Modibo Keita

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Discours page 6

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ALLOCUTION DE MODIBO KEITA A L'ISSUE DES ELECTIONS LEGISLATIVES DU 12 AVRIL 1964

Maliennes et Maliens,
Chers camarades,

Le 12 avril dernier, vous avez plébiscité l'Union Souda-naise-R.D.A. : vous avez réaffirmé avec force votre adhésion à la politique combien difficile de la décolonisation réelle et de la construction socialiste de notre pays. Vous avez ainsi apporté aux dirigeants du Parti et aux responsables gouvernementaux à tous les niveaux, un regain d'ardeur et de confiance dans les succès de notre option, une raison supplémentaire et déterminante pour ne plus hésiter un seul instant dans la poursuite de la révolution de notre pays.
En effet, les chiffres sont éloquents.
En 1959, sur 2 204 827 inscrits, 709 032 électeurs seulement ont voté ; la participation électorale, à cette époque de mobilisation systématique encore jamais connue dans la vie de notre parti, fut de 32%. Aussi, les résultats furent-ils salués à l'époque comme une victoire éclatante de notre parti dans sa lutte pour la création des conditions objectives de l'accession à l'indépendance.
Le 12 avril 1964, sur 2 425 696 électeurs inscrits, c'est-à-dire sensiblement le même nombre, ce sont 2 156 886 citoyens qui se sont rendus aux urnes.
La participation électorale s'élève ainsi à 88,91% des électeurs, soit une augmentation de plus d'une fois et demie par rapport à 1959.
La participation aurait pu être plus importante si, dans certaines circonscriptions, il avait été procédé à une révision correcte des listes électorales. En effet, des camarades se sont contentés d'inscrire les nouveaux électeurs, sans pour autant radier les électeurs décédés ou ayant choisi une nouvelle résidence.
Il faut d'autre part signaler l'exode rural saisonnier qui se manifeste pendant cette période et attire ainsi les jeunes ruraux vers les grands centres. Enfin, il ne faut pas non plus minimiser l'effet des transhumances en dehors des cercles d'origine malgré l'institution dans le secteur nomade de plusieurs bureaux itinérants.
Poursuivant l'analyse du scrutin, je note que le résultat laisse apparaître en 1964 : 2 185 bulletins nuls, soit 50% du chiffre enregistré en 1959.
Ici, il nous faut reconnaître que ces bulletins sont dus surtout au fait que les camarades responsables politiques et administratifs dans leur ardeur à mettre l'accent sur la signification politique des élections, ont négligé le travail d'éducation civique sur les modalités du vote auprès des citoyens qui, pour la première fois, étaient appelés à exercer leur devoir ou en avaient perdu l'habitude.
Enfin, en 1959, l'Union Soudanaise-R.D.A. avait groupé sur sa liste 74,84% des suffrages exprimés pendant que le parti d'opposition obtenait 24,16%.
Les résultats furent reconnus à l'époque comme une manifestation éclatante de la victoire de notre parti. Que dire dès lors de ce que nous venons d'enregistrer le 12 avril dernier, où les électeurs ont accordé à l'Union Soudanaise-R.D.A. 99,89% des suffrages exprimés ?
Les résultats dépassent très largement les prévisions les plus optimistes ; ils constituent un véritable triomphe pour notre parti.
Nous sommes en droit d'en être fiers parce que certains prétendus spécialistes des problèmes africains avaient misé sur une large abstention des électeurs maliens, pour ne pas dire sur un désaveu cinglant de la politique de l'Union Soudanaise-R.D.A., par notre peuple.
Ils avaient cru à un mécontentement des travailleurs pour l'institution de la taxe civique et la suppression de certains privilèges.
Ils avaient compté sur une opposition des commerçants à cause des restrictions imposées aux activités du commerce traditionnel et de l'emprise de plus en plus grande de l'Etat sur le secteur économique.
Ils avaient spéculé sur une lassitude désapprobatrice des militants en général, des masses rurales en particulier, condamnant nos irremplaçables chantiers de l'honneur.
Ils avaient fondé beaucoup d'espoir sur une réaction hostile des éleveurs acceptant désormais notre politique de recensement exact et systématique du cheptel.
Ils s'étaient convaincus que leur travail insidieux et de conditionnement auprès de certains camarades aurait mis le comble à la mobilisation populaire contre l'Union Soudanaise-R.D.A., contre la politique qu'ensemble librement, nous avons clairement définie en septembre 1960.
Maliennes et Maliens, chers camarades, par votre participation massive au scrutin du 12 avril 1964, vous avez balayé, comme un fétu de paille, le château de cartes de ces attardés qui n'ont encore rien compris à l'Histoire des peuples, à l'Afrique et au Mali, qui ignorent la forte structure de l'Union Soudanaise-R.D.A. et la solidité inébranlable de ses assises dans le peuple.
Nous sommes en droit d'être fiers, car - pourquoi ne pas le dire ? - on peut sans doute obliger les électeurs à se rendre aux urnes ; mais ce que l'on ne peut jamais faire, c'est obliger le peuple, hommes et femmes, jeunes et vieux, travailleurs, éleveurs, commerçants, soldats, à chanter et à danser dans la poussière, sous les rayons ardents du soleil, ou en processions improvisées le long des artères des grandes villes, dans un enthousiasme indescriptible.
Vous avez infligé ainsi une douloureuse déception à ces éléments lunatiques U.N.R. et M.R.P. en marge de leurs partis et du gouvernement français, à ces spécialistes de la subversion connus quoique camouflés dans certaines ambassades qui seront couvertes de ridicule en République du Mali, tous agents de l'impérialisme remarquable par sa stupidité et qui rêvent d'organiser la subversion dans notre pays.
Vous avez du coup réduit à néant les espoirs de ceux qui, aux faits des difficultés réelles que nous connaissons en raison de notre option, s'étaient donné l'assurance d'un désaveu populaire de l'Union Soudanaise-R.D.A. Vous avez réaffirmé avec force votre fidélité à ce vieil adage cher à notre peuple : Plutôt la mort que la honte.
Chers camarades, vous avez compris que la vigilance est plus que jamais nécessaire. Le Parti, c'est votre parti. L'option socialiste, c'est votre option ; il vous appartient donc, comme le 12 avril 1964, de les défendre partout contre les détracteurs, contre les ennemis pour lesquels il n'y a pas, il n'y aura pas de place au Mali. C'est net et précis.
Maliennes et Maliens, on peut mourir sans avoir perdu la vie.
Pour un peuple digne, pour un peuple fier de son passé, et fier de son présent, mourir c'est renoncer à tout ce à quoi il était attaché ; c'est tourner le dos à son idéal, c'est rebrousser chemin, ce chemin dans lequel il s'était librement engagé, le chemin de la réelle indépendance ; mourir, c'est être obligé de se mettre à genoux devant ceux qui veulent vous humilier et vis-à-vis desquels vous vouliez affirmer votre dignité, votre indépendance.
Maliennes et Maliens, vous avez prouvé que vous êtes un peuple qui, une fois décidé et engagé, marche d'un pas certes mesuré, mais sûr, vers l'objectif qu'il s'est assigné.
Vous avez également donné la preuve que malgré les difficultés connues et à connaître, vous recelez en vous une réserve considérable d'énergie et une fois inébranlable en l'avenir socialiste de notre pays.
Au nom du Parti et du Gouvernement, je vous dis merci ! Merci à toutes les entreprises et sociétés nationales, à la section locale des Anciens Combattants, aux groupements mutualistes des transporteurs et des petits commerçants, aux camarades transporteurs et commerçants isolés qui ont apporté un concours appréciable en argent, en ingrédients et en matériel au Comité électoral.
Maliennes et Maliens, chers camarades, vous ne serez pas déçus.
Notre politique de décolonisation se poursuivra sans à-coups, tout comme, inexorablement, nous avancerons dans l'édification socialiste du Mali. Avec un peuple comme vous, toute attitude équivoque, toute hésitation de la part d'un responsable dans la marche en avant vers l'indépendance réelle et le socialisme, constituent une trahison.
Peuple du Mali, nous ne trahirons pas ta confiance, car ce serait en même temps trahir tous les espoirs fondés sur la République du Mali. Ce serait trahir l'Afrique qui combat pour se libérer du joug colonial ; ce serait trahir l'Afrique libérée qui veut conquérir sa souveraineté totale et construire son économie dans la voie de son choix. Ce serait enfin trahir la mémoire de tous ceux qui ont souffert et de tous ceux qui sont morts pour la cause sacrée de notre peuple.
Maliennes et Maliens et chers camarades, après la victoire du 12 avril 1964, en avant donc pour de nouveaux succès dans le combat pour l'indépendance réelle et pour l'édification socialiste de la République du Mali.

DISCOURS PRONONCE À BAMAKO LORS DE LA MANIFESTATION DU 1er MAI 1964

Camarades Travailleurs,
Excellences,
Honorables invités,

Tout d'abord, je vous prie d'observer une minute de silence à la mémoire, de Sir Milton Margai, ex-Premier Ministre de Sierra-Leone, qui fut l'un des meilleurs bâtisseurs de l'O.U.A. et dont la mort plonge l'Afrique dans un deuil douloureusement ressenti. Merci.
Pour nous Maliens, cette journée du Ier Mai, fêtée par les travailleurs de tous les pays du monde, revêt une double signification.
En premier lieu, c'est la réaffirmation de la solidarité ferme et agissante que vous, travailleurs maliens, avez toujours déployée à l'égard de vos camarades des autres pays dans le sens du progrès, de la justice et de la paix.
En second lieu, c'est la légitime manifestation de joie de tout notre peuple après les élections législatives du 12 avril 1964 sur lesquelles les néo-colonialistes s'étaient surpassés en prophéties de tous genres et dont les résultats se sont soldés, hélas pour eux ! par un magistral soufflet du peuple qui a ainsi prouvé une fois de plus que son attachement à l'option socialiste de notre Parti est total et irréversible.
Camarades de l'U.N.T.M., le Bureau Politique National profite de cette mémorable journée pour vous adresser ses vives félicitations et vous exhorter à plus de vigilance dans le dur mais noble combat que vous avez toujours mené à ses côtés pour liquider de notre pays toutes les séquelles du régime d'oppression et d'exploitation du colonialisme.
Ensemble, nous avons remporté une première victoire qui a consacré la souveraineté totale de notre pays sur le plan politique. Ensemble aussi, nous sommes en train de poursuivre celle de notre indépendance économique et, avec votre détermination farouche de réussir, cette seconde victoire ne tardera pas à devenir un fait concret. Mais pour cela, il faut que l'année 1964 soit votre année par les décisions courageuses et constructives que vous prendrez, il faut que vous soyez les véritables soldats de la construction socialiste, c'est-à-dire des travailleurs prêts à tous les efforts, à tous les sacrifices, des travailleurs qui auront tourné définitivement le dos aux solutions de facilité, à la jouissance qui amollit, des travailleurs qui, par leur travail et leur conduite, donnent la preuve qu'ils apprécient hautement la responsabilité qui est la leur dans la gestion des affaires de la République, des travailleurs prêts à se mobiliser à tout moment pour défendre les belles acquisitions du peuple dont ils sont partie intégrante, pour défendre leur option, la construction socialiste du Mali.
Aux frères qui se battent en Angola, au Mozambique, en Guinée dite Portugaise, en Afrique du Sud, au Sud-Viet-Nam, etc., pour la conquête de leur indépendance et la restauration de leur dignité, à ces frères dont certains, en ce jour du Ier Mai sont en train de mourir sur les champs de bataille, assassinés par ces ennemis de l'Afrique et de l'humanité, à ces frères, nous donnons l'assurance de notre soutien sans réserve.
Camarades, l'Unité syndicale qu'a si éloquemment développée votre Secrétaire général dans sa brillante intervention, rejoint les recommandations de notre Parti, et malgré la volonté des forces réactionnaires de division, elle finira un jour par s'imposer à toute l'Afrique tout comme l'O.U.A. qui, contre vents et marées, a vu le jour et se renforce.
Nous savons que certains pays ne ménagent aucun effort pour stériliser l'O.U.A. et même pour la disloquer.
Ils y dépensent leur argent et leur temps, ils tentent d'opposer les Etats Africains les uns aux autres, mais l'Afrique réalisera son unité. Ce sera votre œuvre, camarades travailleurs du Mali et d'Afrique, si vous vous donnez la main pour constituer la véritable chaîne de la fraternité africaine.
Vive l'Union Soudanaise-R.D.A., constante dans son soutien des travailleurs du Mali et du Monde.
Vive l'U.N.T.M., solidaire de tous les travailleurs du monde épris de progrès et de paix.

