Modibo Keita

Une figure africaine marquante

L'homme

Qui était Modibo Keita ?

L'héritage

L'empire légendaire

Le président

Un peuple, un but, une foi

Le militant

Anti-colonialisme, panafricanisme, non-alignement

Extraits de discours

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Le mali nouveau

La construction d'une société nouvelle

L'éclatement de la fédération du Mali a eu pour effet de renforcer l'unité nationale. Le parti de Modibo Keita l'U.S.R.D.A. devient parti unique de fait. Même les opposants les plus acharnés qui militaient au P.S.P.(lire nos pages "Le militant"), exprimèrent leur adhésion aux options : Fily Dabo Sissoko (1) (Leader du parti d’opposition) monta à la tribune du Congrès pour proclamer sa disponibilité pour la construction nationale; affirmant ainsi, que malgré les divergences, il restait un nationaliste.

L'appel à la nation

Les premières prises de position de la jeune république, en matière de politique extérieure furent sans détour:
- Soutien à l'Algérie en lutte pour son indépendance;
- Evacuation des bases militaires françaises qui stationnaient au Mali;
- Condamnation des essais nucléaires français dans le Sahara.

Tout cela n'améliorait pas les relations franco-maliennes, déjà très affectées par les évènements liés à l'éclatement de la fédération du Mali : De Gaulle dépêcha donc, André Malraux auprès de Modibo Keita pour lui porter une lettre qui laisse transparaître les "incompréhensions" entre les deux pays :

- LETTRE OFFICIELLE DE CHARLLES DE GAULLE A MODIBO KEITA


. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Paris le 1er mai 1961

Cher monsieur le Président,

M. Malraux, ministre d'État, vient vous voir de ma part. Il doit vous remettre une note de mon gouvernement et vous en préciser les motifs et les données.
En cette occasion, très importante pour ce qui concerne la direction que vont prendre les relations entre nos deux pays, je tiens à vous dire personnellement et franchement combien je suis affecté par la politique que le Mali pratique à l'égard de la France et à quel point je regretterais d'avoir à en tirer les conséquences pour mon pays. Je ne méconnais aucunement, croyez-le bien, les difficultés que comporte, pour la république du Mali, sa situation nationale et internationale présente et je pourrais m'expliquer que cette situation influe par épisodes sur votre comportement. Mais l'attitude générale que vous avez adoptée vis-à-vis de nous est véritablement désobligeante et injustifiée.
Vous connaissant vous-même et connaissant l'État dont vous êtes le chef et le peuple dont vous êtes le guide, je ne puis croire que cet état de choses réponde à vos réelles intentions. S'il en est effectivement ainsi, ne pourrions-nous replacer nos rapports sur de meilleures bases ?
Je vous prie de croire, cher monsieur le président, à mes sentiments de très haute considération et à mes souvenirs les meilleurs.

Charles De Gaulle

Les rapports entre le nouvel État indépendant et l'ancienne puissance coloniale, ( à qui le leader malien reprochait des arrière-pensées néo-colonialistes ) furent souvent "très tendus", mais, n'ont jamais été véritablement rompus. Ceci, grâce aux pragmatismes politiques et aux efforts des uns et des autres.
Le 20 janvier 1961 (au moment de l'évacuation des bases militaires françaises), Modibo Keita expliquait :
« la République du Mali a affirmé sa volonté de coopérer avec la France sur la base de la non-ingérence dans nos affaires intérieures et du respect de notre souveraineté. La décision de mon parti et de mon gouvernement ne met nullement en cause cette volonté ».

En fait, la diplomatie malienne suivait quelques principes :
- souveraineté nationale ;
- unité africaine et non-alignement ;
- défense de la paix ;
- émancipation du tiers-monde.

En 1977, le journal "Jeune Afrique" évoquait la disparition du président malien en publiant :
« Il se conduisait sans complexe, avec les dirigeants de l'Est et de l'Ouest qui venaient proposer de l'aide à son pays. Avec Modibo Keita à la tête du pays, aucun compromis n'était possible en ce qui concernait la souveraineté nationale, de cela, nous sommes sûrs. Seul entrait en ligne de compte l'intérêt du Mali ... Socialiste par nécessité, progressiste à cause de la qualité de ses hommes, sa perte cause un grand tord au mouvement d'émancipation de l'Afrique »

La politique intérieure des dirigeants maliens avait notamment comme objectifs :
- l'édification d'un socialisme adapté aux réalités maliennes ;
- la décolonisation des mentalités et l'affirmation de la personnalité africaine ;
- La consolidation de l'indépendance nationale dans tous les domaines.

L'adhésion de la population aux options du parti se manifestera souvent de façon spectaculaire comme la participation massive aux "investissements humains" pour construire des écoles des dispensaires, des routes, etc...
De 1960 à 1963 le Mali va connaître une expérience exaltante : La société malienne va complètement changer de physionomie.
Les jeunes (qualifiés de "force de la nation") feront l'objet d'attentions particulières. Plusieurs structures vont être créées en destination de la jeunesse : des organisations éducatives et culturelles afin de revaloriser la culture traditionnelle et mobiliser l'ardeur et le dynamisme des jeunes, les mouvements des pionniers pour développer leur esprit patriotique. Le service civique pour assurer la formation politique et civique de ceux d'entre eux qui vivaient dans les campagnes.

