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Qui Était modibo keita ?
« Rien ne résume un homme, pas même ses idées. »
M. Bourboune

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Un homme hors du commun



ECOUTER LE POEME HOMMAGE :

« Le lion au regard de feu et de plomb toujours au zénith; ... debout et droit comme un rônier...»
Ces mots sont extraits d'un poème (à écouter ci-contre) qui rend hommage à Modibo Keita.
Considéré comme "l'un des plus grands leaders du tiers-monde", le premier président du Mali jouissait d'une grande notoriété qui a franchi les frontières de son pays et du continent africain :
Dans un reportage de la télévision française (ORTF), André Blanchet présente Modibo Keita comme « l’un des leaders les plus prestigieux de l'Afrique indépendante ». Le journaliste, historien et biographe, Jean Lacouture, décrivant Modibo Keita, le qualifiait de : « statue vivante de l'Afrique ».

De haute taille, " le géant " malien avait un physique d'athlète. Il émanait du personnage un magnétisme et une sincérité qui ne laissaient pas indifférents ses interlocuteurs les plus hostiles.

Un caractère bien trempé :

Modibo Keita
Modibo Keita

L'homme avait du caractère. Sa combativité, son intransigeance et sa ténacité trouvaient leurs justifications dans un idéal profond.
Ainsi, c'est, parfois, avec acharnement qu'il défendait les causes auxquelles il croyait profondément. Pugnacité, persévérance, courage, sacrifices et dignité sont des mots qui caractérisaient son combat politique et syndical. Par ailleurs, le militant qu'il était, savait faire preuve, de réalisme, de pragmatisme et d'imagination créatrice pour faire triompher ses idéaux d'indépendance, de justice, de liberté et de paix.

Certains lui ont reproché un style autoritaire et une certaine intransigeance (qu’il manifestait d’ailleurs, envers lui-même). Le tempérament et la forte personnalité de Modibo Keita ont souvent nourri cette accusation "d’autoritarisme". Pourtant, l’homme ne concevait son action que dans un cadre collectif. Il est vrai, en effet, que Modibo Keita avait une autorité naturelle qui découlait très logiquement de sa force de conviction et de son comportement personnel qu'il voulait exemplaire.
Pour l'historien, le professeur, Bakary Kamian : « Il n’était autoritaire qu’en apparence , il était autoritaire quand il s’agissait d’appliquer et de faire respecter les règles, mais il aimait écouter les autres et, éventuellement, changer de position. »
Quand à Monsieur Idrissa Diarra, il rapporte : « Dans les réunions, malgré sa forte personnalité, qui pourrait lui permettre d'imposer aisément son opinion, Modibo Keita s'efforce de susciter la discussion afin que tous les avis soient exposés,... ».

Modibo Keita, leader charismatique, écouté sur la scène internationale, a acquis, grâce à son action et à ses idées, prestige et respect.
Il avait le verbe haut, le nationalisme à fleur de peau, de la dignité et de la distinction dans le comportement, le non-alignement comme principe et le panafricanisme dans la tête.

Un parcours exceptionnel :

Modibo Keita
Modibo Keita dans une ferme

puceFils de Daba Keita et Hatouma Camara, Modibo Keita est né le 4 juin 1915 à Bamako-coura, un quartier de Bamako.

puceDe 1925 à 1931, il fréquente l'école primaire urbaine de Bamako.

puceA partir de 1931 il entre au lycée "Terrasson de Fougère", aujourd'hui lycée "Askia Mohamed".

puceTrois ans plus tard il part pour l'école normale supérieure William Ponty de Dakar où il passera deux ans.

puceModibo Keita sortira major de cette prestigieuse école et deviendra instituteur en septembre 1938.
Ses professeurs le signalèrent comme :
« Instituteur d'élite, très intelligent, mais anti-français... Agitateur de haute classe à surveiller de près ».
Modibo Keita n'était pas anti-français mais, il était viscéralement anticolonialiste :

puceProfondément ulcéré par la situation de l'Afrique sous domination coloniale, Modibo Keita a mené depuis 1937 des activités dans plusieurs mouvements et associations : Animateur du groupe "Art et Théâtre", il se moque, dans des piécettes, de la bourgeoisie et des représentants de l'autorité coloniale, pour la grande joie du petit peuple. Contournant l'interdiction faite aux Africains de faire de la politique, il fondera avec Mamadou Konaté, " l'Association des lettrés du Soudan " qui deviendra par la suite le "Foyer du Soudan". Une association officiellement apolitique mais qui abordait des sujets qui l'étaient moins.