DISCOURS DEVANT L'ASSEMBLEE NATIONALE (13/05/1964)

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Chers camarades,
II y a exactement un mois, presque jour pour jour, le peuple du Mali dans son unanimité, vous portait à l'Assemblée Nationale, accordait sa confiance à son Parti, qui précisait dans ses slogans que voter pour l'Union Soudanaise-R.D.A., c'est voter pour une politique hardie de l'indépendance économique.
Chers camarades, nous ne pouvons ignorer ue notre territoire n'avait jamais eu de statistiques propres.
Il nous a fallu tout créer, ce qui exigeait du technicien une foi inébranlable en l'avenir de notre pays, et une grande connaissance des problèmes maliens, cette dernière condition n'étant pas toujours remplie par nos jeunes cadres. Il faut reconnaître à leur avantage qu'ils se sont mis à l'œuvre avec courage et abnégation, et qu'aujourd'hui nous leur devons de pouvoir affirmer que nous possédons toutes les données de notre économie.
Monsieur le Président,
Camarades Députés,
Nous avons fait une option : nous en avons donc accepté, par avance, toutes les implications et toutes les conséquences.
Nous avons opté pour une indépendance économique ; c'est dire qu'à priori nous avons estimé que si elle était une tâche difficile et d'envergure, elle demeurait à la mesure de notre dignité et de notre foi.
Chers camarades, ce qui a été fait dans ce domaine est important. La poursuite de la politique d'indépendance économique exige aujourd'hui de tracer un programme d'action, à la lumière des réalités de notre économie.
Quelles sont ces réalités ?
Nous avons incontestablement réussi à réaliser ou à mettre en chantier l'essentiel de notre Premier Plan de Développement.
La vérité demeure que la quasi totalité de ces investissements est constituée par les dons ou prêts consentis par des pays amis, la participation des ressources intérieures représentant à peine le dixième du montant total des investissements.
Croyez bien, camarades Députés, que nous avons été bien inspirés de consacrer la plus grande partie de ces possibilités aux secteurs permettant d'accroître la production, donc nos exportations, et de diminuer nos importations par la mise en œuvre d'industries de transformation.
Cette optique de notre méthode d'intervention dans les secteurs économiques est bien claire. En attendant que soit entièrement réalisé le programme, nous devons reconnaître qu'à ce jour, notre balance des paiements accuse encore hélas un déficit qu'il nous faudra éponger de toute façon.
Voilà quatre ans, camarades, que le Parti s'évertue à dire aux Maliens et aux Maliennes que nous vivons au-dessus de nos moyens, que la nécessité s'impose à nous de réduire notre train de vie pour l'ajuster à nos réelles possibilités. Nous ne pouvons pas continuer plus longtemps à payer plus que nous n'achetons, c'est-à-dire à nous endetter, à demeurer dans la voie de la facilité, incompatible avec la dignité d'un peuple et avec notre volonté d'accéder à l'indépendance économique. C'est pour cette raison que le Parti a décidé un certain nombre de mesures dont certaines, impopulaires en tout autre régime, ne peuvent pas ne pas rencontrer l'adhésion immédiate des populations ayant librement opté pour une politique d'indépendance.
Tout d'abord, le Parti invite instamment les camarades chargés du secteur de l'Exportation, à tout mettre en œuvre pour placer nos produits à l'extérieur y compris les produits de cueillette, les fruits, les légumes.
D'autre part, au moment où l'énorme majorité de la population se mobilise pour accroître les possibilités économiques du pays, il apparaît de plus en plus intolérable à mon Gouvernement que des hommes, au lieu de travailler la terre, continuent de se rendre dans les villes, avec la seule perspective de traîner dans les rues, la pacotille à la main. De même, il est inadmissible que des Maliens perdent toute leur journée à deviser sous les arbres ou devant les magasins.
Pour être net, mon Gouvernement entend mettre un terme à ces formes diverses d'oisiveté, à ce parasitisme dégradant car la terre ne manque pas en République du Mali. En outre, les secteurs de production doivent, sans délai, être le centre de mobilisation de tous les militants, pour suppléer à l'insuffisance du personnel de l'encadrement agricole. C'est dire donc que Responsables Politiques et Administratifs à tous les niveaux doivent dans les semaines à venir, être auprès des paysans pour les informer, les éduquer, étant bien entendu que les conditions matérielles d'une plus grande productivité seront remplies par le Ministère du Développement.
Il est superflu de préciser que le Service des Douanes sera repris en mains pour une plus grande efficacité.
Par ailleurs, mon Gouvernement s'engagera à réduire nos dépenses à l'extérieur par un certain nombre de mesures parmi lesquelles je cite l'arrêt de tous les investissements non productifs, l'encouragement des investissements extérieurs productifs dans la mesure où ils n'accroissent pas la dette publique dans la période transitoire, la réduction du volume de nos importations qui seront limitées à celles indispensables à la vie de nos populations.
Ces mesures de restrictions, chers camarades, auront leurs répercussions sur les recettes budgétaires qui sont directement liées à la masse des importations : moins d'importation, moins de ressources budgétaires ; plus d'importation, plus de ressources budgétaires.
Les dépenses de fonctionnement ont été compressées au maximum, et la fiscalité ne réserve plus de grandes possibilités d'extension. Il nous faudra cependant diminuer encore nos dépenses, accroître nos recettes budgétaires par les réaménagements des impôts existants.
Monsieur le Président, chers camarades, voilà brièvement esquissées les réalités de notre pays et sur lesquelles notre Parti a décidé d'édifier, jour après jour, une économie indépendante. Telle est la situation dont chaque militant malien doit se pénétrer. Tel est le visage du pays où nous avons juré de construire une société meilleure où le travailleur sera le maître de la production, où il n'y aura pas de place pour les exploiteurs et les profiteurs.
Dans cette œuvre grandiose, la place de choix revient aux travailleurs et fonctionnaires, qui une fois de plus sont appelés au combat. Je sais combien vous partagez avec moi la confiance que le Parti place en eux, et qu'ils n'ont jamais manqué de justifier depuis 1946.
En effet, face aux données actuelles de notre économie, mon Gouvernement sera contraint de prendre un certain nombre de mesures, pour rester fidèle à notre dignité, à notre volonté farouche d'indépendance.
C'est ainsi que seront mis à la retraite tous les agents journaliers, auxiliaires ou cadres, ayant atteint l'âge de la retraite, qu'ils soient de l'Administration ou des Sociétés et Entreprises d'Etat. D'autre part, toutes les soldes seront diminuées de 10%.
Je sais que ce sont là des mesures qui seront profondément ressenties par les camarades travailleurs, qui ont déjà fourni bien des efforts, qui ont consenti bien des sacrifices. Parce que le Mali indépendant d'aujourd'hui est leur œuvre, ils comprennent la fierté d'être un citoyen libre d'un pays libre sans payer le prix de cette liberté.
Nos amis de Cuba, du Viet-Nam du Sud, nos frères d'Angola, du Mozambique, de la Guinée dite Portugaise, comme ceux d'Afrique du Sud paient chaque jour de leur sang le droit à la liberté. Nos frères de Tunisie, du Maroc et surtout de l'Algérie pour la conquête de leur indépendance, nous ont offert en exemple le sacrifice volontaire de milliers de jeunes patriotes.
A vous, Maliens, travailleurs qui savez que le Mali socialiste sera avant tout votre bien, que vous demande le combat pour la sauvegarde de notre dignité, pour l'affirmation de l'indépendance du Mali ?
Vivre d'abord de ce que nous produisons, en ayant comme pôle de référence le frère paysan, dont nous devons rester solidaires si nous voulons réussir notre politique de construction socialiste.
Voilà qui fait que d'ores et déjà, le travailleur malien a par avance, tout accepté, parce que son option est libre et consciente, parce qu'il est attaché à la sauvegarde de la dignité, parce qu'il demeure le gardien jaloux de l'indépendance de son pays.
Au moment où je rends hommage à l'esprit d'abnégation et de sacrifice des fonctionnaires en particulier et des travailleurs en général, permettez-moi de m'interroger sur les raisons des difficultés qu'éprouvent quelques-uns de nos jeunes intellectuels à s'adapter aux conditions matérielles de vie dans notre pays. Il est de notre devoir de nous inquiéter de leur tendance à aller à l'extérieur, loin des parents, loin des amis, rechercher hors du pays natal les satisfactions d'une vie plus facile.
Auraient-ils déjà perdu le souvenir de leurs âpres discussions avec nous autres responsables africains qu'ils qualifiaient de bourgeois, de réactionnaires ? Auraient-ils perdu leur ardeur à la lutte pour une vie meilleure des couches les plus défavorisées, pour la justice sociale qu'instaure le Socialisme ?
Leur extrémisme de gauche se serait-il mué en extrémisme de droite, parce qu'ils se seront trouvés confrontés avec les dures réalités du combat ? Non. Je ne puis y croire. Il faut que nos jeunes universitaires se ressaisissent, qu'ils demeurent fidèles aux idées généreuses qui leur furent si chères et qu'ils doivent enrichir et valoriser en insufflant à notre politique de construction socialiste un dynamisme encore jamais égalé.
Je sais qu'ils sauront justifier nos espoirs, répondre à notre confiance, confiance que nous fondons sur ces mots d'Ernest Renan : « Rien de grand ne se fait sans chimères. Ah ! l'espérance ne trompe jamais, et j'ai confiance que toutes les espérances du « croyant » seront accomplies et dépassées. L'humanité réalise la perfection en la désirant et en l'espérant. »
Camarades universitaires, je sais que vous vous étiez créé une image du monde, à la mesure de votre jeunesse et de votre foi ardente. De retour au pays, vous devez, malgré les déceptions, conserver intact votre idéal de construire un monde nouveau. Vous devez être pour vos aînés, pour nous, la flamme qui réchauffe ; vous devez demeurer toujours jeunes et ardents, et non point vous amollir avant que d'avoir vieilli. Car, comme l'écrit Maurice Maeterlynck : « Nous devons, à mesure que s'écoulent nos années, nous prévenir contre le danger que font courir à notre confiance le grand nombre d'hommes malfaisants que nous avons rencontrés ; continuons malgré tout d'agir, d'aimer, d'espérer, comme si nous avions affaire à une humanité idéale... Cet idéal n'est qu'une réalité plus vaste que celle que nous voyons. »
II me faudrait lever tout équivoque, car nous devons nous féliciter de ce que les camarades universitaires qui n'ont pas compris leurs rôles ne constituent qu'une faible minorité. En effet, les autres, tous les autres, intimement associés à la vie du peuple et du Gouvernement, donnent le meilleur d'eux-mêmes. Ils ont compris que pour un homme véritable, il y a au monde autre chose de mieux que les jouissances matérielles, mieux que la fortune ; c'est d'être un des artisans les plus valeureux de l'édification d'une société nouvelle dans son pays libéré de la domination étrangère. J'ai la certitude que ces camarades seront, une fois de plus, à la pointe du combat pour la cause du peuple.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Les mesures évoquées ne veulent pas signifier que notre pays a décidé de vivre en autarcie. Mon Gouvernement recherchera à l'extérieur, tant auprès des organismes internationaux que des pays amis, les concours nécessaires pour injecter à notre économie des possibilités toujours nouvelles.
Il paraît, par ailleurs, indispensable que l'application des nouvelles mesures exigera que soit mis un terme aux hésitations diverses, aux arrangements camouflés, aux complaisances inexplicables, aux complicités inavouées. Elle exigera un contrôle plus serré des activités et de la vie économique dans le pays, une maîtrise plus efficace de nos échanges. Vous pouvez faire confiance à mon Gouvernement. Il ne faillira pas à sa tâche, je vous en donne l'assurance.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Comment avec une politique si courageuse allons-nous accepter que des démagogues en mal de titre et d'honneurs, des attardés qui en sont encore au stade de la lutte politique contre l'administration coloniale, contre des partis adverses, qui ne peuvent pas comprendre qu'indépendance ne signifie pas licence et que le fait d'avoir été un combattant de première heure ne puisse leur conférer à jamais tous les droits, comment laisser se mettre en travers de notre marche vers le socialisme les essoufflés qui rêvaient de dormir sur des lauriers inexistants, ceux qui, après dix-huit ans de lutte politique, n'arrivent pas à se faire à l'idée que la lutte continue plus dure, plus âpre que par le passé, les bourgeois insoupçonnés qui ne vivent que pour jouir, les apatrides à la solde d'étrangers spécialistes de la subversion, et qui connaîtront un échec retentissant en République du Mali. Bref, comment tolérer que tous ces hommes puissent, sous le couvert d'une démocratie à rebours, essayer tant soit peu de gêner la marche de notre peuple ?
Le peuple est souverain.
Il a dicté sa volonté : décolonisation, socialisme. Le Parti a défini les lignes d'action conformes à la volonté populaire, l'Assemblée les légifère, le Gouvernement exécute. Le peuple du Mali dans son unité, dans sa farouche détermination d'atteindre l'objectif qu'il s'est assigné, avance comme un immense rouleau compresseur.
Je n'en dirai pas plus.
Vous m'avez compris.
J'ai déjà précisé que nous n'entendons pas vivre en autarcie. Fidèles à notre politique africaine, nous mettrons tout en œuvre pour créer ou renforcer les liens de coopération et d'amitié, avec tous les pays africains. Nous ne ménagerons aucun effort pour une plus grande consolidation de l'O.U.A. qu'essaient d'affaiblir des initiatives faites plus pour plaire à l'extérieur que dans l'intérêt des Etats Africains. Or, l'O.U.A. continue de demeurer le cadre idéal des rencontres fraternelles des Etats Africains.
Dans sa politique d'unité, mon Gouvernement restera fidèle à un précepte qui lui est cher ; je voudrais, pour que nos frères africains puissent en saisir toute la profondeur, faire appel à Alexis de Tocquéville qui écrit : « Lorsqu'on a abandonné la réalité du pouvoir, c'est jouer un jeu dangereux que de vouloir en retenir les apparences. L'aspect extérieur de la vigueur peut quelquefois soutenir un corps débile, mais le plus souvent, il achève de l'accabler. » Ceci éclaircira à notre sens les origines des troubles qui secouent aujourd'hui notre continent.
Sur le plan international, je réaffirmerai notre volonté de rester fidèle à notre politique de non-alignement de franche et loyale coopération avec tous les pays du monde, quel que soit leur système politique ou économique, sans exclusive aucune, dans la mesure où ne faisant pas de complexe de grande puissance, ces pays ne tenteront pas de s'immiscer dans nos affaires intérieures.
Comme par le passé, nous serons fermement engagés aux côtés des forces de paix, contre le colonialisme, le néo-colonialisme et l'impérialisme, qui continuent de se traduire par cette volonté d'une puissance, d'un Etat, d'imposer à d'autres peuples, par la corruption et la subversion son système politico-économique.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Je viens de vous indiquer avec objectivité la voie que mon Gouvernement entend suivre, pour répondre aux aspirations de notre peuple, en se pliant à chaque moment aux impératifs de l'option que nous avons librement définie ensemble.
Pour s'atteler sans tarder à cette tâche difficile mais combien exaltante, je sollicite votre confiance. Mon Gouvernement sera ainsi composé :

