que nous avons de l'humain.
Le premier plan quinquennal de la République du Mali, après son élaboration a été approuvé par l'Assemblée Nationale. Je voudrais, aujourd'hui, au nom du Bureau politique, en donner le départ officiel afin que chacun de vous sache ce -qui est attendu de lui et de tous et cela, avant que les grands objectifs soient diffusés par le Gouvernement, les services techniques et vos responsables locaux.
Ce que je vais vous exposer doit être réalisé dans les cinq années à venir, mais je suis convaincu que vous le ferez bien avant l'échéance car je connais votre dévouement à la cause nationale, le sens aigu de la dignité que vous avez et qui est un de nos héritages les plus précieux.
Au niveau du village, nous avons déjà mis en place des groupements ruraux de production consacrant entre les habitants, par une loi, les liens de solidarité que la nature avait elle-même tissés depuis des siècles. Ces organisations sont fondées sur le principe suivant : entretien de champs collectifs dont le revenu doit alimenter la caisse du village, vente en commun des produits, approvisionnement en commun en produits manufacturés, réalisation en commun des travaux d'intérêt collectif. Bien avant la période coloniale, l'esprit communautaire a prédominé dans nos villages et a constitué la base et les racines de notre société. Le village est, chez nous, la cellule de départ et c'est la vitalité de cette cellule qui engendrera la vitalité de la nation tout entière. En effet, aucun régime ne peut être viable s'il ne repose sur le village. Le Parti, lui-même, y puise ses racines, de même que notre administration. C'est la raison pour laquelle vous avez le Comité politique et le Conseil administratif du village.
Or, nous voulons que ces groupements vivent de par la foi de chacun de leurs habitants, de par l'esprit de discipline de chacun, enfin, de par la sagesse et la clairvoyance des dirigeants. Voilà pourquoi nous demandons à chaque village de faire en sorte que le champ collectif se développe dans les cinq ans de manière à atteindre, à la fin du plan, la superficie d'un hectare par famille ; ainsi, un village de 200 familles possédera un champ collectif de 200 hectares. Dans les cinq ans également, chaque village doit mettre sur pied une équipe permanente de travail qui passera un ou deux jours par semaine dans chaque champ familial. Ainsi, ces équipes, entraînées, équipées par les agents de l'Agriculture, seront au sein du village des éléments de progrès technique ; par ailleurs, la modernisation des pratiques agricoles sera facilitée et le travail harmonisé. Nous demandons aussi à chaque village de construire des magasins de stockage pour les produits de la récolte. Grâce à cette réalisation, la tâche des organismes d'achat sera facilitée, et les récoltes seront à l'abri des détériorations diverses qui causent souvent, vous le savez, des préjudices à la communauté. Ces magasins serviront de lieu de stockage pour les produits manufacturés nécessaires à la vie du village.
Au niveau de l'arrondissement, les magasins de stockage seront également construits, une lutte acharnée contre l'analphabétisme sera déclenchée ; le chef d'arrondissement et les responsables politiques doivent faire appel à tous les fonctionnaires lettrés de leur secteur. C'est là l'un des objectifs principaux de la mobilisation des énergies de la nation. Tous les fonctionnaires seront à la disposition du chef d'arrondissement et des dirigeants sous la responsabilité technique des représentants de l'Education nationale.
Au niveau de l'arrondissement, les pistes devront être créées de manière à ce qu'aucun village ne soit isolé, une pépinière mise sur pied en vue de reboisement et de la diffusion de certains arbres fruitiers. Cette pépinière sera entretenue par les jeunes pionniers. Un terrain omnisports sera aménagé et chaque arrondissement aura sa troupe folklorique, ses équipes de football, de basket-ball, de volley-ball et d'athlétisme, en somme toutes les activités culturelles et sportives doivent naître et se développer à l'échelon de l'arrondissement.
Au niveau du cercle, la même mobilisation doit être réalisée pour combattre l'analphabétisme. Chaque fonctionnaire lettré doit apporter sa part à cette oeuvre qui consacre une fois de plus notre esprit de solidarité, d'entraide et de fraternité. A ce niveau également, une pépinière sera créée en vue d'approvisionner les pépinières d'arrondissements. Un jardin botanique d'une dizaine d'hectares sera réalisé dans chaque chef-lieu de circonscription.
L'éducation des femmes, des ménagères et des mères doit être l'oeuvre de toutes les femmes lettrées, sous la direction technique du Service Social et du Service de Santé. Au niveau du cercle, des parcs culturels devront être créés en vue de donner des représentations théâtrales et de servir de lieux de jeux pour les enfants.
Arrivons-en maintenant au niveau de la région : là, sera installée une ferme régionale d'environ 2 000 hectares comprenant une pépinière : les matériaux et les plans-types seront fournis par le ministère du Plan et de l'Economie rurale, la direction technique en sera assurée par les agents de l'Agriculture que le Gouvernement mettra à votre disposition. C'est encore à l'échelon de la région que devra être réalisé un stade omnisports de classe nationale. A l'intérieur de la région, toutes les pistes réalisées devront être entretenues ou, s'il y a lieu, refaites. En ce qui concerne les écoles et les dispensaires portés au plan, seuls les matériaux seront fournis par le Gouvernement. La réalisation des projets sera laissée aux soins et à la diligence des gouverneurs de région, de leurs collaborateurs, des dirigeants politiques et des élus réunis en un conseil du plan.
Pour ce qui est des aménagements hydro-agricoles portés au plan, toute la main-d'œuvre non spécialisée sera fournie par les régions intéressées. De même les travaux incombant à la main-d'oeuvre spécialisée figurant dans les projets d'implantation industrielle seront réalisés par la population.
La lutte contre les feux de brousse sera accentuée.
Dans la région de Bamako et principalement dans le cercle de Kangaba, dans les régions de Sikasso, Ségou, Mopti, le repiquage du riz sera généralisé. La culture du coton qui est un des projets clés de notre plan doit être suivie par tous les responsables administratifs, politiques et techniques. Seule la variété Allen devra être cultivée, les semences en seront fournies par le Service du Développement rural. La culture de toutes les autres variétés de coton sera proscrite désormais en République du Mali.
Dans chaque village sera généralisée l'utilisation rationnelle de la fumure par la création des fumiêres. La litière doit être fauchée en commun, mise en réserve de manière à couvrir les besoins de la saison sèche. Toutes les mesures doivent être prises afin que les animaux soient sous la garde des bergers pendant toute la saison sèche, car vous n'ignorez pas que les animaux errants causent un préjudice sérieux aux cultures secondaires.
Un parc culturel sera installé par le soin des responsables régionaux ; il comprendra : un théâtre en plein air et un terrain de jeux pour les enfants.
Toutes les mesures doivent être prises afin que dès le mois d'avril, les paysans qui ont abandonné leurs terres pour les joies illusoires et factices de la ville, puissent réintégrer leur milieu.
Dans les chefs-lieux de région et de cercle, un contrôle sévère sera effectué afin que tous les citoyens qui n'ont pas d'emploi puissent retourner à la terre. L'assistance technique leur sera fournie par le Service de Développement. Ceci intéresse aussi les enfants qui dans certaines villes sillonnent les rues à la merci des tentations de toutes sortes. Ils doivent être confiés automatiquement au Service Social qui, avec l'aide du Développement, pourra les orienter vers les centres d'initiations agricoles. Les gouverneurs des régions adresseront, tous les mois, un rapport sur leurs réalisations à la Présidence, au ministère de l'Intérieur et de l'Information, au ministère du Plan.
Maliens et Maliennes, camarades, nous inaugurons aujourd'hui la construction nationale. Ceci s'inscrit dans la logique même de notre option. Bâtir le pays par nous-mêmes, mettre tous nos efforts au service du bien-être de la collectivité entière. Vous autres, fonctionnaires lettrés, du fait même de votre situation, j'attends de vous le maximum. En cette période dont l'importance n'échappe à personne, vous devez faire montre du plus haut esprit de sacrifice, de dévouement et d'abnégation. Vous êtes les guides de nos frères des campagnes, vous devez donner régulièrement le meilleur exemple.
