Modibo Keita

Une figure africaine marquante

L'homme

Qui était Modibo Keita ?

L'héritage

L'empire légendaire

Le président

Un peuple, un but, une foi

Le militant

Anti-colonialisme, panafricanisme, non-alignement

Extraits de discours

Page d'accueil Fédération du Mali Documents sonores Vidéos Photos Contact Vos commentaires

Discours page 4

-

Cliquez sur le titre pour réduire ou développer le texte correspondant.

DISCOURS PRONONCE À L'OCCASION DE LA VISITE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU LIBERIA (14/12/1962)

Monsieur le Président de la République du Libéria,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Bamako, après Koulikoro, Macina, Mopti, Niafunké, Dire, Tombouctou, Ségou, Niono et Markala, a tenu à son tour à vous recevoir au terme de cette visite.
Monsieur le Président, c'est dans la difficulté que l'on dénombre les amis, et l'honneur m'échoit aujourd'hui de vous exprimer, en mon nom personnel, au nom aussi de toutes nos cités que la brièveté de votre séjour a privé d'une visite tant espérée, toute notre joie de recevoir en votre Honorable Personne, le Chef d'Etat, le frère prestigieux, le précieux ami qui est un des leaders africains qui n'ont rien tenté contre la Fédération défunte du Mali, et qui tint le premier à accueillir en visite officielle, le Président du Gouvernement de ladite Fédération. Je trahirais la mission aussi agréable que sacrée qui m'est ainsi confiée, si je ne vous réitérais ici, les vifs remerciements du peuple de la République du Mali, ma profonde gratitude et mon amitié.
Chers hôtes du Libéria, la République du Mali, jeune de ses deux ans d'indépendance, est heureuse d'accueillir en vous les frères qui, les premiers, ont affronté avec succès les réalités de l'indépendance, pour placer ensuite à la tête du Libéria, le Président Tubman, l'homme qui le premier proclama la citoyenneté unique ciment de l'unité nationale, et, par un programme hardi d'action sociale, apporta au peuple libérien les bienfaits de la liberté acquise.
Il était bon que cela fût dit, avant même que de renouveler ici notre pleine satisfaction de savoir qu'en République du Libéria, nos frères maliens n'ont jamais eu à regretter un seul instant leur dévouement à la cause du pays hôte et leur fidélité à des amitiés précieuses qui n'ont jamais déçu.
Monsieur le Président et Cher Ami, vos frères maliens ont le droit de saluer cet amour de votre race, qui brûle en vous, et au nom duquel les lois de votre pays n'accordent la citoyenneté libérienne qu'aux postulants de race africaine.
Mieux encore, dans un souci de bonne harmonie avec les territoires voisins du Libéria, vous avez délibérément renoncé, dès l'indépendance de ces territoires, aux rectifications de frontières que vous discutiez avec les puissances coloniales. Vous avez donné ainsi une fois de plus la preuve de votre amour de la paix et de votre ardente volonté de voir l'unité de l'Afrique se réaliser. Bel exemple, dont doivent pouvoir s'inspirer nombre de Chefs d'Etats à travers le monde !
Nous savons aussi avec quel soin particulier vous avez veillé à la sauvegarde du patrimoine libérien contre les appétits extérieurs ; nous avons également apprécié vos efforts sincères, uniques dans l'Histoire du Libéria, tendant à limiter les possibilités d'ingérence des organismes étrangers dans les affaires de votre Nation.
Monsieur le Président, votre expérience à la tête du Libéria depuis vingt ans nous est précieuse.
Chef du premier Etat de l'Ouest Africain, vous avez vécu les réalités de l'indépendance, et avec amour et sincérité vous avez évoqué pour notre peuple les difficultés qui en sont le prix.
Vous venez ainsi renforcer l'esprit de sacrifice chez les hommes et femmes du Mali, le paysan agriculteur qui n'a pas hésité d'accepter la réduction du prix de ses produits pour les rendre compétitifs, le travailleur qui librement a consenti de réduire son train de vie, la jeunesse qui consacre ses heures de sommeil et de loisir aux services chargés de la sécurité du village ; dans le domaine économique, à l'apport incalculable de l'investissement humain volontaire se greffent les champs collectifs, les souscriptions pour l'Emprunt National.
Ainsi donc, notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., bénéficiant d'une unité nationale patiemment réalisée, a eu raison de mobiliser l'ensemble du peuple pour la construction nationale, et la totalité des moyens et des potentialités pour promouvoir un développement économique rapide dans l'indépendance et la dignité.
Au demeurant, le Mali, pays de l'intérieur, marché par excellence et réserve de matières premières sous le régime colonial, n'a hérité que d'une économie de traite, frappée de l'inexistence de capital autochtone et d'absence d'industrie.
C'est dans ces réalités que prennent source le ferme contrôle et l'intervention toujours croissante de l'Etat Malien dans les secteurs de l'économie nationale. Le peuple du Mali saura se souvenir de vos recommandations et n'oubliera jamais qu'aucune nation n'a été édifiée dans la facilité.
Dans cette oeuvre, Monsieur le Président, nous avons cherché à rester nous-mêmes, c'est-à-dire à développer les traditions communautaires africaines. Si enfin la tâche de construction nationale n'est aujourd'hui le privilège d'aucun pays africain, notre souci est majeur au Mali, de ne jamais former une classe de riches et une catégorie de pauvres au sein d'une seule et même nation. Le peuple du Mali, dès le 22 septembre 1960, s'est engagé à édifier une nation où les travailleurs de la ville et de la campagne seront les maîtres des secteurs de production, et où ne trouveront plus place ni les exploiteurs ni les oisifs.
Telle est, de notre orientation politique, la réalité que je crois devoir confier à l'aîné que vous êtes ; telle est aussi l'option claire qui continuera de nous valoir, en plus des difficultés inhérentes à la construction nationale, celles qui s'attachent à notre détermination socialiste.
Mais, c'est avec une conscience aiguë de ces données que le peuple du Mali a choisi ; il a fait serment de réussir fût-ce au prix de l'ultime sacrifice et de faire face à la subversion et au complot : le dénouement des événements du 20 juillet dernier en porte le témoignage éloquent.
En effet, tant d'objectifs exaltants et en voie de réalisation, ont fait que notre peuple tout entier s'est mobilisé au sein du Parti, dans les milices et les brigades de vigilance, dans les organisations des femmes, dans le syndicat, au cœur de notre vaillante Armée nationale, pour assurer la victoire.
Ainsi donc, le Mali compte d'abord sur lui-même.
C'est dire que les accords ou arrangements sur la base des relations entre nations pleinement souveraines, ne doivent se situer et ne se situent jamais que dans le cadre des intérêts réciproques, l'aide extérieure n'intervenant qu'en appoint à l'effort national pour le développement du pays. Nous ne doutons pas un seul instant de notre succès, car nous n'attaquons une étape que lorsque les conditions pour la franchir heureusement sont remplies. Notre marche en avant peut connaître des haltes pour reprendre haleine, des détours pour surmonter des difficultés, mais jamais de reculs.
Honorables invités, les minutes que nous vivons doivent s'inscrire à l'actif des efforts déployés en vue de l'union des Africains.
A cet égard, je sais avec combien d'espoir vous avez suivi l'évolution de la Fédération du Mali. Notre attachement à l'idéal d'unité africaine demeure, Monsieur le Président, et la République du Mali, ayant tiré comme il se doit les leçons de cette expérience douloureuse, entend vivre en bon rapport avec tous les Etats Africains.
Il est sans doute trop tôt par ailleurs d'aborder la Conférence des Chefs d'Etats prévue à Addis-Abeba, mais il est de notre devoir, nous adressant aux professionnels de la division de l'Afrique, de proclamer ici, que l'Unité ne se fera ni autour de la Charte de Casablanca ni autour de celle de Monrovia. Addis-Abeba sera la rencontre où nous dégagerons entre frères les bases concrètes d'une coopération interafricaine qui ouvrira la voie à l'union.
Nous y préparerons le meilleur terrain où fertiliseront les potentialités, le dynamisme et la solidarité de nos peuples, pour pouvoir réaliser le programme d'action sociale que dès 1943, Monsieur le Président, votre sagesse et votre hauteur de vues prescrivaient à l'Afrique combattante.
Cependant, tout en nous attelant à la résolution des problèmes économiques qui gardent leur importance, nous devrons aussi nous attacher à inventorier nos possibilités dans la perspective d'une union plus étroite dont le contenu accélérera le processus de développement historique de nos peuples.
L'Afrique que nous voulons construire ne doit pas être l'appendice d'un groupe de puissances, encore moins une juxtaposition de nationalismes ombrageux, où l'ensemble ne tirerait son unité apparente que de l'intervention souvent subtile et intéressée d'une puissance étrangère.
Monsieur le Président, vous avez compris que nos Etats pour s'unir, doivent observer entre eux la tolérance, et vis-à-vis des deux blocs, une politique de non-alignement. Certes, le degré de sous-développement des pays africains dans un monde interdépendant a pu justifier l'appel à l'aide extérieure, hélas pas toujours désintéressée ; mais, ne croyez-vous pas, Monsieur le Président, qu'au moment où une accélération est imprimée au processus de regroupement des pays en zone économique à l'image des blocs qui partagent le monde, il est devenu capital et urgent pour l'Afrique qui se cherche de redoubler de vigilance ?
L'une des premières manifestations de la volonté des Africains de s'unir doit éclater dans notre soutien, tout notre soutien au peuple frère du Ghana et à son dynamique Président, l'ami Kwame N'Krumah dont le seul crime est celui de vouloir bannir les iniquités sociales créées et renforcées par le système colonial, de demeurer intransigeant sur le respect de la dignité de tous les peuples en général, et des peuples africains en particulier.
Je l'ai déjà dit, et je le clame bien haut : le succès du Ghana sera celui de tous les peuples africains engagés dans la lutte pour la liberté et la dignité de l'Afrique, le succès de tous les Africains ; plus est, ce sera celui de tous les peuples longtemps brimés, humiliés, et qui veulent conduire leurs affaires selon les voies de leur choix. Je sais, Monsieur le Président et Cher Ami, que votre appui, votre solidarité n'ont manqué à aucun peuple africain, à aucun Africain, encore moins à votre frère, le Docteur N'Krumah. L'indifférence vis-à-vis de ce qui se passe au Ghana me fait penser à ce vieil adage malien: « Si tu vois des vautours sur le cadavre d'un humain, chasse-le en disant : « quitte notre cadavre » car demain, ce peut être le tien. »
D'autre part, il faut que les Etats Africains s'attachent à balayer tout ce qui peut être un obstacle à l'unité africaine, quel qu'en soit le prix. Nous sommes condamnés à nous unir ou à nous contenter d'un esclavage doré pire que la colonisation, parce que plus subtil, et qu'il détruit en l'homme toute confiance en lui-même, toute dignité. Dans les efforts qui seront entrepris par vous et les autres Chefs d'Etats Africains pour la normalisation des relations entre Etats Africains, vous trouverez à vos côtés le peuple du Mali, qui ne recule devant aucun effort quand il s'agit de la liberté, de la dignité et de l'unité de l'Afrique. Il faut, et j'insiste là-dessus, que les peuples d'Afrique donnent au monde l'exemple de la tolérance, de la coexistence pacifique, de la fraternité universelle.
Notre devoir de solidarité internationale, de défense intransigeante du droit des Nations, petites ou grandes, des droits de l'Homme, nous commande des obligations. Vous l'avez compris comme le Gouvernement de la République du Mali, lorsqu'en plein coeur de la récente crise des Caraïbes, vous avez défendu le droit imprescriptible de la République de Cuba.
Monsieur le Président et Cher Ami, vous avez ainsi fait sentir à l'opinion internationale que la politique de non-alignement est distincte de l'illusoire neutralité, qui consiste à rester indifférent devant les menaces contre la liberté, l'égalité en droit de tous les peuples et des nations. Vous avez défendu la cause des jeunes pays au premier rang desquels se situent les Etats Africains. A ces principes internationaux, nous resterons fidèles, comme à la politique de soutien inconditionnel aux luttes de libération des peuples colonisés, contre l'impérialisme et le colonialisme sous toutes leurs formes.
Dans cet esprit, le Mali a toujours repoussé les aides extérieures comportant une aliénation quelconque de son indépendance et de sa souveraineté. On devrait maintenant se convaincre que notre peuple, notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., comme notre Gouvernement, ne sauraient tolérer un seul instant le chantage à l'aide économique.
Monsieur le Président, Cher Frère et Ami, et vous aussi chers invités, puisse ce voyage vous permettre de témoigner à votre retour, que le Mali est prêt pour la grande réconciliation et la confrontation des expériences, qu'il a su sauvegarder sa liberté pour la mettre demain, s'il le fallait, au service d'un ensemble politique africain dès que les conditions en seront réunies.
Honorable Madame Tubman, Chers Amis, dites au peuple du Libéria, qu'en attendant, au programme exaltant d'unité africaine, nous voulons, comme à toutes nos options, apporter avec enthousiasme notre soutien, pour que vivent le Libéria et le Mali au sein d'une Afrique libre et fraternellement unie.