1. Jean-Marie KONE. Ministre d'Etat, chargé du Plan et de la Coordination des Affaires économiques et financières.
2. Mamadou Madeira KEITA. Ministre de la Justice.
3. Ousman BA. Ministre de l'Intérieur, de l'Information et du Tourisme.
4. Baréma BOCOUM. Ministre délégué aux Affaires Etrangères.
5. Hamaciré N'DOURE. Ministre délégué à la Présidence, chargé de missions.
6. Attacher MAIGA. Ministre des Finances et du Commerce.
7. Seydou Badian KOUYATE. Ministre du Développement.
8. Mamadou AW. Ministre des Travaux publics, des Télécommunications, des Transports, de l'Habitat et des Ressources énergétiques.
9. Dolo SOMINE. Ministre de la Santé et des Affaires sociales.
10. Abdoulaye SINGARE. Ministre de l'Education Nationale.
11. Mamadou DIAKITE. Secrétaire d'Etat à la Défense et à la Sécurité.
12. Mamadou GOLOGO. Secrétaire d'Etat à l'Information et au Tourisme.
13. Oumar Baba DIARRA. Secrétaire d'Etat à la Fonction publique et au Travail.
14. Moussa KEITA. Haut-commissaire à la Jeunesse et aux Sports.

Vous constaterez, chers camarades, qu'il y a peu de changement par rapport au précédent Gouvernement. C'est le témoignage de stabilité de notre Etat ; c'est également la meilleure expression de l'efficacité des méthodes de travail de l'Union Soudanaise-R.D.A. dont la ligne fondamentale est la collégialité, sans pour autant ignorer les responsabilités individuelles. Il reste que nous avons voulu une plus grande concentration des secteurs économiques, pour une meilleure coordination, pour une meilleure efficacité.
D'autres que vous, chers camarades, peuvent s'interroger sur ce que fera le Gouvernement qui vous est proposé. A ceux-là, je répondrai que le passé garantit l'avenir.
J'aurais pu en effet établir devant vous le bilan de l'action gouvernementale depuis le sixième congrès de l'Union Soudanaise-R.D.A. Les réalisations ont été présentées à la nation entière aussi bien le 22 septembre 1963, qu'à la veille des élections législatives du 12 avril dernier. Au demeurant, l'organisation du Parti est telle qu'à chaque instant s'exerce le contrôle salutaire de la base sur la direction et sur le Gouvernement.
Les succès remportés alors s'inscrivent à l'actif des militants sans exception, exigent de chaque camarade, de chaque responsable, une confiance inébranlable en l'avenir de notre pays, une volonté ardente de vaincre les obstacles, une réserve inépuisable de foi pour surmonter les difficultés passagères que tout homme peut connaître dans la vie, bref, toutes ces richesses morales qui doivent faire de nous des citoyens scrupuleux, des militants irréductibles, fidèles aux engagements pris.
Quant à mon Gouvernement, il tiendra comme un bréviaire ces mots de Pascal : « II est juste que ce qui est juste soit suivi. Il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans la force est contredite ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela, faire que ce qui est juste soit fort, que ce qui est fort soit juste. »
Chers camarades, le peuple du Mali fort de son option estime que celle-ci doit être respectée.
Mon Gouvernement qui n'aspire à rien d'autre qu'à servir les desseins du peuple, défendra sans défaillance cette option, gagnera la bataille pour l'indépendance économique et la sauvegarde de notre dignité.