En cette période de travail qui exige de chacun une conscience nationale aiguë, vous devez donner le maximum de rendement quel que soit le poste occupé, car à tous les niveaux un bon Malien participe à la construction nationale : dans les bureaux, sur les chantiers, dans les ateliers. Aucune absence non autorisée ne sera tolérée. Nous exigerons de vous l'assiduité, l'exactitude, la compétence dans les tâches qui vous ont été confiées. Aucune incompétence ne sera couverte, à plus forte raison, les malversations. Le favoritisme n'aura aucune place dans notre pays. Nous jugerons les fonctionnaires sur leur esprit de sacrifice, leur loyauté et leur fidélité à l'égard du Parti
Aucune intervention ne pourra sauver ceux qui se rendront coupables de malversations, de négligence dans le travail ou ceux qui seront convaincus d'incompétence et celui qui voudra les protéger sera également coupable à nos yeux. Nous avons voulu l'indépendance totale afin d'être nous-mêmes pleinement responsables dans la conduite de nos affaires ; nous l'avons, l'indépendance : elle ouvre la voie des responsabilités, du sérieux, du devoir. Comme je l'ai dit, j'ai confiance en chacun de vous. Je sais que chacun mettra ses bras, son esprit au service de cette foi commune qui nous anime, qui nous lie et grâce à laquelle notre génération que les événements ont placée face à des tâches si grandioses laissera à la postérité un pays engagé dans la voie de l'honneur, de la dignité, dans la liberté et l'indépendance.

DISCOURS PRONONCE AU MEETING POPULAIRE AU STADE M. KONATE EN L'HONNEUR DE LA VISITE DU PRESIDENT HOUPHOUET-BOIGNY (20/12/1961)

Monsieur le Président,
Excellence,
Mesdames et Messieurs,
C'est un grand honneur pour moi de saluer aujourd'hui au nom du peuple de la République du Mali et de son Parti, l'Union Soudanaise - R.D.A., nos illustres hôtes de la Côte d'Ivoire.
Ce sera aussi la fierté de notre capitale d'écouter aujourd'hui, après l'avoir reçu, un des grands responsables africains dont l'activité depuis plus de quinze ans a marqué l'évolution politique de notre continent.
Monsieur le Président, vous savez combien vous devez vous sentir chez vous parmi nous ; les milliers de Maliens que vous avez rencontrés depuis plus de deux semaines, sont les frères et sœurs de ceux qui en Côte d'Ivoire, des années durant, à vos côtés, ont mené le grand combat pour la liberté et la prospérité de votre pays qui est aussi le leur.
A cet égard, en ce moment solennel, à l'heure où le Mali et la Côte d'Ivoire, indépendants, ont choisi par nos voix de se rencontrer au Stade Mamadou Konaté, nos pensées vont à tous ceux, comme Kaboret Zinda, Biaka Boda, Ouezzin Coulibaly, dont l'engagement, la fidélité, la constance dans le combat nous ont été ravis prématurément. A la mémoire de ces combattants intrépides, je voudrais me permettre de vous convier, au nom de l'Afrique libérée et au nom de celle qui se libère, à observer une minute de silence.
Monsieur le Président, comme vous, nous avons eu raison de placer cette visite fraternelle sous le signe du Souvenir !
Oui, Souvenir des luttes menées fraternellement au sein du Rassemblement Démocratique Africain, où ensemble nous avons fêté nos victoires !
Souvenir également, de Dimbokro, de Bouaflé, et d'Abidjan, où Maliens, Ivoiriens et d'autres africains, sans distinction, sont morts pour l'égalité des hommes, la liberté, la dignité de l'Afrique et de ses fils.
Souvenir enfin des serments prêtés au nom des sacrifices de ceux qui sont tombés et dans des circonstances qui resteront à jamais gravées en lettres d'or dans nos mémoires.
Camarade Président, tant de liens, tant de souffrances communes dans le passé, tant de fraternisation dans la résistance au colonialisme ne pouvaient en ces heures, qui marqueront l'histoire de l'Afrique, laisser indifférents les militants de l'U.S.-R.D.A. que nous sommes.
Aussi, par delà votre délégation, et accédant ainsi à votre vœu si chèrement exprimé, c'est le peuple de Côte d'Ivoire, les Patriotes et Compagnons de lutte que le Mali et l'Union Soudanaise-R.D.A. viennent d'accueillir au nom de la fraternité de combat.
Chers amis, vous n'avez pas pu visiter, et ce sera notre regret, des régions du Mali, qui n'en sont pas des moins intéressantes. Mais partout où vous avez été, vous avez eu l'occasion de voir, d'entendre, de vous faire une opinion. Vos camarades et frères Maliens n'aspiraient pas à plus, conscients d'avoir accompli leur devoir et fait honneur à l'idéal du R.D.A.
En effet, vous avez perçu sans difficulté, le culte de nos héros Mamadou Konaté, Ouezzin Coulibaly et de tous ceux qui hélas ne sont plus là aujourd'hui pour juger de notre action. En retrouvant ces lieux où naguère la lutte était dure, mais franche, vous avez reconnu, à travers les vivats et les chansons jaillis des poitrines, la trempe, le courage du militant tel que comme nous, vous le conceviez. Vous l'avez dit vous-même : dans son organisation, dans la capacité de mobilisation des masses, dans la discipline que soutient l'enthousiasme, vous avez identifié les grandes qualités d'un véritable parti populaire.
Ainsi, avez-vous apporté à l'Union Soudanaise-R.D.A. et à ses militants, plus qu'un témoignage de satisfaction, la certitude d'être restés fidèles à l'esprit du R.D.A. et aux engagements qu'ensemble nous avons pris vis-à-vis des peuples du continent.
Vos jugements à tous, illustres hôtes, constituent pour nous, un encouragement à persévérer dans la voie tracée par le Congrès combien historique d'octobre 1946.
Monsieur le Président, il m'est particulièrement agréable de vous rendre ici un vibrant hommage pour votre fidélité à un des principes directeurs du R.D.A., la solidarité africaine. Pétri dans la terre africaine, élevé à l'ombre de nos coutumes, vous avez prouvé à chaque instant que cette expression n'était pas un slogan sans contenu.
Ici encore, le souvenir doit reprendre ses droits. Le Peuple du Mali se souvenait certes des' amitiés nées dans les combats et dans les peines, dans les privations et dans les prisons du colonialisme. Mais il veut surtout se souvenir de la main heureuse et fraternelle que spontanément vous lui tendîtes il y a un peu plus d'un an.
Vous avez donné la preuve, au lendemain de la trahison de Dakar, que la Côte d'Ivoire elle-aussi, n'avait pas oublié. Face à toutes les forces rétrogrades, fidèle à l'esprit de fraternité du R.D.A., décidé à donner une leçon de grande solidarité africaine, vous avez courageusement évité à nos populations le cap difficile du dernier trimestre 1960, en ouvrant largement à notre pays un débouché sur Abidjan.
Au nom du Peuple du Mali, je vous dis merci. Votre attitude procède. Monsieur le Président et chers amis, de votre foi inébranlable en notre victoire dans la lutte de libération et d'unification de notre Afrique morcelée.
Au contraire de tant d'autres leaders frappés de cécité politique, vous avez compris qu'il n'y avait pas de fidèles ou d'infidèles à la France ; que c'est en fonction de l'Afrique, de ses intérêts que les leaders africains, la France et les autres pays du monde devraient déterminer leurs rapports réciproques.
C'est l'honneur du grand militant que vous êtes de n'avoir pas perdu de vue, un seul instant, que ce qui se fait au Ghana, en Guinée, au Mali, c'est ce que veulent les populations de la Côte d'Ivoire ou de la Haute-Volta ou du Dahomey.
Vous avez toujours présent à la mémoire que le salut de l'Afrique, la promotion du Peuple Africain, passe par son unité.
Que viennent faire ici alors les distinctions combien tendancieuses d'Afrique raisonnable et d'Afrique déraisonnable, prônées outre atlantique par des Africains ?
Ceux-ci font le jeu des colonialistes qui s'ingénient à voir l'Afrique déjà divisée en groupe d'Etats hostiles, les uns aux autres, préfiguration d'une Afrique soumise à l'influence des deux blocs et devenant de ce fait le théâtre d'agitations et de révolutions sanglantes compromettant à jamais l'indépendance de notre continent.
Si l'Afrique déraisonnable, c'est celle qui veut être maîtresse chez elle de ses destinées, dans ce cas, ne couvre-t-elle pas aujourd'hui la quasi totalité de nos Etats ?
Il ne saurait en être autrement de la part de pays décidés à exercer tous les attributs de leurs souveraineté et à sauvegarder jalousement cette indépendance.