M. Keita l'instituteur
Avant de devenir un chef d'Etat charismatique, Modibo Keita fut un instituteur "engagé"

L'INSTITUTEUR AGITATEUR :
Dans une lettre datée du 01/12/1946 et adressée au Gouverneur général de l'AOF, le gouverneur du Soudan Français E. Louveau stigmatise les actions subversives menées à sikasso par des éléments du RDA, qui ont à leur tête un enseignant du nom de Modibo Keita secondé par un greffier de justice, nommé Seydou Traoré.
La lettre décrit plusieurs exemples de «provocation» de «la bande de Keita» qui bafoue l'autorité des chefs Français et qui a réussi à mobiliser 200 à 300 personnes pour recevoir le secrétaire général du RDA , Gabriel d'Arboussier .
M. Keita aurait également réussi à collecter plus de 60 000 francs qu'il a remis à M. d'Arboussier.
L'auteur de la lettre estime que l'administrateur Français local, M. Rocher, est dépassé par les événements et que ce dernier préconise, pour rétablir l'ordre, une expulsion de Modibo Keita, de Seydou Traoré et d'un commis des PTT qui aurait aidé les deux hommes.

pucePendant la période du Front populaire en France, sur le mot d'ordre "Égalité avec les Blanc", il crée, avec le Voltaïque Ouezzin Coulibaly, le syndicat des enseignants d'A.O.F..

puceDans une publication qu'il créera en 1943, "L'oeil de Kénédougou", il critique ouvertement la société féodale et le pouvoir colonial.

puceToujours avec son compagnon et ancien maître, Mamadou Konaté, Modibo Keita créera la fédération des syndicats des enseignants.

puceSon nationalisme intransigeant, son activisme politique et syndical vont le conduire en prison : Considéré comme un dangereux opposant à l’administration coloniale, il sera condamné, par les Français, à 6 mois de détention. Incarcéré le 21 février 1947 à la prison de la santé à Paris, il sera finalement, relâché le 11 mars.

puceLa même année, Modibo Keita deviendra le secrétaire général du premier bureau de l'US-RDA, section soudanaise du R.D.A. (Rassemblement Démocratique Africain ) dont il fut l'un des fondateurs.

puceUne année plus tard il obtient un siège à l'Assemblée territoriale.

puceLe 10 octobre 1953, il est élu membre de l'assemblée de l'union française.

puceLe 26 novembre 1956 Modibo Keita est élu maire de Bamako.

puceC'est aussi l'année où il entre à l'assemblée nationale française dont il sera le premier vice-président africain.

puceEn juin et novembre 1957, il sera, deux fois, ministre à Paris : Secrétaire d'Etat dans les gouvernements Bourgès-Maunoury et Gaillard .

Modibo Keita met en garde
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puceEn 1958, il devient président de l'Assemblée constituante de la fédération, puis président du Conseil après les élections de mars 1959.

puceLe 20 juillet 1960 Modibo Keita devient le chef de gouvernement de la fédération du Mali rassemblant le Soudan (actuel Mali) et le Sénégal.

puceLe 22 septembre 1960, après l'éclatement de la fédération, Modibo Keita deviendra le premier président de la jeune république du Mali.

puceIl sera réinvesti dans cette charge (de président) en Janvier 1961 par l’Assemblée nationale unanime.

puceEn 1963, il est l'un des rédacteurs de la Charte de l'O.U.A. (Organisation de l'Unité africaine) dont il fût l’un des principaux artisans.

puceC'est aussi l'année où il reçoit le prix Lénine international pour ses actions en faveur du "renforcement de la paix entre les peuples".

puceLe 13 mai 1964 on assiste à la réélection de Modibo Keita à la présidence de la république.

puceLe 19 novembre 1968 Modibo Keita est renversé par un coup d'État militaire.

puce Le 16 mai 1977, il meurt en détention dans des conditions mystérieuses.