ALLOCUTION IMPROVISEE DEVANT L'ASSEMBLEE NATIONALE

Monsieur le Président,
Mesdames,
Messieurs les Députés,

Au nom de notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A. et du Bureau Politique National, je vous remercie très sincèrement de la confiance que vous venez de me porter, en me confiant à nouveau la direction des affaires de notre pays.
Je mesure en cette circonstance l'importance de mes responsabilités, car au-delà de ma personne, au-delà de la Direction nationale l'ovation que vous me faites va à notre Parti, à l'option de notre Parti.
Pour le Secrétaire général d'un parti politique, c'est la plus grande récompense pour les sacrifices qu'il a pu consentir, les efforts déjà fournis et qu'il continuera de déployer, car nous sommes tous des mortels et la vie est ainsi faite, que des hommes peuvent commencer une entreprise et être privés de la joie de vivre son dénouement.
Nous avons, depuis 1946, commencé la bataille de la lutte politique avec des camarades qui ont été les meilleurs parmi les militants, les plus lucides parmi les responsables et qui, s'ils avaient survécu, auraient pu assumer les responsabilités qui incombent aujourd'hui à certains d'entre nous. Pour autant, notre Parti n'a pas connu la moindre difficulté dans sa marche en avant, ni le moindre ralentissement dans son allure. Ainsi, la preuve est faite que si certains d'entre nous devaient demain manquer au Parti, dans nos bureaux, sur nos chantiers, il y aurait des milliers et des milliers de Maliens, de jeunes Maliens, qui, comme un seul homme, se dresseraient pour combler le vide qui serait ainsi laissé par la disparition de certains responsables. -
Si, pour un responsable, la plus grande appréhension est le devenir de l'organisation à laquelle il s'est dévoué, eh bien, cette question en République du Mali ne demeurera jamais sans réponse.
Et à cet effet, je vais me permettre de rappeler certains souvenirs qui doivent vous inspirer dans les moments difficiles que nous aurons à connaître et qui doivent aussi éclairer ceux qui ne peuvent pas se faire à l'idée que les hommes d'Afrique, que les peuples d'Afrique, ont eux aussi une grande réserve de capacité pour organiser leur pays comme ils l'entendent ; car, malheureusement, malgré les affirmations publiques, il y a encore des pays, il y a encore des hommes d'autres peuples qui ne peuvent pas penser, qui ne peuvent pas accepter que nous, peuples africains, nous soyons majeurs, se convaincre que nous sommes majeurs, donc que nous sommes en mesure de nous déterminer librement, d'administrer notre pays, notre économie comme nous l'entendons. Pour ces hommes-là, l'événement que je vais rappeler doit être un sérieux avertissement, un appel à la réflexion sur la grande vitalité du militant malien.
Nous traversions les moments les plus difficiles de notre lutte politique, aux environs de 1950 ; nous n'avions pas un journal ; nous avions une feuille ronéotypée, l'Essor dont nous, les dirigeants, étions les principaux rédacteurs. Pour une caricature, le camarade directeur de l'Essor à l'époque a été arrêté et écroué. Nous l'avons immédiatement remplacé par un autre, qui pour avoir fait un commentaire sur les conditions de l'arrestation de son prédécesseur, a dû rejoindre celui-ci le lendemain dans la prison. Le surlendemain, il nous fallait désigner un autre Directeur. Eh bien ! nous étions embarrassés pour le choix, parce que des hommes, des jeunes, des femmes et même des illettrés s'étaient présentés pour s'inscrire comme Directeur de l'Essor.
Chers camarades, en d'autres moments de l'évolution de notre peuple, on n'a pas voulu nous comprendre, on a essayé de nous faire barrage ; l'on devrait savoir que le peuple du Mali, toutes les fois qu'il est décidé à atteindre un objectif, bouscule en travers de sa voie tous les obstacles, et va même plus loin que l'objectif fixé.
L'histoire de la République du Mali en contient deux exemples que vous connaissez et que je rappellerai simplement pour mémoire, sans la moindre amertume, sans la moindre acrimonie : c'est la Fédération du Mali et l'éclatement de cette Fédération.
Si la Fédération du Mali avait pu connaître la situation qu'elle avait demandée à l'époque à la Communauté française, peut-être qu'elle ne serait pas facile cette véritable prise de conscience du peuple malien mobilisé, et qui l'a poussé, avec le peuple sénégalais, à l'indépendance, laquelle indépendance a provoqué la série d'indépendances et classé dans les souvenirs la Communauté française.
De même, si la Fédération du Mali avait survécu, certes en raison des contradictions internes de l'époque il y aurait eu une solution moyenne qui se serait imposée sans aucun doute entre les positions de combat de tous moments des Soudanais et celles des camarades sénégalais ; peut-être qu'aujourd'hui le peuple malien n'en serait pas au point où il en est. Mais l'éclatement de la Fédération du Mali, comme un ferment, a cimenté l'Unité nationale, développé la conscience de combat du Malien qui fait qu'aujourd'hui la République du Mali, très clairement, affirme son option vers la construction socialiste et entend, quoiqu'il advienne, inscrire dans les faits ce choix.
J'aime souvent à répéter que lorsqu'une idée est juste dans son expression et dans sa vitalité, on ne peut pas l'arrêter. C'est dire donc que la République du Mali, dans son option claire, demeure plus que jamais engagée, non seulement dans la décolonisation en République du Mali, mais aussi dans la décolonisation en Afrique et dans le monde.
En second lieu, notre pays, la République du Mali, demeure également, plus que jamais, décidée à faire du socialisme une réalité en territoire malien, car le socialisme, qu'on le veuille ou non, quelles que soient les nuances selon les réalités des pays, selon les tempéraments des peuples, c'est la meilleure expression de l'humanisme et de la fraternité entre les hommes.
Car, comment parler au nom de la Liberté, et en même temps accepter qu'une minorité d'hommes puisse en exploiter une majorité et la priver du minimum qui lui est nécessaire, qui lui est indispensable pour qu'elle vive dans la dignité ?
Comment peut-on parler de fraternité lorsqu'une minorité d'hommes détient toutes les ressources dont la majorité constitue l'élément producteur, sans que cette majorité puisse en bénéficier ?
Comment peut-on parler d'égalité lorsqu'une minorité d'hommes écrase par sa puissance matérielle, par sa puissance financière, la majorité de la population ?
Malgré les erreurs qui ont pu être commises, qui ont fait apparaître le socialisme comme un facteur de trouble, de désordre, nous sommes conscients, nous Maliens, et tous les Africains le sont, même ceux qui ne l'avouent pas, et qui le pensent au fond de leur cœur . . . nous tous, sommes conscients que l'avenir, pour les hommes, pour les peuples africains en particulier, ne réside, ne saurait résider que dans la voie de développement socialiste.
Camarades, j'attirerai votre attention sur certains événements récents qui ont secoué l'Afrique : le Togo, le Congo-Brazzaville, le Dahomey, le Tanganyika, l'Ouganda, le Kenya et d'autres Etats africains. Est-ce que dans ces pays, ce sont des socialistes qui ont fait la subversion, qui ont provoqué ces coups d'Etat ? Non. La réalité, l'histoire un jour la rétablira. Cette réalité est celle-ci : il y a des peuples, il y a des hommes dans des peuples qui ne peuvent pas se faire à l'idée de liberté pour des hommes qui, hier, étaient sous domination coloniale.
Notre continent n'est pas un continent maudit ! Sa contexture a fait que nous avons échappé au courant des échanges, que nous avons échappé au courant de l'évolution universelle. Cela ne peut pas signifier que nous ne recelons pas, au fond de nous, des valeurs morales et même spirituelles, qui ne sont plus que lointains souvenirs dans les pays dits évolués.
Si nous ne pouvons pas apporter, nous peuples africains, dans la construction du monde, une puissance matérielle, une puissance financière, nous pouvons apporter, pour la survie du monde et pour la réelle fraternité entre tous les hommes, une richesse qui, seule, va permettre demain aux peuples de se comprendre, de se regarder non pas en ennemis mais en frères. Ces valeurs ont pour nom la tolérance, la vraie tolérance, la fraternité et aussi la vraie égalité entre tous les hommes, quelle que soit leur couleur et quel que soit le système politique et économique qu'ils auront choisi.
Nous avons un immense avantage, nous peuple malien, malgré notre pauvreté, que certaines presses se plaisent à mettre en exergue (on parle de notre arachide, de nos cacahuètes), je dirais que nous sommes riches ; nous sommes riches, en ce sens que nous sommes un peuple sans complexe. . .
Dès l'instant qu'un peuple est sans complexe, il est assuré de pouvoir surmonter ses faiblesses quelles qu'elles soient ; nos faiblesses, en République du Mali, nous saurons les surmonter.
Camarades députés, je me réjouis de vous renouveler l'assurance que je vous ai donnée ; c'est la détermination de mon gouvernement d'éviter certains complexes, d'éviter certains arrangements inexplicables, et vous pouvez me faire confiance. Si l'équipe a été reconduite, c'est pour donner à tous les camarades des chances de pouvoir comprendre la portée de cette décision, et de faire en sorte que dans notre administration, nous ne puissions pas relever les erreurs du genre de celles que nous avons connues dans les précédents cabinets.
Je puis également vous assurer, camarades, que nos Ministères vous sont largement ouverts. A toute heure et en toute circonstance, vous pouvez faire appel au Président du Gouvernement, qui, malgré les responsabilités qu'il assume, demeure et demeurera plus que jamais, par les actes, par la pensée aussi bien que par le cœur, le Secrétaire Général de l'Union Soudanaise-R.D.A.

EXPOSE AU COURS D'UNE CONFERENCE DES CADRES LORS DE LA JOURNEE DE L'AFRIQUE (25/05/1964)