ALLOCUTION AU PEUPLE DU MALI A L'OCCASION DU NOUVEL AN 1963 (31/12/1962)

Maliennes et Maliens,
Nous voilà tous réunis, une fois de plus, avec la joie de célébrer au milieu des amis, des parents, des êtres chers, l'aube d'une année nouvelle.
Déjà, 1962 n'est plus, qui a vu inscrire dans les faits, jour après jour, les principes de l'Union Soudanaise-R.D.A.
Patiemment, nous avons enregistré l'un après l'autre les progrès dans la réalisation de nos objectifs.
Sur l'ensemble de la République du Mali, la superficie de terre cultivée a augmenté de 40%, et le travailleur de la terre a enregistré une élévation du rendement à l'hectare de 30%.
1962 n'est plus, laissant en héritage 50 écoles saisonnières dans les six régions économiques, avec une organisation adaptée à notre besoin d'efficacité.
1962 a donné le départ à la mise en place des structures nécessaires qui permettent d'aborder la phase du développement économique de notre Etat, dans l'indépendance, sur la base socialiste que depuis le 22 septembre 1960, nous avons définie avec une clarté que rien ne saurait altérer et avec une détermination à toute épreuve.
Ici, il faut une fois de plus être net : si demain, une politique autre que celle-là devait être appliquée en République du Mali, les militants de l'Union Soudanaise-R.D.A., les responsables politiques, y compris votre Secrétaire général du Parti, n'en seront jamais les instruments.
1962 enfin, aura vu se cristalliser plus que jamais, autour de nos options, l'unité de notre Parti, pour aborder dans des conditions encore meilleures, la phase décisive de l'édification socialiste de notre pays.
Mais aussi, l'année 1962 a tracé pour chaque Malien, pour chaque Malienne, pour nous tous, le programme grandiose de l'année nouvelle.
L'an 1963 verra en effet la poursuite des étapes précises définies par notre Congrès. A cet égard, de nouvelles mesures de rigueur seront prises, qui allégeront les dépenses publiques.
Les Entreprises et Sociétés Nationales sur lesquelles continue de reposer le devenir socialiste de notre pays vont aborder la réorganisation interne de leur fonctionnement pour répondre davantage à leur contenu politique et à notre souci d'efficacité par une meilleure participation active des travailleurs.
A la bonne marche des Entreprises, à la prospérité de celles-ci sera directement lié le sort des employés.
En retour, l'exigence du Parti et du Gouvernement sera grande, pour un rendement meilleur, une conduite exemplaire et une action sociale permanente dans les masses.
Camarades travailleurs, le moment est venu de justifier notre conviction commune en la justesse de nos options.
L'occasion nous est offerte à tous d'apporter au monde qui nous observe, la preuve concluante qu'il attend.
C'est pourquoi, j'invite tout particulièrement les Chefs de Service et Directeurs de Sociétés et d'Entreprises à prendre leurs responsabilités : l'étape qu'ensemble nous allons aborder, ne saurait s'accommoder de certaines faiblesses ; c'est pourquoi, toute complaisance portée à notre connaissance se traduira par une sanction.
C'est le devoir des Responsables que nous sommes de veiller au grain. Il faut, il est indispensable, que les meilleurs soient récompensés des efforts déployés dans la construction nationale.
Il est capital également, que les mauvais soient évincés de notre Administration et des secteurs contrôlés par l'Etat.
Oh ! Je sais combien le tableau peut inquiéter, mais je sais aussi votre volonté à tous et votre sens civique, pour traduire notre refus de faire de la République du Mali le refuge des paresseux ou des incapables.
Je sais surtout combien vous êtes convaincus, Maliennes et Maliens, que chaque sacrifice, chaque effort contribue à consolider notre indépendance politique et à accélérer le processus de développement politique et économique de notre pays.
Il est indispensable de favoriser, d'encourager au maximum l'interpénétration des couches de la population, sans laquelle il serait illusoire d'entreprendre l'édification de la société nouvelle que nous voulons. Et la deuxième tranche du Plan Quinquennal constitue le fer de lance de cette politique, qui verra pousser les usines prévues -. Egrenage de coton à Kimparana, concentré de tomates et confitures de mangues à Baguineda, rizerie de Nantaka, briqueterie de Djikoroni et Ségou, combinat textile de Ségou, cependant que le Gouvernement concentrera ses efforts sur la route Ségou-Bla-San avec le pont sur le Bani à Douna, l'artère Bougouni-Sikasso-Zégoua, les routes Koutiala-Kouri-Kimparana-Kouri, etc.
Le Parti, le Gouvernement demeurent persuadés que les paysans, les éleveurs comme les artisans qui seront les premiers bénéficiaires - à juste titre d'ailleurs - des réalisations dans la voie de la socialisation de notre économie, donneront à leur tour une impulsion nouvelle aux Groupements ruraux et aux Coopératives, et que les champs collectifs sur lesquels repose le succès de notre système socialiste dans les campagnes, deviendront de véritables exploitations communautaires. Quant aux commerçants, je sais que certains éprouvent des difficultés dans l'exercice des activités habituelles ; mais l'évolution appelant nécessairement la sélection, il est indispensable que ceux qui n'ont pas de moyens propres, et qui ont vécu du mercantilisme sous le régime colonial, qui ont été les complices de l'exploitation des masses rurales par le gros commerce étranger, se reconvertissent pour se rendre plus utiles à eux-mêmes et au pays. Quant à ceux qui sont dans une certaine aisance pour leurs activités, je les invite instamment à s'organiser dans le cadre que la législation malienne leur offre. Ils doivent, en tout cas, renoncer aux trafics frauduleux qui ne les honorent point, et portent un préjudice intolérable aux intérêts de la collectivité malienne. Ils peuvent certes continuer à faire confiance â l'Union Soudanaise-R.D.A. pour qui, il ne saura être question de sacrifier une couche quelconque de la population, mais, il est indispensable que les couches favorisées comprennent que leur devoir est de savoir renoncer à leurs surplus pour que d'autres vivent et se développent.
J'ai la conviction qu'ils m'entendront, car les manifestations de solidarité au Parti et au Gouvernement, lors des événements du 20 juillet 1962, témoignent éloquemment de leur attachement aux idéaux de l'Union Soudanaise-R.D.A.
Quant à notre vaillante Armée, il ne sera pas assez de répéter ici, avec le Chef d'Etat-Major général à la tribune de notre Congrès, qu'elle est avec le peuple parce que partie intégrante du peuple ; c'est le bouleversement total de la conception importée de l'Armée considérée comme un champ clos, un secteur à part, une organisation étrangère au peuple.
Ma dernière note sera pour nos étudiants et étudiantes. Il y a, à travers la République du Mali, des milliers de jeunes filles et de jeunes gens qui n'ont pas eu l'avantage d'aller à l'école ; l'occasion m'a été donnée de constater avec quelle aisance ils comprennent leur rôle dans la construction du pays. Etudiants et étudiantes, vous êtes des privilégiés et devez en conséquence vous montrer dignes des sacrifices consentis en votre faveur en vous attachant à donner entière satisfaction à vos professeurs, à la direction de vos établissements, au Gouvernement et au Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., qui a fait du Mali ce qu'il est, c'est-à-dire un Etat indépendant réellement, digne de votre amour et objet de votre orgueil, et dont le peuple entier est dressé comme un seul homme pour l'édification socialiste du pays.
Cette République du Mali, dont vous n'aurez jamais à souffrir dans votre dignité, qui est l'image de vos aspirations et de votre altruisme, et qu'il vous reviendra demain de consolider et de faire prospérer davantage, c'est l'œuvre de votre peuple, c'est aussi celle de l'Union Soudanaise-R.D.A.
Maliennes et Maliens, vous me permettrez de me faire violence et de résister à mon désir de vous entretenir de l'unité africaine. La tradition qui est nôtre, et qui est millénaire, de sincérité dans nos propos comme dans nos attitudes, m'impose de proclamer toute ma foi en une Afrique unie et libre. Jour après jour, les événements nous administrent la preuve qu'un pas important sera effectué dans ce sens, dans la réalisation d'une unité que l'Afrique appelle de tout son cœur, et qu'en dehors de notre continent l'on souhaite aujourd'hui ardemment. Notre fidélité à cet idéal tire la justification de votre sens patriotique, de votre attachement à la liberté et à la dignité de l'homme africain.
Maliennes et Maliens, les perspectives peuvent inquiéter et apporter une note peu conformiste à ces moments intenses de joie ; il n'en est rien, au contraire, le Parti et le Gouvernement ont grand espoir que l'année 1963 verra la stabilisation de tous nos organismes ; l'année nouvelle ouvrira la porte à la prospérité du pays et au bonheur de chacun. Le succès, notre succès, dépend en partie de la conscience qu'auront les élus et les responsables de leur rôle d'éducation, le mollissement entraîne la dégradation morale et politique du militant.
Au moment où le peuple nous donne l'exemple de la mobilisation sans réserve, c'est trahir sa confiance que de rester au chaud ou au froid, de ne pas affronter les distances et les intempéries, pour expliquer aux populations, dans les coins les plus reculés, comment le Parti et le Gouvernement entendent réaliser les espoirs qu'ils ont formulés le 22 septembre 1960 et confirmés au VIe Congrès de l'Union Soudanaise-R.D.A.
Voilà que l'année 1963 ne sera pas de tout repos. Elle sera une année d'efforts, de sacrifices pour que notre souveraineté et notre dignité soient sauvegardées, pour faire accomplir à notre économie un pas vers la prospérité.
Chers Camarades,
Je sais, parce que votre passé en répond, qu'aucun effort ne vous rebute, lorsqu'il s'agit du Mali; je sais que relevant les pans de vos boubous, retroussant les manches de vos chemises ou serrant vos ceintures, le coeur haut, plein d'espoir, vous entrerez dans l'année nouvelle.
Je la souhaite bonne et heureuse pour vous et pour les vôtres ; qu'elle éloigne de nous les dissensions, les calamités ; pour l'Afrique, qu'elle soit l'année de la sagesse et de la réconciliation, pour que tous les Africains frères, sans distinction d'ethnies, de langue ou de zone, se retrouvent autour d'une même table, pour définir en commun les moyens d'une large coopération interafricaine, étape vers l'unité.
Je formule également le voeu, en votre nom à tous, Maliennes et Maliens, que l'an 1963 apporte plus d'apaisement dans le coeur des hommes, et aux grandes puissances, assez de courage pour le respect des principes de la morale internationale définie par la Charte des Nations Unies, assez de tolérance pour permettre la coexistence pacifique entre systèmes politiques et économiques différents, pour que la paix tant désirée par les peuples puisse enfin projeter quelque lueur sur notre monde tant tourmenté.
Vive le Mali,
Vive l'Afrique,
Vive la Paix !