Monsieur le Président, on ne le dira jamais assez, c'est dans la lutte pour l'indépendance, par l'exercice de la souveraineté, avec comme corollaire l'indispensable africanisation de tous les cadres, que l'union nationale a été réalisée au Mali. C'est la constance dans le combat qui a nourri et fortifié les liens ainsi établis. A cet égard, notre fierté sera grande de vous avoir permis de constater qu'au Mali, nous ne connaissons pas le tribalisme qui menace certains pays. Au Mali, le sentiment de la dignité retrouvée, la confiance jamais déçue en un parti unique, parti de masse où la démocratie est à l'honneur, nous mettent à l'abri des dangers du régionalisme.
Notre joie aura été à son comble si comme nous le croyons, il vous a été donné de vérifier une fois de plus comme nous, que c'est dans la mobilisation pour la lutte par la lutte dans le combat et dans la définition d'objectifs clairs et précis que l'unité que vous et nous souhaitons trouve le terrain favorable à son éclosion.
L'unité une fois acquise constitue le ciment du Parti, accélère la mobilisation du pays, et décuple la prise de conscience des populations.
Les militants de l'Union Soudanaise-R.D.A. ont donc trempé l'arme merveilleuse qui devait assurer la construction nationale et ouvrir l'ère des réalisations durables dont chacune porte la marque indélébile d'un peuple pleinement souverain, et de la personnalité africaine.
Nous avons africanisé sans hésitation ni nuance aucune, tous les postes. Il nous a paru en effet discutable de prôner notre souveraineté, quand les postes de commandement restent entre les mains des étrangers, nos maîtres d'hier. Comment faire appliquer une politique nationale, si meilleure soit-elle, par ceux-là mêmes qui hier étaient les gardiens jaloux de l'autorité coloniale ? Enfin, et surtout, camarades de Côte d'Ivoire, il nous a paru difficile à un parti, à un gouvernement africain de prétendre à la confiance des masses rurales, alors que le chef d'arrondissement ou le commandant de cercle reste toujours le représentant de la puissance coloniale, le frère de celui qui hier foulait aux pieds la dignité de nos populations.
Notre expérience de Maliens, donc de militants formés et trempés à la glorieuse école du R.D.A., nous a appris que l'africanisation complète des cadres est le levain puissant de la prise de conscience des populations, de leur confiance dans la réalité de la souveraineté et de leur mobilisation enthousiaste pour la construction de la partie retrouvée.
Conséquents avec nous-mêmes et avec les enseignements, du R.D.A., engagés dans la voie de la libération du pays, nous avons pris nos responsabilités, nous avons fait confiance au peuple du Mali, qui tout entier, parce que lui aussi confiant au Parti, a soutenu nos entreprises.
Nous avons supprimé tous les privilèges, libérant ainsi la masse qui en faisait les frais.
Monsieur le Président, à l'Ecole du R.D.A., vous et moi avons appris d'abord, pour enseigner aux autres ensuite, que la colonisation était une entreprise économique, où la colonie était une source de matières premières et un marché pour les pays colonisateurs. Le 22 septembre 1960, le Congrès de l'Union Soudanaise^.D.A. assignait au Parti de mettre immédiatement un terme à la vraie colonisation, la dépendance économique. Le Gouvernement a donc mis en place des Sociétés d'Etats, qui ont vocation d'éliminer toutes les séquelles de la dépendance économique.
Ce sont la Société malienne d'importation et d'exportation SOMIEX, ayant le monopole de l'exportation de tous nos produits et important certains produits de grande consommation ,- c'est la Régie des Transports du Mali, la Régie Nationale des Chemins de fer, la Société d'aviation civile Air-Mali, la Société Nationale des Entreprises des Travaux Publics, la Pharmacie Populaire, la Société « Energie du Mali », la Banque Populaire, la Banque de Crédit et de Développement, la Compagnie Malienne de Navigation, etc...
Notre volonté d'être maître chez nous, nous a amené à faire évacuer les bases françaises installées au Mali ; car, la présence des troupes de l'ex-puissance colonisatrice, n'apparaît-elle pas. Chers Camarades, comme l'expression d'une tutelle dans la défens

de notre sécurité intérieure et extérieure ?
D'autre part, notre armée nationale ne serait-elle pas en droit de s'offusquer d'un manque de confiance en elle, dans la mission d'assurer la sauvegarde de l'unité nationale et de l'intégrité territoriale ?
Monsieur le Président, nos adversaires ont tenté de nous créer la réputation de pays militarisé et agressif à cause de notre équipement en matériel militaire et de la mobilisation de toutes les couches de la population pour veiller jalousement sur notre indépendance. Mais, Camarades, pourrons-nous nous fier aux troupes de l'armée coloniale française pour défendre notre souveraineté nationale et l'intégrité de notre territoire, alors que des responsables de la France rêvent d'un grand Sahara contrôlé par eux ? Non ! On n'est bien défendu que par soi-même, et c'est pourquoi nous avons notre armée nationale, bien équipée et solidement soutenue par le peuple lui-même.
En effet, c'est à un peuple tout entier que revient le devoir de défendre le pays, le Gouvernement qu'il a choisi pour appliquer une politique, celle qu'il a lui-même définie.
C'est le patriote, le soldat, attaché à la terre natale, c'est le paysan, gardien vigilant du patrimoine de ses ancêtres, c'est la fervente jeunesse, impatiente de hisser la patrie au rang des grandes nations libres, ce sont les femmes mobilisées, désireuses d'assurer à leurs héritiers, une vie radieuse sur une terre de liberté, qui permettent au Mali de mener dans la confiance, la lutte pour sa sécurité et son indépendance totale.
Cette ambition, réalisée déjà dans bien des domaines, n'amène pas à une politique d'isolement. En effet, le Mali a clairement défini sa volonté de coopération avec tous les pays du monde, mais en particulier avec les peuples africains. Il a opté également pour le non-alignement sur un bloc militaire ou économique. Cette option, qui a l'adhésion du peuple tout entier, sauvegarde notre personnalité.
Elle offre un démenti cinglant aux grandes puissances qui, dans leur complexe de supériorité, peuvent croire qu'il n'y a de vérité que la leur, que toute opinion n'est que le reflet de la leur. Le Mali ne prend pas et ne prendra pas des directives de qui que ce soit, quelle que soit l'aide qu'on lui apporte. Il se définit uniquement en fonction de ses intérêts, de ceux de l'Afrique, de la paix.
Il se refuse à cet équilibrisme politique qui amène, celui qui le pratique, à consentir des concessions intéressées, circonstancielles, tantôt aux puissances de l'Ouest, tantôt aux puissances de l'Est. Un pays qui adopte une telle politique perd sa dignité, sa personnalité, il devient une girouette tournant dans le sens où s'exerce la pression la plus forte.
Monsieur le Président, le peuple du Mali, dont vous connaissez la fierté, la fidélité aux principes et le respect de la parole donnée, ne peut pratiquer une telle politique qui est la négation même de toute forme d'indépendance.
C'est pour cette raison que les militants de l'Union Sou-danaise-R.D.A. n'ont rencontré que de l'enthousiasme chez les jeunes, à constituer partout les brigades de vigilance et les milices populaires, chez les travailleurs, à proposer et à accepter des amputations importantes de leur salaire, et l'abandon de tous les privilèges accordés par l'Administration coloniale, pour pouvoir les mieux associer à sa politique de domination. Comment ne pas admirer le geste magnifique de nos paysans, qui ont accepté d'abattre le prix du riz pour le rendre compétitif sur tous les marchés.
Pourquoi ne pas saluer nos commerçants qui, de leur côté, ont permis à l'Office des céréales et à la SOMIEX de jouer pleinement leur rôle ?
Cette confiance du peuple, née de la netteté de notre politique, va d'abord à notre Parti, l'instrument qu'il s'est lui-même forgé. Cette confiance du peuple est une conséquence parmi tant d'autres de la primauté du politique sur l'administratif, du Parti sur tous les organismes de la Nation. Le Parti, voilà la clef des problèmes.
Il analyse, conçoit, donne des directives, fait exécuter par les organismes de l'Etat, contrôle l'exécution des décisions arrêtées parce qu'il est l'émanation la plus authentique du peuple. L'erreur ne serait plus celle d'un homme, d'une équipe, mais de tout le peuple, ce qui est source de stabilité !
Parce que l'Union Soudanaise-R.D.A., par son organisation, solidement structurée, tient en main l'ensemble des populations, les personnes mal informées parlent de dictature au Mali.