Chers Camarades,
Nous commémorons aujourd'hui le jour où pour la première fois dans l'histoire, les chefs de 31 Etats indépendants prenaient place dans l'hémicycle de l'Africa Hall à Addis-Abéba, pour dégager ensemble un cadre à leur unité.
L'événement avait surpris par son ampleur, certes. L'insistance sur les curiosités exotiques des apparats ou des caractères n'a jamais pu masquer les inquiétudes des héritiers légaux et spirituels des Empires.
Les observateurs et spécialistes impénitents savaient combien les hommes réunis à Addis-Abéba se souviendraient.
Ils savaient que l'initiative de cette rencontre trouve son origine et un écho profond dans les coeurs des hommes de tout notre continent, qui n'ont jamais cessé de lutter pour l'unité.
Ils savaient que cette Conférence s'inscrirait dans cet élan invincible des peuples d'Afrique vers la liberté, dans la tradition d'hommes d'honneur qui n'ont jamais capitulé devant l'occupant étranger.
Partout, sous tous les cieux, sous toutes les latitudes, la géante Afrique rappelait à ses maîtres d'hier, à tous leurs homologues comme à leurs valets, que l'enfant esclave avait grandi et goûté aux primeurs de la liberté, que l'arbuste d'hier devenu roi de la forêt, avait décidé de sortir de sa torpeur.
L'histoire récente des territoires d'Afrique atteste à chaque instant que nos peuples n'ont jamais dissocié la lutte d'émancipation de la lutte pour l'unité.
La stratégie des mouvements de libération de notre continent imposait comme une nécessité première le rétablissement de cette unité.
C'est en raison du caractère prioritaire de cet objectif, que notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., a vu le jour, par la fusion en 1947, de la S.F.I.O. Soudanaise, du Parti Démocratique Soudanais, et plus tard du B.D.S.
Les citoyens du Soudan Français d'hier avaient exprimé alors dans leur majorité leur parfait accord avec le Rassemblement Démocratique Africain, en affirmant leur conviction que l'unité est l'arme décisive des peuples en lutte pour leur libération, leur émancipation comme le stipulait le manifeste du mouvement.
Voilà le principe qui a guidé notre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A., et que chaque militant a vérifié dans les faits par la solidarité agissante entre les sections du R.D.A., car, à chaque moment, les échanges de délégations sont venus compléter une harmonisation plus profonde des objectifs et des méthodes, harmonisation indispensable en raison même du développement inégal de la lutte et des conditions objectives de celle-ci.
L'unité ainsi conçue et mise en oeuvre, a assuré le développement croissant de la lutte, mettant en évidence dans la période de 1947 à 1955, un certain nombre d'enseignements, de lois fondamentales du développement historique du mouvement de lutte de libération des peuples.
La première leçon que nous pouvons retenir est que, c'est dans la définition claire des objectifs et des moyens concrets de les atteindre, moyens nécessairement à la portée du peuple, que celui-ci peut être mobilisé.
Nous y avons appris, et les autres partis africains également, que seul le peuple est invincible, d'où la nécessité de demeurer soudés à lui, pour assurer la victoire.
Le recul du temps nous permet par ailleurs de mieux apprécier ce qui, à l'époque, fut baptisé le tournant du Rassemblement Démocratique Africain, ou du syndicalisme africain, etc. Replacé dans le contexte général de notre progression, ils apparaissent non point comme des tournants, mais comme des ressaisissements salutaires, un retour à la réalité objective de nos pays. Ces mêmes faits, replacés dans la période historique de 1946 à nos jours, vérifient une fois de plus, que le développement de la lutte des peuples ne suit jamais une ligne droite. En effet, les travailleurs, les jeunes, les femmes, les anciens combattants que nous étions, ne pouvant pas nier que ce qui est atteint et ce qui se réalise aujourd'hui correspond, en tout point, à nos désirs secrets d'hier, à nos revendications les plus chères. Ce qui, ici, est valable pour le Mali, l'est aussi pour l'entité Afrique en ce qui concerne l'indépendance...
Toute cette expérience ne réaffirme-t-elle pas avec force que l'unité est nécessaire au triomphe des causes justes, de la cause du peuple.
C'est pour cela qu'en 1956, lors des débats sur la loi-cadre, des discussions sérieuses se sont déroulées sur ce qui a été appelé le projet Defferre. Vous en devinez les fondements, que les historiens africains auront à reconstituer. Il faut se souvenir que l'époque envisagée était dominée par un dilemme. Fallait-il cueillir cette semi-autonomie, couronnement des sacrifices consentis par nos peuples, et continuer de livrer bataille contre la division de l'Afrique ? où bien, conscients que l'unité est nécessaire, fallait-il refuser la loi-cadre et préserver l'unité, avec sous-entendu, la libération totale de l'Afrique et son indépendance réelle.
Entre les deux options, la première correspondait aux calculs des colonisateurs, la seconde entrait en contradiction avec les lois et l'expérience du développement historique de la société, parce que cette perspective relevait des vieilles positions dogmatiques sur la révolution globale.
Parce que la seconde voie était fondamentalement erronée et condamnée par l'histoire, nous avons choisi la première avec la perspective de féconder les liens séculaires entre peuples africains par les relations politiques déjà développées à un degré appréciable.
L'opinion était courante alors selon laquelle il était impossible de conserver l'unité après la balkanisation ; elle traduisait concrètement une appréhension justifiable devant les difficultés qui jalonnent la voie choisie par notre Parti, comparée implicitement à l'autre alternative. Mais n'est-ce pas, camarades, le propre des voies justes, des causes justes, que de comporter des difficultés ?
Ce dont il fallait s'assurer dès cette époque, c'est la place accordée aux problèmes de l'Unité par les responsables africains eux-mêmes. Il s'agissait de savoir si chacun d'entre eux était prêt à prendre la cause du peuple, c'est-à-dire à mener la bataille pour l'Unité africaine, ne fût-ce que sur la base de la plate-forme géographique, économique des entités administratives, consacrées par plusieurs décades d'occupation étrangère, donc de vie économique, politique, sociale et culturelle commune.
D'autre part, le mouvement de libération nationale en Afrique, on l'a souvent peu souligné se situait dans l'après-guerre, dans le contexte progressiste de l'élargissement du camp de la liberté, par la naissance de nouvelles démocraties. En 1946, la crise générale de l'impérialisme devait s'accentuer par le développement de la lutte des peuples pour leur libération, plus particulièrement de la lutte des peuples colonisés, à laquelle contribuait concrètement notre parti, à la tête de notre peuple. De plus, notre choix correspondait aux décisions de la Conférence historique de Bandoeng, qui dans ses résolutions en 1955 donnait la priorité exclusive aux combats pour la liberté par les voies que dictent les conditions spécifiques des pays opprimés.
Le Rassemblement Démocratique Africain en général, plus singulièrement notre Parti, devait établir avec courage et clairvoyance l'ordre de priorité entre les divers objectifs de nos peuples. Dans le contexte historique de Bandoeng, en respect même de la mémoire des héros de Thiaroye, d'Abidjan, de Bouaflé, de Dimbokro, de Bouaké, de Sikasso, de Conakry, de Kankan et d'ailleurs, notre Parti a donné au combat la place qui lui revient. Certes, la situation nouvelle appelait la mise en œuvre de formes nouvelles. Mais cette capacité d'adaptation n'est-elle pas une qualité indispensable au Parti révolutionnaire promu aux honneurs de l'Histoire comme le nôtre ?
Une fois de plus, l'Unité était mise au service de la Révolution, avec la conviction établie qu'à son tour la Révolution consolidera et fera progresser l'Unité. L'étape de la loi-cadre devait confirmer le lien objectif, dialectique qui unit ces deux notions, dans la réalité, comme dans le cœur de chaque Africain.
L'Histoire n'a pas laissé subsister le doute plus longtemps, et les partis révolutionnaires, les partis du peuple au service du peuple, s'étaient attelés avec succès aux tâches de décolonisation des conditions objectives internes de libération. Dans cette œuvre se retrouvaient au fur et à mesure, sur la plate-forme de combat, les antagonistes de 1956. Survient le Référendum de 1958, dans une Afrique caractérisée par un degré inégal du niveau de développement de la lutte et partant de la prise de conscience des masses.
Là encore, le courage politique, la fidélité à la cause du peuple, l'engagement de la révolution ne se mesuraient point par un vote mécanique, affirmatif ou négatif ; nous sommes en droit de penser que si l'Histoire n'a pas dit son dernier mot, le choix était clair : il s'agissait de prendre une décision conforme aux intérêts de la Révolution, une décision au service exclusif des intérêts majeurs de la Révolution, une décision en fonction des moyens maxima et objectifs de la Révolution. Je suis de ceux qui pensent que les choix dans leurs diversités se sont soumis à cet impératif, selon le niveau du développement de la lutte.
Après ce fait marquant de notre histoire, les travailleurs, les jeunes se sont retrouvés une fois de plus, côte à côte sur le terrain de la lutte, au fur et à mesure que se poursuit la lutte.
Ensemble, nous avons oeuvré à l'exploitation systématique du cadre nouveau de l'autonomie, où dans bien des domaines, l'événement est venu cautionner des situations de fait dans notre pays, situation créée par la volonté du peuple de dépasser le stade de l'autonomie. La lutte donc avait atteint un degré qui exigeait une ouverture à bref délai vers l'indépendance.
C'est le moment de se souvenir que l'Unité demeurait un de nos objectifs ; l'on saisira mieux pourquoi les conditions internes et déterminantes de la libération étant réunies, notre Parti s'est attaché à la réalisation des conditions extérieures, en raison même de notre attachement à la libération de tous les peuples et à la réalisation d'une nation indépendante économiquement stable. De plus, le contexte extérieur commande dans une mesure fort appréciable la vitesse de développement des forces révolutionnaires dans un pays central comme le nôtre, et constitue un élément déterminant de la tactique révolutionnaire de notre Parti.
Le degré d'ardeur des peuples d'Afrique, le niveau de leur conscience politique, la capacité de lutte des partis, de leurs cadres et de leurs dirigeants, leur volonté d'Unité ; bref, toutes ces différenciations normales ont eu pour effet la constitution d'ensembles nouveaux. C'était la preuve que l'Unité était devenue un stimulant indispensable de la lutte dans nos pays qui avaient à se libérer du colonisateur commun.
Voilà comment notre Parti s'empressa de constituer la Fédération du Mali, qui provoqua non seulement un îlot d'indépendance, mais une cassure dans le système politico-stratégique de la France en Afrique.
Il n'est point besoin ici de rappeler les effets positifs de cette union, aussi bien pour chacun des partenaires que pour le mouvement de libération en Afrique.
De même notre Parti a tiré de cette expérience, des enseignements inestimables sur l'édification et la pratique

