Modibo Keita

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Les bâtisseurs d'empires

L'empire légendaire

Parmi les voyageurs étrangers, mi-marchands, mi-espions, qui ont sillonné la région attirés par la curiosité ou la richesse de l'empire du Mali, il y eut le célèbre ambassadeur, historien : Ibn Battuta (1)
Ibn Battuta est le seul témoin oculaire à laisser un écrit antérieur à ceux des découvreurs européens. Après un long périple de plus de 120 mille km qui l'amena jusqu'en Chine, le "voyageur de l'islam", comme on le surnommait, fut chargé par le sultan du Maroc d'aller visiter ce riche voisin du Soudan ("le pays des noirs" en arabe). Ibn Battuta revint de ce voyage au Mali, émerveillé par la splendeur de l'empire mais déçu(2) de ne pas avoir été couvert d'or par l'empereur malien

UN TEMOIN OCULAIRE :
Ibn Battuta a visité l'empire du Mali en 1352 et 1353. Dans son récit il décrit la société malienne.:
« Les actes d'injustice sont rares chez eux, de tous les peuples c'est celui qui est le moins porté à en commettre, et le sultan ne pardonne jamais à ceux quiconque s'en rend coupable. Dans toute l'étendue du pays il règne une sécurité parfaite, on peut y demeurer et voyager sans craindre le vol ou la rapine...»

En ce qui concerne le luxe de la cour imperiale du Mali, le célèbre chroniqueur arabe écrit :
« La salle (d'audiences) a trois fenêtres en bois recouvertes de plaques d'argent, et, au-dessous, trois autres recouvertes de plaques d'or... Les écuyers arrivent avec des armes magnifiques : carquois d'or et d'argent, sabres ornés d'or ainsi que leur fourreau, lances d'or et d'argent, massues de cristal...»
Ibn Battuta - récit de voyage (Rihla)

Grâce aux traditions orales et aux chroniques arabes, on en sait un peu plus sur l'épopée de cet empire légendaire. Jusqu'au début du XIIe siècle, le Mali n'était qu'un petit royaume à cheval sur le Niger en amont de Bamako, vers le confluent de la rivière Sankarani, dans le Mandé. Malgré la possession de quelques mines d'or (Bouré), le royaume n'avait rien d'exceptionnel.
Au XIIe siècle, le roi du Mali nommé Naré-Famaghan (appelé aussi Maghan Konaté ) chercha à "réunir" les royaumes voisins afin de pouvoir s'opposer efficacement, aux nomades du Sahara qui descendaient régulièrement faire des razzias et capturer des esclaves. Mais cette initiative inquiéta son suzerain le roi du Sosso, Soumangourou (Soumaworo) Kanté , qui décida de se débarrasser de ce vassal trop ambitieux. Les troupes du Mali furent écrasées et le royaume occupé. Mais, le cadet des enfants de Naré-Famaghan Konaté, Soundiata Keita, va libérer le pays et fonder le célèbre empire du Mali