En effet, il y a au Mali une dictature, mais c'est celle du peuple, c'est celle de l'engagement de chaque Malien, de chaque Malienne à respecter son option librement et clairement exprimée, son serment de faire le Mali libre et prospère et de contribuer très largement à la libération et à l'unification de l'Afrique. Mais aussi, vous avez pu constater que ce peuple s'exprime partout, à tous les échelons, que les responsables ne sont que ses représentants.
Monsieur le Président, j'ai déjà affirmé que le Mali n'entend pas s'isoler, car ce serait alors oublier que c'est à Bamako que, pour la première fois, les responsables africains s'étaient rassemblés pour créer le R.D.A., que depuis cette date, notre pays a abrité plusieurs rassemblements, en des circonstances où la compréhension ne prenait pas tous ses droits : premier Festival de la Jeunesse d'Afrique ; premier Congrès des Femmes de l'Ouest Africain ; Conseil fédéral de l'U.G.T.A.N., et j'en passe.
Ce serait surtout oublier que nous avons été des premiers à exprimer, au lendemain du 13 mai 1958, nos craintes de voir l'Afrique divisée. Ces perspectives d'unification de nos Etats, ont été l'une des causes qui ont déterminé l'Union Soudanaise-R.D.A. à répondre OUI au référendum. C'est au nom de l'Union de l'Afrique que nous avions décidé de former, avec d'autres Etats, la Fédération du Mali.
Notre union avec le Ghana et la Guinée, notre participation active à la Charte africaine de Casablanca, n'ont pas d'autre signification et se caractérisent essentiellement par l'existence d'organismes de coopération et de coordination.
Nous demeurons fermement attachés à l'unité africaine, nous sommes esclaves de notre volonté d'oeuvrer à la réalisation de cette unité avec des objectifs clairement définis ne prêtant pas à la moindre équivoque.
Pour être resté fidèle à cette unité, notre pays se trouve visé par les impérialistes, au même titre que nos frères du Ghana et de la Guinée, comme ceux du Maroc et de la République Arabe Unie, pour ne citer que ceux-là.
Ce que l'on nous reproche, c'est de tout mettre en oeuvre en Afrique, dans les domaines politique, économique et militaire, pour chasser les impérialistes de l'Algérie, de l'Angola, du Mozambique, de l'Afrique Centrale et du Sud, de la Guinée et des îles du Cap Vert.
Notre crime est également celui de tous les pays africains qui ne peuvent souffrir qu'une parcelle quelconque de notre Continent, demeure encore sous domination coloniale. Les mêmes impérialistes tolèrent encore moins notre option résolument socialiste. Notre volonté de rester en dehors des blocs, est impensable aux yeux de ceux qui ne veulent voir à travers nos jeunes nations, que des colonies habillées du clinquant de l'indépendance nationale.
Oui, le Mali est non aligné, non partisan dans la lutte d'influence des deux blocs ; mais, ce faisant, que l'on se souvienne que le Mali est farouchement anticolonialiste et anti-impérialiste, et qu'il a opté pour une économie socialiste planifiée, cela d'une part en raison de nos traditions plusieurs fois séculaires de vie communautaire, et d'autre part parce que le socialisme seul permet, non seulement de résoudre les problèmes économiques qui se posent à un jeune pays sans capitalisme autochtone tout en sauvegardant sa souveraineté intacte, mais de procurer, à chaque Malien, qu'il soit fonctionnaire, agriculteur, commerçant, artisan ou éleveur, un minimum qui lui permette de manger à sa faim, de s'habiller décemment et de se loger avec un minimum de confort. L'homme malien est donc le centre de nos préoccupations.
Ce sont ces options claires, que l'Union Soudanaise-R.D.A. a faites le 22 septembre, au nom du peuple malien.
Le Mali est prêt à dépasser le niveau de la coopération et de la coordination, à participer pleinement à la construction de grands ensembles africains sur le plan politique et économique, et même à renoncer à une partie de sa souveraineté, à la condition expresse que soit confirmée dans les idéaux, dans les méthodes, dans les faits, uns parfaite et profonde identité de vues avec nos partenaires sur tous les problèmes intéressant la politique intérieure et extérieure de ces Etats.
C'est ce qu'exprime la ferme résolution de notre Congrès historique du 22 septembre, qui proclame : « L'U.S.-R.D.A. déclare ne plus participer à aucune construction politique dans l'équivoque, et exige désormais de la clarté dans les positions de nos partenaires éventuels. »
Vous saisirez sans doute, Monsieur le Président, que les frères maliens ont tiré les leçons du passé.
Vous savez que pour nous Maliens, les problèmes de personne ne se sont jamais posés. Au sein du R.D.A nous avons joué notre rôle sans jamais nous abaisser un seul instant à de honteuses tractations pour une prédominance personnelle ou de notre territoire.
Notre ambition est et demeure, de servir honorablement l'Afrique, partout et toujours, avec comme récompense, la conscience d'avoir accompli notre devoir.
Et si quelquefois, Modibo Keita ou le Mali, ou Bamako se sont trouvés à la tête d'un ensemble, cette position fut toujours imposée par ses partenaires.
C'est un devoir pour moi de rappeler que dans les rapports avec les Etats africains, il ne s'agit pour nous de rien d'autre que du respect des engagements pris, de la fidélité aux principes librement définis, des intérêts du peuple africain, de la liberté, de l'unité et de la prospérité africaines pour lesquelles, ensemble, nous combattîmes au sein du Rassemblement Démocratique Africain.
Tel est le message fraternel que je vous prie, illustres hôtes, de transmettre aux camarades de combat de la vaillante Côte d'Ivoire, en les assurant que le Mali est orienté et organisé de manière à ne jamais trahir notre idéal commun et à assurer la pérennité, la prospérité et l'unité de nos peuples.
Camarades de Côte d'Ivoire, nous n'avons fait qu'appliquer fidèlement les principes d'organisation des masses, qu'assurer la primauté effective de l'organisation politique démocratique sur l'ensemble des manifestations de la vie nationale.
En cela, nous sommes restés fidèles au principe du Gouvernement par le Peuple, pour le Peuple, que vous exprimez par votre volonté de faire du citoyen ivoirien, un Africain libre, digne, l'égal de l'homme des autres continents.
Vive la Côte d'Ivoire !
Vive le Mali
Engagés dans le même combat pour que vive l'Afrique.

MESSAGE AU PEUPLE DU MALI A L'OCCASION DU NOUVEL AN 1962

Maliennes et Maliens,
Au seuil de l'année nouvelle, c'est un plaisir particulier pour moi de vous adresser mes vœux de bonheur et de prospérité.
Mes premiers mots seront ceux du camarade Secrétaire général du Parti, souhaitant à l'ensemble des militants de l'Union Soudanaise-R.D.A., plus de santé, plus de succès dans leurs entreprises.
Comme le passé est le creuset de l'avenir, l'évolution de notre Pays en 1962 trouve son essence dans la période qui vient de s'écouler.
L'année 1961 a vu notre Pays sortir victorieusement des difficultés accumulées sur son chemin.
Le Mali a justifié les espoirs placés en lui par tant de cœurs africains, il a mérité le titre de pionnier de la libération et de l'unification africaines, que lui décernait, il y a quelques jours encore, un jeune pionnier de Bougouni.
Maliennes et Maliens, militants de l'Union Soudanaise-R.D.A., vous savez combien vous pouvez être fiers de la politique de votre Parti.
Dans le monde divisé en blocs, et où la volonté d'affirmer son indépendance et de sauvegarder sa personnalité est considérée comme une hérésie, votre Parti et vous-mêmes avez assuré à votre République une place de choix dans la dignité.
Partout où l'homme africain, l'homme tout court, était asservi, bafoué, notre Parti n'a pas recherché la criminelle médiation ; c'est résolument qu'il a porté aide à nos frères opprimés. Cette netteté dans nos positions, cette constance et cette fidélité, nous ont valu - et ce sera notre bonheur — la confiance de tous les patriotes africains au combat qui, demain comme aujourd'hui, trouveront chez nous le constant soutien qu'ils sont en droit d'exiger des frères engagés que nous sommes.
Maliennes et Maliens, pionniers de l'Afrique, vous aviez dit, et le monde entier l'a vérifié, que vous demeuriez fidèles à la doctrine de non-alignement ; malgré les embûches, vous avez gardé bien haut le drapeau de l'Afrique. Par votre fermeté, vous avez su donner aux peuples la garantie que le Mali ne sera jamais un pion de la guerre froide ou un instrument de division en Afrique.
