Modibo Keita

Une figure africaine marquante

L'homme

Qui était Modibo Keita ?

L'héritage

L'empire légendaire

Le président

Un peuple, un but, une foi

Le militant

Anti-colonialisme, panafricanisme, non-alignement

Extraits de discours

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Un homme hors du commun

Un "grand leader"

« Le lion au regard de feu et de plomb toujours au zénith; ... debout et droit comme un rônier...»
Ces mots sont extraits d'un poème (à écouter ci-dessous) qui rend hommage à Modibo Keita.
Considéré comme "l'un des plus grands leaders du tiers-monde", le premier président du Mali jouissait d'une grande notoriété qui a franchi les frontières de son pays et du continent africain :
Dans un reportage de la télévision française (ORTF), André Blanchet (1) présente Modibo Keita comme « l’un des leaders les plus prestigieux de l'Afrique indépendante ». Le journaliste, historien et biographe, Jean Lacouture (2), voyait en Modibo Keita, je cite : « Une statue vivante de l'Afrique ».

De haute taille, " le géant " malien avait un physique d'athlète. Il émanait du personnage un magnétisme et une sincérité qui ne laissaient pas indifférents ses interlocuteurs les plus hostiles.

Un caractère bien trempé :

Modibo Keita

L'homme avait du caractère. Sa combativité, son intransigeance et sa ténacité trouvaient leurs justifications dans un idéal profond.
Ainsi, c'est, parfois, avec acharnement qu'il défendait les causes auxquelles il croyait profondément. Pugnacité, persévérance, courage, sacrifices et dignité sont des mots qui caractérisaient son combat politique et syndical. Par ailleurs, le militant qu'il était, savait faire preuve, de réalisme, de pragmatisme et d'imagination créatrice pour faire triompher ses idéaux d'indépendance, de justice, de liberté et de paix.

Certains lui ont reproché un style autoritaire et une certaine intransigeance (qu’il manifestait d’ailleurs, envers lui-même). Le tempérament et la forte personnalité de Modibo Keita ont souvent nourri cette accusation "d’autoritarisme". Pourtant, l’homme ne concevait son action que dans un cadre collectif. Il est vrai, en effet, que Modibo Keita avait une autorité naturelle qui découlait très logiquement de sa force de conviction et de son comportement personnel qu'il voulait exemplaire.
Pour l'historien, le professeur, Bakary Kamian : « Il n’était autoritaire qu’en apparence , il était autoritaire quand il s’agissait d’appliquer et de faire respecter les règles, mais il aimait écouter les autres et, éventuellement, changer de position. »
Quand à Monsieur Idrissa Diarra, il rapporte : « Dans les réunions, malgré sa forte personnalité, qui pourrait lui permettre d'imposer aisément son opinion, Modibo Keita s'efforce de susciter la discussion afin que tous les avis soient exposés,... ».

Modibo Keita, leader charismatique, écouté sur la scène internationale, a acquis, grâce à son action et à ses idées, prestige et respect.
Il avait le verbe haut, le nationalisme à fleur de peau, de la dignité et de la distinction dans le comportement, le non-alignement comme principe et le panafricanisme dans la tête.

Un parcours exceptionnel :

Modibo Keita dans une ferme

- Fils de Daba Keita et Hatouma Camara, Modibo Keita est né le 4 juin 1915 à Bamako-coura, un quartier de Bamako.

- De 1925 à 1931, il fréquente l'école primaire urbaine de Bamako.

- A partir de 1931 il entre au lycée "Terrasson de Fougère", aujourd'hui lycée "Askia Mohamed".

- Trois ans plus tard il part pour l'école normale supérieure William Ponty de Dakar où il passera deux ans.
Modibo Keita sortira major de cette prestigieuse école et deviendra instituteur en septembre 1938.

Ses professeurs le signalèrent comme :« Instituteur d'élite, très intelligent, mais anti-français... Agitateur de haute classe à surveiller de près ».
Modibo Keita n'était pas anti-français mais, il était viscéralement anticolonialiste :
Profondément ulcéré par la situation de l'Afrique sous domination coloniale, Modibo Keita a mené depuis 1937 des activités dans plusieurs mouvements et associations : Animateur du groupe "Art et Théâtre", il se moque, dans des piécettes, de la bourgeoisie et des représentants de l'autorité coloniale, pour la grande joie du petit peuple.