DISCOURS PRONONCE A LA CONFERENCE D'ADDIS-ABEBA (24/05/1963)

Sa Majesté Impériale,
Monsieur le Président,
Honorables Frères,
Mes premiers mots sont pour rendre un vibrant hommage au Gouvernement d'Ethiopie, et particulièrement à Sa Majesté l'Empereur, qui ont su créer les conditions les meilleures à la tenue de cette Conférence, par leur fraternelle hospitalité et leur dévouement enthousiaste et constant à la Cause Africaine.
S'il est des occasions où des peuples se glorifient à juste titre de leurs réalisations, la Conférence qui nous rassemble à Addis-Abéba est de celles-là.
Réunir autour d'une table la grande famille africaine divisée par plusieurs siècles de colonisation, est une grande victoire sur la diversité des peuples, des langues et des religions qui caractérise notre continent.
Faire conférer autour de la table ronde trente et un Etats africains, encore tout imprégnés du nationalisme fervent qui, il y a peu d'années, les menait à l'Indépendance, organiser la coopération entre des pays comme les nôtres fermement attachés à leur souveraineté récemment acquise, aura été un événement unique dans l'histoire du monde.
Voilà qu'avant même sa totale libération, l'Afrique Nouvelle marque de sa sagesse et de son amour du prochain, l'Histoire des relations entre nations.
Un tel honneur nous impose de réussir, au nom des peuples qui ont leur confiance en nous pour les guider vers leur unité, au nom de l'humanité à qui notre rencontre redonne un nouvel espoir, au nom aussi, Monsieur le Président, de notre honneur et notre fierté d'Africains, face à ceux qui continuent de nous dénier toute capacité de nous entendre, de nous diriger nous-mêmes, et d'élever en commun un édifice durable.
C'est en ayant présentes à l'esprit ces obligations, que la République du Mali apportera sa contribution positive à cette rencontre.
Pour promouvoir et construire l'Afrique Unie, nous nous laisserons hanter volontiers par les dangers que recèle une Afrique divisée.
Il n'est pas possible de laisser subsister plus longtemps l'opposition savamment encouragée entre les groupes d'Etats ; nous irions au-devant d'un clivage de notre continent en blocs antagonistes, et préparerions le terrain le plus propice à la transplantation dangereuse de la guerre froide sur le sol de notre patrie commune.
La période que nous voulons aujourd'hui dépasser doit nous servir de leçons : aux oppositions stériles doivent maintenant succéder l'entente fraternelle, la tolérance qui n'ont jamais cessé de présider aux relations entre nos populations. Ce moment où le Président du Sénégal, le Président Senghor, donna la parole au Président Modibo Keita de la République du Mali, est le témoignage le plus éclatant de ce que peut la volonté d'hommes résolument attachés à l'Unité Africaine.
C'est alors que nous pourrons aborder les problèmes qui continuent de se poser à nous.
N'est-il pas vrai en effet que nous nous sommes tous proposé, comme nos peuples, de rétablir et de sauvegarder notre dignité ?
L'Unité Africaine exige de chacun de nous le respect intégral, le maintien des frontières actuelles de nos Etats respectifs, frontières héritées du système colonial. Si réellement, nous sommes les uns et les autres animés de la volonté ardente de faire l'Unité Africaine, il faut que nous prenions l'Afrique telle qu'elle est ; il faut que nous renoncions aux prétentions territoriales si nous ne voulons pas instaurer en Afrique ce que l'on pourrait appeler « l'Impérialisme Noir ». Car, pour nous, l'impérialisme n'est pas le fait d'un pays, d'un continent ou d'un bloc. L'Impérialisme, c'est cette manifestation de la volonté de domination d'un homme sur un homme, d'une société sur une société, d'un peuple sur un peuple. C'est celle de vouloir à tout prix imposer aux autres son mode de pensée, son mode de vie, son mode de développement politique et économique.
Il est donc nécessaire, il est même indispensable que, d'une manière concrète, nous mettions un terme à tous les éléments de division : le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de chaque Etat doit être concrétisé par un engagement, un pacte multilatéral de non-agression, garanti par chacun des Etats ici réunis. La conclusion d'un tel accord renforcera les relations interafricaines, réduira dans ce domaine les ingérences extérieures et ouvrirait une heureuse perspective à la coopération africaine dans le domaine de la défense et de la Sécurité.
Dans le cadre ainsi défini, un organisme de conciliation inter-Etats, que nous devons mettre en place, pourra répondre à notre attente dans le règlement des différends qui opposent les pays africains.
Monsieur le Président, vous avez sans doute deviné la volonté de mon pays de ne point exciper de la position privilégiée que lui confère l'article 48 de la Constitution du Mali qui prescrit l'abandon partiel ou total de souveraineté au profit de toute construction africaine viable.
Dans la perspective de réalisation d'une unité complète, le Peuple du Mali a choisi d'examiner avec discernement les réalités de notre continent et les expériences des Etats frères.
Quelles sont ces réalités ? Ici, il a été affirmé que le système colonial a divisé l'Afrique, c'est vrai sous un certain rapport ; mais l'on peut aussi dire que le système colonial a permis à des nations de naître. En effet, si nous prenons certaines parties de l'Afrique, dans la période précoloniale, l'Histoire nous a appris qu'il y avait là une poussière de royaumes et d'empires, qui se définissaient selon des tribus ou des ethnies, mais qui aujourd'hui dans certains Etats ont transcendé ces différenciations pour constituer un Etat, un véritable Etat. C'est là aussi des réalités dont il faut tenir compte, pensons-nous, si l'Unité Africaine veut être effective et durable. Car, si nos Nations Africaines devaient se définir comme des entités ethniques, parlant la même langue, ayant la même psychologie, eh bien, on ne trouverait en Afrique aujourd'hui aucune véritable Nation. La République du Mali, par exemple, est constituée d'une dizaine de races, qui ont transcendé leurs différenciations ethniques et tribales, certes, pour constituer aujourd'hui la République du Mali. Mais, est-ce que nous n'avons pas des Songhaïs qui par le fait de grands mouvements humains se sont trouvés au Niger et ailleurs ? Est-ce que nous n'avons pas des Foulbés, des Toucouleurs, qui, au cours du développement de l'Histoire, se sont retrouvés en Guinée, dans le Nord Cameroun, au Nigeria ? Ainsi vouloir partir d'une telle définition de la Nation, exiger que la République du Mali soit constituée essentiellement ou de Mandingues, ou de Foulbés, ou de Songhaïs, nous eût posé des problèmes, bien des problèmes avec bien de nos voisins.
C'est cette réalité dont il faut tenir compte. Notre continent présente également un autre trait de caractère d'égale importance. Des Etats africains, selon le système colonial, et selon aussi le degré de développement de la lutte des masses populaires, se sont orientés vers telle voie nouvelle de construction, pendant que d'autres continuent à suivre, dans leur développement économique, la ligne tracée par l'ancienne puissance coloniale ; d'autres se sont engagés dans une forme précise de construction, je veux parler de la construction socialiste. D'aucuns enfin ont choisi une voie intermédiaire et tout cela, compte tenu des réalités de leur Etat. Mes chers frères, du jour au lendemain, il n'est pas possible d'effacer d'un coup de pinceau toutes ces réalités. Vouloir le faire,' ce serait préparer à l'Afrique des lendemains difficiles. Je puis d'autant plus vous en parler librement que j'en ai fait, tant sur le plan de l'organisation politique que sur le plan de l'organisation étatique, des expériences que je ne regrette guère, parce qu'elles ont été une école pour moi et mes amis.
Excellence, vous devinez d'ores et déjà la position de la République du Mali face à l'Unité Africaine, cette unité que chacun de nous, dans nos Etats, a placée en tête de son programme d'action.
Il s'agit, selon nous, de mettre en commun nos possibilités et nos potentialités, pour aller de l'avant, dans le respect des options de chacun, voilà l'exigence du peuple de la République du Mali, de son Parti l'Union Soudanaise- R.D.A. qui, depuis notre Congrès du 22 Septembre 1960, s'est engagé résolument et irréversiblement dans la voie de la construction socialiste de son pays.