Pionniers, vous l'avez été en vous engageant résolument, par des moyens politiques universels, dans la liquidation des séquelles de la colonisation dans le domaine économique ; votre expérience, notre expérience dans ce domaine qui a tracé des voies, retrouvé les moyens d'accès à la révolution des structures économiques coloniales, vaut déjà école pour nos frères africains.
Comme en 1960, nous avons ouvert le chemin des indépendances, nous avons dégagé aujourd'hui les résolutions propres à l'organisation nationale de l'économie des État africains.
Pionniers aussi, nous pouvons être fiers de l'avoir été lorsque nous demandions l'évacuation des troupes françaises de notre sol. Vous pouvez être fiers aujourd'hui, d'avoir imposé à la conscience des responsables africains cette vérité : la difficulté de la coprésence sur le sol national de l'armée nationale et de celle de l'ex-puissance coloniale. Ce qui, hier, apparaissait comme une utopie, ou le fait d'une ambition démesurée, est aujourd'hui chose possible parce que vous l'avez démontré.
Ces victoires, qui débordent largement le cadre de notre Pays, pour embrasser ensuite l'Afrique entière, sont le fait de notre Parti; elles sont le fruit du dévouement de chacun de vous.
Tant de responsabilités vous engagent plus que jamais, et sollicitent un renforcement de la discipline et du dévouement de chacun.
Vous devinez que dans la lutte implacable pour l'indépendance économique, nous sommes condamnés à la victoire. Aussi, faudra-t-il de chaque Malien et de chaque Malienne, l'obéissance aveugle à notre Parti, la confiance en ses dirigeants, la lutte impitoyable contre tout ce qui compromet notre unité. Les sacrifices admirables consentis par les uns et les autres ne seront pas les derniers.
Nous avons choisi le socialisme. Conformément aux décisions historiques de notre Congrès qui demeure notre seul guide, le Parti, poursuivant sa politique dans la voie du socialisme, prendra, dans les mois à venir, des mesures importantes. Je suis convaincu que, comme pour les autres, elles trouveront auprès de vous, un soutien total.
Le Mali est engagé dans la voie de la Révolution ; cela signifie que, quel qu'en soit le prix, le Parti prendra les mesures propres à liquider toutes les entraves à notre évolution.
Camarades, l'année nouvelle s'ouvre sur les batailles à poursuivre et à gagner, coûte que coûte. Le moment est proche où, dans bien des secteurs, les travailleurs pourront prendre en main la gestion de leurs entreprises, et donner ainsi la mesure de leur adhésion à notre option socialiste. Mais il faut qu'ils se préparent à ces nouvelles responsabilités.
La coopération connaîtra un nouvel essor dans l'intérêt du producteur, et pour être prête à répondre aux exigences de la vie nationale.
Nos sociétés d'Etat s'achemineront victorieusement vers leur plein épanouissement pour assumer la tâche qui leur est dévolue. L'année 1962 verra le fruit du combat de chacun de nous contre soi-même, ses mauvaises habitudes, ses faiblesses ; elle doit être marquée par une consolidation de notre Parti et une perfection de son organisation, par la formation et le perfectionnement de nos cadres politiques ; elle doit nous apporter la certitude de la réalisation du Plan Quinquennal.
Quand à vous, Maliens, engagés dans l'Armée nationale et dans les forces de sécurité, que vous soyez officiers, sous-officiers, caporaux, soldats, jeunes gens du service civique, mes vœux de nouvel an s'adressent également à vous, car vous-mêmes, je vous considère comme une couche de ce fier et vaillant peuple du Mali.
Au cours de mes différentes tournées à travers la République du Mali, j'ai eu l'occasion de visiter certaines garnisons et j'ai constaté avec quel cœur tous vous participez activement à la construction nationale.
Un jour prochain, je serai parmi nos camarades des groupes nomades de Tessalit, pour vivre et connaître leurs problèmes qui sont spécifiques et pas toujours faciles à résoudre. A toutes ces unités sahariennes, à vous qui contrôlez journellement nos frontières, sans sommeil, dans toutes sortes de privations, à la merci du vent, de la maladie, du rude froid du désert, vous qui avez laissé épouses, enfants après vous pour assurer la sécurité de notre jeune République, et défendre son intégrité territoriale, le Parti et le Gouvernement vous renouvellent une fois de plus leur affectueuse confiance.
Camarades, je suis sûr qu'après notre rencontre du 30 octobre dernier, il n'y a plus la moindre équivoque sur le rôle de notre jeune Armée et, dans les mois à venir, elle aura une autre figure. Elle sera totalement révolutionnaire ; issue du peuple, elle se soudera davantage à ce peuple qui est son meilleur soutien.
Seront désormais périmées au Mali, certaines méthodes qui ne font qu'affaiblir son prestige. C'est pour cette raison que j'ai dit et que je le répète encore une fois de plus, l'avancement à tous les échelons ne se fera qu'au choix.
Ne croyez pas un seul instant que nous nommerons en série des colonels, des généraux ou des maréchaux qui ne seront pas à la hauteur ; non ! Cela ne se fera pas dans une armée comme la nôtre, et je suis certain que vous partagez mon point de vue. Nos adversaires ne pourront, en aucun moment, douter de la valeur de notre Armée, et cette fraction de la grande famille malienne, restera forte car la tenue, la discipline et le travail sont toujours de rigueur.
Camarades du Service civique, vous avez su comprendre les difficultés que surmontait votre Pays au lendemain de la proclamation de son indépendance. Vous vous êtes mis au service de votre Patrie, la houe et l'arme à la main. C'est avec fierté que le peuple du Mali vous admire tant par votre tenue que par votre allure. Comme un seul homme, prêts à tous les sacrifices, vous assurez la défense de notre Pays, aux côtés de vos frères de l'Armée nationale.
Sur un autre plan, alors que la vie de notre République était compromise, nos brigades de vigilance sont venues renforcer les rangs de la police qui, malgré sa faiblesse numérique, n'a jamais failli à sa mission.
Officiers, sous-officiers, caporaux, soldats, jeunes gens du Service civique et agents de la force de sécurité, je vous renouvelle une fois de plus la confiance du Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., de son Gouvernement et de son Assemblée ; j'ai la conviction profonde que toutes les minutes, toutes les secondes de votre existence seront consacrées à la construction et à la défense de notre Patrie retrouvée, la République du Mali.
Camarades, l'année 1961 a été l'année de l'échec de l'impérialisme en Afrique. Il faut qu'en 1962, sa défaite soit consommée.
Les ennemis du Mali, les impérialistes ou leurs agents, devront avoir la preuve de notre volonté d'indépendance par l'exécution rapide de notre Plan Quinquennal. Nous devons prouver, dans les faits, que la liberté n'a pas de prix, que les marchandages ou autres pressions déguisées ne peuvent avoir prise sur nous. Ce faisant, nous aurons donné à nos frères africains, la conscience de leurs possibilités, et déblayé le chemin radieux de la vraie indépendance. Notre échec, serait le leur. C'est vous dire, Camarades, qu'en 1962, les timorés, les fatigués ne nous empêcheront pas d'aller de î'avant. Les ambitions démesurées devront, pour le salut de ceux qui les nourrissent, céder vite la place à l'engagement sans réserve et au dévouement entier dans l'anonymat.
Il y va non seulement de la santé morale de notre Parti et des intérêts du Mali, mais aussi de l'avenir de l'Afrique.
Paysans, ouvriers, soldats de notre glorieuse Armée, fonctionnaires et commerçants, hommes et vous, femmes et jeunes, Maliennes et Maliens, que l'histoire a chargés d'une mission exaltante, vous avez été les pionniers de la dignité africaine, et dégagé ainsi les seules voies qui mèneront dans la clarté, à l'union indispensable de nos État.
Je suis sûr que l'année 1962 qui commence, que je vous souhaite de santé et de bonheur, verra en vous, les éclaireurs résolus de l'Afrique qui se construit dans la voie de l'indépendance économique et de son unité.
Maliennes et Maliens, en 1962, vous ne faillirez pas à votre mission.
Vive le Mali pour que vive l'Afrique !

DISCOURS PRONONCE À L'OCCASION DE LA FIN SOLENNELLE DES COURS ACCELERES DE JOURNALISME A BAMAKO (17/03/1962)

Excellences,
Camarades,
La cérémonie qui se déroule ce matin est un moment heureux pour notre République, pour l'Afrique et pour le monde du journalisme. L'exemple que notre pays vient de donner constitue une initiative heureuse, puisque nous venons d'apprendre tout à l'heure que l'UNESCO a décidé qu'elle placerait cette école de journalisme sous son égide.