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Un progressiste épris de justice



Modibo Keita n'était pas seulement un homme d'État prestigieux, il avait aussi des qualités d'homme tout court.

Modibo Keita et Hamani Diori
Modibo Keita et Hamani Diori

En avril 1936 alors qu'il était élève à l'école William Ponty, il fit preuve de courage en sauvant de la noyade le futur président de la république du Dahomey (actuel Bénin) Emile-Derlin Zinsou. L'ancien chef d'État Nigérien, Monsieur Hamani Diori, qui était un camarade d'école de Modibo Keita témoigne:

« Modibo était à l'école un gros travailleur, très sérieux dans ses obligations (ses devoirs étaient toujours achevés sans retard), ne remettant jamais au lendemain le travail du jour, ce qui lui permettait de disposer de temps libre pour nos distractions, notamment la musique (flûte) et l'action (en particulier le rôle de Bakary Dian qu'il préférait). Il était un camarade foncièrement honnête et franc.... En ce qui concerne sa personnalité je me dois de citer un acte de courage à son actif : à Gorée notre camarade E. Derlin Zinsou, qui se baignait, fut pris d'une défaillance et allait se noyer alors que ses camarades voyant ses grimaces croyaient à une farce de poisson d'avril. C'était le premier avril 1936. Modibo se jeta à l'eau et le sauva. Il était aussi propre dans son corps que dans son esprit et je ne puis que garder un souvenir admiratif de ce bon camarade

La grandeur d'âme de Modibo Keita se manifestait en toute occasion. Voici quelques témoignages de personnes (partisans ou adversaires politiques) qui ont connu l'homme dans diverses circonstances :

M. BAUX ancien ambassadeur de France, ministre français plénipotentiaire:
" De haute taille, Modibo Keita avait cette distinction des seigneurs de la savane, cette façon de mesurer ses gestes et sa parole. Il y avait de la grandeur dans son comportement : jamais je ne l'ai vu s'attarder sur quoi que ce soit d'insignifiant ou mesquin... Sa vision politique était inspirée d'un idéal profond. "

Y. Djermakoye ancien secrétaire général adjoint de l'ONU, ex ministre nigérien:
" J'ai découvert Modibo , orateur né, qui parlait sans complaisance... Son verbe était de la dynamite, ses idées clairement exprimées fusaient comme propulsées par une inlassable énergie... ses thèmes de combat restaient les mêmes. Intransigeant avec lui-même, il l'était particulièrement avec ses adversaires politiques... Mais sa préoccupation essentielle était de faire la lumière sur les violations des libertés individuelles et collectives.... Modibo Keita s'inscrit parmi les géants de l'histoire de l'indépendance africaine. L'Afrique reconnaissante ne l'oubliera jamais. Elle continuera toujours à raconter ses hauts faits et le sacrifice qu'il a consenti pour qu'elle aspire à de meilleures destinées "

G. JULIS syndicaliste français. Il a passé cinq ans au Mali dans les années soixante :
" Il (Modibo Keita) avait le souci de l'homme, de l'homme responsable, du militant engagé... Je considère que le président Modibo Keita , homme intègre, dévoué, tolérant, militant valeureux et désintéressé représente toujours l'exemple des possibilités de lutte, de combat pour des changements réels dans des pays comme le Mali "

M. LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR, premier président du Sénégal :
"... Ce que je retins, tout d’abord, de Modibo Keita, c’était sa grande droiture, qui prenait ses racines dans sa foi profonde. C’était ce que j’appelle un « vrai musulman », c’est-à-dire un homme qui suivait, dans leur esprit, les préceptes du Coran. Il ne croyait pas, il ne croit pas aux gris-gris et aux maraboutages, comme trop de musulmans et de chrétiens. Le deuxième trait du caractère de Modibo Keita est, précisément, son besoin de rationalité et son esprit de méthode…Pour revenir au Parti de la Fédération Africaine, je suis sûr que l’action de Modibo Keita, comme Secrétaire Général de ce Parti, n’a pas manqué de nous influencer, nous tous Sénégalais et Maliens. Car, encore une fois, cette action visait toujours à l’efficacité. Le troisième trait que je vais retenir de Modibo Keita est son humanité. Comme chacun le sait en Afrique, la voie malienne est une voie dure, sévère. Mais ce n’est pas une voie sanglante. Si Modibo Keita est tel, c’est, bien sûr, affaire de tempérament. C’est aussi, j’en suis convaincu, esprit d’objectivité, d’équité. Au temps du P.F.A., il ne manquait jamais de demander des sanctions pour les erreurs ou les fautes commises ; mais il évitait tout ce qui était excès, tout ce qui pouvait paraître comme ressentiment ou vengeance. Cela est très important. L’esprit d’équité, je dirais plus : l’esprit d’humanité, est un des traits fondamentaux de l’Africanité, singulièrement de la Négritude. Voilà, très brièvement, l’image que je garde de Modibo Keita, Secrétaire Général du P.F.A. Tel il était, tel je le retrouve, de loin, à travers ses actes et ses discours : un homme de foi, un homme d’efficacité, un homme d’humanité. On comprend qu’il ait été un des grands hommes de la première Conférence d’Addis-Abéba : un militant de l’Unité Africaine.”

M. SOUROU MIGAN APITHY ancien Président de la République du Dahomey (actuel Benin) :
" L'ancienne Fédération du Mali dont Modibo Keita fut l'un des leaders les plus passionnés et les plus lucides est un exemple historique de sa volonté d'unir.
L'indépendance de son pays natal l'appela à la magistrature suprême et ce fut l'occasion pour lui de ceindre à nouveau sa tunique pour le pèlerinage de l'Unité Africaine.

Pèlerin de l'Unité Africaine, il le fut incontestablement, courageusement, passionnément.
De la Guinée au Ghana, du Niger en Haute-Volta, de la Côte d'Ivoire au Sénégal, du Maroc en Tunisie, de l'Algérie à la République Arabe Unie, il porta le message de l'Unité Africaine, sans jamais se lasser avec le zèle fougueux des prophètes de l'Ancien Testament.
A Addis-Abeba comme au Caire, il parla le langage de l'homme d'État avisé, convaincu et convaincant, parfaitement lucide et d'une admirable tolérance.
Le Président Modibo Keita est sans conteste l'une des grandes figures africaines de notre temps."

M. MAMADOU DIA, ancien président du conseil de gouvernement du Sénégal :

Message de Mamadou Dia
Mamadou Dia
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“ Modibo Keita fut incontestablement un de nos pharaons modernes, qui aura consacré toute son intelligence et toute son énergie a la grande oeuvre de reconstruction de l'unité africaine .... Bien sûr, l'homme n'était pas parfait ; mais notre monde politique, notre monde tout court a-t-il vocation d'être la demeure des Anges ? Ses adversaires ont notamment critiqué son style autoritaire, qu'il tiendrait de ses racines aristocratiques, féodales, et de l'influence qu'exerçaient sur lui certains éléments purs et durs de son entourage. Quoi qu'il en soit, ces critiques ne sauraient ternir l'éclat de cette personnalité flamboyante qui aura marqué d'une empreinte indélébile l'Afrique de la première décennie de la décolonisation. Elles ne sauraient non plus masquer sa silhouette imposante qui réapparaît aujourd'hui au firmament de l'histoire, éblouissante de lumière."

M. ALPHA OUMAR KONARE, ancien président de la Commission de l'Union africaine (U.A.), ancien chef d'État malien :

Discours du président
Alpha Oumar konaré
A. O. Konaré
Cliquez ici pour afficher le texte

“ Nous savons gré à Modibo KEITA pour sa rigueur morale, pour son intégrité, pour son amour ardent du travail, du travail bien fait, pour son sens élevé du devoir. Personne ne doit oublier sa contribution exceptionnelle à l'oeuvre d'édification d'une économie nationale indépendante, sa passion du Mali et de l'Afrique, son combat inlassable pour l'unité africaine, son engagement constant auprès des peuples du Tiers Monde à travers le Mouvement des non-alignés, sa lutte pour la paix dans le monde. Il a été de tous les combats justes, de tous les combats des opprimés."