e l'Unité Africaine, sur le rôle, les méthodes et les moyens du néo-colonialisme.
L'éclatement de la Fédération du Mali n'a pas été moins bénéfique, en permettant de libérer les forces révolutionnaires parvenues à maturité à travers tout notre pays uni. Notre Congrès tirant les leçons de cette brève période, en même temps qu'il optait pour la voie socialiste du développement de notre société, réaffirmait l'unité dans son vrai cadre, c'est-à-dire celui de la Révolution, au service de la Révolution.
Nul ne conteste que c'est conformément à cette directive que nous avons constitué avec les pays frères du Ghana et de Guinée le 1er juillet 1961, l'Union des Etats Africains. Les bases du Groupe de Casablanca, élaborées le 7 janvier 1961, reflétaient le même esprit.
Vous savez ce qu'il advient de l'Afrique, de nos propres amitiés, sous les assauts répétés, perfides ou outrecuidants du néo-colonialisme. Vous savez aussi, les changements quantitatifs qui se sont accumulés ici et là en Afrique pour dégager la nécessité de l'appel mutuel, de la solidarité agissante entre Etats, pour servir les peuples africains épris de liberté et d'unité. Notre Parti a joué dans ce combat un rôle à la mesure de notre conviction en la justesse de notre option socialiste, un rôle également à la mesure de notre ardent désir d'unité.
La Direction Politique Nationale, en exécution des résolutions du Sixième Congrès, a multiplié les contacts qui ont porté de nombreux fruits parmi lesquels je cite pour mémoire le Traité portant délimitation des frontières entre la Mauritanie et le Mali, le Traité d'amitié et de coopération avec la Côte d'Ivoire, la reprise des relations avec le Sénégal, etc.. .
Tout au long de ce processus, notre Parti a veillé scrupuleusement au respect de notre option, au maintien et au développement de l'enthousiasme de notre peuple. Une fois de plus, il a confirmé notre conception, en mettant l'unité entièrement au service de la Révolution.
C'est le même contenu que nous donnions à notre participation à la Conférence d'Addis-Abéba, que de tous bords on vouait à l'échec ou à la contre-révolution. C'était, je crois, sous-estimer la volonté de libération des peuples d'Afrique, volonté à laquelle aucun responsable ne peut se soustraire. En vérité, pas un Chef d'Etat Africain ne pouvait échapper au contrôle de son peuple à la tribune internationale de l'Africa Hall. Notre Parti a apprécié correctement la situation, et traduisant votre volonté à tous, il a fait d'Addis-Abéba une contribution à l'Unité pour la libération de l'Afrique, pour la défense de la personnalité et de la dignité africaines, donc objectivement, un soutien direct au triomphe de l'option socialiste du Mali.
La Conférence d'Addis-Abéba a évité la cristallisation de l'Afrique en Afrique révolutionnaire dite aventurière et en Afrique réformiste dite modérée, en Afrique amie de l'Occident et en Afrique ennemie de l'Occident, inféodée à l'Est ; elle a barré la route à l'implantation de la guerre froide sur notre Continent.
C'est bien cela, la signification profonde que notre Parti en a tirée le 8 juin 1963, au cours de sa Conférence Nationale des Cadres et qui seule est à la base de l'approbation unanime de notre peuple, en dehors de toute autre raison subjective. Ainsi, nous constaterons que la Charte de l'Organisation de l'Unité Africaine reconnaît que « l'Unité permet de sauvegarder l'indépendance des peuples et leur souveraineté face aux entreprises du Colonialisme », elle confirme une position de notre Parti.
Lorsqu'elle indique plus précisément que « l'Unité permet l'élaboration d'une politique africaine indépendante de toute influence étrangère », l'intention exprimée rencontre notre préoccupation ; lorsqu'elle opte pour (je cite) : « l'affirmation d'une politique de non-alignement à l'égard des blocs », notre adhésion est totale. Lorsqu'enfin, les 31 chefs d'Etats Africains ont inscrit dans la Charte qu'ils ont ratifiée (je cite) : « le dévouement total à l'entière émancipation des territoires d'Afrique encore dépendants, nous militants de l'Union Soudanaise-R.D.A., nous reconnaissons que nous sommes comblés. »
La Conférence des Chefs d'Etats a été plus loin ; elle a élaboré, dans le cadre de l'O.U.A., un programme sous forme de résolutions concernant tous les domaines ; elle a créé les institutions chargées d'appliquer, de mettre en œuvre ce programme.
L'honneur revient au Comité de Libération, appelé encore « Comité des Neuf ». Disons tout de suite que le Gouvernement de la République du Mali, pénétré de l'importance vitale de cet Organisme, s'est acquitté de sa quote-part, et ce dans les délais indiqués. Cet organisme subit les assauts des ennemis et des critiques. Les nationalistes souhaitent ardemment l'organisation d'un approvisionnement en matériel de guerre, la formation technique et militaire de leurs ressortissants. Il est indiscutable que ces demandes étaient justifiées à l'avance par les résolutions d'Addis-Abéba.
Il reste que le Comité des Neuf a eu d'abord à s'atteler à l'unification des mouvements d'indépendance dans chaque territoire, et à élaborer en même temps son plan d'action. J'ai la certitude que la prochaine Conférence des Chefs d'Etats prendra, sous la forme la mieux appropriée, les décisions convenables, en définissant à chaque Etat son apport en vue de donner satisfaction aux combattants de la liberté. Quant au problème de l'Afrique du Sud, des succès importants ont été remportés dans les réunions internationales, notamment auprès du Conseil de Sécurité, au point qu'ils ne sont pas rares ceux de nos camarades qui pensent que tous les moyens pacifiques et diplomatiques ont été épuisés contre le monstre de l'Apartheid.
La réalité est tout autre, et révèle que le boycott stratégique n'est pas appliqué par tous les Etats. Il n'est un secret pour personne que tous les bateaux ou avions à destination de l'Afrique du Sud ont un besoin indispensable de ports et d'aérodromes africains. La question est de savoir à quel moment les Etats intéressés se décideront-ils à affronter le combat, c'est-à-dire à en accepter les sacrifices par l'interdiction de leurs ports et aérodromes aux avions et bateaux en provenance ou en direction de l'Afrique du Sud ?
Quant au boycott économique, il est encore le moins respecté des Etats. Ainsi, par exemple, plus de 33% des investissements en Afrique du Sud sont assurés par une compagnie diamantifère dont les principaux membres sont des Etats Africains. Le tableau est plus triste encore si l'on y ajoute les ventes d'armes, même par les pays progressistes, les achats de produits de consommation courante, etc. ..
Après l'année d'organisation, l'O.U.A. devra se consacrer à la solution de ce problème en prenant entièrement ses responsabilités en vue de l'application effective, par chaque membre, de la décision commune.
Concernant la représentation équitable de l'Afrique au sein des organes de l'O.N.U., un succès important a été remporté par l'adoption de deux amendements à la Charte de l'O.N.U., ayant pour effet de donner satisfaction aux Etats Africains.
Ces amendements, après ratification par les Etats, ne pourront être appliqués qu'à la condition qu'aucun vote négatif ne soit émis par les membres du Conseil de Sécurité. Il m'est impossible de penser qu'une seule de ces grandes puissances s'engage par son refus, à faire le plus cruel affront à l'Afrique et aux Africains. Face au problème posé, l'Afrique, en général, le Mali, en particulier, ne veut et ne peut admettre aucune justification au refus.
La conférence d'Addis-Abéba avait eu raison, n'est-ce pas, de recommander l'élimination des bases militaires étrangères ? La situation actuelle est là, criarde, pour ceux qui croyaient encore à leur efficacité pour assurer la sécurité de leur Etat, à la nécessité de maintenir longtemps encore ces bases. La preuve est faite, partout, qu'elles ne peuvent être et n'ont jamais été au service du peuple, qu'elles constituent au contraire une phalange d'un néo-colonialisme agressif et subversif à travers notre jeune continent, dans nos jeunes Etats. Exemples : projets de subversion contre certains Etats Africains.
Il nous faut saluer ici les décisions courageuses prises par certains Etats frères, qui ne sont pas, certes, frontaliers du Mali et qui contribuent ainsi, d'une manière décisive, au développement rapide d'une coopération sans réserve avec notre pays et au renforcement de la personnalité africaine. L'Organisation de l'Unité Africaine, camarades, a pesé de tout son poids sur les grandes puissances et peut se flatter des résultats obtenus dans ce domaine.
Elle a élaboré des principes d'entente qui ont prouvé leur efficacité dans les conflits territoriaux et frontaliers, apportant à chacun la preuve de la maturité et de la vitalité du Continent. C'est le lieu de réaffirmer notre attachement au respect des frontières léguées par le système colonial. C'est un principe intangible de notre politique, que pour tout Africain, les limites de l'Etat se confondent avec celles de la colonie de la veille, à moins d'un traité entre cet Etat et son voisin libéré.
D'ores et déjà, nous sommes rassurés, que la Commission de médiation, de conciliation et d'arbitrage qui sera mise en place lors de la Conférence prochaine, répondra pleinement à nos espoirs.
L'Organisation de l'Unité Africaine a élaboré des bases de coopération économique et culturelle. Les Commissions spécialisées ont élaboré leurs programmes, qui ont reçu un début d'application. Il est évident que la pratique de cette coopération fera apparaître mieux encore, parce que concrètement la nécessité urgente de décoloniser les structures. Le processus dans ce domaine est déjà amorcé, et d'ores et déjà, des initiatives admirables sont inscrites à l'actif de la Révolution décidée à Addis-Abéba.
Voilà qui explique assez pourquoi l'O.U.A. fait l'objet de critiques malveillantes, de manoeuvres perfides de division et même d'attaques ouvertes de la part des impérialistes. Ce qui est en cause entre eux et nous, ce n'est rien moins que la liberté de l'Afrique et son émancipation.
C'est pourquoi nous poursuivrons notre chemin inexorablement. Les regroupements sur commande n'y pourront rien, car, pour nous tous, ce qui importe, c'est la volonté de nos peuples.
C'est pourquoi aussi l'Organisation de l'Unité Africaine ne saurait puiser sa force que dans nos organisations populaires, de jeunes, de femmes, de travailleurs. Ils doivent reconnaître en cette organisation le porte-drapeau de leurs aspirations profondes à l'unité, à la liberté, à la fraternité, bref, de tous ces idéaux qui justifiaient leur liaison organique avec leurs homologues internationaux ou non-africains.
Chers Camarades,
Voilà brièvement ce que le Parti m'a chargé de vous transmettre. Les mois à venir verront les dirigeants Africains se pencher sur une application plus rigoureuse des décisions arrêtées en commun, en dégageant les voies d'accès à l'unité et la coopération efficace.
Pour réussir, l'Organisation de l'Unité Africaine a besoin du soutien total, actif et enthousiaste des peuples Africains et de leurs organisations populaires.
C'est à cette tâche urgente que vous convient votre Parti, l'Union Soudanaise-R.D.A. et sa Direction Nationale, pour que vive l'Afrique libre et unie, pour que vive le Mali.