Honorables frères, l'entreprise commune ne peut se situer en dehors de la volonté de dignité et de personnalité qui nous anime, et qui, à cet égard, doit trouver à Addis-Abéba une expression toute nouvelle dans l'appui- que dis-je —dans notre engagement matériel, moral et militaire, au sein d'une croisade ouverte contre les colonialistes. Il serait bien illusoire en effet, aux responsables que nous sommes, de vouloir jouer le rôle que nous souhaitons, tant que tout près de nous, quelquefois à nos frontières, nos propres frères sont réduits à l'esclavage, ou ravalés au rang de bêtes, de par la seule volonté des colonialistes attardés qui n'ont rien compris à l'histoire, et de racistes d'Afrique du Sud.
Le problème ici est grave et affecte la conscience de l'humanité entière. Certes, l'opprobre unanime des membres de l'Organisation des Nations Unies, l'aide constante et courageuse des Etats anti-impérialistes et notamment des pays frères d'Asie en apportent le témoignage.
Ceci n'empêche que le problème est d'abord et essentiellement nôtre, que ce qui se passe en Angola, au Mozambique, en Rhodésie du Sud, en Afrique du Sud... s'inscrit en faux contre tout ce que nous proclamons, s'oppose à des aspirations les plus légitimes, et se dresse là comme une injure à toute notre âme d'Africains.
Il est temps, il est grand temps d'en finir; notre organisation commune doit en faire sa première préoccupation, et décider, ici même, le recrutement dans nos Etats, de volontaires pour la libération de ces territoires, engager les gouvernements à assurer le transport sans restrictions des armes et munitions destinées aux patriotes, et à alimenter un Fonds Commun de Solidarité pour soutenir nos frères engagés dans le combat de libération.
Chers frères, dans ce domaine, comme dans celui de l'organisation commune que nous entreprenons, la Conférence d'Addis-Abéba se doit de rejeter les sentiers battus des forums interminables et creux qu'ont été, hélas, bien des conférences africaines.
Il y va de la dignité de notre Afrique, du sérieux de notre organisation commune.
Je ne saurais poursuivre sans attirer à votre attention le danger des subversions en Afrique. En effet, vous savez que dans certains Etats résident des nationalistes d'autres Etats, actuellement indépendants. Si nous voulons réellement réaliser l'Unité Africaine, basée d'abord sur la confiance des uns vis-à-vis des autres, il est essentiel que cette situation puisse trouver une solution. Ce que nous pourrons recommander, c'est de ne pas perdre de vue que l'Unité Africaine passe d'abord par l'Unité Nationale. Il serait souhaitable que les Etats africains dont certains ressortissants ont été obligés de se réfugier à l'extérieur, leur tendent la main et leur facilitent le retour au foyer et dans la Patrie commune.
Dignité des Africains colonisés, et aussi unité des Etats ici représentés ! La tâche n'est pas facile. Les expériences des uns et des autres concourent à reconnaître la nécessité de la création d'une harmonisation là où l'on peut, et aussi poussée que possible.
A cet égard, notre délégation salue avec joie les résultats des travaux de la Conférence préliminaire des Ministres des Affaires étrangères, ses recommandations qui ont exposé en termes clairs les divers aspects de la coopération interafricaine, et que pour ma part je m'interdis de reprendre à cette illustre tribune.
Notre attention ici portera sur la création du Comité Economique et Social qui étudiera et organisera la coopération dans les domaines économique, social, culturel, ainsi que dans le cadre des communications et des transports. Dans le cadre des attributions de ce Comité pourrait être trouvée une solution heureuse au problème préoccupant de l'organisation et des modalités d'octroi de l'aide extérieure.
Ainsi, dans le domaine du commerce extérieur, le Comité œuvrerait à l'harmonisation rapide des nomenclatures douanières, à l'organisation d'un système international de transit, et encouragerait la coopération administrative en matière douanière. Le Comité Economique et Social entreprendrait l'étude des possibilités d'harmonisation de législation commerciale en vue d'éviter la double imposition. En même temps, il mettrait en place une Organisation de l'Aviation civile et pourrait convoquer une conférence en vue de la création d'une Compagnie Africaine de Navigation Maritime. C'est ce Comité aussi qui pourrait se charger de créer une Organisation Africaine de Banque.
Il mettrait un soin particulier à étudier les possibilités de création d'une Communauté Economique Africaine avec, y compris, les effets des groupements économiques extérieurs sur l'économie de notre pays.
De même, il est de première urgence d'organiser la défense des prix de nos matières premières par la création d'un Fonds Commun de Stabilisation des Prix.
La recherche systématique des moyens de coordination des plans de développement tant à l'échelon du continent qu'à celui de la région dans les domaines de l'industrialisation, des transports, de l'énergie, demeurera l'une des tâches les plus importantes de ce Comité.
Honorables frères, les activités que voilà aideront, j'en suis sûr, à dégager progressivement une attitude commune face aux problèmes économiques mondiaux, et mèneront à la formation d'un front commun dans les conférences économiques internationales, pour la défense des intérêts de nos peuples et de nos Etats.
Sa Majesté, Monsieur le Président, j'ai paru insister sur les questions de coordination économique ; je ne sous-estime pas pour autant l'importance particulière des autres structures.
Je ne veux surtout pas négliger les conceptions politico-économiques dans un monde et un domaine où se précisent jour après jour les tendances assimilatrices que nous connaissons. J'ai bon espoir que dans tous nos débats, nous demeurerons vigilants pour ne pas donner prise à de telles manœuvres : l'Afrique trouvera son salut dans l'application quotidienne scrupuleuse du non-alignement entre les deux grands blocs.
Les Etats africains unissant leurs efforts doivent élaborer une politique africaine indépendante, ce dans tous les domaines, et au regard de laquelle un Etat non africain, une puissance ou un groupe de puissances sera libre de se définir. Ensemble, nous devrons prendre en même temps que l'engagement solennel de réaliser l'unité et la coopération africaine, celui de ne jamais faire de notre organisation l'instrument d'un Etat ou d'un groupe d'Etats. Je ne veux point ignorer non plus les autres domaines, où, quelles que soient les difficultés, les Etats peuvent œuvrer ensemble et unir leurs efforts.
Mais il en est un, où la coopération a été fructueuse : c'est celui de nos peuples, plus particulièrement de nos organisations de masse. La coordination de leurs actions sur l'ensemble du continent a été le levain puissant de la lutte de libération de nos pays. Leur collaboration avec les frères d'Asie a imposé depuis des années déjà le Tiers-monde à la conscience internationale.
Ciment de l'unité de nos peuples encore colonisés, ils constitueront demain tout naturellement le ferment de l'Afrique nouvelle. Notre rencontre peut et doit suggérer une formule de coopération dans ce domaine, où l'affiliation, hélas, aux organisations internationales apparaît comme le principal obstacle à surmonter. Alliance horizontale d'abord au niveau de l'Afrique, coopération verticale ensuite avec les autres organisations internationales, telle est la position de la République du Mali.
Sa Majesté, Monsieur le Président et chers frères, je sais combien vous ressentez avec moi l'honneur que nous confie l'Histoire de bâtir l'Afrique libre, unie et prospère pour laquelle tant des nôtres ont payé de leur vie. C'est pourquoi tout au long des travaux, ma délégation et moi-même joindrons notre enthousiasme au vôtre pour l'honneur, la liberté et l'unité de l'Afrique.
Dans quelques jours nous nous séparerons, après avoir arrêté des décisions, voté des résolutions qui soulèveront beaucoup d'espoir en Afrique, bien des appréhensions dans d'autres parties du monde, mais aussi provoqueront bien des sourires sceptiques. Aux noms de nos peuples, nous aurons pris des engagements pour la coopération de nos Etats, des engagements en faveur de nos frères écrasés sous le joug de la domination coloniale ou de l'humiliation raciale. Bousculant tous les obstacles, méprisant toutes les pressions, nous devrons alors passer, point par point, aux actes concrets, n'ayant en vue que les idéaux de libération et d'unité africaines. Dans cette exaltante tâche. Sa Majesté et chers frères, vous trouverez à vos côtés le peuple du Mali, son Parti, ses organisations populaires et son Gouvernement, car la meilleure expression des sentiments d'honneur et de dignité pour les peuples libres que nous sommes, c'est la fidélité agissante aux engagements auxquels nous avons librement souscrit.