M. DABA KEITA ancien ministre de Modibo:
“Le président Modibo Keita reste dans ma mémoire comme un chef de gouvernement scrupuleusement respectueux de la dignité de ses ministres, exigeant d'eux l'affirmation d'un haut degré de personnalité... Il recevait en tête à tête, sans témoin le citoyen malien qui demandait audience, et presque toujours, il l'apaisait grâce à la force de conviction que lui conférait sa grande et profonde sincérité... Il a toujours tendu la main pour relever le compagnon de route qui tombe.”

Le journal "JEUNE AFRIQUE "commentant le coup d'Etat du 19/11/1968 :
« Il (Modibo Keita) sait lutter pour ses convictions, avec patience et méthode...le prestige moral qu’il a apporté à son pays est considérable. Dans les instances interafricaines, sa parole a du poids... Il se conduisait sans complexe avec les dirigeants des pays de l’Est ou de l’Ouest qui venaient proposer de l’aide à son pays. Avec Modibo à la tête du pays aucun compromis n’était possible en ce qui concerne la souveraineté, de cela, nous sommes surs. Seuls entrait en ligne de compte l’intérêt du Mali... en tout cas quoi qu'il arrive à présent, Modibo restera aux yeux de la génération d’africains dont nous sommes ce qu’il a été.: Un homme politique incorruptibles ».

ROBERT HUE ex secrétaire général du Parti Communiste Français :
« Évoquer ce combat contre le colonialisme ... conduit d'emblée à évoquer des hommes qui ont joué dans cette histoire un grand rôle. Parmi eux, bien sûr, ces militants africains qui devinrent des figures marquantes de ce que l'on appelait le " tiers monde " aux lendemains de la seconde guerre mondiale. Je pense évidemment, et tout particulièrement, à Modibo Keita, à bien des égards symbole de dignité, de lucidité et de courage. Sa vision progressiste et son attachement viscéral à l'indépendance, à la justice sociale, et à l'unité africaine restent pour beaucoup un repère, et prennent dans la situation d'aujourd'hui une singulière résonance.»

Le journal "LE MONDE" , dans un article publié le 19/05/1977 :
Modibo Keita et Charles De Gaulle
Charles De Gaulle & Modibo Keita

« Modibo Keita, ce nationaliste combatif et tenace entré fort jeune dans l'arène politique, fut ... un homme respecté par ses compatriotes et écouté sur la scène internationale. Sa distinction, son autorité naturelle et souriante, avaient plu au général de Gaulle. ... Il peut être considéré comme l'un des grands dirigeants de l'Afrique noire "révolutionnaire" telle quelle existait au lendemain des années 60. »


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Ultime sacrifice



Le president Modibo Keita
Le président

On peut se demander pourquoi ce 19 novembre 1968, Modibo Keita s'est rendu à la junte militaire sans riposter.
La combativité et la ténacité de ce militant courageux et intransigeant étaient connues : Entré dans le combat politique depuis 1937, alors qu'il était encore très jeune, Modibo Keita n'avait encore jamais baissé les bras devant l'adversité.
En plus, matériellement, bien que les putschistes contrôlaient Bamako, un retournement de situation était bel et bien possible : Le président pouvait compter sur la grande base militaire toute proche de Ségou. Les forces aériennes stationnées au nord du pays pouvaient, elles aussi, assurer une riposte efficace.
Modibo Keita pouvait également en appeler au peuple malien car en dépit de la désaffection à l'égard du régime (provoquée par les difficultés économiques et les exactions de la toute puissante "milice populaire") , une bonne partie de la population (particulièrement, les jeunes) continuait à "aimer" son leader. Même les officiers subalternes, auteurs du coup d'État ne semblaient pas lui en vouloir personnellement, Ils ne réclamaient pas dans un premier temps la démission du président mais l'abandon de l'option socialiste. Ce que Modibo refusera : « Le socialisme n'est pas mon choix personnel... C'est au peuple de décider de son option » répondra t-il aux pushistes.

« Nous avons fait, à la naissance de l'US-R.D.A,
le serment de donner, s'il le fallait, notre vie à notre pays, notre Parti.
Il est clair que donner sa vie, c'est aussi, accepter
l'ultime sacrifice »
Modibo Keita

Modibo Keita était un homme désintéressé détaché des choses matérielles. Il ne faisait pas partie de ceux qui veulent se maintenir au pouvoir par tous les moyens. Une riposte au coup d'État du 19 Novembre aurait certainement entraîné une effusion de sang malien. Le président ne l'a pas voulu.