Camarades, cette attention nous confère des responsabilités, et ces responsabilités rejoignent celles que nous avons prises dans de nombreux domaines, afin que l'Afrique puisse vivre libre et qu'elle puisse toujours dire son mot, exprimer sa pensée.
Ce que nous voudrions, c'est que vous, qui avez eu l'avantage de connaître des techniciens du monde journalistique, vous compreniez votre rôle dans la période historique que traverse notre pays. Certains d'entre vous ont participé à part entière à la lutte de notre Parti, mais d'autres, qui étaient encore sur les bancs de l'école, n'ont suivi que de loin le combat de l'Union Soudanaise-R.D.A. Aussi est-il nécessaire de faire un bref rappel du passé de notre parti.
L'Union Soudanaise, section du R.D.A., est née en 1946, après le Congrès historique de Bamako où naquit le Rassemblement Démocratique Africain. Auparavant, au Mali, qui était alors le Soudan Français, existait un Parti majoritaire reposant sur l'autorité féodale soutenue par l'administration coloniale française : le P.S.P. De l'autre côté, le Bloc qui avait lié son sort au Parti Socialiste Français, la S.F.I.O. On peut se demander comment se sont effectuées les mutations et les changements qui eurent lieu à ce moment-là. C'est que pour nous les mots n'ont de signification que par le contenu que nous y mettons. En effet, déjà avant notre alliance avec la S.F.I.O. et dès sa création, notre Parti dut faire face à de nombreuses difficultés : arrestations, mutations arbitraires, emprisonnement de responsables.
Ayant mesuré alors la faiblesse de nos moyens et la force du système colonial, nous avons décidé de trouver les moyens tactiques de parer à la répression. C'est ainsi que nous nous sommes alliés à la S.F.I.O. dont le programme nous donnait satisfaction. Mais cela n'a pas mis notre Parti à l'abri de la répression. En effet, bien qu'alliés au Parti Socialiste Français, nous étions encore emprisonnés, brimés, opprimés, ici, dans notre pays, par un Gouverneur socialiste. Pourtant le Gouverneur Général, à Dakar, était socialiste, le Ministre des Colonies à Paris était socialiste, et le Président du Conseil lui-même était socialiste ! Dans les circonscriptions, les paysans qui nous recevaient étaient mis en prison, après avoir souvent subi des châtiments corporels ; les fonctionnaires étaient mutés aux postes les plus ingrats. En conclusion, notre Parti, Section de la S.F.I.O., était brimé, opprimé, par un Gouvernement dirigé par la S.F.I.O. elle-même ! Voilà pourquoi nous disons que les mots n'ont de signification que par le contenu que l'on y met, voilà pourquoi la mystique des mots est et demeure un élément d'égarement des peuples, lorsque ceux-ci se laissent aller à cette magie!
Mais dès que l'Union Soudanaise devint une section du R.D.A., ce fut un accroissement de nos difficultés. En effet, après avoir apprécié l'action des partis français, les députés du R.D.A. s'apparentèrent au Groupe parlementaire du Parti Communiste Français. Avec la recrudescence de la répression, ce fut l'utilisation d'une nouvelle tactique par l'administration coloniale, qui tenta de diviser notre Parti en soulignant « le communisme » de ses dirigeants. Pendant longtemps cette présomption a pesé sur de nombreux dirigeants de l'Union Soudanaise. Ces manœuvres réussirent partiellement ; ainsi s'expliquent les crises intérieures de 1950-1952-1953, crises provoquées par certains dirigeants qui voulaient éliminer ceux qui étaient désignés comme communistes. Mais notre Parti s'affermit, renforça son influence dans les populations jusqu'au jour où il conquit le pouvoir et mena notre pays à l'indépendance.
Une nouvelle phase s'ouvrait, car le jour même de la proclamation de l'indépendance, notre Congrès optait en faveur d'une économie socialiste planifiée. Pour ce choix, notre Parti a eu à s'inspirer de certaines écoles, parce que la plupart des institutions humaines présentent toutes des ressemblances. Quand on s'adresse au peuple, quand on est issu du peuple, il n'y a qu'une voie pour se faire comprendre, pour réussir, c'est descendre dans le peuple, partager ses joies et ses souffrances, même si cela doit amener à l'abandon de certains avantages, afin que le peuple, dont on s'est servi pour la libération du pays, puisse aspirer au bien-être.
Il existe déjà d'autres expériences qui ont eu lieu dans d'autres pays et qui ont été couronnées de succès, mais les moyens et les voies que nous emploierons ne seront pas obligatoirement les mêmes. Nous sommes, ici au Mali, dans un pays qui a un long passé d'administration, un long passé de culture, un long passé d'organisation sociale et culturelle, un pays qui avait une organisation avancée à une époque où certains grands pays, qui sont actuellement à la pointe du progrès dans de nombreux domaines, n'avaient pas atteint ce même niveau. Nous avons un long passé de luttes : nos rois, nos chefs, notre peuple se sont battus, se sont opposés, les armes à la main, à la domination coloniale, et il a fallu que le sort des armes leur soit défavorable pour les amener à se soumettre. Est-il besoin de rappeler que certains d'entre eux ont préféré se donner la mort que d'accepter la domination étrangère ?
Ce qui compte, ce qui est important, c'est l'objectif que l'on veut atteindre et le choix des moyens nécessaires pour y parvenir, compte tenu de ses propres réalités.
Qu'est-ce qui est à la base de l'évolution sanglante qui caractérise l'histoire des autres continents? C'est l'existence de féodalités qui ont écrasé le peuple et qui ont trouvé des complices dans les féodalités religieuses qui endormaient le peuple.
Chez nous, il y a eu des féodalités, mais elles n'ont pas eu le caractère qu'elles ont eu ailleurs. La féodalité, chez nous, on peut dire qu'elle présentait un caractère plus humain, donc près d'être démocratique ! En effet, pour le remplacement d'un roi, d'un empereur, un conseil se réunissait qui se faisait le représentant de l'expression populaire et qui choisissait librement le roi ou l'empereur appelé à régner. Il en est de même de la religion. Il n'y a pas eu, il n'y a pas, chez nous, de féodalités religieuses, cherchant à plonger le peuple dans une sorte de léthargie qui permet ainsi son exploitation. Toutes ces réalités, dont on peut retrouver ailleurs certains aspects, mais pas exactement de la même façon qu'au Mali, font que si nos objectifs sont identiques, nos moyens ne peuvent pas être les mêmes.
Ce qui compte, ce sont les objectifs que nous nous sommes fixés et que nous atteindrons quoi qu'il advienne. A ce sujet, je prends un exemple. Nous sommes à un bureau qui est fait en bois, par des artisans du pays. Ailleurs, il existe des bureaux en fer ou en métal, mais ce que nous pouvons dire, c'est que nous sommes quand même à un bureau, que ce bureau sert à la même chose, même si les moyens employés pour le fabriquer sont différents !
Ici, il me faut saluer l'administration coloniale française qui, compte tenu de la position centrale de notre pays, fidèle à la politique coloniale de profit immédiat et maximum, indifférente à l'intérêt de notre pays, n'a pas permis la création d'une bourgeoisie autochtone, d'un capitalisme autochtone, ce qui fait que nous éviterons une révolution inutile en mobilisant la paysannerie pour édifier le socialisme.
Je sais que certains jeunes ont tracé pour notre pays un processus d'évolution irréversible, imité d'autres pays. Mais je suis prêt à soutenir que notre argumentation est valable, car les réalités de notre pays nous obligent à utiliser les meilleurs moyens, les plus propices et les plus efficaces pour arriver à nos objectifs.
La bourgeoisie, ainsi que je l'ai dit, n'est pas un mode de vie, mais il y a un mode de pensée bourgeois. En effet, si la bourgeoisie était un mode de vie, je crois que l'on devrait dire qu'en 1962, c'est le monde entier qui est bourgeois, à l'exception de l'Afrique !
On parle parfois des Villas des Ministres, du Palais du Président !
Mais, peut-on penser que des hommes qui ont souffert avec le peuple, qui ont lutté avec lui, ont pu s'installer béatement dans un certain confort, en oubliant que leur victoire est la victoire du peuple, qui en a été le principal artisan ?
Ceux qui le pensent devraient regarder autour d'eux, dans le monde ! Ils verraient qu'il existe souvent de profondes différences dans tous les pays, et que cela ne signifie pas que ceux qui en bénéficient parfois involontairement sont des bourgeois !