DISCOURS PRONONCE AU MEETING D'INFORMATION AU STADE MAMADOU KONATE, ORGANISE PAR LE SECRETAIRE GENERAL DE L'U.S.-RD.A. (27/08/1964)

Chers Camarades,
Le Bureau Politique National a estimé devoir organiser ce meeting en raison de certains événements qui se déroulent en Afrique et aussi d'autres qui se préparent en direction de la République du Mali, et plus singulièrement de l'Afrique consciente qui veut être elle-même et qui veut que son indépendance soit une réalité.
Nous savons que vous avez suivi à travers la presse et la radio les événements qui se sont déroulés en Afrique, et plus singulièrement en République du Congo-Léopoldville qui, comme vous le savez, depuis bientôt quatre ans, alimentent les annales tant africaines qu'internationales. Vous savez également qu'il y a quelques semaines, nous avions reçu, sur son insistance, le Président Tshombé qui, à l'occasion de l'entretien qu'il a eu avec nous à Koro, s'était engagé à se racheter, c'est-à-dire à faire en sorte que les nationalistes en prison, dont le nombre dépasse le millier, seraient libérés, ainsi que leur leader, le Président Gizenga, et que d'autre part, il ferait en sorte que le problème congolais soit strictement congolais, c'est-à-dire qu'il mettrait tout en œuvre pour en éliminer les interventions étrangères qui, sous divers prétextes, justifiaient leur présence et surtout leur intervention.
Mais les événements se sont déroulés autrement, en ce qui concerne la deuxième partie des engagements que le Président Tshombé avait pris avec nous ; à savoir la réconciliation et l'élimination des interventions étrangères. Nous savons que pour cette deuxième partie de ces engagements des pressions très importantes, venant de certains responsables du Congo et aussi de certaines grandes puissances, qui avaient intérêt à ce que les Congolais restent divisés, qui avaient intérêt à ce que le mouvement des nationalistes en lutte pour l'indépendance de leur pays puisse justifier leurs interventions. Donc, par l'action de ces puissances, la réconciliation nationale n'a pas pu avoir lieu et aujourd'hui, le Congo est le théâtre d'affrontements dont les répercussions se feront sentir au-delà du Congo et au-delà de l'Afrique Equatoriale.
En effet, qu'est-ce qui s'y déroule ?
Les nationalistes ont ouvert divers fronts. Et malgré ce que certaines presses ont essayé de faire croire, les nationalistes congolais ne sont pas des communistes. Ils ne sont pas non plus des « antiblancs » parce que, dans leurs déclarations, dans leurs manifestes, ils ont chaque fois affirmé leur volonté de coopérer avec toutes les grandes puissances, de pratiquer une politique effective de non-alignement et dans leur coopération, ils n'excluaient pas la coopération avec le Gouvernement Belge. Par conséquent, la justification que certaines interventions étrangères ont essayé de se donner, à savoir que leur action se situe dans la lutte contre le communisme, n'est qu'un mensonge parce que, de l'aveu même d'un Ministre des Affaires Etrangères d'une des puissances occidentales, les nationalistes congolais ne sont ni communistes ni antiblancs.
Mais, la réalité, c'est que le Congo recèle des intérêts très importants de certaines puissances, dans les mines surtout. Et pensant qu'un Congo réellement indépendant, dirigé par une équipe consciente, réellement attachée aux valeurs africaines, pourrait compromettre leurs intérêts, les ressortissants de certaines grandes puissances, ces courants impérialistes, ont donc cru devoir intervenir et, à l'heure actuelle, non seulement il y a des mercenaires recrutés en Afrique du Sud, en Rhodésie du Sud, en France, en Belgique et ailleurs, mais aussi, il y a des avions bombardiers lourds, il y a des tanks, il y a des hélicoptères, il y a des soldats étrangers à l'Afrique, qui interviennent directement contre les nationalistes congolais, contre le peuple congolais et contre l'Afrique consciente.
Malheureusement, peu de voix se sont élevées pour dénoncer cette immixtion de puissances étrangères à l'Afrique dans les affaires intérieures de l'Afrique, car il faut se rappeler que si l'Amérique latine connaît une instabilité permanente et que les régimes se succèdent à une cadence telle qu'aucun gouvernement n'arrive à résoudre les problèmes politiques, économiques et sociaux se posant à son Etat, si d'autre part, l'on songe qu'à l'heure actuelle, le Sud-Est Asiatique est lui aussi menacé dans sa stabilité, menacé dans sa liberté, et tout cela sous le couvert d'une lutte idéologique, nous sommes en droit, nous Africains, d'être inquiets d'une intervention étrangère en République du Congo, et c'est pour cela que lors de notre séjour, de notre voyage officiel en Algérie avec le Président Ben Bella, nous avons estimé que nous ne pouvions pas rester indifférents devant ce qui se passait au Congo, et que s'il n'y avait pas une action afin de mettre un terme aux interventions étrangères, l'Afrique risquerait d'être une seconde Amérique latine, d'être un second Sud-Est Asiatique et avec le tempérament africain, ce serait très grave pour notre continent, ce serait très grave pour nos peuples. Nous estimons donc, le Président Ben Bella et moi-même, qu'il faut arrêter à tout prix les interventions étrangères et c'est pour cela que nous avons convié les autres Etats de l'O.U.A. à accepter la convocation d'une session extraordinaire du Conseil des Ministres des Affaires étrangères de notre organisation pour s'occuper tout spécialement du problème congolais.
Nous estimons que s'il n'est pas mis un terme aux interventions étrangères, la situation du Congo serait beaucoup plus grave, parce que les Etats Africains conscients n'accepteraient pas que la dignité africaine soit bafouée. Et si certaines puissances pensent pouvoir justifier l'intervention de leurs troupes au Congo, nous aussi, nous avons dans nos pays des hommes, des Africains conscients, qui ont par avance accepté l'ultime sacrifice pour libérer le continent africain, et qui accepteraient de s'engager comme volontaires aux côtés des nationalistes congolais.
Et d'autre part, dans certaines parties du monde, il y a d'autres peuples, il y a aussi d'autres nations auprès desquelles nous pourrons trouver notre concours pour nous approvisionner en matériel d'équipement. Et alors, le problème congolais ne serait plus le problème congolais, il serait le problème des grandes puissances, et la première victime serait le peuple congolais, les premières victimes seraient les peuples africains.
La guerre au Congo risquerait donc de nous entraîner dans un affrontement des grandes puissances et de provoquer une conflagration générale dont personne ne peut, par avance, estimer les graves répercussions. C'est cela qu'il faut éviter. Et c'est pourquoi nous faisons donc appel aux grandes puissances, à savoir celles qui interviennent actuellement au Congo, de comprendre la gravité de la situation et de comprendre qu'à l'heure actuelle, à travers le monde, il n'y a eu aucun écho favorable à cette intervention, et que certains silences constituent au contraire une condamnation sévère.
Nous les invitons également à préserver notre continent de la guerre froide et de la guerre chaude.
Nous avons trop de problèmes à résoudre : des problèmes de sous-développement dans tous les domaines pour que notre continent puisse se payer le luxe de s'engager dans les luttes idéologiques et d'en être les victimes. Et puis, il y a aussi une chose qu'il faut que nous portions à votre connaissance. La solution à laquelle nous avions pensé, c'est celle à laquelle nous serons peut-être amenés à proposer aux Congolais, car les grandes puissances, les interventions étrangères qui sont engagées à l'heure actuelle au Congo, qui incendient les villages, qui incendient les forêts au napalm pour empêcher les nationalistes de pouvoir s'y réfugier en cas de difficulté, c'est à cela qu'il faut trouver une solution, c'est pour cela qu'il faut trouver une occasion de mettre un terme à cette intervention. Et la seule possibilité qui s'offre, ce sont les perspectives d'un cessez-le-feu de part et d'autre, les possibilités de réconciliation pour arriver à un Gouvernement d'union nationale transitoire pour préparer au peuple congolais des élections qui lui permettront de confier sa destinée à ceux de ses fils qui se seront révélés comme étant les plus valeureux et les plus africains.
Voilà donc, à notre avis, la solution qui s'impose. Ce n'est pas une attitude d'hostilité à l'égard de n'importe quelle puissance, il s'agit simplement pour nous d'une question de droit du peuple congolais de disposer de lui-même, et aussi de notre souci permanent de faire en sorte que l'Afrique ne puisse pas être demain le champ de nouvelles confrontations entre certaines grandes puissances. C'est le souci majeur qui nous guide et c'est pour cela que nous lançons un appel pressant à toutes les puissances qui interviennent soit directement ou indirectement au Congo, pour qu'elles ne mettent pas des obstacles sur la voie de l'O.U.A. dans la recherche de solutions permettant au Congo de retrouver la paix.
Camarades, vous savez que le Malien aime beaucoup l'aventure, cela ne date pas d'aujourd'hui. L'histoire du passé de notre peuple en témoigne. Nous avons des Maliens un peu partout. Et ceux qui sont au Congo-Léo, qui sont partis à la recherche de la fortune, aujourd'hui, ont été expulsés de ce territoire parce qu'on reproche au Gouvernement du Mali, on reproche aux Maliens de soutenir les nationalistes. Nous estimons, quant à nous, que notre soutien aux nationalistes entre dans la logique de notre politique africaine, de notre politique internationale, de notre politique tout court.
Nous n'avons donc à l'égard du Gouvernement actuel de Léopoldville aucune rancoeur, et le Bureau Politique National, ainsi que le Gouvernement, ont déjà mis en œuvre toutes les dispositions nécessaires pour le rapatriement de ces 15, 20 ou 25 000 Maliens refoulés du Congo.
Aujourd'hui, un avion a été affrété, un avion d'Air-Mali, pour apporter à nos amis du Congo-Brazzaville, dont les ressortissants ont été également expulsés, du riz, du sucre et des médicaments.
Et dès demain, nous recevrons donc un premier lot d'expulsés. Nous avons également fait appel à la solidarité de certains Etats Africains que nous croyons pouvoir posséder une flotte, pour que ces Etats Africains puissent nous indiquer les conditions auxquelles ils accepteraient de transporter par bateau nos nationaux expulsés, de Pointe-Noire à Abidjan. Les contacts sont pris et nous attendons leurs réactions pour établir un planning de rapatriement de nos ressortissants.
Nous devons vous informer, camarades, de l'attitude africaine du Gouvernement de Brazzaville, qui a eu, à lui seul, pendant une semaine, à héberger les refoulés originaires du Burundi, du Congo-Brazza et du Mali.
Et l'Armée Congolaise, la Jeunesse Congolaise, les Femmes Congolaises, les Travailleurs Congolais, ont, dans un geste magnifique de solidarité, apporté vivres, médicaments, vêtements, à ces refoulés qui ont été, pour la plupart, dépossédés de tous leurs biens. Et je crois qu'il est bon qu'ici nous adressions, en dehors des remerciements officiels que nous lui avons adressés, il est bon, dis-je, que nous adressions ici, au nom de tout le peuple du Mali, au nom de la Direction de notre Parti, nos remerciements les plus chaleureux, aux jeunes congolais, aux femmes et aux travailleurs congolais, à l'armée congolaise, au Gouvernement congolais, bref, au peuple congolais tout entier, pour son geste de solidarité à l'égard des Maliens refoulés.
Cette solidarité des Congolais appelle, de la part du peuple malien, une solidarité à l'égard de nos frères expulsés. C'est l'une des raisons de ce meeting. Et le Bureau Politique
National n'a pas cru devoir prendre une décision en la matière. Il a tout au plus tenu une séance, pour préciser la méthode pour que cette solidarité puisse être effective.
Ce que nous vous demandons, camarades, pour ces milliers de Maliens, dont certains ont pu avoir des biens au Congo-Léo, et dont ils ont été frustrés, qui vont donc se retrouver en République du Mali démunis de tout moyen, nous vous demandons, à l'instar de nos amis du Congo, de faire acte de solidarité.
Et nous invitons les organismes du Parti, les sections, les sous-sections, les comités de villages et de quartiers, sur l'ensemble du territoire, à ouvrir une « souscription volontaire » pour que les sommes ainsi recueillies puissent être utilisées à l'hébergement de ces refoulés avant qu'ils puissent être dirigés sur leurs résidences d'origine.
J'insiste sur le caractère « volontaire » parce que nous savons ce que le peuple du Mali, pendant ces deux années, a accepté comme efforts, a accepté comme sacrifices, que ce soient les paysans, les travailleurs, que ce soient les commerçants, tous sans exception, dans leurs secteurs respectifs, ont donné le maximum de ce qu'ils pouvaient donner, d'une part pour alléger les charges de l'Etat, et d'autre part pour permettre la réalisation de certaines branches de notre plan de développement par l'Emprunt National qui a été organisé.
Nous insistons donc auprès de ceux qui auraient à organiser ces quêtes de ne pas perdre un seul instant le caractère « volontaire » que nous exigeons, pour que ceux qui ont les moyens et qui voudraient faire un acte de solidarité, puissent le faire en toute liberté, en toute conscience, sans la moindre pression de nos organismes, qu'ils soient politiques ou administratifs. -
Camarades, le deuxième problème qui mérite d'être porté à votre connaissance, et qui est la conséquence logique de notre politique, ce sont les visées impérialistes en direction de la République du Mali.
En 1960, au Congrès extraordinaire du 22 septembre 1960, nous avons librement opté pour la décolonisation totale de nos structures et pour l'édification d'une économie socialiste. A l'époque, certains avaient pensé que c'étaient de simples slogans, vides de contenu, parce qu'à travers l'Afrique, les mots « décolonisation » et « socialisme » sont devenus des mots courants, des slogans pour endormir les peuples, pour surprendre la bonne foi des peuples. Mais pour nous, Maliens, nous n'avons pas l'habitude de lancer des mots en l'air. Quand nous disons « décolonisation », nous procédons à une décolonisation effective. Et quand nous disons qu'il faut construire le socialisme, nous nous engageons résolument dans la construction du socialisme.
C'est ce que nous avons entrepris depuis le Congrès du 22 septembre 1960. En 1962, nous avons procédé à notre réforme monétaire, et à l'époque, les mauvais augures avaient prédit pour notre pays la « catastrophe imminente » et ne donnaient pas six mois pour que notre Gouvernement se mette à genoux pour solliciter l'aide extérieure. C'était en 1962. Nous sommes maintenant au 2e semestre de 1964 et nous ne nous sommes pas encore agenouillés.
Et d'année en année, on avait prédit la catastrophe, mais d'année en année, notre Parti procédait à une décolonisation totale de nos structures. Nous pouvons dire que dans ce domaine, nous avons atteint l'objectif que nous nous étions assigné. Et d'année en année, nous avons mis en place des structures, des organismes qui devaient propulser dans notre pays non seulement la conscience socialiste, mais aussi l'édification socialiste de notre économie.
Et qu