 

Bateau G. Soumaré
C'est à bord du bateau "Général Soumaré" que Modibo Keita est informé sur le déroulement du coup d'Etat :
« j’irai à Bamako quelle que soit la situation...Même s’il y a le feu » réagira t-il.


Une mort suspecte :

dernière photo de Modibo Keita
La dernière photo de Modibo Keita
en tant que président

Au lendemain du coup d'État du 19 novembre, Modibo Keita est envoyé au camp de kidal à près de 1 500 kilomètres de la capitale, dans le nord-est du pays. Dans une zone saharienne au climat particulièrement rude (plus 50 °C le jour, et moins 5 °C la nuit).
La junte militaire va alors soumettre le président à un isolement presque total (quatre courriers par an) et va surtout s'employer à le faire oublier. Toute allusion publique aux aspects positifs de son régime était interdite.
Mais, le 8 Mai 1977 des Maliens bravant l'autorité militaire défilent à Bamako en scandant "Vive Modibo". Même en prison Modibo Keita restait donc "dangereux" pour le pouvoir en place.

Statue Modibo Keita
La statue de Modibo Keita
érigée en 1999.

Une semaine plus tard, le père de la nation malienne mourra en détention dans des conditions obscures :

Ce 16 Mai 1977, ses geôliers lui apportèrent la bouillie de mil qu'il avait réclamée à sa nièce. Dès la première gorgée du plat, Modibo est pris de malaise.
Dans son livre « Ma vie de soldat » le capitaine Soungalo Samaké raconte la scène :
« le soldat qui lui apportait ses repas est venu précipitamment me voir pour dire que Modibo était tombé au pied de son lit. J’ai couru, pour aller dans sa cellule. Il bavait. Je l’ai pris ; j’ai dit au soldat : aide-moi. Nous l’avons couché dans son lit. J’ai pris une serviette pour essuyer la bave. Je lui ai posé la question : qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce que tu as ? Il voulait parler, mais le son ne sortait pas… »


Modibo Keita mourra quelques instants plus tard. Il avait reçu auparavant, une piqûre prescrite par le médecin Faran Samaké.
La gorge enflammée du président tendrait à accréditer la thèse de l'empoisonnement ; Mais, les proches de la victime croient plutôt à celle de l’injection mortelle.
Saurons-nous un jour la vérité ? Le Docteur Faran Samaké (responsable de la piqûre) ne pourra plus témoigner : il se suicidera en 1978 emportant son secret dans sa tombe.

Le peuple malien apprendra la mort du leader charismatique par un communiqué laconique du pouvoir militaire : « Modibo Keita, ancien instituteur à la retraite est décédé des suites d'un œdème aigu des poumons. »
Ce communiqué qui fournit une explication, cliniquement contestable, de la cause de la mort du président, provoqua le courroux d'un grand nombre de malien.
En colère, une foule immense (convaincue que Modibo Keita a bien été assassiné) organise spontanément les funérailles du président légitime.
Comme on l’a fait avec beaucoup de martyrs des indépendances africaines, le pouvoir militaire espérait enterrer Modibo Keita dans la plus grande discrétion, sinon dans le calme :
« On m’a dit de remettre le corps à ses parents. J’ai dit qu’il faut faire attention car Modibo est très populaire. Ils m’ont dit que non, qu’il suffit de remettre le corps et de diffuser un communiqué annonçant sa mort. Et que c’est tout. » Raconte le capitaine Samaké
Comment pouvaient-ils espérer pouvoir faire passer la mort d'un homme comme Modibo Keita pour celle d'un homme ordinaire ? Ils auraient dû écouter le capitaine Samaké qui poursuit :
« Ils ont vu ; il y avait tellement de monde aux funérailles que le cimetière était rempli alors que le cortège qui s’étirait jusqu’au domicile de ses parents n’avait pas encore fini de recevoir tous ceux qui voulaient le rejoindre. Le corps était arrivé au cimetière alors que certains étaient encore assis à Ouolofobougou et ne le savaient pas! La police a été débordée ! Les élèves ont dit qu’il fallait aller donner le corps à ceux qui ont tué Modibo. Il a fallu encore faire recours à Soungalo  et aux parachutistes pour empêcher la foule d’aller au siège du comité militaire et pour diriger le cortège funèbre sur le cimetière »