L'INSTITUTEUR "AGITATEUR"
Dans une lettre datée du 01/12/1946 et adressée au Gouverneur général de l'AOF, le gouverneur du Soudan Français E. Louveau stigmatise les actions subversives menées à sikasso par des éléments du RDA, qui ont à leur tête un enseignant du nom de Modibo Keita secondé par un greffier de justice, nommé Seydou Traoré.
La lettre décrit plusieurs exemples de «provocation» de «la bande de Keita» qui bafoue l'autorité des chefs Français et qui a réussi à mobiliser 200 à 300 personnes pour recevoir le secrétaire général du RDA , Gabriel d'Arboussier .
M. Keita aurait également réussi à collecter plus de 60 000 francs qu'il a remis à M. d'Arboussier.
L'auteur de la lettre estime que l'administrateur Français local, M. Rocher, est dépassé par les événements et que ce dernier préconise, pour rétablir l'ordre, une expulsion de Modibo Keita, de Seydou Traoré et d'un commis des PTT qui aurait aidé les deux hommes.

Avant de devenir un chef d'Etat charismatique, Modibo Keita fut un instituteur "engagé"

- Pendant la période du Front populaire en France, sur le mot d'ordre "Égalité avec les Blanc", il crée, avec le Voltaïque Ouezzin Coulibaly (3), le syndicat des enseignants d'A.O.F..

- Dans une publication qu'il créera en 1943, "L'oeil de Kénédougou", il critique ouvertement la société féodale et le pouvoir colonial.

- Toujours avec son compagnon et ancien maître, Mamadou Konaté, Modibo Keita créera la fédération des syndicats des enseignants.

- Son nationalisme intransigeant, son activisme politique et syndical vont le conduire en prison : Considéré comme un dangereux opposant à l’administration coloniale, il sera condamné, par les Français, à 6 mois de détention. Incarcéré le 21 février 1947 à la prison de la santé à Paris, il sera finalement, relâché le 11 mars.

- La même année, Modibo Keita deviendra le secrétaire général du premier bureau de l'US-RDA, section soudanaise du R.D.A. (Rassemblement Démocratique Africain ) dont il fut l'un des fondateurs.

- Une année plus tard il obtient un siège à l'Assemblée territoriale.

- Le 10 octobre 1953, il est élu membre de l'assemblée de l'union française.

- Le 26 novembre 1956 Modibo Keita est élu maire de Bamako.

- C'est aussi l'année où il entre à l'assemblée nationale française dont il sera le premier vice-président africain.

- En juin et novembre 1957, il sera, deux fois, ministre à Paris : Secrétaire d'Etat dans les gouvernements Bourgès-Maunoury et Gaillard .

- En 1958, il devient président de l'Assemblée constituante de la fédération, puis président du Conseil après les élections de mars 1959.

- Le 20 juillet 1960 Modibo Keita devient le chef de gouvernement de la fédération du Mali rassemblant le Soudan (actuel Mali) et le Sénégal.

- Le 22 septembre 1960, après l'éclatement de la fédération, Modibo Keita deviendra le premier président de la jeune république du Mali.

- Il sera réinvesti dans cette charge (de président) en Janvier 1961 par l’Assemblée nationale unanime.

- En 1963, il est l'un des rédacteurs de la Charte de l'O.U.A. (Organisation de l'Unité africaine) dont il fût l’un des principaux artisans.

- C'est aussi l'année où il reçoit le prix Lénine international pour ses actions en faveur du "renforcement de la paix entre les peuples".

- Le 13 mai 1964 on assiste à la réélection de Modibo Keita à la présidence de la république.

- Le 19 novembre 1968 Modibo Keita est renversé par un coup d'État militaire.

- Le 16 mai 1977, il meurt en détention dans des conditions mystérieuses.

Un humaniste engagé


Renvois :
(1) :André Blanchet est un ournaliste de presse écrite et de télévision. - Professeur à l'École nationale de la France d'outre-mer et au Centre des hautes études administratives sur l'Afrique et l'Asie modernes. - Journaliste à l'ORTF chargé des questions africaines.

(2) : Diplômé de lettres, de droit et de sciences politiques, Jean Lacouture est l’auteur d’un ouvrage sur l’histoire et les acteurs du journalisme. Journaliste reconnu, il fut : Directeur diplomatique du journal ‘Combat , Correspondant au Caire pour ‘France Soir, Chef de service outre-mer puis grand reporter au journal "Le Monde", Rédacteur pour le Nouvel Observateur. C'est un biographe consacré, qui a écrit sur De Gaulle, Mitterrand ou encore Mauriac.

(3) : COULIBALY Daniel, Ouezzin (1909-1958). Né en Haute-Volta (actuel Burkina-Fasso) Député de la Côte d'Ivoire de 1946 à 1951 et de 1956 à 1958. - Sénateur de la Côte d'Ivoire de 1953 à 1956