MODIBO KEITA ET LES JEUNES :

La jeunesse avait beaucoup d'admiration pour le président qui fondait un grand espoir sur elle.

L'organisation démocratique des femmes, servait de cadre aux activités sociales et politiques des Maliennes.
D'autres structures comme les Brigades de Vigilance ou la Milice populaire furent mises en place pour assurer un rôle d'encadrement.
Et puis, il y avait l'U.N.T.M. (union nationale des travailleurs du Mali) le syndicat unique, véritable école du socialisme.

L'éducation nationale fut radicalement transformée pour l'adapter à la réalité et à l'intérêt national. Il s'agissait de mettre en place un enseignement de masse et de qualité qui décolonise les esprits et réhabilite l'homme africain. Le taux de scolarisation qui était le plus bas de l'ancienne A.O.F.(8 % en 1957 au Soudan français, contre 20 % au Sénégal, en Côte-d’Ivoire ou au Dahomey), va grimper en flèche.

Le regime de Modibo Keita insista enormement sur l’importance d’une renaissance de la culture africaine, complément inséparable de l’accès à l’indépendance. Le 26 mai 1967 un alphabet est adopté pour la transcription des langues bambara, fulbé, songhaï et tamasheq.

Dans le milieu rural, des structures de groupement et de coopération furent créées visant à établir une économie rurale socialiste. Cette organisation etait destinée à permettre d'accroître la production et faciliter l'organisation des circuits de distribution

Les bases d'une économie indépendante.

Au moment de l'indépendance, l'industrie malienne est inexistante : l'industrialisation du pays n'était manifestement pas la grande priorité du colonisateur. Alors Modibo Keita et son équipe vont s'atteler à la création de plusieurs petites industries : sucrerie, rizerie, cimenterie, usine de céramique, manufacture de tabacs et d'allumettes, tannerie, usine de textile, abattoir frigorifique, huilerie conserverie etc..
Afin de favoriser l'indépendance économique, une quarantaine de sociétés et entreprises d'états verront le jour entre 1960 et 1967:

Société des Conserves du Mali (SOCOMA), Société d'Exploitation des Produits oléagineux du Mali) (SEPOM), Abattoir frigorifique, Société malienne d'Importation et d'Exportation (SOMIEX), Banque de Développement du Mali (B.D.M.), Librairie Populaire du Mali (LPM), Société des Ciments du Mali (SOCIMA), Société nationale d'Entreprise de Travaux publics (SONETRA), Air Mali, Office des Produits agricoles du Mali (OPAM), Banque malienne de Crédits et de Dépôts (B.M.C.D.), Énergie du Mali, Office cinématographique national du Mali (OCINAM), Office du Niger (O.N.), Pharmacie Populaire du Mali (P.P.M.), Société de construction radioélectrique du Mali (SOCORAM), Régie des Transports du Mali (R.T.M.), Société malienne du Bétail, des Peaux et Cuir (SOMBEPEC), Société nationale de Recherche et d'Exploitation minières (SONAREM), Compagnie malienne des Textiles, Société Équipement du Mali (S.E.M.A.) ...

Après près d'un demi-siècle de colonisation, en 1960, on ne comptait que quinze (15) cadres dans tout le Soudan. Autant dire que pour la construction du Mali, Modibo Keita et son équipe, partaient de rien. Plusieurs réalisations témoignent du travail effectué en six (6) ans : on notera la création de plusieurs structures qui répondaient aux besoins essentiels de la population :

- 10 hôpitaux
- 300 dispensaires
- 45 centres médicaux
- 60 maternités
- Une pharmacie populaire avec des succursales dans toutes les grandes villes et chefs de lieux de cercles et des depots dans les arrondissements et les villages.
- 5 écoles de formation de personnel de la sante
- 4 écoles d’enseignement supérieur (ENA, ENSUP, ENI, INA)

Pour mieux affirmer la souveraineté nationale, le franc malien fut créé le premier juillet 1962.

Le 16 décembre 1966 l'inauguration du barrage de Sotuba sur le Niger fera figure de réalisation de prestige, témoignant de la mise en œuvre du projet socialiste malien.

Avec l'africanisation des cadres et la création des sociétés et entreprises d'État, l'équipe de Modibo Keita entendait rendre aux Maliens la maîtrise de leur destin.

Problèmes économiques et politiques

LE FRANC MALIEN :

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Renvoi :
(1) : SISSOKO Fily-Dabo (1900-1964) Ecrivain celèbre. Membre de la première et de la seconde Assemblées nationales constituantes (Soudan) Député du Soudan de 1946 à 1958 Sous-secrétaire d’Etat à l’industrie et au commerce du 5 au 11 septembre 1948. Leader du PSP, parti d’opposition au RDA, il était aussi, membre de la franc-maçonnerie