Le régime militaire procédera à de nombreuses arrestations parmi les personnes venues participer à l’enterrement :
« Après les funérailles, on a pris certains de ceux qui ont participé à l’enterrement. On les a amenés au Camp para et on m’a dit de les corriger » écrit le capitaine Soungalo Samaké.

Mais qu’importe la répression militaire, la détermination de la foule semblait inébranlable comme le rapporte un témoin de l'enterrement : « ce jour-là, rien ne pouvait contenir la foule tant le nombre était élevé et tant les gens étaient déterminés à affronter même le diable ». Ce jour-là, contrairement aux coutumes maliennes, les femmes ont pénétré dans l'enceinte du cimetière.
La vive réaction, spontanée,  de la jeunesse malienne à la mort de Modibo Keita démontre que ce dernier n'a pas prêché dans le désert et que son message est passé à la prospérité.

MODIBO KEITA REPOSE DESORMAIS (DEPUIS 1977)
DANS LE CIMETIERE D'HAMDALAYE A BAMAKO
La commémoration du 16 Mai, date anniversaire de la mort de Modibo Keita est désormais, une tradition au Mali. 16 mai 2007 16 mai 2007
16 mai 2007 16 mai 2007 16 mai 2007
Une lumière rayonnante du panafricanisme et
de l'émancipation du tiers-monde, s'est éteinte
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Diplômé de lettres, de droit et de sciences politiques, Jean Lacouture est l’auteur d’un ouvrage sur l’histoire et les acteurs du journalisme. Journaliste reconnu, il fut :
- Directeur diplomatique du journal ‘Combat’ ;
- Correspondant au Caire pour ‘France Soir’ ;
- Chef de service outre-mer puis grand reporter au journal "Le Monde" ;
- Rédacteur pour le Nouvel Observateur.
Jean Lacouture est un biographe consacré, qui a écrit sur De Gaulle, Mitterrand ou encore Mauriac.
André Blanchet, Journaliste de presse écrite et de télévision. - Professeur à l'École nationale de la France d'outre-mer et au Centre des hautes études administratives sur l'Afrique et l'Asie modernes. - Journaliste à l'ORTF chargé des questions africaines.
Mamadou Konate (1897-1956) :
Député du Soudan, président de l'U.S.R.D.A. Il fut le premier africain à exercer la fonction de vice-président à l'Assemblée Nationale française.
Propos tenus sur Radio France Internationale.
COULIBALY Daniel, Ouezzin (1909-1958). Né en Haute-Volta (actuel Burkina-Fasso) Député de la Côte d'Ivoire de 1946 à 1951 et de 1956 à 1958
Sénateur de la Côte d'Ivoire de 1953 à 1956
Bakari Dian : Preux chevalier légendaire d’origine modeste qui devint l'un des plus grands chefs de guerre du royaume de Ségou. Bakari Dian fut le mythique héros qui a vaincu (tout seul) le terrible BILISSI qui tyrannisait la population de Ségou.
Le capitaine Soungalo Samaké a été, durant les années 1968 à 1978, une des personnalités militaires les plus en vue du fait du rôle qu'il a joué dans l'exécution du coup d'Etat contre Modibo Keita, et surtout des activités de la Compagnie de commandos parachutistes de Djikoroni qu'il commandait.
En effet le camp para de Djicoroni était le lieu de détention de tous ceux (civils ou militaires), qui ont eu maille à partir avec le régime militaire durant sa première dizaine d'années d'existence.
Voir la page "Militant" de ce site.

Les Premiers dirigeants africains

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«Les responsabilités historiques des dirigeants de l'Afrique sont considérables. Les évènements leur donnent des moyens que très peu de continents offrent à leurs dirigeants. Ils seront aussi jugés avec beaucoup plus de sévérité que les autres »
[Seydou. B. Kouyaté]