DISCOURS PRONONCE A L'OCCASION DE LA REMISE DU PRIX LENINE INTERNATIONAL «POUR LE RENFORCEMENT DE LA PAIX ENTRE LES PEUPLES» (08/06/1963)

Monsieur le Président,
Messieurs les Ministres,
Chers invités.
Excellences,
Chers camarades.
Ma joie est profonde de pouvoir dire quelques mots en cette occasion historique où un honneur insigne porte à la pointe de l'actualité notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., le peuple du Mali et les peuples d'Afrique en général. Je veux essentiellement, faute de pouvoir expliquer les émotions intenses qui nous étreignent, adresser mes vifs remerciements au Comité International du Prix Lénine, pour le choix qu'il sut porter sur le Mali, ses combattants et ses héros tombés pour la gloire et la liberté de l'Afrique.
Mes remerciements vont également à tous les Maliens, à toutes les Maliennes, à tous les amis d'Afrique, d'Europe et d'Asie qui ont salué avec joie l'attribution du Prix Lénine de la Paix à ma modeste personne, par les nombreux messages de félicitations à la Direction du Parti ou du Gouvernement. Comment ne pas être ému par la présence d'une délégation du Bureau Politique du P.D.G. qui témoigne une fois de plus de la grande solidarité qui unit le peuple du Mali au peuple frère de Guinée !
Comment ne pas saluer aussi la présence de la délégation sénégalaise, qui est la preuve de la réconciliation entre nos deux peuples frères et la preuve de la grande réconciliation africaine ?
Monsieur le Président, à travers ma personne, le témoignage du Comité International du Prix Lénine s'adresse à tous ceux qui, de Kayes à Ansongo, de Sikasso à Tessalit, ont lutté pied à pied, des années durant, pour que vive la République Indépendante du Mali.
Il me plaît de souligner plus particulièrement que l'événement que nous vivons aujourd'hui vient couronner nos efforts inlassables pour l'avènement et le maintien de la paix entre les peuples, depuis la dernière guerre mondiale où la France, la Pologne, la Tchécoslovaquie, l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, etc. .. . ont payé de la vie de millions d'hommes le droit des peuples à la liberté, à la justice, à la fraternité et à la paix.
Mais depuis que le monde s'est empressé de rivaliser dans le domaine du perfectionnement des engins de guerre, notre peuple, parmi les premiers, éleva sa voix, par l'intermédiaire de son Parti, contre l'usage des armes abominables qui furent employées contre le vaillant peuple du Viêt-Nam, aspirant à l'indépendance, contre le peuple héroïque de Corée, décidé à construire sa patrie, et plus près de nous, contre le peuple frère d'Algérie.
Depuis 1960, la République du Mali a persévéré dans cette voie pour dénoncer la course effrénée aux armements, pour joindre sa voix à celle des autres peuples du Monde afin de faire mettre un terme aux expériences nucléaires, afin de favoriser la conclusion d'un traité de désarmement général et complet, sous contrôle international.
En effet, que d'avantages l'humanité entière pourrait tirer des sommes considérables englouties dans la construction des armes pour destruction massive et quelle amélioration de leur situation les peuples intéressés pourraient en tirer ! Enfin, la conclusion du traité de désarmement général et complet eût permis de renforcer l'assistance apportée par des pays industrialisés aux pays en voie de développement.
La tension permanente en Europe, en Amérique latine n'a pas laissé indifférents l'Union Soudanaise-R.D.A., le peuple du Mali et les peuples africains qui, à chaque fois, ont fait entendre le cri du cœur et de la raison, la voix de la justice et du droit inaliénable des peuples à la liberté.
Au stade actuel, il n'est pas possible de contester que la tension internationale apparaît comme la conséquence de la psychose de guerre créée dans la réalité d'une rivalité permanente et évolutive ou dans la perspective d'un affrontement à venir. L'on semble ignorer que les peuples haïssent la guerre et qu'ils veulent la paix à tout prix ; c'est de toute évidence le cas du peuple de la République du Mali qui estime que la lutte des idéologies ne doit jamais déboucher dans une guerre chaude ; au contraire, elle devrait trouver sa solution dans la coexistence pacifique, la compétition loyale et libre entre systèmes différents tant il est vrai que la victoire reviendra inévitablement à l'idéologie qui rejette l'injustice, qui s'insurge contre les iniquités sociales, qui abolit l'exploitation d'un homme par un autre, la domination d'un peuple ou d'un Etat par un autre Etat.
Puisse ma voix être entendue de Bamako où je lance un appel aux grandes puissances pour qu'elles écoutent à Genève la voix des pays non alignés, la voix des peuples qui constituent un Tiers du monde, cet appel de tous les peuples pour le maintien et la consolidation de la paix, dans le respect de la liberté de chacun, pour le triomphe d'un monde nouveau et meilleur.
Monsieur le Président, Excellences, c'est dans la volonté de paix que s'inscrit la Conférence au Sommet des Etats Africains d'Addis-Abéba où le peuple de la République du Mali, aux côtés des autres peuples frères africains a pris une nouvelle responsabilité.
Monsieur le Président, l'attribution du Prix Lénine de la Paix au Secrétaire Général de l'Union Soudanaise-R.D.A. couronne les efforts de notre Parti et élèvera la conscience militante de notre peuple.
Le Prix servira à créer un centre de rééducation pour sauver d'une infirmité permanente les milliers de jeunes Maliens qui ont eu à souffrir de la poliomyélite.
Je puis vous assurer que plus que jamais, chaque militant, chaque citoyen en République du Mali se mobilisera davantage pour la lutte efficace contre la guerre, pour la libération des peuples colonisés, libération sans laquelle il ne saurait y avoir de paix durable.

DECLARATION RELATIVE AU TRAITE DE MOSCOU D'INTERDICTION DES EXPERIENCES DES ARMES NUCLEAIRES DANS L'ATMOSPHERE, DANS L'ESPACE COSMIQUE ET SOUS L'EAU (16/08/1963)

L'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, les Etats-Unis d'Amérique et la Grande-Bretagne viennent de conclure, le 25 juillet 1963, un traité d'interdiction partielle des essais nucléaires.
Le Gouvernement de la République du Mali a pris connaissance, des dispositions de ce traité ainsi que des commentaires autorisés qui ont marqué cet événement.
La République du Mali a salué avec joie l'acte par lequel, répondant enfin aux appels pressants et angoissés des peuples, des puissances nucléaires s'engagent et s'accordent mutuellement à renoncer aux expériences nucléaires dans l'espace cosmique, dans l'atmosphère et sous l'eau.
Le Gouvernement de la République du Mali considère la signature du traité comme une étape prometteuse du développement de la lutte pour le désarmement général et complet, et un pas en avant, certes modeste, mais un pas en avant quand même, vers la victoire des forces de paix à travers le monde.
Le Gouvernement du Mali tient à rappeler, au nom du Bureau Politique National, que le désarmement général et complet, l'interdiction totale de tous les essais nucléaires, l'arrêt de la course aux armements et la détente internationale sont des objectifs constants de la politique de l'Union-Soudanaise-R.D.A., réaffirmés par tous les congrès et toutes les conférences des Cadres du Parti.
Plus particulièrement, la lutte contre les essais nucléaires au Sahara et sur le sol africain, et plus généralement la lutte pour l'interdiction générale des essais nucléaires, a bénéficié du soutien actif et militant de son peuple tout entier.
L'option de celui-ci en matière de politique internationale en faveur de la coopération entre tous les peuples sans exclusive aucune, pour la politique ferme et efficace du non-alignement, pour le soutien inconditionnel aux peuples en lutte pour la conquête de l'indépendance de leurs pays, et son engagement dans l'édification d'une société socialiste, ont placé la République du Mali au rang des peuples pacifiques du monde, partisans de la coexistence pacifique et active entre les nations à systèmes politiques et sociaux différents. Dans l'action constante et dynamique en faveur de la paix, le Gouvernement de la République du Mali continue de tenir pour positive toute solution partielle dans le domaine du désarmement et considère que l'accumulation patiente de telles solutions aboutira à la résolution définitive de ce problème crucial.
Le Gouvernement de la République du Mali, à la lumière des principes ci-dessus, a décidé de signer ledit traité, au nom du peuple de la République du Mali dont il a le devoir sacré de traduire une fois de plus les sentiments.
L'interdiction des essais nucléaires, objet du traité, vient en effet s'inscrire à l'actif des peuples du monde, et à celui des pays non alignés réunis à Belgrade ; il doit aujourd'hui inspirer les nations intéressées à travers le monde, à répondre à l'appel des Chefs d'Etats Africains à Addis-Abéba, décidés à s'opposer à toute expérience nucléaire sur le sol africain, et à faire de l'Afrique réellement une zone dénucléarisée. Les puissances nucléaires, membres de l'Organisation des Nations Unies ne sauraient faire valoir désormais aucune excuse de ne pas accéder au voeu des Africains. Telle est la première leçon que le Gouvernement de la République du Mali entend tirer de l'événement.
La coexistence pacifique et active doit guider la politique extérieure des Etats indépendants, grands ou petits, dans leurs relations avec les autres pays du monde. Une telle politique, de l'avis du Gouvernement du Mali, devrait, pour porter fruit, être appliquée sans discrimination aucune par les puissances signataires.
Ainsi, est mise en lumière l'importance capitale que revêt, pour l'avenir de la paix et du monde, la liquidation définitive du colonialisme ; il est devenu clair que les nations signataires qui persistent à tolérer le colonialisme portugais et le racisme d'Afrique du Sud, rendent difficile la réalisation des objectifs du traité.
Dans le même ordre d'idées, toute mesure ayant pour effet d'exclure des nations - la Chine Populaire, la République de Cuba, par exemple - du système mondial de coopération et de coexistence pacifique ne serait en harmonie ni avec l'esprit ni avec la signification profonde du traité de Moscou, dont la portée se trouverait de ce fait limitée, sinon compromise.
Le degré de perfectionnement de l'armement moderne, en outre, permet aux forces dites « de défense » ou « de dissuasion », de répondre aux exigences de la sauvegarde de la souveraineté des nations. Le Gouvernement de la République du Mali estime que la mise en vigueur du traité de Moscou, devrait permettre d'aborder avec fruit, les discussions en vue de l'évacuation des bases militaires étrangères qui constituent une cause importante de la tension internationale.
Il exprime à ce propos l'opinion que leur maintien à travers le monde et en Afrique notamment, se justifie de moins en moins ; au contraire, la présence des bases étrangères apparaît de plus en plus comme l'expression d'une tutelle étrangère, incompatible avec les principes du respect de l'indépendance des Etats, et dangereuse au surplus pour la paix mondiale.
Dans le souci de faciliter un heureux aboutissement aux discussions entre les grandes puissances, le Gouvernement du Mali continue de considérer comme nécessaire la participation active des pays non alignés en général, et des pays africains en particulier; c'est pourquoi il exprime le sérieux espoir que ne s'affirmeront pas plus longtemps les actuelles oppositions à une représentation équitable de l'Afrique au sein de l'Organisation des Nations Unies, notamment au Conseil de Sécurité.
Le Gouvernement de la République du Mali, en signant le traité de Moscou sur l'interdiction partielle des essais nucléaires, et dont il salue les promoteurs, veut apporter, une fois de plus, sa contribution positive à la cause de la paix. Il veut demeurer fidèle aux principes énoncés ci-dessus, qui guideront son action dynamique pour la paix ; il exprime -l'espoir que les nations du monde fourniront et poursuivront de manière conséquente leurs efforts pour aboutir à l'interdiction de tous les essais nucléaires, au désarmement général et complet, pour l'avènement d'une ère de paix, d'égalité et de coopération entre les nations, pour le bonheur et la prospérité des peuples.