Le recit du griot :
" Naré Maghann Konaté, roi du Manding, qui était marié à Sassouma Berté et qui avait un fils Dankaran Toumani Keïta, reçut un jour la visite d’un chasseur devin qui lui prédit qu’une femme laide lui donnerait un jour un fils qui deviendrait un grand roi. Se rappelant cette prédiction, le roi épousera quelques années plus tard, une femme laide et bossue nommée Sogolon Kondé que 2 chasseurs venant du pays de Do lui présentèrent. Sogolon donna naissance à un fils baptisé Soundiata Keïta. Celui-ci resta infirme pendant toute son enfance incapable de se tenir debout.
À la mort de Naré Maghann Konaté, Dankaran Toumani Keïta, son premier fils prend le pouvoir. Sundjata et sa mère, qui avait donné naissance à deux filles et avait adopté le fils de la troisième femme de Naré Maghann Konaté, étaient l’objet permanent du mépris du nouveau roi et de sa mère :
En ce temps-là, les femmes utilisaient comme ingrédient culinaire les feuilles de baobab. Ses branches poussant trop haut, les mamans faisaient appel à leurs fils pour cueillir ses feuilles. Un jour, la mère de Soundiata qui avait besoin de feuilles de baobab pour faire la cuisine, en demanda à la reine-mère (sa coépouse). : " Tiens, répond la reine, Sassouma Berté, j'en ai plein la calebasse, sers-toi, pauvre femme. Moi, mon fils à sept ans savait marcher et c'est lui qui allait me cueillir ces feuilles. Prends donc, pauvre mère puisque ton fils ne vaut pas le mien."
Devant cet affront, Soundiata, qui avait sept ans, malgré son handicap, décida de se lever à l'aide d'un bâton. Mais tous les bâtons utilisés (en bois ou en fer) se brisèrent. Soundiata ne put se mettre debout et recouvrir l’usage de ses jambes qu’en s’appuyant sur le bâton royal.
Emerveillés devant le miracle de la guérison de Soundiata, la mère du prince et les griots chanteront ensemble, ce désormais célèbre couplet mandingue :
"Soundiata si borila ! togo ! Saya kafissa malo yé , togo ba !" ("Mon rejeton Soundiata a pu marcher ! Honneur ! Plutôt la mort que la honte ! Honneur !")
Mais la haine de Sassouma Berté et de Dankaran Toumani Keïta conduisit Sundjata, sa mère et ses sœurs à l’exil au Royaume de Mena.
Soumangourou Kanté, roi du Sosso, attaqua le royaume du Manding. Dankaran Toumani Keïta, craignant pour sa vie, dut fuir. Soumangourou massacre onze des fils de Naré Maghann Konaté. Les habitants du Manding allèrent chercher Soundiata Keïta dans son exil.
Soundiata s’était aguerri dès son plus jeune âge au tir à l’arc et mithridatisé contre les poisons. Le jeune prince devint un homme puissant, et créa une redoutable armée de chasseurs. Ainsi, Soundiata Keita se métamorphosa en guerrier de haut mérite parce qu'il ne supporta pas l'opprobre jeté à sa mère et ayant foi en son destin. Il décida alors de libérer les siens. Mais, pour arriver à bout du roi du Sosso son seul génie guerrier ne pouvait suffire : l'adversaire était un terrible et puissant sorcier, réputé invincible. Mais grâce au concourt de sa sœur Djegue, il réussit à percer le secret de l’invulnérabilité de Soumaoro Kanté : « Seule une flèche portant un ergot de coq blanc pourra tuer le roi du Sosso ».
L’armée de Soumangourou fut vaincue et le roi de Sosso disparut dans une montagne à Koulikoro.
La bataille entre les troupes de Soundiata Keita et celles de Soumaoro eu lieu à Kirina, vers 1235.
La victoire de Soundiata marqua alors le début de ses conquêtes. Beaucoup de royaumes voisins se placèrent d'eux-mêmes sous son autorité. L'armée malienne, avec ses 10 mille cavaliers et ses 100 mille fantassins, déferla sur les royaumes qui résistaient. Soundiata annexa tous les pays formant le Sosso, et surtout l'ancien royaume de Ghana et ses mines d'or.

Le Mali s'étendait alors entre l'Atlantique et la boucle du Niger sur plus de mille kilomètres, et englobait les actuels Mali, Burkina Faso, Sénégal, Gambie, Guinée, Guinée Bissau, Mauritanie et une grande partie de la Côte d'Ivoire. Les griots racontent qu'il fallait plus d'une année pour en faire le tour à pied.

2 siècles de prospérité


Renvois :
(1) : Ibn Battûta,(1304- 1369) est un explorateur et chroniqueur musulman. Il a parcouru 120 000 km en 28 ans de voyages qui l’amènèrent de Tombouctou au sud à Bulghar (en actuelle Russie, sur la Volga) au nord ; de Tanger à l’ouest à Quanzhou en Extrême-Orient. Ses récits, compilés par Ibn Juzayy dans un livre appelé Rihla (voyage) sont plus précis que ceux de Marco Polo, bien que certains passages décrivant notamment, des êtres surnaturels relèvent de la pure imagination de l'auteur.

(2) : Ibn Battuta arriva au Mali à l’époque où l’empereur du moment, soucieux de la gestion des deniers de l'empire, menait une politique qui visait à mettre fin à la gabegie commise pendant des années par certains de ces prédécesseurs sur le trône. Aussi, le « voyageur » trouva ce souverain malien «pingre» par rapport aux précédants.