La vérité, c'est qu'on devient bourgeois, c'est qu'on est bourgeois le jour où on ne se définit plus en fonction du peuple, et qu'on s'assigne comme objectif la satisfaction de toutes les joies de ce monde, même si on doit écraser le peuple qui est l'instrument de cette satisfaction.
Voilà, camarades, les idées, les problèmes sur lesquels travaillent nos responsables. Avec notre passé, avec notre choix, avec la religion de la majorité, il ne peut en être autrement. L'énorme majorité de la population de notre pays est musulmane. Alors on dit : mais comment concilier la religion et le socialisme ? Je dis qu'il s'agit là d'une hérésie. Si, en République du Mali, la religion avait été un instrument d'oppression et de domination, si elle s'était faite l'agent du système colonial, ou bien si dans notre passé lointain, elle avait été l'instrument de la féodalité, si elle avait joué le rôle de poison, comme facteur de résignation, alors la lutte contre la religion pourrait se justifier.
Mais ce n'est pas le cas. Il n'y a pas de religion plus socialiste que la religion musulmane, parce qu'elle enseigne dans ses principes : aux riches à donner, à partager, à soulager la souffrance des autres.
Ainsi, quand en République du Mali, nous parlons d'économie socialiste planifiée, il ne s'agit ni d'un plagiat, ni d'une escroquerie quelconque. Nous mettons dans les mots que nous employons un contenu réel.
Vous comprenez ainsi le sens de certaines mesures, de certaines décisions que notre Parti et notre Gouvernement ont été amenés à prendre, et chaque jour, chaque semaine qui passe, doit nous faire faire un pas de plus vers l'implantation d'une économie socialiste planifiée. Ce ne sera pas facile. Ce ne sera pas facile parce qu'il faudra commencer par nous-mêmes. En disant « nous ferons notre socialisme sans révolution », je voulais dire sans révolution violente ; mais nous ferons quand même une révolution. Cette révolution sera faite en chacun de nous, en chacun de vous, pour empêcher qu'au cours du développement économique de notre pays, la richesse ne soit accaparée par une minorité au détriment de la majorité.
Pour cela, il faudrait que cet instinct d'accaparement, d'enrichissement, que l'on décèle déjà chez certains camarades, puisse être tué dans l'œuf. Nous avons, par exemple, certains camarades qui sont propriétaires de 10 concessions, alors que d'autres n'ont pas de toit. Il y en a dont les épouses sont chamarrées de bijoux alors que d'autres vont à moitié nues!
Camarades, il faut que cet écart soit résorbé, résorbé non pas dans la violence, mais par l'acceptation enthousiaste de ceux qui peuvent être considérés comme les plus privilégiés de notre société, c'est-à-dire les fonctionnaires, les commerçants, les artisans, tous ceux qui ont un niveau de vie qui dépasse très largement la moyenne.
Pour cela, il faut faire des sacrifices. La taxe civique a été acceptée, avec quelques grincements de dents par certains, de même que la majoration du taux des patentes, des licences, avec ici aussi quelques réticences. Il en a été de même de la réduction des marges bénéficiaires dans le secteur privé. Tout cela est nécessaire, car il faut que ceux qui sont aisés donnent une partie de leur gain afin que ceux qui n'ont rien, ou presque rien, puissent se considérer comme citoyens à part entière, et avoir espoir dans l'avenir.
Je dois donc dire avec force que la Direction actuelle de l'U.S.-R.D.A., qui a été à l'école de la lutte et des sacrifices, entend faire poursuivre, inexorablement, à notre Parti la voie qui a été tracée par le Congrès extraordinaire de septembre 1960.
Dans cette voie, nous irons jusqu'au bout ; et si les arguments, pourtant irréfutables, ne suffisaient pas pour convaincre certains, qui s'accrochent encore aux restes des avantages qu'ils ont tirés ou hérités de la domination coloniale, eh bien, nous serons obligés de nous passer d'eux, ou de passer sur eux.
Votre rôle dans cette révolution interne, révolution en chacun de nous, est primordial. Vous devez vous le rappeler à tout moment, afin que, grâce à votre esprit d'observation, et également à vos qualités de psychologues (car les journalistes doivent toujours être des psychologues et savoir interpréter les réactions et les silences de celui qu'ils ont en face d'eux), vous puissiez nous aider par votre plume à hâter le processus de socialisation de notre pays. Ce n'est pa

facile, il s'agit d'un véritable bouleversement. Bouleversement des structures économiques, bouleversement des habitudes de facilités, bouleversement du train de vie.
Malheureusement, l'option que nous avons faite ne peut pas avoir l'agrément de tous les pays africains, ni de toutes les Grandes puissances. Pour celles-ci, l'Afrique était une chasse gardée, elle a été le pendant de leur système économique d'exploitation. La République du Mali refuse de continuer à être le pendant de ce système économique d'exploitation.
Notre action est donc engagée ; elle vise à détruire les institutions de ce système économique. Si nous réussissons, nous serons considérés par les tenants de ce système comme la « pomme de terre pourrie dans un sac ». Ils essayeront donc de nous éliminer, de créer, sur le plan intérieur, les conditions d'une révolution, cette fois, non pas dans le sens du progrès, comme nous le concevons, mais dans le sens de la régression, vers un système économique différent qui permettrait le maintien intégral de leur emprise sur notre pays. Nous devons être excessivement vigilants. Nous avons engagé une lutte d'envergure. Mais avec notre passé et notre confiance dans les valeurs de notre pays, nous sommes convaincus que nous vaincrons.
Il faut se convaincre d'ailleurs que la victoire du Mali ne sera pas seulement notre seule victoire. Notre victoire sera aussi la victoire de l'Afrique, qui se cherche et se construit, de l'Afrique qui, dans certaines zones, essaie de s'affranchir de la tutelle des puissances coloniales, mais qui hésite à emprunter la voie directe et courageuse pour laquelle nous avons opté.
Eh bien, si nous échouons, ces pays qui hésitent se rejetteront définitivement dans les bras des anciennes puissances coloniales, et leur indépendance ne le serait que de nom. Et cet échec créerait, au niveau de la plupart des Etats africains, cette situation dramatique d'une administration indirecte, par des enfants du pays, au bénéfice des anciennes puissances coloniales. Et au lieu de la forme directe du colonialisme, nous verrions se développer une forme beaucoup plus insidieuse, le néo-colonialisme.
Je vous disais tout à l'heure que ceux chez qui nous sentirions une tendance à l'enrichissement et à l'accaparement, dans l'ignorance des misères et des besoins du peuple, devaient essayer de se ressaisir parce que nous ne leur donnerons pas le temps, ni les moyens de réaliser leurs objectifs : la satisfaction des intérêts égoïstes. Cette volonté d'accaparement transposée au niveau des État devient volonté de domination ; c'est également là un danger que nous aurons à affronter. On nous appelle pays sous-développé et dans la définition du sous-développement, il faut entendre le sous-développement économique, le sous-développement culturel, le sous-développement social et même le sous-développement dans la capacité d'administration et de gouvernement, dans la gestion de nos affaires. C'est là que réside le danger, et elles estiment (certaines grandes puissances), que même dans nos idées pour le développement de notre pays, elles doivent intervenir. C'est cette volonté de domination qui fait qu'on ne croit valable d'autre civilisation que la sienne, d'autre régime politique et économique, d'autre style de vie que les siens ; c'est la mise en marche du processus pour imposer cette volonté par la subversion ou la guerre, qui est l'essence de l'impérialisme. C'est aussi la mise en marche du processus pour imposer cette volonté par la subversion ou la guerre ; ce mépris de leur personnalité, de leur capacité de se gouverner est outrageant pour nos pays.
Mais avec le progrès des communications, on ne peut plus tenir les hommes à l'abri des idées, quelles qu'elles soient. Avec le développement des moyens de communication et d'information, aucun système, même le plus draconien, ne peut plus empêcher la marche en avant de l'humanité ; tout juste, cette évolution peut-elle être retardée pour un moment.
En tout cas, nous avons la conviction que la victoire appartient à la majorité, que la victoire appartient à l'homme exploité, que la victoire appartient à l'homme insuffisamment payé ; et que les guerres n'arriveront jamais à étouffer cette volonté de libération de l'homme exploité par l'homme.
Voici donc les idées, les réalités sur lesquelles travaille notre Parti. Voici définie la politique intérieure de la République du Mali.