DISCOURS PRONONCE À L'OCCASION DU TROISIEME ANNIVERSAIRE DE L'INDEPENDANCE. (22/09/1963)

Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Chers camarades,
Nous commémorons aujourd'hui, pour la troisième fois, l'anniversaire de la proclamation de la République du Mali. Nos remerciements vont à tous ceux qui, par leur présence, ont tenu à nous manifester leur sympathie et ont voulu considérer que cette fête était la leur.
Chers camarades, quelques jours seulement après la perte cruelle d'un valeureux artisan de notre victoire, militant de la première heure, d'un combattant qui emporte avec notre admiration le privilège immense d'être demeuré toute sa vie égal à lui-même et en parfaite communion avec les principes de notre Parti.
Au vaillant camarade Tombouctou Coulibaly, mort au champ d'honneur, je voudrais, avec vous, au nom de la nation tout entière, rendre un suprême et dernier hommage.
Pour le repos de son âme, pour qu'à jamais son exemple et son souvenir demeurent vivaces en chaque militant de l'Union Soudanaise-R.D.A., je vous convie à observer une minute de silence.
Merci !
Chers camarades, au moment où nous abordons la quatrième année d'indépendance de la République du Mali, il convient de faire, une fois de plus, devant la nation entière, le bilan de l'action du Gouvernement et du Parti pour l'essor de notre peuple.
Dans le domaine de la production rurale, l'effort a porté en priorité sur l'amélioration de l'infrastructure hydro-agricole, l'organisation de la paysannerie sur des bases collectivistes, la recherche et la vulgarisation de nouvelles variétés de production et l'équipement des groupements coopératifs ruraux en matériel agricole à traction animale.
Dans ce sens, l'Office du Niger a aménagé à lui seul 3 500 ha de superplantage pour la culture intensive du coton et 3 000 ha d'extensions nouvelles ; le centre de Baguineda, les ouvrages dans les plaines de Mopti-sud, Djenné, Niafunké, Kayes, San, etc.. .. totalisent 28 000 ha de terres aménagées.
Un effort important a été fait pour doter la paysannerie malienne de moyens de productions modernes. C'est ainsi que 19 000 charrues, 3 000 pulvérisateurs, 6 000 tonnes d'engrais et 25 000 tonnes d'insecticides furent mis à la disposition des paysans. L'action d'encadrement rural rapproché se poursuit grâce au programme des écoles saisonnières dont 35 sont achevées, tandis que 15 le seront avant mars prochain. Un nouveau programme de 50 écoles saisonnières sera lancé dès janvier 1964.
L'organisation coopérative en milieu rural, support de toute l'action technique et économique, se poursuit. Les groupements ruraux de production et de secours mutuel se développent et embrassent de plus en plus plusieurs secteurs économiques. Des groupements ruraux associés, véritables fédérations des groupements, se constituent au niveau de tous les arrondissements.
Toutes ces actions technique, politique et économique, judicieusement combinées, ont permis une augmentation appréciable de la production. La production du coton allen a dépassé de 46% les objectifs fixés par le Plan ; dans le même temps sa commercialisation est supérieure de 107% au niveau de la campagne précédente.
225
Si les objectifs de la production arachidière n'ont été atteints qu'à 75% à cause de la rosette, ceux du paddy et du mil sont réalisés respectivement à 118% et 103%.
L'année budgétaire du Plan 1962-1963 a été consacrée à l'achèvement des études des projets industriels. Le Génie civil des abattoirs frigorifiques de Ségou et de Gao est exécuté à 50% et leurs équipements arrivés à Bamako. Les travaux de ceux de Kayes et de Bamako se poursuivent dans de bonnes conditions. La nouvelle huilerie de Koulikoro, d'une capacité de traitement de 30 000 tonnes d'arachides coques sera mis en service en juillet 1964. Sa savonnerie, d'une capacité journalière de 2 tonnes de savon de ménage et une tonne de savon de toilette, dotée également d'une installation de raffinage permettant de traiter 5 tonnes de beurre de karité par jour, sera achevée fin 1964. La modernisation de la briqueterie de Magnanbougou s'achève, tandis que les études des briqueteries de Djikoroni et de Ségou se poursuivent très activement.
Les études technico-économiques de certains projets très importants pour notre économie s'acheminent vers leur mise au point définitive : cimenterie, sucrerie, usine de céramique, fabrique de cigarettes, fabrique d'allumettes, rizerie de San, modernisation des rizeries de San, de Diafarabe (Macina), de Kourouba (Bamako) et de Nantaka (Mopti), marbrerie dans la région de Kéniéba. La meunerie de Tienfala sera prête à fonctionner pour la fin de 1964. Une fabrique de tapisseries dont les premiers cadres, onze jeunes filles en formation en Yougoslavie, commencera à fonctionner dès 1964.
L'année 1963 sera en vérité l'année du grand « boum » du Plan Quinquennal de Développement. C'est ainsi que plusieurs grands projets seront mis en chantier. Les travaux du Lycée et de l'Ecole normale, pouvant accueillir 1 200 élèves dont 900 internes, débuteront dès janvier 1964. L'Ecole normale supérieure verra le jour au même moment. Les études pour la création d'une Ecole d'administration et d'une Ecole d'agronomie sont en voie d'achèvement et les travaux commenceront au cours du premier trimestre 1964.
Les travaux d'exécution de l'Institut d'économie rurale et de l'Institut de biologie humaine, seront entrepris dès le mois prochain. La construction du stade de Bamako, comptant 25 000 places, se poursuit à une cadence très encourageante. Le Centre de formation professionnelle pouvant recevoir 300 élèves, se monte.
L'année écoulée a été marquée par la mise au point de dossiers techniques de réalisation de grands ouvrages d'infrastructure prévue au Plan. Néanmoins, signalons que le bitumage de la route San-Mopti (220 km) est achevé depuis juin dernier. Les projets, dont la réalisation commencera dès la fin de l'hivernage, sont les suivants :
- bitumage de la route Bougouni-Sikasso-Zegoua (2 milliards) et de la route Koutiala-Sikasso avec pont sur le Bani-fing à Kouoro ; réalisation d'un pont sur le Bani à Douna ; bitumage de la route Ségou-Bla-San ; bitumage de la route Sienso-Kimparana-Koutiala. Aménagement d'une route en terre de Kayes à Nioro ; achèvement de la route Bamako-Koulikoro.
La Société « Energie du Mali » mettra sous peu en service, la centrale électrique de Sikasso, tandis que débuteront les travaux de réalisation du renforcement de la centrale de Bamako, l'électrification de Tombouctou, les travaux de construction de la centrale hydroélectrique de Sotuba.
Les recherches minières du Bureau Minier du Mali se poursuivent de façon très satisfaisante. Ainsi ont été découvertes d'importantes réserves de calcaire pouvant entrer dans la fabrication du ciment, d'intéressants gisements de marbre, des gisements de kaolin sur lesquels sera édifiée l'usine de céramique, tandis que l'installation de traitement des phosphates de Tilemsi, en vue de son utilisation par l'agriculture, est en cours.