nd les forces impérialistes ont constaté que leurs prévisions n'étaient pas réalisées, lorsqu'elles ont essayé, mais en vain, de s'infiltrer dans notre armée pour créer un putch militaire, comme dans d'autres pays d'Afrique, lorsque, elles-mêmes dans leurs documents, ont avoué leur échec, lorsque d'autre part, elles ont essayé d'opposer les responsables les uns aux autres, en classant certains en « occidentaux » et d'autres en « socialistes » ou en « extrémistes », et que toutes ces tentatives ont été vaines, les forces impérialistes en sont arrivées à la décision qu'il faut maintenant employer les grands moyens contre la République du Mali et contre l'U.S.-R.D.A.
Et, quels sont ces moyens ? Ils sont de trois ordres :
1° Les moyens psychologiques, les attentats et les foyers armés de subversion.
2° Moyens idéologiques.
Elles avaient espéré, ces forces impérialistes, qu'avec les mesures de rigueur que nous avons prises pour assainir notre économie, et qui sont heureusement en train de l'assainir, qu'avec les restrictions, il y aurait un soulèvement parce que, nous savons que quand il manque à quelqu'un qui a l'habitude d'en user telle ou telle qualité de cigarettes, quand il manque à quelqu'un telle ou telle qualité de liqueur ou de tissus, que dans les premières secondes, pour ne pas dire dans les premières minutes, cela crée chez lui une réaction défavorable contre nos institutions économiques. On a donc essayé, sous le couvert de l'absence plus ou moins prolongée de certains articles, de susciter un mécontentement contre notre système, contre notre option. Et on continue de le faire.
Mais, on a estimé également que si on n'a pas pu atteindre directement les parents, on pouvait les atteindre par le canal de leurs enfants. Et on compte, à la rentrée prochaine, dans nos établissements scolaires, entreprendre un travail de conditionnement pour mobiliser nos jeunes élèves, contre le Gouvernement, contre le Parti et créer ainsi des soulèvements que le Parti serait obligé de réprimer, ce qui pourrait alors toucher directement les parents et susciter un courant de mécontentement.
Les forces impérialistes avaient fait l'injure à notre armée de pouvoir la noyauter pour la mobiliser contre le Parti et le Gouvernement. L'armée a pu relever ce défi, puisque ces forces impérialistes ont été obligées elles-mêmes de reconnaître leur échec.
Maintenant, on fait l'injure à nos élèves, on fait l'injure à notre jeunesse de pouvoir la noyauter contre le Parti, contre notre système, car ce n'est même plus une question d'opposition à tel ou tel pays, c'est maintenant une question de système, donc de plain-pied, nous entrons dans la lutte idéologique, alors que pour nous, il n'en a jamais été question. On veut donc justement faire l'injure à notre jeunesse estudiantine d'entreprendre de la mobiliser contre le Parti, contre le Gouvernement, contre notre système.
Nous pensons que notre jeunesse estudiantine saura, comme notre vaillante armée, relever le défi et ne pas prêter le flanc au conditionnement qu'on voudrait entreprendre à son niveau pour pouvoir l'utiliser contre son pays, contre l'Afrique et contre sa dignité.
Vous savez que tout pays, quel qu'il soit, a ses traîtres. Le Mali ne peut pas déroger à la règle. Nous avons nos traîtres, qui sont dans certains Etats voisins et dont certains ont même pris, pour couvrir leur action subversive, ou pour couvrir leur mauvaise intention contre notre pays — certains de nos ressortissants, certains Maliens originaires de Bougouni ou de Douentza ou de Kayes - ont pris la nationalité du pays de résidence, de sorte qu'ils ne sont plus légalement Maliens, mais ils continuent, en raison du fait qu'eux-mêmes, délibérément, ont renoncé à cette nationalité, qu'ils savent qu'ils ne peuvent pas se couper du Mali, qu'ils ne peuvent pas se couper de leurs familles, que tôt ou tard, ils seront obligés de revenir et de rendre compte, ils continuent d'agir contre leur pays ! Ils estiment que pour eux, la seule solution, c'est de se jeter dans les bras des forces impérialistes et d'être des agents de subversion. Certains de ceux-là sont en train, dans certains camps militaires, d'apprendre le maniement des armes et des grenades, et on pense que lorsqu'ils seront suffisamment préparés, on les réintroduira au Mali pour essayer de provoquer des attentats contre certains responsables.
Mais ce que les forces impérialistes oublient, c'est que l'option du 22 septembre 1960 n'est pas le fait de la Direction Nationale, n'est pas le fait d'une minorité, c'est le fait de tout le peuple du Mali.
On pourrait, certes, attenter à la vie de certains responsables ; on pourrait certes réussir même dans ces attentats, mais on n'aura pas pour autant arrêté la volonté irrésistible du Mali, du peuple malien, d'être lui-même, de construire son économie selon le socialisme. Si les forces impérialistes pensent donc qu'avec ces attentats, ils pourraient arrêter l'élan de notre peuple, elles se trompent ! Car ce ne sera pas quelques dizaines qu'il faudra supprimer, mais des millions et des millions de Maliens qu'il faudra supprimer, pour qu'on ne parle plus jamais de socialisme en République du Mali.
La troisième forme, c'est de créer des foyers de subversions. On en avait créé un dans l'extrême nord, sur la frontière algéro-malienne. Les derniers résistants ont été liquidés au mois de juillet dernier. C'est là un acte de courage au compte de notre vaillante armée, qui a su affronter des difficultés de toutes sortes, qui n'a pas hésité quelque fois à entrer dans les montagnes, à suivre les rebelles jusque dans leurs repaires. Et ce foyer de subversion a été donc totalement liquidé.
Les forces impérialistes ne veulent pas profiter de cette leçon ; elles veulent en recevoir d'autres, et le peuple du Mali saura répondre à leur défi et leur donner encore de nouvelles leçons.
On veut donc - puisque du côté du Nord avec la conjugaison de nos efforts avec le Gouvernement Algérien, il n'y a plus de possibilité de créer de nouveaux foyers de subversion - cette fois, créer les foyers à l'Est et à l'Ouest de la partie saharienne de notre pays. On y a déposé ou on est en train d'y déposer des armes et des munitions qu'on veut, sous le couvert du mouvement de nos nomades, introduire dans notre pays pour susciter ainsi des foyers de rébellion à l'Est et à l'Ouest, pendant qu'à l'intérieur, on entretiendrait un état d'insécurité permanent avec les attentats qui pourraient être perpétrés par des traîtres maliens.
Voilà le plan diabolique qui a été préparé, et le seul fait que nous en ayons été informés avant son exécution, est une indication importante pour les forces impérialistes, à savoir qu'on ne peut pas, à l'insu de ses fils dispersés un peu partout, de sa brigade de vigilance, de sa milice, de son armée, de son service civique, de ses gardes républicains, introduire au Mali des armes qui ne pourraient pas être saisies. Nous avons donc la certitude que si ces armes sont introduites, nous les saisirons, parce que nous donnerons la preuve que notre pays, quoi que l'on pense, est un pays organisé.
Mais nous avons tenu à en parler pour que ces forces impérialistes sachent qu'on ne peut pas surprendre la vigilance de notre peuple, également pour que les pays qui nous entourent soient avisés, alertés, afin qu'ils n'acceptent pas que leur sol puisse servir de bases de subversion en direction de notre pays.
Voilà, camarades, la deuxième information que nous devions vous donner.
Mais pourquoi ces expulsions de Maliens ? Pourquoi, depuis quatre ans, cet entêtement des forces impérialistes à vouloir à tout prix créer des incidents en République du Mali ? Pourquoi, depuis ces derniers temps, on estime utiliser les grands moyens pour renverser notre régime ? La raison est que nous avons réussi ou bien nous sommes en train de réussir, que nous sommes sur la voie du succès.
Or, notre succès, c'est la liquidation de toutes les séquelles de la domination coloniale. C'est l'absence de toute influence étrangère dans la vie de notre pays. C'est aussi, sur le plan économique, la maîtrise des moyens de production par notre peuple et l'orientation de ces moyens de production dans l'intérêt de tout le peuple, ceci excluant donc toute possibilité d'exploitation de nos ressources par des forces étrangères.
Ainsi donc, notre succès, ce serait aussi la liquidation de toute possibilité d'intervention étrangère dans le développement économique de notre pays. Or, vous savez, camarades, que les couches attachées à l'argent, les couches attachées au capital, sont décidées à s'engager dans n'importe quelle action pour que leurs intérêts soient sauvegardés.
Le succès du Mali dans la voie de décolonisation, de l'édification socialiste de son économie, pourrait être donc un exemple pour les autres Etats africains qui sont en train de chercher leur voie et dont certains n'ont pas encore clairement défini cette voie. Et, de proche en proche, ce ne serait plus seulement un Mali décolonisé, ce ne serait plus un Mali socialiste, ce serait une Afrique décolonisée, ce serait une Afrique qui aurait tourné le dos à l'exploitation capitaliste étrangère, et ce serait donc ainsi la liquidation de toute influence étrangère en Afrique.
Voilà, l'enjeu, camarades !
J'ai l'habitude de vous dire que la bataille dans laquelle nous sommes engagés, nous ne la menons pas pour notre seul peuple ; nous la menons pour la dignité de l'Afrique. Or, cette bataille a atteint son point culminant. C'est une question de vie ou de mort pour les forces impérialistes et pour nous. Mais nous vivrons, parce que nous avons avec nous le droit, la raison et la justice, et ce sont elles qui échoueront dans leurs tentatives de mettre un frein à l'élan irrésistible de notre pays.
A cet égard, je sais que, comme toujours, comme dans les moments les plus difficiles de notre pays, de notre Parti, que nous pourrons compter et que nous pouvons compter sur notre jeunesse dynamique qui, pendant toute la lutte politique face à l'administration coloniale, n'a pas un seul instant démérité de la confiance de la Direction Nationale du Parti.
Je sais que nous pourrons compter également sur nos vaillantes sœurs, les femmes de l'Union Soudanaise-R.D.A., qui savent que les victoires que nous avons remportées sur le colonialisme, que les victoires que nous avons remportées sur l'exploitation capitaliste de notre pays, ces victoires, elles en sont les premières bénéficiaires par leurs maris, par leurs frères, par leurs enfants et que le triomphe de notre Parti qui, déjà d'ailleurs leur a ouvert des horizons lumineux avec le Code du Mariage, sera le triomphe de toutes leurs aspirations non seulement en tant que femmes, mais en tant qu'épouses, en tant que mères, en tant que soeurs.
Nous savons également que nous pouvons compter sur nos camarades travailleurs dont au cours de mon périple à travers la République, j'ai salué chaque fois l'esprit de sacrifice et d'abnégation, parce que nous pouvons affirmer aujourd'hui qu'en Afrique, les travailleurs maliens sont les moins payés, mais cela, en aucun moment, n'a porté atteinte à leur combativité ni à leur foi dans les destinées de notre pays, parce que la bataille dans laquelle nous sommes engagés est leur bataille, que le socialisme que nous voulons édifier en République du Mali est leur socialisme, et que leur place a été et demeure à l'avant-garde des forces populaires de notre pays, pour achever l'édification socialiste de notre pays.
Je sais également que nous pouvons, comme par le passé, compter sur la vigilance et les bénédictions de nos vieux et de nos vieilles. Ceux-là, pendant leur jeunesse, ont tout donné à un pays dominé ; ceux-là pour lesquels, en ce qui les concerne tout particulièrement, il n'y a plus de perspective mais qui, néanmoins, ont été avec nous, ont été au milieu du combat et quelquefois en avant et qui ont su, par leurs sages conseils, par leurs bénédictions et leur présence effective dans les moments les plus difficiles, nous soutenir dans notre lutte de liquidation de la domination coloniale et de l'édification de notre économie.
Je sais, et la Direction entière le sait également, que nous pouvons compter sur nos vaillants paysans qui ont été certes les premiers bénéficiaires de nos réformes, parce que nous les avons soustraits non seulement à l'exploitation et à la domination des féodaux, mais aussi nous avons mis à leur portée, à moindres frais, tout ce dont ils pouvaient avoir besoin et qu'ils étaient obligés d'aller chercher dans les grands centres.
Nous savons que nous pouvons compter sur l'ensemble de nos forces de sécurité qui, en d'autres moments, ont su donner la preuve qu'elles sont au niveau de leurs responsabilités, qu'elles sont à la hauteur de l'attente du pays ; sur notre vaillante armée, sur nos jeunes du service civique, sur nos jeunes miliciens, sur nos gardes républicains qui, tous, grâce à l'action du Parti et grâce aussi au sentiment de dignité qui les anime, ont su déjouer les menées subversives des forces impérialistes et ont donné un démenti cinglant à l'attente de ces forces impérialistes dans l'utilisation de nos forces de sécurité, dans l'utilisation de notre armée contre notre régime, contre notre Parti.
Bref, nous savons que nous pouvons compter même sur nos frères et amis commerçants parce que, si certains d'entre eux, par goût du lucre ou de l'aventure ont pu abandonner le pays ou pratiquer la fraude et la contrebande, nous savons que la majorité d'entre eux ont accepté par avance toutes les décisions du Parti en ce qui concerne l'édification d'un socialisme réel en République du Mali.
Comme dans les moments les plus épiques de notre action politique, il faut que le peuple du Mali, comme un seul homme - que ce soient les jeunes, les femmes ou les vieux, les travailleurs, les soldats, les gardes, les jeunes du service civique, les brigadiers de vigilance, les miliciens, bref, toutes les couches populaires - se dresse comme un seul homme, dis-je, pour barrer la route au colonialisme et à l'impérialisme, afin que notre peuple, dans sa dignité et dans sa soif d'indépendance, puisse achever l'édification socialiste de son économie et puisse également ouvrir des perspectives plus heureuses, et créer également l'espoir chez certains peuples africains qui, dans leurs difficultés présentes, ne savent pas quelle voie suivre pour construire leur pays pour que l'indépendance de leur pays devienne une réalité.
Voilà donc, camarades, les tâches nouvelles qui vous appellent. Il n'y a donc pas d'hésitation, il n'y a donc pas de tergiversation et il ne saurait donc y avoir de faiblesse.
Il faut que par votre vigilance, vous puissiez déceler au sein de vos organismes,(puisque l'organisation du Parti touche les cellules les plus petites de la population) les contre-révolutionnaires ; il faudrait que vous puissiez déceler les ennemis du régime, tous ceux qui peuvent demain être les complices potentiels des forces impérialistes.
Voilà donc, camarades, la mission que le Bureau Politique National m'a chargé de vous définir et je sais par avance que, comme par le passé, vous saurez, en bons Maliens, en bons Africains, remplir pleinement et dignement votre mission.

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