Nous sommes un territoire central. Nous ne pouvons pas nous isoler du reste de l'Afrique.
Si nous nous isolons de l'Afrique, nous serons étouffés, écrasés. Mais au contraire, si nous restons liés au reste de l'Afrique, le succès de notre expérience influera sur la politique des autres Etats africains et ce sera un pas de plus vers la décolonisation et la liquidation des séquelles de la domination étrangère. C'est la raison pour laquelle notre Parti a décidé de coopérer avec les autres Etats africains, quels que soient leurs systèmes économique et politique, et là je rappelle une loi : lorsque deux idées vont dans le même sens ou s'affrontent, l'avantage est toujours à l'idée la plus dynamique. Ainsi, dans notre coopération, s'affrontent les idées du développement socialiste de la République du Mali et les idées du développement économique d'autres pays dans la lancée mise en place par le système colonial. Si la voie tracée par le système colonial était plus dynamique, plus efficace, les pays africains ne seraient pas à l'heure actuelle au niveau économique où ils sont. C'est pourquoi, en confrontant nos idées et nos expériences, étant donné le dynamisme de nos idées concernant la construction de notre pays, les autres pays africains ne pourront pas soustraire leurs populations à l'influence de ces idées.
Nous sommes décidés sur le plan africain à aller au-delà de la simple coopération. La République du Mali est décidée à abandonner une partie de sa souveraineté pour s'intégrer dans un ensemble plus vaste. Il faudrait au préalable que les contradictions soient liquidées dans les systèmes économique, politique, social de ces partenaires éventuels. Le R.D.A. éclaté et morcelé est un exemple pour nous : nous nous sommes mis d'accord pendant 14 ans contre le système colonialiste, mais lorsqu'il s'est agi de construire nos pays et l'Afrique, nous avons été amenés à condamner le R.D.A. Plus près de nous est l'expérience de la Fédération du Mali. Il y avait contradiction entre les systèmes économiques, politiques, sociaux auxquels appartenaient les dirigeants du Mali et du Sénégal. Je n'ai pas besoin de rappeler ces contradictions de conception qui existaient entre dirigeants et militants du Sénégal.et du Mali. Compte tenu de l'expérience du R.D.A. et de la Fédération du Mali, nous ne nous associerons, au point de disparaître comme entité internationale dans un ensemble, que dans la mesure où nos partenaires auront une doctrine claire sur les plans politique, économique et social, et que, d'autre part, les méthodes employées pour développer leur pays sur tous les plans pourront effectivement les y conduire. Ne nous laissons pas prendre à la magie des mots. La plupart de ces Etats parlent de socialisme africain. Même Senghor parle de socialisme africain. Si nous ne faisons pas attention, le mot socialisme sera vidé de son contenu, et les systèmes capitalistes et bourgeois les plus réactionnaires pourront se camoufler sous le sigle du socialisme. Le Mali est d'accord pour coopérer avec tous les Etats africains. Il est décidé à disparaître comme Etat souverain pour s'intégrer dans un ensemble, mais il faut d'abord qu'il y ait identité de vues, identité de vues dans la définition des moyens, et identité de vues dans l'utilisation de ces moyens. Pour le moment, nous nous sommes contentés, aussi bien à l'Union des Etats Africains qu'à la Charte de Casablanca, de l'étape de la simple coordination.
Sur le plan international, notre volonté de coopérer avec tous les pays, de l'est comme de l'ouest, a été maintes fois proclamée. La République du Mali ne repousse de coopération que celle qui s'appuie sur le paternalisme ou alors celle qui essaie d'intervenir directement dans les affaires intérieures du pays. La République du Mali a opté pour un neutralisme positif. Je sais que parfois on use de ce mot, même si, sur les plans économique et politique, on est lié par des accords à l'ancienne puissance coloniale, qui, du fait de ses propres accords internationaux, se trouve elle-même dans un bloc. Le neutralisme, que nous avons défini plusieurs fois, est une position délicate et difficile à maintenir : il nous vaut d'être l'objet de pressions constantes. On nous dira : « Vous penchez trop à l'est, partout sont des techniciens de l'est, partout sont des véhicules de l'est. Vous ne pourrez par rester dans votre neutralisme. » C'est un aspect négatif qui est exprimé par celui qui parle ainsi de neutralisme. Le Mali a ses problèmes à résoudre. Lorsque des pays sont décidés à apporter leur coopération à la solution de ces problèmes, le Mali accepte cette coopération. Les pays de l'est ont été les premiers, en des moments difficiles, à nous apporter leur coopération et leur assistance. Nous ne pouvons pas l'oublier et nous ne voulons pas empêcher d'autres pays non plus de comprendre nos problèmes et d'essayer d'y apporter des solutions sans exiger de nous des contreparties. Par conséquent, le Mali coopère avec tous les pays qui voudront coopérer avec lui, dans le respect de sa dignité et de sa souveraineté, et nous n'avons pas le complexe du sous-développement, parce que le sous-développement n'est que le fait de l'histoire, donc le fait d'événements s'inscrivant dans l'histoire de tous les peuples qui ont été sous domination étrangère. Nous n'acceptons pas que l'on mette en avant, comme aspect du sous-développement, une inadaptation à administrer et à gouverner notre pays selon les moyens et dans la voie librement choisie. En cela, nous estimons que nous avons au Mali assez de valeurs culturelles dans le passé et dans le présent pour définir clairement et réaliser ce que veut le peuple. A ceux qui ne le comprendraient pas ainsi, qui tenteraient de noyauter le peuple, de chercher des alliés probables pour essayer d'orienter notre politique dans le sens de leurs désirs, de leurs souhaits, nous devons d'ores et déjà dire qu'ils se font des illusions. Seul un peuple qui ne sait pas ce qu'il veut, qui n'a pas de dignité, pas de passé répondant de lui, accepte d'être ainsi noyauté, téléguidé. Tel n'est pas le cas du Mali. Nous avons fait une expérience et nous la poursuivrons jusqu'au bout, même si les mesures à intervenir devaient mettre au « rancart » les attardés et les hésitants. Nous n'accepterons jamais que notre marche soit précipitée par l'intervention de quiconque. Nous prendrons nos décisions, celles que nous-mêmes aurons arrêtées, au moment que nous aurons choisi et sous la forme que nous aurons nous-mêmes déterminée. C'est pourquoi le Mali reste sur sa ferme position de neutralisme positif ; c'est pourquoi les Maliens demeurent mobilisés auprès de l'Afrique encore sous domination étrangère, pour qu'elle puisse se libérer de l'emprise coloniale.
Nous sommes aux côtés de ceux qui veulent mobiliser l'homme afin que l'agriculteur et l'ouvrier puissent devenir des citoyens à égalité avec ceux qui sont aisés. Nous sommes auprès de ceux qui sont engagés dans une action pour que le monde vive en paix, et pour que seule existe une compétition loyale entre les divers systèmes politiques et économiques, pour que les peuples puissent se déterminer librement. Nous sommes engagés auprès de ceux qui pensent que les sommes considérables qui sont dépensées à la construction d'instruments de destruction massive des hommes, peuvent être utilisées ailleurs à aider une autre partie de l'humanité à s'affranchir du sous-développement dans lequel elle se trouve. Voilà ce qu'il faut entendre par neutralisme de la république et du peuple du Mali. Nous sommes fermement attachés à rester fidèles à cette option.
Voilà, camarades, sur les plans intérieur, africain et international, les objectifs qui ont été tracés au Parti et au Gouvernement lors du Congrès de l'Union Soudanaise-R.D.A. du 22 septembre 1960. Je puis vous donner l'assurance que nous, issus de ce peuple, nous sommes décidés à lui rester fidèles et à appliquer sans défaillance les options que nous avons clairement définies. Pour cela, nous avons besoin de votre coopération, vous qui, demain, serez appelés à former l'opinion et à orienter le peuple. Il faudrait désormais que vous ne vous considériez pas seulement comme de simples journalistes, mais que vous pensiez que vous êtes, à votre niveau, les responsables du développement idéologique de la population et de sa marche en avant vers le socialisme afin que, libérés de tous complexes créés en nous par le système colonial et qui firent, hélas, que les Africains ont perdu tout sens de la dignité et de l'honneur, nous puissions assurer à notre peuple le plein épanouissement auquel il aspire, et afin que notre expérience qui doit être celle du Mali et de l'Afrique, puisse être un facteur déterminant dans la libération de l'Afrique et dans la réalisation de son unité

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