La création de la monnaie nationale exigeait d'accentuer l'effort pour tirer le maximum de réserves d'or de notre sol dont les possibilités sont soupçonnées depuis des années, mais dont la mauvaise exploitation dans les placers n'a apporté à ce jour aucun profit notable à l'économie malienne.
Le Bureau Minier a repéré et localisé des filons aurifères dans les régions de Médiandi, de la Haute-Falémé, de Kéniéba, Yanfoîila, Kalana, Tessalit, In Darset ; les réserves qui ont été évaluées sont très encourageantes pour la poursuite de la campagne.
Parallèlement, les chantiers pilotes à la fois chantiers écoles ont été organisés par le Service des Mines, pour définir sur le tas les conditions optima de l'organisation de l'orpaillage en milieu paysan.
Au cours de ces deux années, trois campagnes importantes ont été menées avec succès dans le domaine de la recherche pétrolière. Ces campagnes ont donné des résultats encourageants, décelant la présence de profondeurs de fosses allant de 2 500 à 4 000 m. Ce qui signifie que l'effort doit être poursuivi et il se poursuit.
Dans le domaine de la construction, les résultats obtenus font apparaître, très succinctement, 320 km de route à grande circulation dont 260 km bitumés, sur 2 000 km de routes améliorées, 73 000 m2 de bâtiment, représentant 470 logements construits ou en voie d'achèvement, et 220 prêts à l'habitat ont été accordés ; 58 kW supplémentaires de puissance d'émetteur de télécommunication multiplient par un coefficient voisin de 4 l'ancienne puissance de notre réseau ,-300 lignes supplémentaires sont venues renforcer le central téléphonique de Bamako.
Dans le domaine de l'énergie, 250 kW de puissance nouvelle installée (centrale de Sikasso) et divers travaux de construction de lignes et d'installation d'éclairage public ont été réalisés, tandis que des installations représentant 5 500 kW sont en chantier.
Dans le domaine des mines, 75 millions de tonnes de matières premières pour matériaux de construction ont été étudiés, 600 000 km2 de prospection aéroportée, 5 km2 de prospection sismique et 1 900 petits forages ont été effectués. Les investissements humains ont contribué, dans la réalisation des ouvrages prévus au Plan, pour 400 millions de francs, sans compter les travaux entrepris sur l'initiative des populations pour la construction des écoles, de dispensaires, de réaménagements de routes, etc....
S'il faut donner une idée du relèvement du niveau de vie de la population, il est intéressant de noter que la consommation d'énergie électrique a augmenté de 44%, celle d'essence de tourisme de 35%, celle de gasoil de 100%. Les effectifs de travailleurs relevant de la Fonction publique accusent un accroissement de 38% pour les agents de cadre et de 72% pour les auxiliaires. Grâce au développement de nos sociétés d'Etat, le nombre de salariés est passé de 23 500 en 1960 à 35 000 en 1963, soit un accroissement de près de 60%.
Voilà qui en dit assez sur l'accroissement du niveau de vie dans les villes et répond éloquemment aux spéculations théoriques sur le chômage dans les Etats africains.
Le code malien du Travail et le code de Prévoyance sociale ont été élaborés et promulgués avec l'accord et la collaboration totale des travailleurs, pour la protection des salariés et de leurs familles.
Pour continuer d'adopter le langage des chiffres, il faut savoir qu'au terme de cette troisième année, le bilan présente en acquisitions nouvelles, 6 hôpitaux équipés, 12 centres médicaux, 10 maternités, 37 dispensaires de cercle, 49 dispensaires ruraux.
La même politique de décentralisation, de multiplication et de modernisation a doté le Mali de 43 centres de protection maternelle et infantile, 8 grands centres d'hygiène, 7 centres de lutte antituberculeuse, 41 centres antituberculeux ont été mis en fonctionnement au niveau des cercles, et dans quelques mois ces comités auront achevé de s'étendre aux arrondissements. Faut-il ajouter dans ce domaine que 17 pharmacies nouvelles sont ouvertes à travers la République et que 21 centres sociaux nouveaux sont installés depuis 1960?
Pour la même période, dans le domaine de l'enseignement, 565 classes nouvelles ont été ouvertes, 105 000 élèves feront leur rentrée scolaire en octobre prochain contre 64 000 seulement en 1960.
Les chiffres que voilà sont éloquents et sont loin des maquignonnages électoraux.
Voilà, chers camarades, quelques-unes des nombreuses et importantes réalisations du Mali, que le dynamisme de notre peuple laborieux et la multiplicité des tâches de chaque Malien ont pu faire échapper à notre attention.
La politique sociale que nous menons est réelle ; elle est effective parce qu'elle est orientée exclusivement au bénéfice du peuple ; elle est irréversible parce qu'elle est le fruit savoureux de nos efforts propres ; elle est à long terme et en progression constante parce que partie intégrante de notre option du 22 septembre 1960 ; pour le système qui embrassera le monde, le socialisme.
Oui ! notre politique sociale de l'Union Soudanaise-R.D.A. n'est pas au service de la démagogie, elle ne peut être le bouclier des tenants d'une politique de démission nationale ou de soumission à une puissance quelle qu'elle soit.
Elle est celle d'un peuple décidé à lever haut le drapeau national ; elle continuera d'être, grâce à vous, chers camarades, celle des Maliens qui veulent faire de leur pays un paradis à la mesure de leur patriotisme. Elle sera commandée par l'intérêt de l'ensemble, au sein duquel les intérêts particuliers n'auront d'autre issue que de s'intégrer, tout comme dans le domaine économique l'initiative privée ne se justifiera que par une conformité totale avec le Plan de Développement et une harmonie parfaite avec les objectifs socialistes de notre pays.
Là demeure le salut : les séquelles de l'injustice sociale, les structures colonialistes comme leurs bénéficiaires devraient se convaincre que c'est là la seule alternative, car chaque jour, patiemment, mais inexorablement, notre peuple, sous la direction de son Parti, effectue un pas en avant et précis dans ce sens. L'obstination à fermer les yeux sur cette réalité peut être une erreur fatale, aussi vrai que le refus, en 1945, de prendre au sérieux les aspirations des Africains a précipité la liquidation du système colonial. Les subterfuges et les tricheries n'y feront rien.
A notre option décisive, il faudra se soumettre, pour des raisons de raison à défaut de celles du coeur. Notre choix n'a jamais été le coup de tête de l'enfant déçu, ni même le fruit de la colère au lendemain des événements d'août 1960. De même, notre option ne peut s'infléchir à la faveur de la coopération avec les autres Etats d'Afrique ou d'ailleurs.
Celle-ci, au contraire, relève de notre profond attachement à l'unité et à l'entente entre Etats.
L'Unité Africaine, parce qu'elle se pose aujourd'hui en termes de rapprochement et de coopération, a guidé le Mali dans sa politique extérieure : l'occasion nous a été donnée en cette année 1963, de dissiper les nuages qui nous séparaient de nos frères de Mauritanie et de liquider progressivement le contentieux avec la République du Sénégal, laissant désormais la place à une collabor

tion franche et sans mélange entre nos deux Gouvernements. Le Mali leva ainsi bien des appréhensions à la veille de la conférence historique d'Addis-Abéba dont les décisions et les recommandations constituent pour nous un guide et bréviaire dans notre politique internationale.
Addis-Abéba a scellé l'Alliance des Africains, pour poser en termes de choix, les problèmes du continent à ces grandes puissances pour que l'Afrique demeure l'objet de leur histoire. Les Chefs d'Etat africains, par leurs décisions, ont porté au paroxysme la crise générale du système rétrograde, en aiguisant et en aggravant les contradictions des forces d'argent sur leur terre de prédilection. C'en était trop pour mériter bien sûr les foudres de celles-ci, menacées dans leurs intérêts. L'événement a suffi pour faire éclore sur notre continent la lutte entre les grands intérêts.
Dans les pays où le Parti n'a pas conquis le pouvoir par la lutte des masses, où les dirigeants se sont assoupis sous les griseries de l'indépendance et dans la quiétude des palais avec une insouciance encouragée par la démagogie et la félonie des conseillers toujours incontrôlables, le risque était de voir couronner le mécontentement des peuples frères par l'ouverture de crises profondes, dans lesquelles toujours les forces étrangères sont au moins concernées.
Les événements actuels trouvent en effet leur origine profonde dans les velléités d'un dirigeant africain de mener une politique indépendante de celle du colonialisme moderne. Il n'est pas sans intérêt de relever à cet égard, que les apatrides se recrutent presque toujours dans les rangs des ex-cadres moyens non reconvertis de l'Administration et de l'Armée coloniales. C'est en définitive, l'absence totale, dans le peuple, du sentiment réel d'avoir été libéré, qui est à la base du succès provisoire des ennemis de l'Afrique.
Le moment est venu pour chaque Etat africain, de tirer, avant qu'il ne soit trop tard, les leçons qui s'imposent et que dictent à la fois le patriotisme et la morale tout court, à savoir que tant que le peuple n'est pas libéré, il lui reste toujours une révolution à accomplir.
Si l'unité nationale demeure un préalable à l'unité Africaine, cette dernière qu'incarne l'Organisation de l'Unité Africaine, est avant tout un refus du partage du continent entre les puissances étrangères quelles qu'elles soient.
Dans cette optique, chers camarades, les groupements régionaux existant ou à venir ne doivent pas échapper à l'examen critique et serein des Africains, dans un monde et à une phase où l'économique précède et sous-tend le politique.
C'est dans le même esprit que depuis deux ans, le Parti a engagé le Gouvernement dans la voie de la coopération avec tous les pays du monde. Notre vigilance sera d'autant plus accrue qu'il s'agira de notre option socialiste, de l'unité de notre peuple, c'est-à-dire du contenu et des objectifs de notre Révolution.
A cet égard, le Mali, parce qu'il repose sur une véritable démocratie, n'a jamais tenté d'imposer ses vues à qui que ce soit. Il n'en demeure pas moins fermement jaloux de sa liberté d'action sur le plan international, de son droit de décider, quand il veut et comme il veut, de sa conduite vis-à-vis de tel ou tel pays, devant tel ou tel problème.
C'est là le sens et le résultat des sacrifices que vous avez consentis à tous les niveaux, dans tous les domaines.
Notre souci demeure grand de limiter et d'éliminer les risques d'éclatement d'un conflit. Et c'est en conformité parfaite avec notre conscience que nous ne cesserons de lutter en faveur de l'égalité entre les peuples et entre les nations. C'est pourquoi la République du Mali a adhéré au traité d'interdiction des essais d'armes nucléaires dans l'atmosphère et sous l'eau, qui constitue un pas en avant dans la voie du désarmement.
Mais, comment garantir la paix, lorsque des peuples sont aujourd'hui réduits à l'esclavage par la seule volonté d'un pays ? Qui garantira aux peuples du monde la paix, alors que la nation la plus peuplée du monde, la République Populaire de Chine, est systématiquement écartée de l'Organisation des Nations Unies, alors que parallèlement contre le gré de plusieurs dizaines de nations, on impose la présence du Portugal et de la République Sud-africaine au sein de l'O.N.U. ? Hérésie qui autorise à se demander si la morale internationale a encore une prise sur certaines nations.
D'autre part, comment conjurer la guerre, et interdire l'accès du traité de Moscou à la République Cubaine dont le seul crime est d'avoir édifié le socialisme au cœur du continent américain ?
Camarades, je vous le demande, comment garantir la paix et proliférer les bases stratégiques à travers le monde, et poursuivre la production et le perfectionnement des armes de destruction massive ?
En résumé, le traité de Moscou est un pas qui en appelle d'autres encore, pour répondre à l'attente de tous les hommes.
Il n'y a pas de paix durable sans la liquidation définitive du colonialisme sous toutes ses formes ; c'est pour cela que la Conférence d'Addis-Abéba, en organisant et en soutenant cette lutte, a apporté une contribution de choix dans la bataille pour la paix. Avec la même conviction, les Etats africains ont décidé le boycotte du Portugal et de la République Sud-Africaine, dont la politique actuelle défie avec arrogance l'Organisation des Nations Unies et tous les grands principes de l'humanité.
La République du Mali et les Etats africains en particulier sur ce problème, comme sur celui du fascisme portugais, auront pu avant longtemps dénombrer leurs amis et situer la responsabilité de certains pays tant sur le plan de l'aide militaire que sur celui du soutien économique accordé à ces pays ennemis de l'Afrique et de l'humanité.
Notre Parti et notre Gouvernement, en ce qui les concerne, tireront alors de cette analyse les conclusions qui guideront la politique extérieure du Mali.
Chers camarades,
Bien des Etats africains ont affirmé construire le socialisme, comme la République Arabe Unie, le Ghana, le Dahomey, l'Algérie ou le Sénégal.
Depuis le 22 septembre 1960, nous avons dit à la face du monde qui nous sommes et ce que nous voulons.
Les militants de l'Union Soudanaise-R.D.A. se sont déclarés fossoyeurs du capitalisme au Mali. Il n'y aura en terre malienne, je vous le jure, ni exploiteurs ni exploités ; il ne peut y avoir d'autres lois que celle de la population laborieuse ; de cela, il est temps que les attardés se convainquent, car les intérêts particuliers doivent se satisfaire des solutions dictées par l'intérêt de tout le peuple. Les tricheurs, tôt ou tard, auront à subir cette règle qui ne saurait souffrir d'exception.
Opter pour le socialisme, c'est faire du travailleur le propriétaire des moyens de production, le maître de la production. A cet égard, des comités d'entreprises, mis en place par les travailleurs eux-mêmes, se préparent à prendre cette responsabilité déjà reconnue par la législation en vigueur. Nous osons espérer qu'ils ne nous décevront pas.
Dans les campagnes, la coopération agricole avance à grands pas, par l'installation des groupements ruraux dont beaucoup fonctionnent de manière satisfaisante.
Dans les autres secteurs de la coopération, notre politique ferme de socialisation, a été circonscrite aux producteurs eux-mêmes, en dehors de tout autre exploiteur préoccupé à s'enrichir comme sous le régime colonial. Le travail à l'honneur, les travailleurs maîtres de la production, avec pour conséquence l'éviction et la conversion des parasites quels qu'ils soient et l'affranchissement du citoyen malien du Sud ou du Nord, de l'homme ou de la femme constitueront quelques traits fondamentaux de l'action de notre Parti.
Mais la construction du socialisme n'est pas chose facile. Une fois réalisé le programme minimum de socialisation des moyens de production, l'écueil, qui compte déjà des victimes en Afrique, réside dans la lutte contre nous-mêmes, c'est-à-dire contre les complexes créés en nous par plusieurs décades d'un système de dépersonnalisation de l'humain.
Pourront franchir le cap ceux qui sont déterminés courageusement à liquider ce complexe, parce qu'ils en ont non seulement la conviction, mais la foi. Pour aider à l'affermissement de celle-ci, le Parti a institué des écoles de formation des cadres qui ont accueilli, cette année, environ 800 cadres politiques. Cette formation sera poursuivie sans tarder au niveau des responsables administratifs et trouvera, dès novembre prochain, son caractère permanent d'institution du Parti.
Ceux qui, par contre, se laissent aller au plaisir de la chair et du ventre, à la satisfaction intégrale de leurs habitudes de vie facile pourront faiblir et devenir les agents de ceux qui sont hostiles au mouvement socialiste en général et à l'option du Mali en particulier.
C'est toujours auprès de cette catégorie que florissent les plaintes habituelles de manque de marchandises de dernière nécessité, les propos démobilisants et néfastes pour les militants. C'est une raison supplémentaire de resserrer toujours plus autour d'eux une surveillance de tous les instants.
Il faut donc, camarades, faire preuve d'une extrême vigilance, d'une fermeté à toute épreuve, et quelquefois d'une extrême rapidité pour rendre justice au peuple et au Parti, sans même se référer à la Direction.
Rendre justice au peuple, c'est neutraliser sans hésiter les adversaires de notre option ; c'est imposer partout, à quelque prix que ce soit, la justice et l'équité ; rendre justice au peuple, c'est mettre tout en œuvre pour encourager le travailleur et créer les conditions de l'émulation socialiste ; rendre justice au peuple, c'est s'opposer par tous les moyens aux profiteurs, aux attardés inconvertis ; rendre justice au peuple en définitive, c'est prendre ses responsabilités à chaque instant.
C'est ici que je veux m'adresser aux cadres jeunes de notre pays, pour m'inquiéter avec eux des moments où les choses dans l'ensemble affectaient l'allure d'une course aux avantages matériels. Il reste que dans de telles situations, seul leur sens de la responsabilité est en cause.
Car, être responsable, c'est diriger, c'est orienter ; c'est aussi contrôler de près l'application des principes démocratiques du Parti, qui à aucun moment ne peuvent être jetés par-dessus bord.
La confiance qui vous est faite est bien sûr celle du Gouvernement, mais aussi celle du Parti, celle des militants qui attendent de vous autre chose que les complaisances inadmissibles, les partisaneries intolérables, les complicités déshonorantes. Faute de quoi, vous aurez contribué à renforcer les mœurs électorales que partout, en Afrique, le colonialisme a laissées en héritage aux jeunes Etats ; vous aurez favorisé la formation des clans sur la base de principes contraires à ceux du Parti.
Ainsi doit vous apparaître l'interdépendance qui unit le Parti et le Gouvernement. Si le Parti a mis en place les directions nationales qu'il soutient, par leur travail, les directeurs nationaux des services et sociétés d'Etat, les cadres de commandement ont le devoir impérieux de renforcer le Parti, en levant bien haut le drapeau de l'Union Souda-naise-R.D.A.
Vous êtes déjà un certain nombre à avoir vérifié que vous avez, pour cela, le soutien ferme et absolu de votre Secrétaire général. Mais encore faut-il que pour cela, lorsque vous avez épuisé les recours possibles, ce dernier soit saisi des difficultés que vous rencontrez dans la juste application des principes arrêtés en commun et de la législation en vigueur.
C'est vous que le Parti et le Gouvernement ont choisis pour inscrire dans les faits les options et les objectifs de notre peuple. J'ai confiance que vous continuerez de justifier ce choix et d'agir en militants convaincus et en patriotes décidés. Vous saisirez la portée de votre rôle en vous souvenant toujours que vos actes faciliteront l'acceptation par le travailleur des lourds sacrifices exigés par notre option et conditionneront en définitive l'accélération de leur prise de conscience.
Les succès que vous avez déjà inscrits à l'actif de notre Parti et notre Gouvernement sont prometteurs pour l'avenir des services de la République du Mali où - la garantie politique étant préalablement acquise - seules, la compétence au travail, la conscience professionnelle doivent régner en maîtres absolus.
Camarades de l'Union Soudanaise-R.D.A., vous savez que je n'ai pas l'habitude de cacher ou de déformer la vérité. Elu Secrétaire général du Parti en 1947, partout où je suis passé, je n'ai pas manqué de dire à nos sympathisants que pour rejoindre les rangs de l'Union Soudanaise-R.D.A., il fallait accepter d'avance le sacrifice de ses intérêts personnels et de sa liberté et même de sa vie.
Lorsque nos jeunes, nos travailleurs, nos paysans, nos anciens combattants et nos sœurs demandèrent l'indépendance, j'ai également signalé les exigences de celle-ci : j'ai dit notamment quelle ne doit pas être celle du chien de garde, mais la liberté réelle, avec ici encore tout ce que cela exige de renonciation, de discipline et de vigilance.
Enfin, lorsqu'ils ont estimé ne pouvoir transiger plus longtemps avec le principe de l'indépendance économique, votre Secrétaire général a largement informé les Maliens des difficultés en perspective qui nécessiteront des privations librement acceptés, la renonciation aux privilèges même camouflés sous le vocable de droits acquis, et la foi ardente dans le succès de notre option socialiste.
A chaque fois le Parti s'est engagé dans la voie que le militant a indiquée.
Il vous appartient aujourd'hui, à chacun, jeunes, vieux, femmes, officiers, sous-officiers et soldats de l'Armée malienne, jeunes du Service Civique, miliciens, brigadiers de vigilance, travailleurs du secteur privé, paysans, éleveurs, commerçants et pêcheurs, de ne pas oublier votre choix.
Camarades, vous vous devez d'en être les gardiens vigilants et jaloux pour rester fidèles au serment que vous avez fait à la face du monde, c'est-à-dire tout accepter pour que : Vive et prospère le Mali, notre Mali !

AUTRES DISCOURS ET INTERVENTIONS :



Ecrire un commentaire

Ecrire un commentaire